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Découvrez la nouvelle capsule Antidote Care x Xander Zhou

Photos : Antidote Care en collaboration avec Xander Zhou.
Texte : Maxime Retailleau.
Photographe : Davit Giorgadze. Mannequin : Roche Goya Barthélémy @New Madison Models.

Premier designer chinois à défiler lors de la Fashion Week homme de Londres, Xander Zhou collabore cette saison avec Antidote Care autour d’une collection capsule entièrement upcyclée.

Les photos de ses mannequins homme en pleine grossesse défilant à la Fashion Week de Londres ont fait le tour du monde la saison dernière. Au-delà de ses collections nourries par sa réflexion sur le futur, Xander Zhou, designer de 35 ans vivant entre Pékin et les Pays-Bas (où il avait effectué ses études), tient en effet à construire une narration à travers ses shows, s’articulant autour de mannequins qu’il pense comme des personnages de film. Et celui de sa collection automne-hiver 2019 n’a pas dérogé à la règle, avec un modèle transhumaniste sur échasses, des hommes-poissons et yétis, ou encore de jeunes papas tenant des nourrissons en peluche dans leur bras, en écho au défilé précédent.

Au-delà de l’extravagance de ses défilés, Xander Zhou s’est imposé à l’international avec ses lignes successives, qui revisitent régulièrement l’uniforme pour mieux faire ressortir la singularité de son univers. Il signe cette saison la première collaboration d’un designer avec Antidote Care, dont toutes les pièces sont 100% upcyclées et disponibles en exclusivité au premier étage du Printemps de l’Homme. Entretien.

ANTIDOTE. Vous avez déclaré que votre mère est votre icône de mode favorite. Dans quelle mesure son sens du style vous a-t-il influencé lorsque vous étiez jeune ?
XANDER ZHOU. Ma mère faisait toujours attention à ce que je sois habillé de la meilleure manière possible. Elle m’a ainsi permis de prendre très clairement conscience que les vêtements peuvent vous permettre de vous différencier. Étant enfant, j’étais également impressionné par le nombre de talons hauts que ma mère possédait. J’ai aussi remarqué que quand quelqu’un la complimentait sur ses chaussures, elle en était particulièrement fière.

« Pour cette capsule, j’ai utilisé des matériaux commandés pour mes précédentes collections, qu’il me restait en stock. Au lieu de sourcer les matières en fonction d’une idée, j’ai travaillé avec ce que j’avais de disponible. »

Vous avez poursuivi des études de design de mode : y a-t-il des créateurs que vous admiriez alors particulièrement ?
De mon expérience, en tant qu’étudiant on admire différents designers au cours de son parcours. Mais je trouve cela difficile d’en désigner quelques uns en particulier. Ce qui m’attirait le plus, c’est l’inconnu. J’aime vraiment découvrir et explorer des choses dont ne savais rien auparavant.

Qu’est-ce qui vous a ensuite poussé à lancer votre propre marque ?
La raison principale, c’est que j’avais alors un groupe d’amis qui tenaient vraiment à ce qu’on réalise ensemble des projets créatifs. L’urgence de créer était très forte chez chacun de nous. Je voulais également faire un statement visant à remettre en question les stéréotypes de l’époque liés au « made in China ». C’est pourquoi j’ai appelé ma première mini-collection « Mass Production », pour me jouer des clichés.

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À gauche : Top, Antidote Care X Xander Zhou, 360 euros. Short, Antidote Care X Xander Zhou, 360 eurosÀ droite : Veste, Antidote Care X Xander Zhou, 630 euros. Pantalon, Antidote Care X Xander Zhou, 450 euros.

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Top, Antidote Care X Xander Zhou, 360 euros. Short, Antidote Care X Xander Zhou, 360 euros.

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Veste, Antidote Care X Xander Zhou, 630 euros. Pantalon, Antidote Care X Xander Zhou, 450 euros.

Vous avez créé votre label en Chine parce cela vous semblait plus facile d’y lancer une jeune marque qu’en Europe. Pouvez-vous nous expliquer en quoi ?
À cette période, il n’y avait pas autant de jeunes designers en Chine qu’aujourd’hui. Tous les médias centrés sur la mode et autres acteurs de l’industrie de la mode en Chine venaient juste de se lancer. Il n’existait pas encore de règles, donc je suis arrivé au parfait moment pour contribuer à les établir.

