Secrétaire, gitan et parisienne : les archétypes mode de Vetements

Article publié le 25 janvier 2017

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Texte : Alice Pfeiffer
Photo : Vetements automne-hiver 2017-2018

Interroger l’habituel et les gestes qu’on voit sans regarder : voici le but de la collection automne-hiver 2017-2018 du collectif, dédiée aux uniformes les plus communs de la société.

« Ce qui nous parle, c’est toujours l’événement, l’insolite, l’extra-ordinaire. Ce qui se passe chaque jour, le banal, le quotidien, l‘évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond… comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ? », écrit George Perec dans L’infra-ordinaire. C’est sûrement ce que l’écrivain se serait dit en voyant Lotta Volkova, styliste du label VETEMENTS, qui quitte toujours les backstages le temps d’un passage sur le podium, apparaître habillée dans une tenue de parfaite secrétaire, en jupe crayon, blazer et lunettes au bout du nez.

Un clin d’oeil à un personnage précis ? Non, une ode aux stéréotypes qui sommeillent en chacun d’entre nous, mais qui ne sont pas assez reluisants pour habiter nos fantasmes.

Loin de ce que l’on pourrait attendre du collectif – des jeunes mannequins, des bombers, un lieu urbain – c’est au Centre Pompidou qu’étaient conviés les invités (et ce par une invitation déguisée en fausse pièce d’identité). Attention, le défilé ne prenait non pas place au milieu d’œuvres d’art mais dans le hall d’entrée, où se mêlent écrans géants, cafet’ et librairie en guise de scénographie.

Soudain, une dame dans un manteau en vison et de grandes lunettes noires déambule. Son nom ? « La Milanaise ». C’est tout ce qu’il y a savoir d’elle. S’en suivent une « mamie », un « videur », un « livreur de pizzas » – comme le précisent les notes du défilé – tous incarnés par des visages si normaux qu’ils en deviennent spectaculaires sur un catwalk. Quant à leurs panoplies, identifiables par tous en un clin d’œil, elles sont retravaillées dans une conceptualisme luxueux et quasi-imperceptible au premier regard. Et c’est le but. Ainsi, le collectif déclare un intérêt sans hiérarchie entre toutes influences, qu’elles soient les plus pointues des sous-cultures ou un uniforme de fonctionnaire. Et permet donc d’interroger les gestes habituels. « C’est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentiels que tant d’autres au travers desquels nous avons vainement tenté de capter notre vérité », aurait ajouté George Perec.

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