Que faut-il retenir de la Fashion Week de Milan hiver 2018 ?

Article publié le 1 mars 2018

Photo : Gucci
Texte : Maxime Retailleau

Transhumanisme, aliens et tenues en plastique fluo : la Fashion Week de Milan n’a jamais été aussi surréaliste.

Pour la première fois, la Fashion Week de Milan s’est ouverte avec Moncler, qui présentait huit nouvelles collections inaugurant une nouvelle ère pour la maison italienne. La semaine a ensuite notamment été marquée par des clins d’œil vintage chez Fendi et Prada, alors que Gucci collaborait avec le concepteur cinématographique Makinarium pour créer un show hors-norme. En parallèle, l’excentrique critique Anna Dello Russo, célèbre pour ses tenues excentriques, vidait son dressing lors d’une vente aux enchères orchestrée par Christie’s, en reversant l’argent provenant des ventes de ses pièces en fourrure à l’association de défense du droit des animaux PETA. Retour sur ce qu’il ne fallait pas rater lors de cette Fashion Week Femme milanaise automne-hiver 2018.

L’inauguration : Moncler Genius

Abandonnant ses lignes Gammes Rouge par Giambattista Valli et Bleu par Thom Browne, la marque aux doudounes a inauguré son projet Moncler Genius divisé en huit collections dessinées par autant de directeurs artistiques, dont chacun a présenté une capsule lors de l’ouverture de la Fashion Week de Milan. Parmi eux : Hiroshi Fujiwara (du label Fragment), Sandro Mandrino (passée par Prada et Gucci), Francesco Ragazzi (de chez Palm Angels), Karl Temper, Simone Rocha, Craig Green et ses doudounes boursouflées et sculpturales, Pierpaolo Piccioli (aussi DA de Valentino) qui présentait des tenues de nonnes du futur, ou encore Kei Ninomiya et ses doudounes fragmentées. Les collections ont chacune été dévoilées dans des tentes géantes, installées au sein du gigantesque Palazzo delle Scintille, et sortiront au rythme d’une par mois à partir de juin prochain : une cadence faisant écho au système de drops instauré dans le streetwear.

Photos de gauche à droite : Moncler x Kei Ninomiya automne 2018, Moncler x Francesco Ragazzi automne 2018, Moncler x Craig Green automne 2018, Moncler x Pierpaolo Piccioli automne 2018.

L’inspiration : transhumaniste

Le premier modèle du défilé Gucci a ouvert le show portant une réplique de sa propre tête à la main, dans un espace aux allures de salle d’opération, faisant écho à l’essor du mouvement transhumaniste constaté par Alessandro Michele : « Nous sommes les docteurs Frankenstein de nos propres vies, a-t-il expliqué. Nous sommes dans une ère post-humaine, nous sommes aujourd’hui capables de passer outre les lois de la nature. Et pour moi, les vêtements peuvent nous aider à devenir qui nous voulons être. » Suivirent ensuite un bébé dragon ou encore un caméléon de synthèse tenus entre les bras des mannequins, avant le passage d’un modèle à trois yeux en closing de cette nouvelle collection baroque, mêlant des influences diverses allant des turbans sikhs au film culte de série B Faster, Pussycat! Kill! Kill! en passant par un chapeau-pagode. Poussant l’esthétique surréaliste plus loin encore, Jeremy Scott chez Moschino a lui fait défiler des mannequins a la peau colorée en bleu, vert ou encore orange, habillés en tailleur et robes droites 60’s à la Jackie Kennedy.

Une publication partagée par Gucci (@gucci) le

Les couleurs : fluo

Accompagnant les matières plastiques chez Prada et Marni, les fluo jaunes, verts et roses constituaient les couleurs dominantes des deux défilés. On les retrouvait aussi chez Versace, dont la nouvelle collection mêlait référence au football et au punk à grand renfort de motifs tartan, dont l’omniprésent come-back déjà constaté lors de la dernière Fashion Week homme se poursuit.

Photos de gauche à droite : Marni automne 2018, Prada automne 2018, Versace automne 2018.

