Pourquoi la mode ne se lasse-t-elle pas de Chloë Sevigny ?

Article publié le 28 décembre 2016

Texte : Edouard Risselet
Photo : Chloe Sevigny par Wolfgang Tillmans

20 ans après son contrat signé avec Miu Miu, Chloë Sevigny n’a jamais quitté les pages des magazines. Cette actrice, réalisatrice et muse que la crédibilité underground a sauvé de l’oubli est cette saison l’égérie intello de J.W.Anderson.

On ne sait ni vraiment qui elles sont ni ce qu’elles font et encore moins comment elles sont arrivées là. La it-girl est une mondaine, ancien mannequin, souvent actrice, parfois chanteuse, consensuellement style icon. Elles s’appellent Alexa Chung, Olivia Palermo ou encore Caroline de Maigret. Bien avant elles, Chloë Sevigny.

Le sérieux New Yorker la sacre « it-girl » en 1994 dans la chronique Chloe’s Scene du journaliste Jay McInerney. À l’époque, elle n’a pas encore 20 ans mais son nom circule depuis déjà deux ans. Elle vient d’apparaître dans une vidéo du groupe de rock Sonic Youth filmée dans le showroom de Marc Jacobs, a défilé pour X-Girl, le label de Kim Gordon (depuis racheté et exploité par une société japonaise) et Larry Clark l’a photographiée pour le magazine Details.

Née à Springfield et élevée par une famille catholique, Chloë Sevigny se rebelle vite contre les principes conservateurs qui ont régit son éducation à la Darien High School et passe ses week-ends à New York dont elle fréquente les skateurs du Washington Square Park. Son parcours débute en 1992 devant un kiosque à journaux du cœur de Manhattan quand elle est approchée par Andrea Linett, une rédactrice mode du magazine Sassy interpellée par l’allure de la jeune fille d’alors 17 ans, pour prendre part au tournage d’un film publicitaire.

Elle décroche dans la foulée un stage chez Sassy. « Chloë a toujours été une adolescente qui n’avait pas l’air d’en être, elle avait une maturité de style incroyable, raconte Jane Pratt, rédactrice en chef de la publication à Refinery29. Certains stagiaires auraient sûrement eu peur de s’adresser directement à la rédactrice en chef. Ça ne lui a jamais posé problème ». Chloë Sevigny, mystérieuse, intelligente et désinvolte séduit aussi bien ses aînés que ses pairs.

COOL KID

Le jeune Harmony Korine, en préparation du film qu’il a co-écrit avec Larry Clark, rencontre et tombe sous le charme de Sevigny sur le tournage de Kids. Ce cocktail sulfureux de sexe, drogue et violence dresse le portrait de l’adolescence turbulente new-yorkaise à l’heure où le sida fait rage. Le film polémique érige la stagiaire devenue actrice au rang a priori paradoxal de star underground et la propulse en couverture du magazine Dazed.

Les troubles, la célébrité, le panache, Chloë Sevigny coche toutes les cases du formulaire de la muse. Les créateurs la courtisent. Elle signera finalement avec Miuccia Prada pour incarner la campagne printemps-été 1996 de Miu Miu réalisée par Juergen Teller. Elle défile sous les objectifs des photographes pointus, de Mark Borthwick à Terry Richardson en passant par Wolfgang Tillmans. Elle n’a ni les mensurations ni les traits d’un mannequin du temps des supermodels, et c’est justement cela qui fait sa recette. Ni trop belle ni trop banale, ni trop féminine ni trop tomboy, Sevigny est réelle tout en restant intangible.

De gauche à droite : Chloë Sevigny par Larry Clark, campagne Miu Miu printemps-été 1996

Sa filmographie ne la trahit pas. Jamais fourvoyée dans des blockbusters qui la feraient basculer du côté mainstream de la corde, cette équilibriste jongle entre les productions de Jim Jarmusch, David Fincher, Woody Allen et Lars Von Trier pour faire d’elle une égérie indé commercialisable.

Toujours là sans l’être vraiment, Chloë Sevigny traverse deux décennies sans sombrer dans l’anonymat ou la ringardise. Cette incarnation de la new-yorkaise poursuit en parallèle sa carrière cinématographique et un parcours exemplaire dans le milieu de la mode. Tantôt créatrice pour le concept-store Opening Ceremony tantôt visage du parfum Chloe, elle devient la caution cérébrale d’un milieu terrifié à l’idée de paraître futile. La silhouette Sevigny est décryptée et glorifiée par les magazines de mode qui font d’elle, saison après saison, une icône de style avant-gardiste et incontournable.

Campagne J.W.Anderson printemps-été 2017 par Jamie Hawkesworth

En 2015, alors qu’elle présente à Cannes son premier court-métrage Kitty, les éditions Rizzoli la célèbrent avec la publication de la monographie Chloë, dédiée à 20 ans d’allure. Le dernier en date à s’être entiché de la désormais réalisatrice n’est autre que le créateur Jonathan Anderson. Photographiée par Jamie Hawkesworth pour la campagne printemps-été 2017 de J.W.Anderson, Chloë Sevigny prouve, une fois de plus, que le cool, c’est elle.

À lire aussi :

[ess_grid alias= »antidote-home2″]

Les plus lus

Femmes politiques aux États-Unis : les nouveaux habits du pouvoir

Kamala Harris mais aussi Alexandria Ocasio-Cortez et les autres membres du Squad dont elle fait partie, rejointes par de nouvelles élues au Congrès, incarnent une nouvelle idée du soft power vestimentaire. Symboles d’une classe politique recomposée, qui n’a jamais autant compté de femmes afro-américaines et hispaniques dans ses rangs, elles prennent le contrôle sur leur apparence, dictant leurs propres critères de respectabilité et d’empowerment – tout en se distinguant de l’establishment, encore largement dominé par la culture masculine.

lire la suite

voir tout

Mode

La députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez a récolté plus de 200 000$ en jouant à un jeu vidéo en streaming sur Twitch, pour venir en aide aux personnes touchées par le coronavirus

Newsletter

Soyez le premier informé de toute l'actualité du magazine Antidote.