Que faut-il retenir de la Fashion Week Homme de Paris ?

Article publié le 28 janvier 2017

Texte : Edouard Risselet
Photo : Balenciaga automne-hiver 2017-2018

Tandis que le monde assiste ébahi à l’investiture de Trump, la présentation des collections masculines automne-hiver 2017-2018 se termine à Paris, guidée par le chaos politique, influencée par les sous-cultures et arrosée d’imagerie fétichiste.

Si Paris demeure après tant de tentatives de putschs la capitale de la mode, c’est grâce à la diversité et au talent de ses créateurs, à son juste équilibre entre maisons de luxe internationales et micro-labels expérimentaux, aux deux grands groupes français qui lui donnent les moyens d’exister, à son multiculturalisme, à son héritage et à son modernisme.

Plusieurs valeurs opposées à la politique du nouveau président des États-Unis qui posait officiellement ses valises à la Maison Blanche le 20 janvier. Et la réponse des créateurs à cette investiture polémique est sans appel.

LE MESSAGE : ANTI-TRUMP

De gauche à droite : Balenciaga automne-hiver 2017-2018, Unravel automne-hiver 2017-2018, Undercover automne-hiver 2017-2018, Sankuanz automne-hiver 2017-2018, Julius automne-hiver 2017-2018.

« Balenciaga 2017 ». Du dos des bombers aux écharpes oversize et jusqu’au bout des ongles, Balenciaga détourne les couleurs de la campagne de Bernie Sanders, le candidat américain battu par Hillary Clinton lors de la primaire démocrate. Demna Gvasalia en sort vainqueur. Chez d’autres, l’heure est au pessimisme. Les bouches d’Undercover sont couvertes de masques en néoprène qui dénoncent une « Brain Washed Generation ». Ce look post-apocalyptique que l’on voit chez Julius avec les quatre chiffres « 1984 » défile aussi pour le label chinois Sankuanz dont les tops disent « Destroy » et « Visual Pollution ». Quand Lanvin propose « Nothing » en intarsia sur ses écharpes de supporter, Ann Demeulemeester envisage « l’avenir » en lettres manuscrites sur les cols de ses modèles dessinés par le brillant Sébastien Meunier. Le remède viendrait du Français Ben Taverniti qui assure le long des sweats de sa marque Unravel que « l’art est la solution au chaos ».

L’INSPIRATION : UNDERGROUND

De gauche à droite : Balmain automne-hiver 2017-2018, Dries Van Noten automne-hiver 2017-2018, Y/Project automne-hiver 2017-2018, Études Studio automne-hiver 2017-2018.

Ce manifeste punk, tatoué sur le dos de la fille de Kurt et Courtney, résonne avec la collection lysergique du Japonais Christian Dada. Un t-shirt à manches longues chante les paroles de Marilyn Manson : « I don’t like the drugs but the drugs like me », le logo Coca-Cola s’est aussi transformé en « Heroin » sur de larges mailles. On retrouve un détournement identique chez Études Studio qui préfère crier « Never Mind », du nom du deuxième album de Nirvana. Même Olivier Rousteing, chez qui il avait été jusqu’ici difficile de déceler une quelconque velléité grunge, se découvre un intérêt soudain pour le heavy metal.

C’est une autre contre-culture qu’explore Kris Van Assche avec son automne-hiver 2017-2018 de Dior Homme, celle des ravers. Sa fête Hardior signe déjà dix années de service chez Dior passées à actualiser le tailoring de la maison sans jamais le fourvoyer dans du sportswear maladroit.

L’ANNIVERSAIRE : JUUN.J

Juun.J automne-hiver 2017-2018,

Dix, c’est aussi le nombre d’années écoulées depuis la création de Juun.J. Le label du Coréen, encore aujourd’hui souvent étiqueté jeune créateur, s’est construit une solide réputation grâce à son vestiaire aux proportions exagérées, composé de trenchs beiges, de bomber kaki, de vestes à rayures et de blousons en cuir noir. Cette collection « Archive » ne se contente pas d’une rétrospective mais célèbre l’essence de la maison et présente pour la première fois une capsule féminine.

