Rabanne x H&M : Julien Dossena et Ann-Sofie Johansson se livrent sur leur collaboration dans une interview exclusive pour Antidote

Article publié le 17 octobre 2023

Texte : Henri Delebarre. Photos Rabanne x H&M.

Après avoir fait appel à Stella McCartney, Donatella Versace ou plus récemment Casey Cadwallader de Mugler, le géant suédois H&M s’est associé à la maison Rabanne et à son directeur artistique, Julien Dossena, pour concevoir sa nouvelle collection capsule en collaboration avec un·e grand·e designer. En résulte des pièces à l’esthétique seventies audacieuses et festives, retranscrivant l’approche radicale et l’exploration des matières chères à Paco Rabanne.

Après avoir fait appel à Stella McCartney, Donatella Versace ou plus récemment Casey Cadwallader de Mugler, le géant suédois H&M s’est associé à la maison Rabanne et à son directeur artistique, Julien Dossena, pour concevoir sa nouvelle collection capsule en collaboration avec un·e grand·e designer. En résulte des pièces à l’esthétique seventies audacieuses et festives, retranscrivant l’approche radicale et l’exploration des matières chères à Paco Rabanne.

À l’occasion d’une présentation presse confidentielle organisée en avant-première, en mai dernier, dans le QG parisien de la maison, Antidote s’est entretenu avec le directeur artistique de Rabanne, Julien Dossena, et Ann-Sofie Johansson, Creative Advisor de H&M, pour en savoir plus sur la nouvelle collection capsule d’H&M conçue avec un·e grand·e créateur·ice de mode.
Composée de vêtements et d’accessoires pour hommes et femmes aussi étincelants qu’audacieux, mais également d’objets de décoration, la collection capsule Rabanne x H&M a été dévoilée lors d’un événement organisé au Silencio, pendant la dernière Fashion Week de Paris, début octobre, en présence de Cher ou encore Elle Fanning. Inspirée par la mise en scène d’une pool party dans le Los Angeles fantasmé des seventies, elle revisite les créations emblématiques du révolutionnaire « métallurgiste de la mode » décédé en février dernier, telle que sa fameuse robe « Disc-o-rama », repoussant les limites du vêtement.
Inhérente à l’ADN de Rabanne, l’exploration de matières innovantes est aujourd’hui poursuivie par H&M et Julien Dossena (qui fête cette année ses dix ans à la tête de la maison), à travers les pièces en aluminium recyclé de cette collection, qui fait la part belle aux sequins, se compose de pièces moulantes, d’un costume argenté, d’imprimés géométriques et fleuris éclectiques, ou encore de loungewear et se double pour la première fois d’une capsule H&M Home, dans le prolongement des meubles créés par Paco Rabanne.
ANTIDOTE : Quand et comment a germé l’idée d’une collaboration entre H&M et Rabanne ?
ANN-SOFIE JOHANSSON : Il y a environ un an. Je crois que c’était la première fois que nous nous rencontrions ; pour discuter de notre envie potentielle de travailler ensemble et si oui, sous quelle forme. Julien a dit « Oui ! » et on s’est dit « Oui !!! » [rires]. La machine était lancée. On a eu de nombreuses réunions, pour parler du design et de la manière dont nous voulions retranscrire la vision de Julien et de Paco Rabanne. Puis nous avons eu de nombreuses réunions sur les matières, les essayages… Nous avons passé beaucoup de temps à Paris, dans le QG de Rabanne. C’était génial, nous avons vraiment passé du bon temps et je pense que ça se ressent dans cette collection qui est très précieuse.
Pourquoi avoir choisi Julien Dossena et Rabanne pour cette nouvelle collection, qui s’inscrit dans la série de collaborations entre H&M et de grand·e·s designers ?
A-S. J. : La maison Rabanne représente un pan important de l’histoire de la mode et depuis dix ans, Julien la mène vers de nouveaux sommets. Il en a refait une marque pertinente, moderne et super intéressante pour une audience de tous les âges.
Et vous Julien, qu’est-ce qui vous a poussé à accepter ce challenge ?
