Donatella Versace Interview Antidote Copie

Donatella Versace : « Je ne me sens pas libre, je suis libre »

Photo : Donatella Versace.
Texte : Edouard Risselet pour Antidote : Excess hiver 2018-2019.

Des kilomètres de soie et des litres d’or, les supermodels et les stars du rap, la tragédie et la légende, un frère et une soeur. Donatella incarne sans relâche depuis vingt ans l’entreprise orpheline après l’assassinat de son fondateur Gianni en 1997. Aujourd’hui, la directrice artistique de la maison semble avoir trouvé l’apaisement, l’inspiration et l’environnement nécessaires au succès flamboyant de l’empire Versace. Nous l’avons rencontrée pour le nouveau numéro d’Antidote : Excess hiver 2018-2019.

L’histoire est romanesque. Vous la connaissez déjà. Quand Gianni tombe devant sa villa de Miami en 1997 sous les balles du tueur en série Andrew Cunanan, c’est à Donatella, petite sœur du fondateur et dernière du clan Versace que revient immédiatement la mission de prendre les rennes de la maison.

Vingt ans plus tard, fidèle au poste, Donatella Versace a triomphé de périodes sombres pour finalement renouer avec un succès pérenne à la fois créatif et financier, emmené par sa volonté d’évolution perpétuelle et son respect de l’héritage Versace. Objet de culte, la marque se targue aujourd’hui de plus de 200 boutiques autour du monde et compte ainsi parmi les quelques noms du luxe international.

Elle fête cette année un quarantième anniversaire tourné vers le futur, les jeunes générations et les réseaux sociaux. Dans cet entretien, la directrice artistique de la maison revient sur la transformation de Versace, défend sa décision de renoncer à la fourrure, milite en faveur du féminisme et révèle sa plus grande source d’inspiration.

ANTIDOTE. La maison Versace fête cette année 40 ans d’existence, comment l’appréhendez-vous ?
DONATELLA VERSACE. Les anniversaires, c’est tellement hier. Je n’aime pas tellement regarder en arrière, je préfère plutôt me concentrer sur le présent et le futur. Ne vous méprenez pas, c’est un moment incroyable pour Versace et je suis fière des résultats auxquels l’équipe qui m’entoure et moi-même sommes parvenus. Il est hors de question de se reposer sur nos lauriers. Nous cherchons sans cesse de nouvelles idées pour continuer à incarner les valeurs de Versace : l’innovation, la créativité et la pertinence culturelle.

La campagne printemps-été 2018 de Steven Meisel incarnait ce pont entre le passé et le présent. Il est essentiel de savoir qui vous êtes et d’où vous venez pour être à même de construire votre futur. Quand vous êtes à la tête d’une société telle que Versace avec un tel héritage, vous embrassez le passé, mais vous le transformez en quelque chose de novateur, de moderne. Vous bâtissez sur ces fondations et vous racontez ainsi une nouvelle histoire. Nous avons passé un si bon moment sur le set du shooting et le mantra « Versace, Versace, Versace » que les filles n’arrêtaient pas de répéter est devenu viral. C’était génial !

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À gauche : Robe, cuissardes et boucles d’oreilles, Versace. À droite : Robe, Versace.
Photos : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Dans le film, le mot Versace apparaît écrit en ruban, pierres, aiguilles et en or, voilà de quoi est fait Versace ?
Absolument, et bien plus encore. Tout peut être Versace si vous avez l’attitude qui va avec. Parce que c’est ce qu’est Versace avant tout : un mode de pensée, un lifestyle.

Quels sont les autres éléments fondateurs de la maison de luxe international qu’est Versace aujourd’hui ?
Versace, c’est la force, c’est l’individualité, Versace confère un certain pouvoir. C’est l’histoire de la solidarité et de l’inclusion. Et de profiter de la vie ! C’est une énergie pure qui bat dans vos veines. Mais c’est aussi un savoir-faire artisanal hors du commun, la créativité, l’innovation… Ce sont les valeurs que j’ai en tête lorsque je crée.