De plus en plus de jeunes créateurs chinois sont désormais reconnus à l’international. Comment expliquez-vous cette évolution ?
La situation d’il y a dix ou vingt ans, où le monde connaissait à peine les designers chinois, était assez anormale. Étant donné que la population chinoise est très élevée, il est naturel que certains talents émergent tandis que la mondialisation progresse. Mais comme il s’agit d’un phénomène relativement nouveau, pour un créateur chinois, acquérir une dimension mondiale peut entraîner de nombreuses difficultés imprévues, ainsi que des incompréhensions. Aussi, les spécialistes mis à part, il peut-être difficile pour quelqu’un d’évaluer le travail d’un designer Chinois de manière aussi informée que celui d’un créateur européen par exemple.

Que pensez-vous de la mode chinoise actuelle ?
J’ai un ressenti ambivalent à son égard. Je pense que la mode chinoise a en partie perdu sa singularité en devenant plus internationale. Cela signifie qu’elle a gagné en maturité, mais d’un autre côté, il est dommage que l’excitation et l’ardeur se soient atténuées au travers de ce processus.

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À gauche : Top, Antidote Care x Xander Zhou, 360 euros. Pantalon, Antidote Care X Xander Zhou, 450 euros. À droite : chemise à manches courtes, Antidote Care x Xander Zhou, 250 euros. Short, Antidote Care X Xander Zhou, 360 euros.

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Top, Antidote Care x Xander Zhou, 360 euros. Pantalon, Antidote Care X Xander Zhou, 450 euros.

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Chemise à manches courtes, Antidote Care x Xander Zhou, 250 euros. Short, Antidote Care X Xander Zhou, 360 euros.

Vos shows visent à créer un univers visuel, qui se dévoile progressivement à travers un processus narratif : pourquoi est-ce important pour vous d’être aussi transversal, et de ne pas vous contenter de créer des vêtements ?
Quand je fais quelque chose, j’ai vraiment besoin d’y croire. Ce n’est pas si facile que ça de parvenir au stade où l’on croit réellement en ce que l’on fait. Pour moi, faire un vêtement ou lancer une tendance, c’est assez ennuyeux. Une pièce seule, ça peut être assez facile à reproduire. Ce que je veux créer, ce sont des concepts ou des univers visuels, en effet, qui sont uniques, et qu’on a moins de chances de retrouver partout.

Le contraste est un élément essentiel dans vos collections : qu’est-ce qui vous plaît dans l’association d’éléments hétéroclites ?
Je pense que la mode, lorsqu’elle est intéressante, consiste à se débarrasser de l’équilibre. En général, les gens apprécient l’équilibre, ils trouvent ça plaisant et apaisant, mais ça ne laisse pas une impression marquante. C’est pourquoi je préfère incorporer des éléments inattendus. Des choses qui d’un point de vue objectif n’ont rien à voir, mais qui se révèlent inexplicablement s’intégrer extrêmement bien à un look.

« Mener un projet contre le gaspillage, et devoir me restreindre à mon stock déjà existant représentait un challenge. »

Vous aimez jouer avec l’esthétique corporate, comme pour votre collection automne-hiver 2017 « I’m Carrying a Secret Weapon ». Qu’est-ce qui vous attire chez elle ?
Je pense que c’est lié à une fascination envers l’expression du sentiment d’appartenance à travers le simple fait de porter des vêtements d’un certain type. Comme les uniformes, qui bien qu’ils soient destinés à signifier une certaine identité, constituent par ailleurs un voile dissimulant la personnalité, et possède ainsi un air de mystère. Il peut aussi s’agir de l’expression d’un fétichisme latent.

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À gauche : Chemise à manches courtes, Antidote Care x Xander Zhou, 250 euros. Short, Antidote Care X Xander Zhou, 360 euros. À droite : Hoodie, Antidote Care X Xander Zhou, 280 euros.

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Chemise à manches courtes, Antidote Care x Xander Zhou, 250 euros. Short, Antidote Care X Xander Zhou, 360 euros.

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Hoodie, Antidote Care X Xander Zhou, 280 euros.

