Qui est Cécile di Giovanni, artiste contemporaine collaboratrice de Virgil Abloh et Mohamed Bourouissa ?

Article publié le 13 décembre 2018

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Photo : Yann Weber, pour Magazine Antidote : FANTASY automne 2017.
Plastron par Cécile di Giovanni.
Texte : Édouard Risselet et Maxime Retailleau.

Inspirée par les concepts de violence et de réparation du corps, la plasticienne Cécile Di Giovanni métamorphose des pièces du quotidien en objets d’art. Rencontre.

Virgil Abloh, Mathilde Fernandez ou Mohamed Bourouissa, les noms de ses collaborateurs en disent long sur les multiples domaines explorés par la jeune artiste Cécile di Giovanni, sur sa polyvalence aussi. Set designer poursuivant son œuvre en parallèle, la plasticienne de 29 ans passée par la Villa Arson s’est déjà illustrée au Palais de Tokyo ou au Centre Pompidou. Pluridisciplinaire, elle développe aujourd’hui entre Marseille et Paris un nouveau projet autour de la réalité augmentée. Un fil rouge relie chacune de ses œuvres, quel qu’en soit le médium : elles visent toutes à armer, protéger ou réparer des corps en proie à la violence.

Elle revient dans cet entretien sur ses collaborations, la dimension cathartique de ses œuvres-totems, et pourquoi elle fait le choix de s’effacer derrière son travail.

Tu as d’abord travaillé comme set designer, apportant ta tonalité esthétique brute et industrielle à des marques comme Off/White. Peux-tu nous résumer ton parcours ?
J’ai étudié l’art à l’université et je suis ensuite passée par la Villa Arson. Je crois que mon attrait pour la sculpture, ou plus largement la construction et le détournement d’objets, est venu assez tôt grâce à mon grand-père, qui passait son temps à bricoler à la campagne. Je me rappelle aussi avoir reçu une caisse à outils comme cadeau de Noël pour mes 8 ans. Le set design et la direction artistique sont des intérêts qui sont venus s’imbriquer ensuite pour élargir le champ des possibles, et parce que j’ai toujours été fascinée par la mise en scène et les décors, que ce soit dans les films ou les concerts.

S’il fallait citer une artiste qui a eu un impact immense sur moi à ce niveau, ce serait Mylène Farmer. Je me souviens à 12 ans d’après-midis entiers passés à regarder ses clips et ses concerts en boucle. J’étais complètement obsédée. Il a fallu attendre mes 17 ans pour la voir enfin sur scène en 2006 à Bercy et le stage design était juste d’un autre monde. En ce qui concerne la mode, le premier designer à avoir éveillé mon attention par son souci de la mise en scène lors de ses défilés est Alexander McQueen. Je me rappelle avoir découvert son travail à la fac, j’ai en tête son show printemps-été 2001 et les mannequins dans la cage de verre, ou l’automne-hiver 1998 centré sur Jeanne d’Arc. C’étaient de véritables performances. Pour Off-White, mon aventure avec la marque est née il y a trois ou quatre ans de ma rencontre avec Fabien Montique, photographe qui collabore étroitement avec Virgil (Abloh, ndlr). On avait très envie de travailler ensemble. Ça a été la première marque avec laquelle j’ai vraiment collaboré en tant que set designer.

Photos : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Rayanne. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur. À gauche : doudoune, Raf Simons. Muselière, 2015 par Cécile di Giovanni. À droite : doudoune, Raf Simons. Pantalon, Versace. Santiags, Dsquared2. Chopper fauteuil roulant, 2015 par Cécile di Giovanni.

Doudoune, Raf Simons. Muselière, 2015 par Cécile di Giovanni. Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Rayanne. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Doudoune, Raf Simons. Pantalon, Versace. Santiags, Dsquared2. Chopper fauteuil roulant, 2015 par Cécile di Giovanni. Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Rayanne. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Quand as-tu choisi de te concentrer finalement sur tes œuvres d’art et pourquoi ?
C’est périodique, je fais des allers-retours constant entre création de sets, DA et projets persos de sculptures-accessoires, c’est un équilibre à trouver. En juin 2016 j’ai arrêté de travailler sur des décors pendant un an pour me consacrer à l’élaboration d’un projet, « Jeanne », avec mon ami Anton de Rueda. Nous souhaitions créer des expériences immersives en lien avec le jeu vidéo et l’écriture. C’est toujours en work in progress. J’ai repris ensuite le set petit à petit, maintenant je travaille d’ailleurs majoritairement en duo avec François-Régis Daumal.