Ces 40 années ont été particulièrement intenses et tourmentées, quelles leçons tirez-vous de tout ce temps au sein de l’industrie ?
Il faut sans cesse évoluer pour rester pertinent et aussi garder les yeux et les oreilles grand ouverts. Les choses changent en un rien de temps et si vous restez à l’arrière, il est difficile de remonter. Les temps ont changé et l’horizon n’a pas toujours été si dégagé. Quand nous avons commencé cette affaire, il y avait moins de concurrents. Tout, dans la mode, restait à créer. La compétition faisait rage mais en même temps, il y avait tellement à imaginer, tellement de barrières et de tabous à briser. À cette époque, les consommateurs voulaient s’offrir un produit de marque et s’identifier à la marque de leur choix. Puis les grands groupes de luxe sont arrivés et tout a commencé à changer. Aujourd’hui, nous faisons face à un paysage radicalement différent. Il y a des centaines de marques, petites ou grandes, vous devez toujours vous renouveler pour rester dans la course. Néanmoins, je pense que le plus grand changement, toujours en cours d’ailleurs, implique l’avènement des réseaux sociaux. J’aime la façon dont ils ont révolutionné la mode. Ils ont tout changé, et pas seulement la présentation de nos collections ainsi que leur vente à nos clients, Instagram est en quelque sorte devenu mon directeur marketing. C’est une fenêtre ouverte sur le monde, c’est un moyen d’interagir avec les gens d’une façon nouvelle, plus profonde et immédiate. Aujourd’hui, il est important d’écouter les consommateurs. Ils vous diront exactement ce qu’ils veulent, un hoodie basique que vous pouvez trouver partout n’est plus suffisant. Ces jeunes générations savent exactement ce qu’elles veulent, et basique n’en fait certainement pas partie.

« Longtemps, j’ai avancé sous la pression des attentes des autres, des jugements et des mauvais conseils. Maintenant, et après toutes ces années, j’ai le sentiment d’avoir trouvé ma voix et que la marque est exactement là où j’ai envie qu’elle se trouve. »

Avez-vous déjà pensé à quitter la société ?
Jamais ! Cette entreprise, c’est ma vie. C’est le fruit du travail de mon frère, et même dans les moments les plus sombres, quand je me suis sentie accablée, je me suis toujours dit qu’il m’était impossible de renoncer.

Vous avez été directrice artistique de la maison au cours des 20 dernières années, quand avez-vous pris confiance en vos créations ?
Assez récemment, pour être honnête. Longtemps, j’ai avancé sous la pression des attentes des autres, des jugements et des mauvais conseils. Maintenant, et après toutes ces années, j’ai le sentiment d’avoir trouvé ma voix et que la marque est exactement là où j’ai envie qu’elle se trouve.

Avez-vous l’impression que les gens continuent à comparer votre travail à celui de Gianni ?
Peut-être. Très franchement, je ne sais pas. Ce dont je suis certaine en revanche, c’est qu’il y a un regain d’intérêt pour ce qu’est Versace et son histoire, et j’en suis ravie. Les générations plus jeunes ont envie qu’on leur raconte une histoire et s’il y a bien quelque chose dont Versace peut se targuer, c’est son héritage, que nous ne cessons de mettre au goût du jour. Bien sûr, la comparaison a eu lieu pendant de longues années. Et, d’une certaine façon, je conçois qu’il y ait pu avoir des confusions au départ : la petite sœur propulsée tout à coup… La comparaison était inévitable, surtout quand vous pensez à quel point Gianni était génial. Et qui étais-je ? Les gens ne savaient pas ce que je faisais quand je travaillais avec Gianni, personne n’avait connaissance de mon rôle au sein de la société. En réalité, je n’aurais jamais pensé diriger la société un jour. Ça a été très dur au début, mais j’ai changé, les choses ont changé, et j’aime tellement ce que je fais aujourd’hui !

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À gauche : Veste, pantalon, escarpins et sacs, Versace. À droite : Veste et sacs, Versace.
Photos : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Quel est le changement le plus important qu’a connu la maison sous votre égide ?
Je ne dirais pas qu’il s’agit de moi mais plutôt de la société qui s’est transformée à 360° degrés avec l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux. Ils ont complètement bouleversé le monde que nous connaissions et il nous a fallu du temps pour mesurer l’impact immense de ce qui était en train de se passer sous nos yeux.

En ce qui me concerne, j’ai commencé à m’en imprégner, j’ai essayé de comprendre, j’étais un peu réticente au départ, puis j’ai finalement créé un compte Instagram deux ans plus tard. Ça, c’est tout moi. Quand je décide de quelque chose, je m’investis à fond. Instagram est pour moi aujourd’hui un filtre à travers lequel je regarde le monde. Vous pouvez voir ce que les gens aiment, où ils voyagent, la musique qu’ils écoutent, ça vous apprend tellement. J’interagis, on me pose des questions, la connexion se fait, immédiatement, et c’est très épanouissant. Avec Instagram, j’ai pu montrer au monde qui j’étais vraiment et ça m’amuse beaucoup. Mais il n’est pas seulement question de ça. Aujourd’hui, les designers ne sont plus seuls à dicter les règles, ils ont besoin au contraire d’écouter les envies des gens, ils voient la façon dont ils s’habillent et on s’en inspire. Si ce n’est pas un changement de paradigme, alors je ne sais pas ce que c’est.