JULIEN DOSSENA : Honnêtement, dès le premier rendez-vous, le fait de rencontrer des gens adorables et très compétents, et de voir qu’il n’y avait aucune limite en termes de design et de sophistication. Collaborer avec H&M ouvre le champ des possibles, c’est une autre échelle, intéressante à découvrir et ça oblige à penser différemment. J’aime mon travail parce qu’il est pragmatique. Travailler sur cette collection m’a offert une grande liberté.
Les créations Rabanne, comme les fameuses robes en métal, convoquent un savoir-faire très particulier. Comment vous y êtes-vous pris·e·s pour rentranscrire cet ADN radical et moderne, qui s’appuie sur l’exploration des matières ? J’imagine que c’était un challenge de démocratiser certains codes esthétiques de Rabanne…
A-S. J. : Oui, c’était très technique, un vrai challenge. C’était vraiment un travail d’équipe. Ça nous a obligé à repousser les limites et nous a frotté à de nouveaux savoir-faire. C’est la première fois aussi que nous travaillons l’aluminium recyclé, ça a nécessité des mois de développement. Nous voulions vraiment que la collection soit la plus durable possible. Nous avons aussi travaillé le coton biologique, le polyester recyclé, pour les paillettes par exemple, qui sont désormais fabriquées à partir de plastique 100% recyclé. Nos réunions sur les matières ressemblaient à des workshops. Nous présentions certaines matières à l’état de décomposition. Il fallait avoir une vision à 360 degrés de la collection, de sa fabrication à sa fin de vie.
J. D. : C’est intéressant car H&M est allé plus loin que ce que nous étions capables de faire dans certains domaines. Concernant la durabilité, c’était vraiment quelque chose que nous voulions améliorer chez Rabanne, et H&M pousse vraiment loin l’innovation dans ce domaine. Ça faisait longtemps que je voulais utiliser de l’aluminium recyclé pour nos mailles, mais c’est un matériau difficile à développer et à produire pour nos fournisseurs, et avec H&M nous sommes parvenus a créer des pièces en aluminium recyclé à 70%. C’est une première ! Travailler sur cette collection a été un apprentissage mutuel, une conversation entre les équipes d’H&M et les miennes. 
C’est de cette manière que se traduit l’avant-gardisme aujourd’hui selon vous ?
A-S. J. : Oui. C’est justement ce qu’on s’est dit pas plus tard qu’hier ! Qu’est-ce que le design radical aujourd’hui ? Paco Rabanne était radical dans les années 1960, mais aujourd’hui il faut avoir l’approche la plus durable et la plus circulaire possible. Les designers d’aujourd’hui doivent penser à la fin de vie du produit qu’il·elle·s fabriquent. Il·elle·s ont une responsabilité.
De quoi vous êtes-vous inspiré·e·s pour cette collection ? Il y a des imprimés fleuris,  d’autres géométriques façon seventies, des pièces en maille métallique, une forme d’éclectisme… On dirait, Julien, qu’il y a des clins d’œil à toutes vos précédentes collections, parce que vous fêtez cette année vos dix ans chez Rabanne…
A-S. J. : C’est un best of ! Greatest Hits ! [Rires]
J. D. : Oui, c’est vrai ! Je voulais être le plus généreux possible, offrir à chacun·e la possibilité de piocher une pièce, pour permettre à tous·tes de s’exprimer. Chaque pièce exprime un des aspects de Rabanne. L’idée de la collection, c’est un rassemblement de personnes intéressantes. C’est la raison pour laquelle la collection est vraiment hétéroclite. C’est comme si vous étiez dans la rue, ou à une soirée. Il y a cette fille qui porte une robe léopard, ce mec dans un costume argenté, ou encore cette autre personne en sweatpants avec des tongs. Je voulais infuser une idée de cool, un mélange de différents éléments à rebours du fait d’être dictatorial dans sa manière de s’habiller. Il y a des milliers de combinaisons possibles.
Aviez-vous des personnes précises en tête pour créer ces pièces ?
J. D. :
C’est un mix de personnes que j’aime, en général. Il y a un peu de Jimi Hendrix, à travers ce type de veste [il pointe une veste inspirée de celle que portaient les hussards de Napoléon Ier]. Il y a aussi un soupçon de David Bowie, sur cette photo de lui dans une veste bleu ciel avec ses cheveux roux plaqués en arrière. Il y aussi cette photo de Grace Coddington dans une piscine, entourée de quelques personnes qui boivent un cocktail, à L.A. où dans un lieu de ce genre, prise par Helmut Newton.