La collaboration : Fendi x Fila

Fendi a continué à jouer avec son logo cette saison en faisant une deuxième fois appel à l’artiste et instagrammeur irlandais @Hey_Reilly, déjà invité à collaborer sur la collection homme automne-hiver 2018 présentée au début de l’année. Pour la nouvelle ligne femme de la maison, dessinée par Karl Lagerfeld et mêlant jupes à carreaux, pantalons tailoring traversés d’une bande sporstwear et hauts translucides, Hey Reilly s’est réapproprié la typographie et les couleurs bleues, blanches et rouges du logo Fila à l’esthétique vintage. Le transformant en « Fendi », il l’a appliqué sur des pulls et un sac, dans la lignée de son œuvre ironique détournant les marques de luxe et leurs emblèmes.

Photos : Fendi x Fila automne-hiver 2018-2019.

Les matières : plastiques

Entérinant son retour au nylon dans le prolongement de sa dernière collection homme, Prada a aussi laissé place aux matières plastiques cette saison, à grands renfort de robes, hauts et jupes en franges de flapper. Le plastique recouvrait aussi les vestes monogrammées de Fendi, qui rappelaient la première collection de Raf Simons pour Calvin Klein, ainsi que les jupes et manteaux luisants qui ouvraient le défilé Marni, avant l’apparition d’un impair rose, entre différentes tenues dont l’esthétique jouait avec le concept de dichotomie.

Photos de gauche à droite : Fendi automne 2018, Marni automne 2018, Prada automne 2018.

Le retour : de flammes

Prada a dévoilé de nouvelles paires de sandales d’où dépassaient des flammes oranges ou encore vertes, associées à des guêtres noires, et rappelant un modèle de chaussure similaire déjà présent dans la collection printemps-été 2012 de la maison italienne. Un motif de flammes ornait aussi le crop top ouvrant le troisième défilé TommyNow, arboré par Gigi Hadid, dans un décor de piste de Formule 1, avant un balais de supermodels en pantalons de bikers, bombers patchés et visières à carreaux.

L’accessoire : la banane XXL

L’accessoire de prédilection des dealers a été revisité cette saison en version tape à l’œil, abandonnant sa traditionnelle couleur noire pour un bleu éclatant chez Sportmax, la deuxième ligne de Max Mara, ou encore un rose luisant venant égayer une tenue pâle chez Christian Pellizzari. Lucie et Luke Meier dévoilaient quant à eux une large pochette blanche accrochée autour de la taille via leur nouvelle collection pour Jil Sander, qui prolongeait l’esthétique minimaliste de la marque en proposant une série de tenues unies, souvent blanches, tout en expérimentant du côté des coupes et des matières.

Photos : Sportmax automne 2018, Christian Pellizzari automne 2018, Jil Sander automne 2018.

L’esprit : d’équipe

La nouvelle collection Versace était intitulée « Clan », et s’inspirait notamment du l’univers des supporters de football, proposant des robes hybrides inspirées par les maillots de football, ou encore des écharpes siglées de l’initiale de la marque. L’accessoire était également réapproprié cette saison par MSGM, dont la nouvelle ligne signée Massimo Giorgetti, entre street et sportswear, réunissait imprimés eye-catching en all-over, tenues en cuir coloré et jogging oversized.

Photos de gauche à droite : MSGM automne 2018, Versace automne 2018, MSGM automne 2018, Versace automne 2018.

L’accessoire : les gants

Après avoir été reinventés sous toutes formes par Anthony Vacarello chez Saint Laurent, les gants étaient omniprésents lors de cette nouvelle saison milanaise, en version biker chez Sportmax, argenté chez Ermanno Scervino ou encore aux allures de chaussettes rainurées chez Emilio Pucci. Roberto Cavalli a lui présenté une version body-painting d’un t-shirt moulant à manche longues qui se prolongerait jusqu’à recouvrir les mains.

Photos de gauche à droite : Ermanno Scervino automne 2018, Roberto Cavalli automne 2018, Sportmax automne 2018, Emilio Pucci automne 2018.