C’est Mathilde Fernandez qui m’a donné envie de m’y remettre. Notre première collaboration date d’octobre 2017 : j’avais pris en charge la direction artistique et le set de la séance photo qui illustre son dernier EP, Hyperstition. Ça a été le début d’une grande histoire qui s’est aussi élargie, puisque nous créons également des performances ensemble. Dernièrement, on a travaillé sur la mise en scène de sa release party au Silencio. Ce que j’aime dans cette collaboration, c’est que j’ai la possibilité de m’exprimer sur un vaste panel. Il y a la scène, les photos, les clips, les accessoires… Pour sa dernière scène au Silencio, je lui ai notamment fait porter mon plastron « Breaking News », qui est à l’origine une sculpture ensuite transformée en accessoire amélioré. Nous avons également conçu une cape qu’elle portait pour ouvrir le spectacle avec mon ami Emmanuel Maria. De velours noir à l’extérieur, elle avait des drapeaux américains souillés et brulés cousus à l’intérieur qui étaient rendus visibles au public dès qu’elle l’ouvrait, lorsqu’elle interprétait son morceau « Amérique ».

Tu viens d’évoquer une de tes œuvres composée d’un plastron sur lequel est écrit « Breaking News », par-dessus une planète en flamme. Faut-il l’interpréter comme un signe d’alarme lié à la menace écologique qui plane sur nos sociétés ?
Au départ, l’idée était surtout de travailler avec le terme « breaking news » et cette conception du sensationnel qu’ont les chaînes d’info en continu. Je suis fascinée par la manière dont elles utilisent la mise en scène pour nous maintenir devant leurs programmes. C’est de l’ordre de l’attraction-répulsion et dans une certaine mesure on peut se demander si ça ne devient pas quelque chose de cathartique. L’image représentée sur le plastron de la Terre qui brûle provient d’un véritable spot tv « breaking news », je n’ai rien touché, je n’ai fait que transposer ces termes. J’aimais le côté tragique qui me renvoyait d’une certaine manière à la tragédie théâtrale et en effet, la Terre brûle dans tous les sens du terme.

L’état actuel de la planète et les crises auxquelles elle fait face est-elle ta plus grande source d’inspiration ?
Mon inspiration, je la puise plutôt dans les réactions humaines qui en résultent. Notamment les insurrections et la violence. Lorsque les gens se réfugient dans leurs retranchements les plus extrêmes et qu’ils sont habités par une sorte d’urgence. Chez moi, cette urgence se traduit dans le processus de création.

Photos : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Rayanne. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur. À gauche : ensemble en velours, Antidote Care. Peinture au pistolet sur un plastron en métal, 2017 par Cécile di Giovanni. À droite : pull, leggings et cagoule, Antidote Care. Échasses, 2017 par Cécile di Giovanni.

Ensemble en velours, Antidote Care. Peinture au pistolet sur un plastron en métal, 2017 par Cécile di Giovanni. Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Rayanne. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Pull, leggings et cagoule, Antidote Care. Échasses, 2017 par Cécile di Giovanni. Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Rayanne. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Tiens-tu à faire de tes œuvres des objets politiques ?
Politique je ne sais pas. Disons que je ne m’interdis rien. J’ai le sentiment que les critères qui déterminent qu’une œuvre est politique ne dépendent pas vraiment des artistes, mais plutôt du contexte historique et de la manière dont les gens vont s’approprier les œuvres avec le recul. L’impact des travaux est hors de contrôle une fois que ceux-ci sont partagés. Il est intéressant de voir une œuvre devenir politique avec le temps alors que son auteur ne l’avait pas envisagé sous cet angle.

Que dénonces-tu alors ?
Je ne suis pas sûre de vouloir dénoncer quoi que ce soit. J’essaie simplement de démystifier, dompter ce qui m’effraie en utilisant des subterfuges pour que ça m’atteigne un peu moins.

Le beau a-t-il une place dans ton œuvre ?
Oui, par le rapport quasi christique que j’entretiens avec chaque objet, chaque matière que j’utilise. Essayer de contenir, canaliser la violence est un acte que je trouve d’une grande beauté. Je n’ai pas la prétention de dire que je suis capable de le faire, en tout cas j’essaie. Après pour ce qui concerne la manière dont elles sont reçues et perçues, ce n’est pas à moi d’en juger.

« J’aime l’idée de disparaître en tant que personne pour n’exister que par mes travaux. »

Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Camille. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur. Jambe en silicone, 2018 par Cécile di Giovanni.