LA COLLABORATION : SUPREME X LOUIS VUITTON

Louis Vuitton automne-hiver 2017-2018

17 ans plus tôt, le malletier français sommait James Jebbia de retirer de la vente ses planches de skateboard Supreme imprimées d’un faux monogramme Louis Vuitton. Les deux ont depuis fait la paix, Kim Jones s’est vu confier la direction artistique de la ligne masculine de la maison et le streetwear a connu un essor sans précédent jusqu’à s’infiltrer dans les plus hautes sphères de l’industrie du luxe. Ce changement de paradigme n’aurait pu être mieux incarné que par cette nouvelle capsule de sacs, bananes, lunettes, casquettes distillée tout au long du défilé automne-hiver 2017-2018 de la marque.

L’ESPRIT : CORPORATE

De gauche à droite : Off-White automne-hiver 2017-2018, Loewe automne-hiver 2017-2018, Kenzo automne-hiver 2017-2018, AMI automne-hiver 2017-2018, Balenciaga automne-hiver 2017-2018.

À l’automne-hiver 2017-2018, on exhibe fièrement les couleurs de son écurie. De façon littérale chez Off-White où Virgil Abloh recouvre une combinaison d’un imprimé damier « Off ». Le logo se fait omniprésent, de Loewe à Kenzo, plus discrètement chez Ami qui plaque un A capital au devant de ses chemises. Mais la palme de l’excès de zèle revient à Demna Gvasalia dont la collection célèbre à coups de sweats Kering un corporatisme à toute épreuve. Et si c’était ça, l’ultime sous-culture ?

À SUIVRE : GMBH

GmbH automne-hiver 2017-2018.

La première collection officielle de ce collectif berlinois trouve ses origines quelque part entre les rayons de Leroy Merlin et le sous-sol du Berghain. GmbH, ou l’équivalent allemand de SARL (société à responsabilité limitée) est l’œuvre premier degré de Benjamin Alexander Huseby et Serhat Isik. Ce vestiaire de 11 looks que le prosaïsme tendrait d’après ses créateurs à élever à un rang supérieur est composé en partie de fin de stocks de tissus, à l’image de doudounes vintages Helly Hansen découpées puis reconstruites. 2017 sera l’année de l’hybride.

LA MEILLEURE BANDE-SON : LOUIS VUITTON

Elle a rythmé le défilé Dsquared2 à Milan puis la soirée qui lui a succédé jusque tard dans la nuit milanaise, elle signe la bande-son de la collaboration la plus anticipée de la semaine et jouera en avril à Coachella. Elle, c’est Honey Dijon. La house de cette DJ, bien connue des soirées mode après des années de collaborations avec Riccardo Tisci, Narciso Rodriguez ou Kim Jones, n’a jamais été plus sollicitée qu’aujourd’hui. Pour Louis Vuitton, elle mélange Chez Damier et les Mix Masters à Joint Venture.

L’HOMME : HAIDER ACKERMANN

Berluti automne-hiver 2017-2018

Près d’un an après le départ d’Alessandro Sartori qui officie désormais chez Zegna, Haider Ackermann a pris possession de Berluti et présentait à Paris sa première collection pour la maison française. Derrière lui, peu d’héritage – le prêt-à-porter Berluti n’a débuté qu’en 2005. Devant lui, le champ des possibles, exempt des contraintes qu’imposeraient une silhouette Chanel ou Saint Laurent. Il parvient avec adresse à injecter à ce vestiaire formel et luxueux quelques gouttes de son style sans lui voler la vedette.

LA VIDÉO : BUTT MUSCLE

L’invitation en disait déjà long : une « Butt Muscle Party » organisée par Rick Owens au Péripate, un gigantesque club alternatif situé sous le périphérique parisien. Mais Rick a ses raisons que la raison n’a pas. Sur un fond musical difficilement déchiffrable, la tribu Owens venue en nombre à son événement exceptionnel est témoin de la diffusion d’un court-métrage réalisé par Matt Lambert avec la « drag terrorist » Christeene. Serrez les fesses et fermez les yeux.

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