À suivre : Attico

Fondé par les stars du street-style Gilda Ambrosio et Giorgia Tordini, Attico a dévoilé son nouveau lookbook automne-hiver 2018, développant un vestiaire étincelant et sensuel mêlant créations en velour, robes argentées et manches XXL. S’inspirant de pièces vintages, le duo a lancé son label en 2016 après avoir étudié le design et travaillé comme consultant dans la mode. Attico a ensuite rapidement attiré l’attention, et notamment celle du pointu site de e-commerce MatchesFashion.com, qui a invité la marque à produire une collection capsule l’année dernière.

Photos : Attico automne-hiver 2018-2019.

À lire aussi :

[ess_grid alias= »antidote-home2″]

Les plus lus

Pourquoi il ne fallait pas rater le dernier défilé Haute Couture de la maison Valentino

Pierpaolo Piccioli a présenté sa nouvelle collection de Haute Couture pour la maison romaine lors d’un défilé sur la place d’Espagne, à Rome, le vendredi 8 juillet. Pensée comme un dialogue avec Valentino Garavani, la collection-fleuve baptisée « The Beginning » faisait office de trait d’union entre le passé et le présent de la maison dans sa ville de naissance. 

Lire la suite

Antidote Fanzine x Burberry : Comment Riccardo Tisci refaçonne l’ADN de Burberry ?

Ce n’était pas encore une Maison mais plutôt une Mansion. Une very British Mansion devenue le temple vestimentaire-mais-pas-que de la culture anglaise. Une sorte de monument dont la splendeur n’effraie plus tant on y est habitué. Puis soudain, en mars 2019, une arrivée a bousculé les traditions. Celle de Riccardo Tisci, nommé chief creative officer de Burberry, après 13 années passées à la direction artistique de Givenchy et un intermezzo de quelques mois au sein de sa famille, près du lac de Côme.

Lire la suite

Retrouvez les photos de la soirée Antidote organisée durant la Fashion Week homme printemps-été 2023

Samedi 25 juin, Antidote organisait une nouvelle soirée au Silencio, à l’occasion de la Fashion Week masculine de Paris printemps-été 2023. Retour sur un événement qu’il ne fallait pas manquer, marqué par une série de DJ sets de Panteros666, Jeune Pouce et Housewife 9, entrecoupée d’une performance live du rappeur Michel.

Lire la suite

Rencontre avec le fondateur du label A-Cold-Wall* Samuel Ross, à l’occasion de la sortie de sa nouvelle sneaker

À l’occasion du lancement chez 3537 de la nouvelle Converse Sponge Crater, née de la collaboration entre le fondateur du label britannique A-Cold-Wall*, Samuel Ross, et la marque de chaussures américaine Converse, Antidote a rencontré le designer, en pleine Fashion Week masculine de Paris. À travers cet entretien, il revient sur son ambition pour le futur de Converse et de A-Cold-Wall*, évoque sa volonté d’être le plus sincère possible dans son travail quasi autobiographique et dépeint son désir d’allier approche utilitaire et esthétique conceptuelle.

Lire la suite

Mode, ego & psycho : quand l’habit fait le mood

Si l’intérêt de l’anthropologie, de la sociologie ou de la philosophie pour la mode et ses productions est documenté et relayé depuis de nombreuses années, celui que lui portent la psychologie, la psychanalyse ou encore la psychiatrie demeure étrangement dans l’ombre. Pourtant, pour peu que l’on s’y penche, force est de constater que la mode et les objets qu’elle produit pour permettre à chacun de composer sa propre « parure » – selon le terme d’usage en anthropologie – intéressent depuis plusieurs décennies les acteur·rice·s de ces disciplines. Entre la publication d’ouvrages sur les liens unissant mode et inconscient, la mise en place d’expérimentations analysant l’impact des vêtements sur nos capacités cognitives, l’intégration de vestiaires spécifiques dans le cadre de certaines thérapies, voire l’appropriation par les marques de luxe elles-mêmes de discours ayant recours au champ lexical de la psychologie, retour sur l’intérêt mutuel que se portent mode et sciences cognitives.

Lire la suite

Newsletter

Soyez le premier informé de toute l'actualité du magazine Antidote.