Les collections Versace sont aujourd’hui moins flamboyantes et ont l’air plus réalistes, seriez-vous en train de renoncer à l’excès ?
Hors de question ! Le minimalisme, c’est tellement ennuyeux !

L’idée d’excès est-elle la même aujourd’hui qu’il y a 20 ans ?
La mode ne vit pas en vase clos. Elle évolue avec la société et se fait le miroir de cette société qui la génère. Toutefois, ce que l’on considérait être un excès il y a 20 ans ne l’est plus aujourd’hui. Ça ne peut tout simplement pas l’être. Cela signifierait que le monde s’est arrêté et c’est irréaliste. Aussi, je n’aurais pu continuer à faire la même chose pendant 20 ans… Je ne suis même pas sûre que le concept d’excès soit toujours pertinent aujourd’hui. Qu’est-ce que cela signifie dans un monde où tout le monde a la liberté de s’exprimer quel qu’il soit, d’où qu’il vienne et indépendamment de son apparence ? Aujourd’hui, nous vivons dans un monde qui a besoin d’embrasser sa diversité car c’est ce qui rend chacun de nous spécial et unique. Vous voyez où je veux en venir ?

« Gianni a été l’un des premiers à s’inspirer de l’iconographie religieuse en la délestant de son symbolisme. C’est depuis devenu l’une des marques de fabrique de Versace. »

À quoi ressemble la vie quotidienne de Donatella Versace ?
Quand je ne voyage pas, je vais au bureau tous les jours. Le fitness est essentiel. J’essaie de faire rentrer au moins une demi-heure de sport dans mon programme quotidien. Le reste de la journée, je vois des amis et ma famille, et bien sûr mon Audrey (son chien, ndlr).

La famille a toujours été une des valeurs fondatrices de la maison, est-ce toujours le cas aujourd’hui ?
La famille, c’est vraiment tout ce qui compte pour moi. Et par famille, j’entends tous les gens à qui je suis liée, non pas seulement par le sang mais aussi par l’âme. J’entends mes amis, mes collaborateurs, le grand clan Versace fait de ces hommes et de ces femmes dont le chemin a croisé le mien au long de toutes ces années. Nous sommes une grande famille Versace.

Auprès de qui prenez-vous conseil ?
Du peu de gens en qui j’ai confiance, mais j’écoute beaucoup et j’apprends énormément des conversations que j’ai et qui n’ont pas nécessairement un rapport avec la mode. J’aime m’entourer de gens qui viennent de partout, aux parcours, aux cultures et aux idées différentes. Ce melting pot constitue une sorte de grand think tank. Comme je le disais, je suis aussi attentive à ce que les gens aiment sur Instagram. Quand vous avez le monde entier comme consultant, que pouvez-vous demander de plus ?

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le fait de gouverner cette entreprise ?
La possibilité qu’elle me donne d’être à la fois un créatif et un manager, de m’exprimer d’un nombre de moyens incalculables, d’être entourée de gens talentueux et tellement passionnés que c’en est infectieux. J’ai beaucoup de chance et rien de tout cela n’est jamais acquis.

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À gauche : Veste, pantalon, sandales et casquette, Versace. À droite : Robe et escarpins, Versace.
Photos : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Vous êtes née au cœur d’une Italie très religieuse et avez co-présidé le Met Gala « Heavenly Bodies » de cette année, comment la religion a-t-elle influencé votre style ?
Vous savez, en grandissant en Italie, la religion a toujours fait partie de nos vies et l’influence qu’elle aurait sur la mode, tôt ou tard, était tout simplement inévitable. La religion, c’était quelque chose d’absolument intouchable à l’époque, il était impossible de penser un seul instant à la réappropriation d’un élément décoratif religieux pour un vêtement. Gianni a été l’un des premiers à s’inspirer de l’iconographie religieuse en la délestant de son symbolisme. C’est depuis devenu l’une des marques de fabrique de Versace.

Est-ce de là d’où vient votre goût pour la provocation ?
Ce n’est pas de la provocation, mais plutôt une quête de liberté, et c’est totalement déconnecté de la religion. C’est un moyen d’entamer le dialogue. La provocation, comme l’excès, c’est quelque chose que vous faisiez il y a 20 ans à l’heure des barrières et des tabous sociétaux. Aujourd’hui, être provocateur, c’est avoir quelque chose à dire et ne pas se retenir de le faire. Aujourd’hui, être provocateur, c’est avoir suffisamment de force pour soutenir une cause en laquelle vous croyez. Ce n’est certainement pas une petite jupe et une robe transparente !