Es-tu aussi inspirée par le travail d’autres artistes contemporains ?
Oui il y en a plein, je dirais Marc Bijl, Jon Rafman, Renaud Jerez, Jan Hoek, Alexandra Bircken, Mark Jenkins, Rebecca Horn, Folkert de Jong… Après il y a les bases comme Mike Kelley, Paul McCarthy ou Claire Fontaine. J’aime beaucoup Tenant of Culture pour le travail de déconstruction qu’ils font avec les vêtements. Je m’intéresse aussi à la manière dont des artistes comme Georgia Roxby Smith ou Hugo Arcier investissent le medium du jeu vidéo et le questionnent.

Quel rapport ton travail entretient-il avec la mode ?
Il lui est étroitement lié, pour plusieurs raisons. De par le set design déjà, car à l’heure actuelle je travaille majoritairement avec des marques et dans le milieu de la mode. Ensuite parce que dans ma pratique personnelle je conçois toujours mes sculptures en lien étroit avec le corps, et j’utilise souvent des vêtements, des tissus, des chaussures.. Je récupère des éléments et je me demande comment les déconstruire, les détourner. Avec quoi puis-je les assembler et de quoi puis-je les charger ou décharger symboliquement ? C’est ensuite qu’ils viennent compléter, réparer, protéger, renforcer le corps. Ou même le malmener.

Tu utilises souvent des vêtements pour confectionner tes œuvres : considères-tu la mode comme une forme d’art ?
Évidemment ! Et en ce qu’elle peut être porteuse de courants, de concepts, refléter une époque, démêler des obsessions. La mode est une manière de se représenter et de s’imposer face au monde, à ce niveau elle peut être aussi très politique. Elle est d’autant plus fascinante par la manière dont elle interagit directement avec le réel, la vie quotidienne, le corps. Elle cherche à lui être utile tout en le déterminant.

Tiens-tu à faire de tes œuvres des objets politiques ?
Politique je ne sais pas. Disons que je ne m’interdis rien. J’ai le sentiment que les critères qui déterminent qu’une œuvre est politique ne dépendent pas vraiment des artistes, mais plutôt du contexte historique et de la manière dont les gens vont s’approprier les œuvres avec le recul. L’impact des travaux est hors de contrôle une fois que ceux-ci sont partagés. Il est intéressant de voir une œuvre devenir politique avec le temps alors que son auteur ne l’avait pas envisagé sous cet angle.

Que dénonces-tu alors ?
Je ne suis pas sûre de vouloir dénoncer quoi que ce soit. J’essaie simplement de démystifier, dompter ce qui m’effraie en utilisant des subterfuges pour que ça m’atteigne un peu moins.

Le beau a-t-il une place dans ton œuvre ?
Oui, par le rapport quasi christique que j’entretiens avec chaque objet, chaque matière que j’utilise. Essayer de contenir, canaliser la violence est un acte que je trouve d’une grande beauté. Je n’ai pas la prétention de dire que je suis capable de le faire, en tout cas j’essaie. Après pour ce qui concerne la manière dont elles sont reçues et perçues, ce n’est pas à moi d’en juger.

« J’aime l’idée de disparaître en tant que personne pour n’exister que par mes travaux. »

Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Camille. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur. Jambe en silicone, 2018 par Cécile di Giovanni.

Es-tu aussi inspirée par le travail d’autres artistes contemporains ?
Oui il y en a plein, je dirais Marc Bijl, Jon Rafman, Renaud Jerez, Jan Hoek, Alexandra Bircken, Mark Jenkins, Rebecca Horn, Folkert de Jong… Après il y a les bases comme Mike Kelley, Paul McCarthy ou Claire Fontaine. J’aime beaucoup Tenant of Culture pour le travail de déconstruction qu’ils font avec les vêtements. Je m’intéresse aussi à la manière dont des artistes comme Georgia Roxby Smith ou Hugo Arcier investissent le medium du jeu vidéo et le questionnent.

Quel rapport ton travail entretient-il avec la mode ?
Il lui est étroitement lié, pour plusieurs raisons. De par le set design déjà, car à l’heure actuelle je travaille majoritairement avec des marques et dans le milieu de la mode. Ensuite parce que dans ma pratique personnelle je conçois toujours mes sculptures en lien étroit avec le corps, et j’utilise souvent des vêtements, des tissus, des chaussures.. Je récupère des éléments et je me demande comment les déconstruire, les détourner. Avec quoi puis-je les assembler et de quoi puis-je les charger ou décharger symboliquement ? C’est ensuite qu’ils viennent compléter, réparer, protéger, renforcer le corps. Ou même le malmener.