Vous semblez également fasciné par le futur : qu’est-ce qui le rend excitant à vos yeux ? Cette intérêt est-il le produit d’une volonté d’explorer de nouvelles esthétiques ?
Je suis définitivement curieux et fasciné par les nouvelles esthétiques, et les nouvelles choses en général. Cela dit, cela ne signifie pas que je n’attends que de bonnes choses du futur. La raison pour laquelle je m’en suis inspiré pour mes récentes collections, c’est que j’ai fini par m’ennuyer avec ce qu’on a actuellement, dans notre présent. Mon intérêt pour l’inconnu (et peut-être aussi pour ce qui est surréaliste) m’a amené jusque-là.

Êtes-vous optimiste à l’égard du transhumanisme, qui vous inspire beaucoup pour vos défilés ?
Comme je viens de le dire, je ne suis pas particulièrement optimiste concernant le futur, mais je ne suis pas non plus pessimiste. Le transhumanisme ne me semble pas effrayant en lui-même. Mais j’espère que nous atteindront le stade où les individus pourront décider s’ils veulent être génétiquement modifiés ou non.

« J’ai voulu recréer certains looks signatures à partir des matériaux qu’il me restait sous la main. Pour moi, c’était comme faire une collection dans le sens inverse : sachant déjà plus ou moins quel serait le résultat final, il s’agissait de le concrétiser. »

Vos collections sont genderfluids, mais vous les dévoilez uniquement durant les Fashion Weeks homme. Avez-vous déjà envisagé de présenter un défilé lors d’une Fashion Week femme ?
Tout est possible. Mais j’aime le fait que la Fashion Week homme de Londres soit toujours la première de la saison, ce qui en fait un cadre idéal pour présenter de nouvelles idées.

Vous venez de sortir une capsule Antidote Care x Xander Zhou : comment avez-vous intégré le processus d’upcycling dans votre production ?
Pour cette capsule, j’ai utilisé des matériaux commandés pour mes précédentes collections, qu’il me restait en stock. Au lieu de sourcer les matières en fonction d’une idée, j’ai travaillé avec ce que j’avais de disponible. Bien que je ne prétende pas être investi à 200% dans les vêtements renouvelables, c’était le produit d’un choix délibéré de mener un projet contre le gaspillage, et devoir me restreindre à mon stock déjà existant représentait un challenge.

Quel était votre processus créatif ?
Cette capsule est vaguement inspirée de mes deux précédentes collections. Dans les grandes lignes, j’ai voulu recréer certains looks signatures à partir des matériaux qu’il me restait sous la main. Pour moi, c’était comme faire une collection dans le sens inverse : sachant déjà plus ou moins quel serait le résultat final, il s’agissait de le concrétiser.

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Photos : Xander Zhou automne 2019.

Quelle histoire vouliez-vous raconter à travers le défilé que vous avez présenté lors de la Fashion Week homme de Londres automne 2019, la semaine dernière ?
La collection constitue le prolongement de mes précédentes lignes, et continue d’explorer le futur de l’humanité et d’autres formes de vie intelligentes. Mais cette collection est aussi le fruit de la peur. Depuis ma dernière ligne, j’ai réalisé à quel point la réaction très brutale des gens lorsqu’ils sont confrontés à des choses qu’ils ne comprennent pas complètement peut être effrayante. C’est pourquoi pour cette collection, j’ai créé un monde dans lequel différentes formes de vie coexistent pacifiquement, pour faire un statement et affirmer que même si vous ne comprenez pas ou n’appréciez pas particulièrement « les autres », il n’y a aucune raison de les rejeter aveuglément.

Quels sont vos nouveaux projets ?
C’est l’une des choses dont je ne peux pas encore trop parler. Mais j’espère que les projets de cette année vont une fois de plus m’apporter de la satisfaction.

Où vous voyez-vous dans dix ans ?
À vrai dire, c’est une question à laquelle j’ai pas mal réfléchi ces derniers mois. Je ne suis pas vraiment parvenu à une conclusion pour l’instant, mais il est possible que je ne sois plus un fashion designer d’ici là.

La collection capsule Antidote Care en collaboration avec Xander Zhou est disponible en exclusivité au premier étage du Printemps de l’Homme, 64, Boulevard Haussmann, Paris 9.

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