Vos cheveux extra-blonds et vos talons vertigineux seraient-ils alors une armure, plutôt qu’une provocation ?
La mode est une arme que vous pouvez utiliser à votre avantage. Dans mon cas, il y a eu un moment où mon style reflétait l’image d’une femme très forte, avec beaucoup d’assurance, et c’est paradoxalement à cette période que j’avais le moins de confiance en moi. C’est pourquoi une robe n’est pas qu’un morceau de tissu. Elle raconte toujours quelque chose de vous et de votre état d’esprit. Aujourd’hui, je m’amuse davantage avec mon image. J’aime montrer toujours le meilleur de moi-même. Je ne porte que des talons hauts, c’est ma signature.

« Il y a eu un moment où mon style reflétait l’image d’une femme très forte, avec beaucoup d’assurance, et c’est paradoxalement à cette période que j’avais le moins de confiance en moi. »

Vous vous auto-proclamez féministe, qu’est-ce qui fait de vous cette militante ?
La croyance en le fait que les femmes doivent être logées à la même enseigne. Cela implique de soutenir les autres femmes, d’utiliser votre voix pour parler de choses « embarrassantes », de vous battre pour vos droits et l’égalité, de dire au monde : « Regardez-moi bien, j’ai quelque chose à vous dire ! Les femmes sont fortes, ont confiance en elles, sont solidaires, savent exactement ce qu’elles veulent et la mode pourrait être une des armes nécessaires au combat. »

Voyez-vous votre position de femme à la tête d’une société qui réalise des millions de dollars de chiffres d’affaires comme un acte féministe ?
Peut-être, mais je ne suis pas seule… Je sais quand même ce que ça fait d’entrer dans une salle face à un comité d’hommes qui ne s’attendent qu’à ce que vous disiez une bêtise.

Avez-vous le sentiment qu’être une femme vous a parfois freiné dans votre ascension ?
Je ne sais pas. Dans mon cas, c’était très particulier, mais il est certain qu’être une femme ne m’a pas aidé au départ. Aujourd’hui encore, les femmes doivent faire davantage leurs preuves que les hommes et doivent redoubler d’efforts pour être entendues. Je savais que certaines choses devaient changer, car les temps avaient changé. Après en avoir discuté avec des amis et des experts à l’intérieur et à l’extérieur de l’industrie, j’ai pris conscience de ce qu’il fallait faire. Il a été très difficile de faire évoluer les mentalités au sein de la société et cela a demandé beaucoup de travail et de temps. J’ai finalement réussi à composer une équipe qui croit fermement en l’égalité et valorise la voix de tous afin que chacun ait la possibilité d’exprimer son opinion. Tout le monde contribue équitablement aujourd’hui au succès de tout ce que l’on entreprend.

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À gauche : Cape, Versace. À droite : Cape, leggings et sandales, Versace.
Photos : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Votre business ne s’est jamais aussi bien porté, de quoi êtes-vous la plus fière ?
D’avoir eu la force de ne jamais abandonner et d’être entourée d’une équipe qui a toujours cru en le nom Versace.

Vous avez été félicitée pour avoir proscrit la fourrure de vos collections, le bien-être animal est-il votre nouveau cheval de bataille ?
C’est une responsabilité. C’est une chose à laquelle je pense depuis un moment maintenant. La décision de supprimer toute présence de fourrure à l’horizon 2019 s’inscrit dans la politique écologique plus large de Versace, dont les différentes initiatives visent une approche de la mode plus responsable et soucieuse de l’environnement. Le message passé aux jeunes générations et à leur propre passion pour les causes sociales m’ont conduit à une introspection pour définir où je me positionnais réellement. J’ai commencé à penser à l’héritage, aux générations suivantes et à un avenir meilleur. En tant que designers, nous avons une voix et il me semble inévitable que chacun prenne position sur ces sujets. Jusqu’à récemment, on pouvait ignorer certains problèmes alors perçus comme des enjeux de seconde zone, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Peut-on s’attendre à un arrêt du cuir dans les prochaines années ?
Nous cherchons également des façons plus responsables de produire du cuir : c’est encore très expérimental à ce stade et nous sommes encore loin d’une solution viable, mais le processus est en marche. Il est essentiel que tout le monde comprenne que le changement prend du temps et nécessite de la recherche. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ce qui est positif, c’est qu’une fois engagé sur la route du changement, tout ne peut qu’aller en s’arrangeant.

La rumeur dit que votre successeur serait en chemin, êtes-vous prête à passer le relai ou signez-vous pour 20 années supplémentaires ?
Vous croyez aux rumeurs vous ? Je ne sais pas ce qu’il en sera dans 20 ans. Ce qui m’importe, c’est que la personne qui sera à la tête de Versace, quelle qu’elle soit, respecte l’héritage de la maison et poursuive ce travail de rupture et d’évolution que nous nous évertuons à faire depuis le début.

