Qui est Hey Reilly, l’artiste pop qui tourne la mode en dérision ?

Article publié le 15 février 2018

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Photo : Hey Reilly
Texte : Maxime Retailleau

L’artiste et phénomène Instagram Hey_Reilly a collaboré avec Fendi pour sa collection homme automne-hiver 2018-2019.

Après avoir travaillé dans la publicité, Reilly a créé un compte Instagram où il détourne les campagnes des grandes marques de luxe, grâce auquel il s’est fait repéré par Silvia Venturini Fendi, la directrice artistique des collections masculines et des accessoires femme de la griffe italienne du même nom. Il s’est réapproprié son logo à sa demande, déclinant ses visuels sur différentes pièces du dernier défilé homme de la marque, présenté en janvier dernier dans un décor d’aéroport.

Antidote. Quand avez-vous lancé votre Instagram ?
Reilly.
 Il y a environ trois ans, juste pour le fun. Instagram me servait de carnet de croquis, dès que je créais un visuel, je le postais dessus ; c’était un moyen de garder mes créations, de pouvoir les retrouver facilement. Les gens ont commencé à me suivre, donc j’ai continué à en poster de nouvelles, puis des personnalités de la mode ont commencé à les liker à leur tour et à les reposter. Ensuite on m’a proposé des jobs par email.

Vous avez dépassé les 4000 posts en seulement trois ans, d’où tirez-vous votre inspiration ?
Je ne peux pas m’arrêter, j’ai tout le temps des carnets de notes avec moi sur lesquels je passe mon temps à écrire. Je peux me lever à quatre heures du matin en ayant une idée que je trouve intéressante, et l’écrire quelque part. L’inspiration peut venir de partout, c’est difficile pour moi de dormir.

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Vous partez de marques de luxe pour créer du pop art. Pensez-vous que le luxe est devenu pop, notamment de par l’essor d’Instagram ?
Complètement, Instagram a pris tellement d’importance, même les enfants l’utilisent. Les marques n’ont pas d’autres options, elles doivent faire avec.

Les visuels que vous avez créés pour Fendi illustrent des mots commençant par un « F » comme « Freedom » ou « Family ». Quel était votre processus, vous partiez d’abord des mots ?
Non, tout venait ensemble. Je suis parti du double « F » inversé pour constituer l’initiale de mots positifs, mais je ne voulaient pas que les images aient de liens avec eux. Je voyais plus les visuels comme des œuvres visant à provoquer une réflexion, je voulais que les gens se demandent : « Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce que ça signifie ? Pourquoi y a-t-il un escargot sur un ballon de foot ? » C’est très absurde, mon travail devient plus surréaliste, j’ai poussé cette esthétique plus loin, et je vais continuer à aller dans ce sens là pour voir jusqu’où ça peut aller.

Vous aviez commencé dans la mode avec un label de mode masculine. Vous y revenez à travers Instagram.
Oui, j’ai eu une marque homme durant environ sept ans, c’était génial, on était vendus à travers le monde et au Dover Street Market. Mais au bout d’un moment, j’ai eu envie de faire autre chose, et j’ai lancé mon Instagram. J’aimais davantage faire ça que de travailler sur la marque, donc je me suis concentré dessus, mais j’ai toujours adoré la mode.

Photos : Fendi, automne-hiver 2018-2019.

Y-a-t-il des artistes que vous admirez particulièrement, ou qui vous inspirent ?
C’est difficile à dire, je suis confronté aux œuvres de beaucoup d’artistes, je pense qu’elles m’influencent toutes. J’adore Francis Bacon, les peintures de la Renaissance, Michel-Ange, j’adore d’anciens maîtres, mais aussi certains artistes contemporains.

Vous avez d’ailleurs posté collage de David Bowie faisant référence aux représentations des saints dans la religion chrétienne. Pensez-vous que les stars d’aujourd’hui sont les icônes religieuses de notre époque ?
Oui complètement, ce sont les nouveaux dieux, particulièrement celles qui viennent de mourir. On les idéalise, quand je poste ce type d’images les gens deviennent dingues, je reçois des tonnes d’emails de personnes qui veulent l’acheter, et je leurs réponds que je ne les vends pas, c’est juste pour Instagram.

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