Je me suis inspiré de ce moment, lorsqu’on rentre de soirée, à l’aube, et qu’on s’entoure de ses ami·e·s les plus proches pour aller chiller. C’est de ce type de mises en scène dont nous avons parlé avec Ann-Sofie. C’était presque comme pour un film, lorsqu’on réfléchit à la construction des différents personnages. Chaque vêtement a une forte personnalité. Il n’y a pas de compromis. Il n’y a pas de petite veste noire pour contrebalancer. Chaque pièce est très référencée.
Vous faite la comparaison avec le cinéma, or je sais que vous êtes aussi très inspiré par la littérature. Vous-êtes vous aussi inspiré d’œuvres littéraires pour cette collection ?
J. D. : Oui, absolument. Parce qu’il y a des romans qui parlent exactement de ce type de personnages. Dans ma vingtaine, j’étais un très grand fan de Bret Easton Ellis, par exemple. Et de cette énergie un peu grungy du Los Angeles des années 1980. Il y a un peu de William S. Burroughs aussi parfois. Il s’agit plutôt d’allusions à des choses qui infusent mon esprit, auxquelles je ne fais pas référence directement, mais qui sont là. Un peu plus tôt quelqu’un nous a dit à propos de la collection: « Oh, ça me fait penser à une sorte de nouvelle version de In the Mood for Love de Wong-Kar Wai ». Et nous n’y avions jamais pensé ! Mais c’est vrai !
A-S. J. : Oui c’est vrai, on ne se l’était jamais dit ! Mais chacun peut se laisser aller à sa propre imagination.
Oui, c’est comme lorsqu’on lit une description dans livre, on peut s’imaginer l’endroit comme on en a envie…
J. D. : Exactement. C’est pour ça que j’aime les livre. C’est pareil pour les personnages. Ça laisse la porte ouverte, chacun·e peut se les approprier.
Vos créations et celles de Paco Rabanne ont d’ailleurs été adoptées par de nombreuses icônes de la pop culture. Hier Jane Birkin, Jane Fonda dans Barbarella, Françoise Hardy… Aujourd’hui Aya Nakamura, Beyoncé… Votre but avec cette collection était-il de donner à tout le monde le sentiment d’être une pop star ?
J. D. : Tout le monde peut se sentir spécial, en effet ! C’est vraiment dans l’ADN de Rabanne. Bien-sûr, il y a cette confiance en soi que procurent nos pièces, pour vous faire sentir que vous êtes unique. L’idée est vraiment de vous faire sentir spécial·e, de vous donner de la force, de vous faire briller !
Cette collaboration s’étend au-delà de la mode, avec du lifestyle, des objets de décoration…
A-S. J. : Oui, c’est la première fois qu’un designer de mode avec lequel on collabore crée du lifestyle, développe un univers complet…
J. D. : C’est une narration complète.
La collection comprend également des pièces pour hommes. Julien, vous avez introduit le menswear chez Rabanne avec le défilé printemps-été 2020 mais les silhouettes masculines ont depuis disparu de vos collections. Était-ce un challenge pour vous de créer à nouveau pour l’homme ?
J. D. : Non ! J’adore créer pour les hommes. Mais j’ai une idée précise de la mode homme que je veux créer et la pandémie nous a stoppés dans le développement de la mode masculine chez Rabanne. Mais j’ai hâte de développer à nouveau l’homme Rabanne. Ça fait sens autant pour moi en tant que designer que pour la maison. Ce n’est qu’une question de temps !
Y a-t-il des collaborations entre H&M et des designers qui vous ont particulièrement marqué, au fil des années ?
J. D. : La première, avec Karl Lagerfeld [en 2004, NDLR]. J’étais encore étudiant et je me souviens de l’enthousiasme des gens à l’idée de pouvoir accéder à ce genre de pièces. Plus tard aussi, celle avec Margiela. J’ai des ami·e·s qui gardent leurs pièces Margiela x H&M même s’il·elle·s ont désormais les moyens de s’acheter des pièces Maison Margiela. Parce que pour beaucoup, les pièces des collaborations avec H&M ont la valeur sentimentale de cette première pièce de designer que vous pouvez vous offrir. Il y a une vraie volonté démocratique.
La collection Rabanne x H&M sera disponible dans une sélection de boutiques et sur hm.com, à partir du 9 novembre 2023.

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