Les supermodels chantaient le tube « Freedom » de George Michael sur le podium, vous sentez-vous libre aujourd’hui ?
Je ne me sens pas libre, je suis libre.

Cet article est extrait de Antidote : Excess hiver 2018-2019, photographié par Xiangyu Liu.

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L’histoire est romanesque. Vous la connaissez déjà. Quand Gianni tombe devant sa villa de Miami en 1997 sous les balles du tueur en série Andrew Cunanan, c’est à Donatella, petite sœur du fondateur et dernière du clan Versace que revient immédiatement la mission de prendre les rennes de la maison.

Vingt ans plus tard, fidèle au poste, Donatella Versace a triomphé de périodes sombres pour finalement renouer avec un succès pérenne à la fois créatif et financier, emmené par sa volonté d’évolution perpétuelle et son respect de l’héritage Versace. Objet de culte, la marque se targue aujourd’hui de plus de 200 boutiques autour du monde et compte ainsi parmi les quelques noms du luxe international.

Elle fête cette année un quarantième anniversaire tourné vers le futur, les jeunes générations et les réseaux sociaux. Dans cet entretien, la directrice artistique de la maison revient sur la transformation de Versace, défend sa décision de renoncer à la fourrure, milite en faveur du féminisme et révèle sa plus grande source d’inspiration.

ANTIDOTE. La maison Versace fête cette année 40 ans d’existence, comment l’appréhendez-vous ?
DONATELLA VERSACE. Les anniversaires, c’est tellement hier. Je n’aime pas tellement regarder en arrière, je préfère plutôt me concentrer sur le présent et le futur. Ne vous méprenez pas, c’est un moment incroyable pour Versace et je suis fière des résultats auxquels l’équipe qui m’entoure et moi-même sommes parvenus. Il est hors de question de se reposer sur nos lauriers. Nous cherchons sans cesse de nouvelles idées pour continuer à incarner les valeurs de Versace : l’innovation, la créativité et la pertinence culturelle.

La campagne printemps-été 2018 de Steven Meisel incarnait ce pont entre le passé et le présent. Il est essentiel de savoir qui vous êtes et d’où vous venez pour être à même de construire votre futur. Quand vous êtes à la tête d’une société telle que Versace avec un tel héritage, vous embrassez le passé, mais vous le transformez en quelque chose de novateur, de moderne. Vous bâtissez sur ces fondations et vous racontez ainsi une nouvelle histoire. Nous avons passé un si bon moment sur le set du shooting et le mantra « Versace, Versace, Versace » que les filles n’arrêtaient pas de répéter est devenu viral. C’était génial !

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Robe, cuissardes et boucles d’oreilles, Versace.
Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

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Robe, Versace.
Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Dans le film, le mot Versace apparaît écrit en ruban, pierres, aiguilles et en or, voilà de quoi est fait Versace ?
Absolument, et bien plus encore. Tout peut être Versace si vous avez l’attitude qui va avec. Parce que c’est ce qu’est Versace avant tout : un mode de pensée, un lifestyle.

Quels sont les autres éléments fondateurs de la maison de luxe international qu’est Versace aujourd’hui ?
Versace, c’est la force, c’est l’individualité, Versace confère un certain pouvoir. C’est l’histoire de la solidarité et de l’inclusion. Et de profiter de la vie ! C’est une énergie pure qui bat dans vos veines. Mais c’est aussi un savoir-faire artisanal hors du commun, la créativité, l’innovation… Ce sont les valeurs que j’ai en tête lorsque je crée.

Ces 40 années ont été particulièrement intenses et tourmentées, quelles leçons tirez-vous de tout ce temps au sein de l’industrie ?
Il faut sans cesse évoluer pour rester pertinent et aussi garder les yeux et les oreilles grand ouverts. Les choses changent en un rien de temps et si vous restez à l’arrière, il est difficile de remonter. Les temps ont changé et l’horizon n’a pas toujours été si dégagé. Quand nous avons commencé cette affaire, il y avait moins de concurrents. Tout, dans la mode, restait à créer. La compétition faisait rage mais en même temps, il y avait tellement à imaginer, tellement de barrières et de tabous à briser. À cette époque, les consommateurs voulaient s’offrir un produit de marque et s’identifier à la marque de leur choix. Puis les grands groupes de luxe sont arrivés et tout a commencé à changer. Aujourd’hui, nous faisons face à un paysage radicalement différent. Il y a des centaines de marques, petites ou grandes, vous devez toujours vous renouveler pour rester dans la course. Néanmoins, je pense que le plus grand changement, toujours en cours d’ailleurs, implique l’avènement des réseaux sociaux. J’aime la façon dont ils ont révolutionné la mode. Ils ont tout changé, et pas seulement la présentation de nos collections ainsi que leur vente à nos clients, Instagram est en quelque sorte devenu mon directeur marketing. C’est une fenêtre ouverte sur le monde, c’est un moyen d’interagir avec les gens d’une façon nouvelle, plus profonde et immédiate. Aujourd’hui, il est important d’écouter les consommateurs. Ils vous diront exactement ce qu’ils veulent, un hoodie basique que vous pouvez trouver partout n’est plus suffisant. Ces jeunes générations savent exactement ce qu’elles veulent, et basique n’en fait certainement pas partie.