Tu utilises souvent des vêtements pour confectionner tes œuvres : considères-tu la mode comme une forme d’art ?
Évidemment ! Et en ce qu’elle peut être porteuse de courants, de concepts, refléter une époque, démêler des obsessions. La mode est une manière de se représenter et de s’imposer face au monde, à ce niveau elle peut être aussi très politique. Elle est d’autant plus fascinante par la manière dont elle interagit directement avec le réel, la vie quotidienne, le corps. Elle cherche à lui être utile tout en le déterminant.

Photos : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Rayanne. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur. À gauche : Minerve cervicale en silicone, 2017 par Cécile di Giovanni. À droite : veste, pantalon et bottes, Raf Simons. Sac chaise de torture, Cécile di Giovanni.

Minerve cervicale en silicone, 2017 par Cécile di Giovanni. Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Rayanne. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Veste, pantalon et bottes, Raf Simons. Sac chaise de torture, Cécile di Giovanni. Photo : Xiangyu Liu pour Antidote : EXCESS hiver 2018-2019 . Modèle : Rayanne. Stylisme : Yann Weber. Casting : Ibrahim Tarouhit. Coiffure : Franco Argento @The Wall Group. Maquillage : Kate Mur.

Tu aimes détourner l’univers du sportswear, comme des casques de football américain ou des genouillères, instaurant par ce biais un dialogue entre les concepts de lutte et de protection physique. Pourquoi cette obsession ?
Parce que mon travail se nourrit de beaucoup de violence et de peurs et je cherche systématiquement des objets suffisamment forts – par leur symbolique et leur fonction – pour pouvoir les recevoir, les canaliser et les détourner. Il y a un côté cathartique dans l’idée de pouvoir se vêtir ensuite de ces objets devenus totems. J’ai la sensation, même si elle n’est qu’illusion, qu’en les rapprochant du corps, je répare l’esprit et je domine les obsessions.

Lors de tes interviews, tu dénonces régulièrement la soumission des hommes à l’égard des objets, mais leur relation ne peut-t-elle pas aussi être symbiotique à tes yeux dans certains cas ?
Bien sûr, c’est bien là l’enjeu. Je ne suis pas dans la dénonciation mais plutôt dans l’observation et la fascination du rapport que l’on entretient avec ces objets et leurs symboles. Sortis du constat d’aliénation, ils viennent nous compléter, nous guérir, nous libérer selon la manière dont on les utilise. Cette soumission dont tu parles, quand bien même elle peut exister, n’est pas une fatalité. La question qui m’anime, c’est justement de me demander comment inverser le rapport de force et comment s’émanciper grâce à ces objets. C’est dans le détournement que j’envisage un début de réponse. Il te permet, par le biais du jeu, de t’en distancer – et non de t’en séparer – pour ne récupérer que leur force. C’est beaucoup plus ludique.

Tu te présentes comme « CDG » dans ta description Instagram. Est-ce un simple jeu de mot entre tes initiales et celles de l’aéroport parisien – et du label Comme des Garçons -, ou ce pseudo a t-il une signification plus large ?
C’est évidemment un jeu de mot mais je crois que j’aime surtout l’aspect nihiliste et kafkaïen de la dénomination par initiales. On enlève tout genre, on déshumanise, on dépersonnalise jusqu’à qu’il ne reste plus grand chose. J’aime l’idée de disparaître en tant que personne pour n’exister que par mes travaux.

Sur quelles pièces travailles-tu actuellement ?
Sur plusieurs œuvres détournant des accessoires orthopédiques pour animaux.

Tu as récemment collaboré avec l’artiste Mohamed Bourouissa, quels sont tes futurs projets ?
Je me concentre actuellement sur la conception de nouvelles sculptures pour une exposition personnelle qui se tiendra au Printemps à LaPaix. Il y a également la prochain Fashion Week qui se profile avec de nouveaux sets, dont Off-White, Léo et de nouvelles marques. Je continue aussi toujours mon étroite collaboration avec Mathilde, on travaille sur un de ses prochains clips. Nous venons tout juste de réaliser notre dernière performance, « Internet Ballade », à la HEAD à Genève, que nous souhaiterions produire ailleurs.

Quel est le quotidien d’un artiste contemporain en 2018 ?
La précarité ? Ça dépend bien évidemment de qui tu es, d’où tu viens et d’où tu en es dans ta carrière. Je ne vais pas parler pour les autres mais pour moi : beaucoup de patience, de souplesse et d’obstination dans le travail. Avant de pouvoir commencer à vivre juste décemment de ce que tu fais c’est plutôt beaucoup de survie, de passion et d’incertitudes !

Lookbook Off-White printemps-été 2019. Photo : Fabien Montique. Set design : Cécile di Giovanni et François-Régis Daumal.

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