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Rencontre avec Zola, le nouveau bad boy du rap français

Texte : Maxime Delcourt.
Photo : Zola.

Il porte le nom d’un grand écrivain français, mais ce sont de toutes autres histoires que narre Zola au sein de Cicatrices, un premier album où il raconte son amour de la ride, du grand banditisme et de ces vapeurs toxiques qui font voir la vie de travers. À l’aube de sa sortie, le 5 avril prochain, le jeune rappeur du 91 qui cumule déjà plus de 60 millions de vues sur Youtube raconte la conception de ce premier disque, revient sur son attrait pour l’illicite et évoque son obsession pour la Californie.

Lorsqu’il était petit, au moment de jouer au gendarme et au voleur comme n’importe quel gamin, on parie que Zola préférait la seconde à la première option. Tout, dans son univers, trahit en effet un attrait pour l’illicite : ses stories Instagram, où il se met en scène aux côtés de tout un tas de drogues dures, de mitraillettes et d’argent sale ; ses textes où il insulte, rudoie, use d’un verbe trivial et parle de cet « escroc qui doit ves-qui la prison », de piloter « des gros gamos » et de « quantités de drogues qui dépassent largement celles tolérées par l’organisme » ; ou encore les propos qu’il tient en interview.

Il y a d’abord cet argument, balancé sur la défensive, comme s’il s’agissait pour lui de se dédouaner : « Je ne suis pas un cas isolé, tous les rappeurs racontent la même chose. » Puis il y a cette confession, intrigante, sincère : « Tu sais, si je suis sur les réseaux sociaux, c’est uniquement pour frimer et mettre en avant mes plus mauvais côtés. Je ne suis pas Bigflo & Oli, je suis un rappeur qui aime parler de gros moteurs, d’argent, de police et de trucs illicites. Je n’ai pas envie de passer pour un mec bien. Mais il n’y a que ceux qui ne me fréquentent pas qui peuvent avoir des soupçons. Ceux qui me connaissent savent qu’en réalité je suis quelqu’un de correct. »

De la Haute-Saône à Los Angeles

De Zola, 19 ans, on ne connaît cependant actuellement que les morceaux, souvent violents et crus, dénués d’envolées poétiques mais enchaînant les allitérations avec frénésie. Il se fout d’un prétendu « message », et lui préfère rimes salaces et punchlines hâbleuses, se vantant d’écouler de la pure ou de mener une vie de gangster – quitte à tomber parfois dans un systématisme et quelques facilités. À l’écoute de « Honey », « Extasy » et « Ouais Ouais », on comprend néanmoins que c’est un jeune rookie plein d’avenir – qui accumule par ailleurs plus de 350 000 abonnés sur Instagram -, sans pour autant avoir le sentiment d’en apprendre beaucoup sur celui qui a très vite envisagé le rap comme une échappée belle.

On profite donc qu’il soit posé devant nous pendant près d’une heure, sweat du Real Madrid sur les épaules, pour en savoir plus sur son enfance, passée entre Évry, où il est né, et la commune de Lure dans la Haute-Saône, où il a longtemps vécu ensuite. C’est là que le jeune homme se lance dans le rap, teste ses premiers textes et commence à se démarquer en faisant preuve d’une motivation plus élevée que la moyenne : « Pour aller au studio, rembobine-t-il, on devait faire plus de deux heures de route. On n’y allait qu’une fois par mois, mais ça a suffit à démotiver les autres mecs de mon groupe. Moi, j’ai persisté, j’ai tenté le truc en solo et j’ai fini par rencontrer un mec à Strasbourg qui avait un studio moins pourri que le nôtre, qui savait que j’avais du mal à me financer et qui m’a permis d’enregistrer mes premières démos. »

Vient ensuite la rencontre en janvier 2018 avec Kore, qui avait déjà signé des tubes en collaboration avec plusieurs poids lourds du milieu – dont Booba. Pas n’importe qui, donc. Pourtant, Zola l’affirme : son nom lui est alors presque inconnu. « En vrai, c’est surtout que je ne me suis jamais vraiment intéressé aux mecs qui bossent derrière les rappeurs », se défend-il illico. Qu’importe, après tout. L’essentiel est que ça matche rapidement entre les deux artistes, qui ont depuis enchaîné les morceaux ensemble.