« Longtemps, j’ai avancé sous la pression des attentes des autres, des jugements et des mauvais conseils. Maintenant, et après toutes ces années, j’ai le sentiment d’avoir trouvé ma voix et que la marque est exactement là où j’ai envie qu’elle se trouve. »

Avez-vous déjà pensé à quitter la société ?
Jamais ! Cette entreprise, c’est ma vie. C’est le fruit du travail de mon frère, et même dans les moments les plus sombres, quand je me suis sentie accablée, je me suis toujours dit qu’il m’était impossible de renoncer.

Vous avez été directrice artistique de la maison au cours des 20 dernières années, quand avez-vous pris confiance en vos créations ?
Assez récemment, pour être honnête. Longtemps, j’ai avancé sous la pression des attentes des autres, des jugements et des mauvais conseils. Maintenant, et après toutes ces années, j’ai le sentiment d’avoir trouvé ma voix et que la marque est exactement là où j’ai envie qu’elle se trouve.

Avez-vous l’impression que les gens continuent à comparer votre travail à celui de Gianni ?
Peut-être. Très franchement, je ne sais pas. Ce dont je suis certaine en revanche, c’est qu’il y a un regain d’intérêt pour ce qu’est Versace et son histoire, et j’en suis ravie. Les générations plus jeunes ont envie qu’on leur raconte une histoire et s’il y a bien quelque chose dont Versace peut se targuer, c’est son héritage, que nous ne cessons de mettre au goût du jour. Bien sûr, la comparaison a eu lieu pendant de longues années. Et, d’une certaine façon, je conçois qu’il y ait pu avoir des confusions au départ : la petite sœur propulsée tout à coup… La comparaison était inévitable, surtout quand vous pensez à quel point Gianni était génial. Et qui étais-je ? Les gens ne savaient pas ce que je faisais quand je travaillais avec Gianni, personne n’avait connaissance de mon rôle au sein de la société. En réalité, je n’aurais jamais pensé diriger la société un jour. Ça a été très dur au début, mais j’ai changé, les choses ont changé, et j’aime tellement ce que je fais aujourd’hui !

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Veste, pantalon, escarpins et sacs, Versace.
Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

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Veste et sacs, Versace.
Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Quel est le changement le plus important qu’a connu la maison sous votre égide ?
Je ne dirais pas qu’il s’agit de moi mais plutôt de la société qui s’est transformée à 360° degrés avec l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux. Ils ont complètement bouleversé le monde que nous connaissions et il nous a fallu du temps pour mesurer l’impact immense de ce qui était en train de se passer sous nos yeux.

En ce qui me concerne, j’ai commencé à m’en imprégner, j’ai essayé de comprendre, j’étais un peu réticente au départ, puis j’ai finalement créé un compte Instagram deux ans plus tard. Ça, c’est tout moi. Quand je décide de quelque chose, je m’investis à fond. Instagram est pour moi aujourd’hui un filtre à travers lequel je regarde le monde. Vous pouvez voir ce que les gens aiment, où ils voyagent, la musique qu’ils écoutent, ça vous apprend tellement. J’interagis, on me pose des questions, la connexion se fait, immédiatement, et c’est très épanouissant. Avec Instagram, j’ai pu montrer au monde qui j’étais vraiment et ça m’amuse beaucoup. Mais il n’est pas seulement question de ça. Aujourd’hui, les designers ne sont plus seuls à dicter les règles, ils ont besoin au contraire d’écouter les envies des gens, ils voient la façon dont ils s’habillent et on s’en inspire. Si ce n’est pas un changement de paradigme, alors je ne sais pas ce que c’est.

Les collections Versace sont aujourd’hui moins flamboyantes et ont l’air plus réalistes, seriez-vous en train de renoncer à l’excès ?
Hors de question ! Le minimalisme, c’est tellement ennuyeux !

L’idée d’excès est-elle la même aujourd’hui qu’il y a 20 ans ?
La mode ne vit pas en vase clos. Elle évolue avec la société et se fait le miroir de cette société qui la génère. Toutefois, ce que l’on considérait être un excès il y a 20 ans ne l’est plus aujourd’hui. Ça ne peut tout simplement pas l’être. Cela signifierait que le monde s’est arrêté et c’est irréaliste. Aussi, je n’aurais pu continuer à faire la même chose pendant 20 ans… Je ne suis même pas sûre que le concept d’excès soit toujours pertinent aujourd’hui. Qu’est-ce que cela signifie dans un monde où tout le monde a la liberté de s’exprimer quel qu’il soit, d’où qu’il vienne et indépendamment de son apparence ? Aujourd’hui, nous vivons dans un monde qui a besoin d’embrasser sa diversité car c’est ce qui rend chacun de nous spécial et unique. Vous voyez où je veux en venir ?

« Gianni a été l’un des premiers à s’inspirer de l’iconographie religieuse en la délestant de son symbolisme. C’est depuis devenu l’une des marques de fabrique de Versace. »

À quoi ressemble la vie quotidienne de Donatella Versace ?
Quand je ne voyage pas, je vais au bureau tous les jours. Le fitness est essentiel. J’essaie de faire rentrer au moins une demi-heure de sport dans mon programme quotidien. Le reste de la journée, je vois des amis et ma famille, et bien sûr mon Audrey (son chien, ndlr).

La famille a toujours été une des valeurs fondatrices de la maison, est-ce toujours le cas aujourd’hui ?
La famille, c’est vraiment tout ce qui compte pour moi. Et par famille, j’entends tous les gens à qui je suis liée, non pas seulement par le sang mais aussi par l’âme. J’entends mes amis, mes collaborateurs, le grand clan Versace fait de ces hommes et de ces femmes dont le chemin a croisé le mien au long de toutes ces années. Nous sommes une grande famille Versace.

Auprès de qui prenez-vous conseil ?
Du peu de gens en qui j’ai confiance, mais j’écoute beaucoup et j’apprends énormément des conversations que j’ai et qui n’ont pas nécessairement un rapport avec la mode. J’aime m’entourer de gens qui viennent de partout, aux parcours, aux cultures et aux idées différentes. Ce melting pot constitue une sorte de grand think tank. Comme je le disais, je suis aussi attentive à ce que les gens aiment sur Instagram. Quand vous avez le monde entier comme consultant, que pouvez-vous demander de plus ?

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le fait de gouverner cette entreprise ?
La possibilité qu’elle me donne d’être à la fois un créatif et un manager, de m’exprimer d’un nombre de moyens incalculables, d’être entourée de gens talentueux et tellement passionnés que c’en est infectieux. J’ai beaucoup de chance et rien de tout cela n’est jamais acquis.

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Veste, pantalon, sandales et casquette, Versace.
Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

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Robe et escarpins, Versace.
Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Vous êtes née au cœur d’une Italie très religieuse et avez co-présidé le Met Gala « Heavenly Bodies » de cette année, comment la religion a-t-elle influencé votre style ?
Vous savez, en grandissant en Italie, la religion a toujours fait partie de nos vies et l’influence qu’elle aurait sur la mode, tôt ou tard, était tout simplement inévitable. La religion, c’était quelque chose d’absolument intouchable à l’époque, il était impossible de penser un seul instant à la réappropriation d’un élément décoratif religieux pour un vêtement. Gianni a été l’un des premiers à s’inspirer de l’iconographie religieuse en la délestant de son symbolisme. C’est depuis devenu l’une des marques de fabrique de Versace.

Est-ce de là d’où vient votre goût pour la provocation ?
Ce n’est pas de la provocation, mais plutôt une quête de liberté, et c’est totalement déconnecté de la religion. C’est un moyen d’entamer le dialogue. La provocation, comme l’excès, c’est quelque chose que vous faisiez il y a 20 ans à l’heure des barrières et des tabous sociétaux. Aujourd’hui, être provocateur, c’est avoir quelque chose à dire et ne pas se retenir de le faire. Aujourd’hui, être provocateur, c’est avoir suffisamment de force pour soutenir une cause en laquelle vous croyez. Ce n’est certainement pas une petite jupe et une robe transparente !

Vos cheveux extra-blonds et vos talons vertigineux seraient-ils alors une armure, plutôt qu’une provocation ?
La mode est une arme que vous pouvez utiliser à votre avantage. Dans mon cas, il y a eu un moment où mon style reflétait l’image d’une femme très forte, avec beaucoup d’assurance, et c’est paradoxalement à cette période que j’avais le moins de confiance en moi. C’est pourquoi une robe n’est pas qu’un morceau de tissu. Elle raconte toujours quelque chose de vous et de votre état d’esprit. Aujourd’hui, je m’amuse davantage avec mon image. J’aime montrer toujours le meilleur de moi-même. Je ne porte que des talons hauts, c’est ma signature.