Il y a d’abord eu « Baby Boy », judicieusement placé en introduction du premier album de Zola. Puis « California Girl », un titre que le MC semble regretter aujourd’hui, mais qui lui a au moins permis de se rendre pour la première fois à Los Angeles, afin d’en tourner le clip. C’était en début d’année dernière et, depuis, Zola y est retourné, fasciné par l’ambiance de cette ville « où les gens sont ouverts d’esprit, où il y a des jolies filles partout, où on peut rouler dans de grosses voitures et où on a la possibilité de fumer autant qu’on veut », s’enthousiasme-t-il, tout en se roulant un joint.

Garder le mystère

Aux côtés de Kore, Zola a surtout donné naissance à Cicatrices : un premier album qu’il envisage comme sa carte d’identité ; comme un moyen d’imposer son univers au sein du rap français et de satisfaire les attentes du public. « Depuis deux ans, dit-il, le regard froid, on n’arrête pas de me réclamer ce disque. Au moins, là, les gens ont seize morceaux et différentes pistes pour vraiment tenter de me connaître. » On n’en saura pas plus… À peine apprend-on que le titre de l’album fait référence à ses souffrances, à ses failles personnelles et à ses tatouages, qu’il arbore fièrement sur le visage et sur le corps comme des hommages rendus aux différents membres de sa famille.

Il faut dire que Zola n’est pas du genre à faire du studio un confessionnal ou à s’épandre sur sa vie intime auprès des journalistes. Son attachée de presse nous le confiera après coup : « C’est un grand timide ; il n’est pas forcément à l’aise avec le concept de l’interview ».

« Je n’ai pas envie de passer pour un mec bien. »

De fait, Zola reste une sorte de mystère à l’heure actuelle. Certains en parlent comme d’un petit génie ; lui préfère ne pas trop intellectualiser sa démarche, allant même jusqu’à prétendre que ce qu’il fait est « accessible à tous », que sa trap brute et rugueuse « est loin d’être aussi compliquée que ce que pouvaient faire les mecs dans les années 1990 quand ils claquaient des 16 mesures sur du boom-bap ». Certains ont vu en lui un MC capable de transgresser subtilement les codes du rap, à l’image du t-shirt Nirvana qu’il arbore dans le clip de « Mia Wallace », mais lui avoue ne pas être fan du groupe de Kurt Cobain et ne pas se sentir influencé par la pop française (France Gall, Françoise Hardy) qu’écoutait sa mère lorsqu’il était adolescent. Ce qu’il aime, ce sont les fulgurances dirty, les tubes calibrés pour la ride et les pogos dans les salles obscures.

Rappeur solitaire

À l’instar d’autres rappeurs de sa génération (Hamza, par exemple, mais dans un tout autre registre), Zola cultive donc l’art de l’entre-deux : entre l’underground et le mainstream, entre les élans de sincérité et la mise en scène canaille, entre le rap de rue et celui, plus torturé, popularisé par une génération de MC’s apparus sur SoundCloud. Et cela semble parfaitement lui convenir. Il tient à son indépendance, à sa singularité. Si bien qu’au détour d’une question sur la quasi absence de featurings sur Cicatrices (à l’exception de Ninho sur « Papers » et Key Largo sur « Alloicizolaski4 »), sa réponse se veut lapidaire : « J’ai une une mentalité vraiment différente des autres rappeurs, qui traînent ensemble, collaborent ensemble et se donnent de la force. Moi je suis assez fermé, je n’ai pas envie de me mélanger. »

Le rap, Zola ne se voit de toute façon pas en faire toute sa vie. À la base, c’était une passion, un moyen d’échapper aux études et à la « débrouille ». Depuis un an et les premiers chèques, c’est devenu un métier à part entière, mais le MC sait parfaitement que tout peut s’arrêter d’un jour à l’autre. « Je le ne crains pas actuellement parce que ça ne fait que commencer et que je suis en plein buzz, mais je sais pertinemment que ça ne marchera plus un jour. C’est le jeu. »

Alors, Zola songe déjà à investir d’autres secteurs d’activités. Avec, comme objectif principal, l’immobilier. Parce qu’il a bien conscience de n’être peut-être qu’un phénomène, comme on en voit défiler par centaines à l’ère de Youtube et des sites de streaming. Parce qu’il sait à quel point il est « nécessaire de faire de l’argent » pour survivre au sein de notre société. Mais surtout parce qu’il n’a « pas envie de trimer chaque matin ou d’avoir une routine. Un jour, comme je te le disais, je ne ferai plus de musique et, ce jour-là, je ne veux pas revivre la vie de monsieur tout le monde. »

Cicatrices, le premier album de Zola, sortira le 5 avril 2019.

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