« Il y a eu un moment où mon style reflétait l’image d’une femme très forte, avec beaucoup d’assurance, et c’est paradoxalement à cette période que j’avais le moins de confiance en moi. »

Vous vous auto-proclamez féministe, qu’est-ce qui fait de vous cette militante ?
La croyance en le fait que les femmes doivent être logées à la même enseigne. Cela implique de soutenir les autres femmes, d’utiliser votre voix pour parler de choses « embarrassantes », de vous battre pour vos droits et l’égalité, de dire au monde : « Regardez-moi bien, j’ai quelque chose à vous dire ! Les femmes sont fortes, ont confiance en elles, sont solidaires, savent exactement ce qu’elles veulent et la mode pourrait être une des armes nécessaires au combat. »

Voyez-vous votre position de femme à la tête d’une société qui réalise des millions de dollars de chiffres d’affaires comme un acte féministe ?
Peut-être, mais je ne suis pas seule… Je sais quand même ce que ça fait d’entrer dans une salle face à un comité d’hommes qui ne s’attendent qu’à ce que vous disiez une bêtise.

Avez-vous le sentiment qu’être une femme vous a parfois freiné dans votre ascension ?
Je ne sais pas. Dans mon cas, c’était très particulier, mais il est certain qu’être une femme ne m’a pas aidé au départ. Aujourd’hui encore, les femmes doivent faire davantage leurs preuves que les hommes et doivent redoubler d’efforts pour être entendues. Je savais que certaines choses devaient changer, car les temps avaient changé. Après en avoir discuté avec des amis et des experts à l’intérieur et à l’extérieur de l’industrie, j’ai pris conscience de ce qu’il fallait faire. Il a été très difficile de faire évoluer les mentalités au sein de la société et cela a demandé beaucoup de travail et de temps. J’ai finalement réussi à composer une équipe qui croit fermement en l’égalité et valorise la voix de tous afin que chacun ait la possibilité d’exprimer son opinion. Tout le monde contribue équitablement aujourd’hui au succès de tout ce que l’on entreprend.

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Cape, Versace.
Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

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Cape, leggings et sandales, Versace.
Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : Excess hiver 2018-2019. Stylisme : Yann Weber. Modèle : Aweng @Metropolitan. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Votre business ne s’est jamais aussi bien porté, de quoi êtes-vous la plus fière ?
D’avoir eu la force de ne jamais abandonner et d’être entourée d’une équipe qui a toujours cru en le nom Versace.

Vous avez été félicitée pour avoir proscrit la fourrure de vos collections, le bien-être animal est-il votre nouveau cheval de bataille ?
C’est une responsabilité. C’est une chose à laquelle je pense depuis un moment maintenant. La décision de supprimer toute présence de fourrure à l’horizon 2019 s’inscrit dans la politique écologique plus large de Versace, dont les différentes initiatives visent une approche de la mode plus responsable et soucieuse de l’environnement. Le message passé aux jeunes générations et à leur propre passion pour les causes sociales m’ont conduit à une introspection pour définir où je me positionnais réellement. J’ai commencé à penser à l’héritage, aux générations suivantes et à un avenir meilleur. En tant que designers, nous avons une voix et il me semble inévitable que chacun prenne position sur ces sujets. Jusqu’à récemment, on pouvait ignorer certains problèmes alors perçus comme des enjeux de seconde zone, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Peut-on s’attendre à un arrêt du cuir dans les prochaines années ?
Nous cherchons également des façons plus responsables de produire du cuir : c’est encore très expérimental à ce stade et nous sommes encore loin d’une solution viable, mais le processus est en marche. Il est essentiel que tout le monde comprenne que le changement prend du temps et nécessite de la recherche. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ce qui est positif, c’est qu’une fois engagé sur la route du changement, tout ne peut qu’aller en s’arrangeant.

La rumeur dit que votre successeur serait en chemin, êtes-vous prête à passer le relai ou signez-vous pour 20 années supplémentaires ?
Vous croyez aux rumeurs vous ? Je ne sais pas ce qu’il en sera dans 20 ans. Ce qui m’importe, c’est que la personne qui sera à la tête de Versace, quelle qu’elle soit, respecte l’héritage de la maison et poursuive ce travail de rupture et d’évolution que nous nous évertuons à faire depuis le début.

Les supermodels chantaient le tube « Freedom » de George Michael sur le podium, vous sentez-vous libre aujourd’hui ?
Je ne me sens pas libre, je suis libre.

Cet article est extrait de Antidote : Excess hiver 2018-2019, photographié par Xiangyu Liu.

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