Une exposition revient sur les années Hermès de Martin Margiela

Article publié le 14 avril 2018

Texte : Maxime Retailleau

Le MAD (Musée des Arts Décoratifs) fait dialoguer les créations révolutionnaires de Martin Margiela pour son propre label avec celles qu’il a conçues pour Hermès, dont il a assumé la direction artistique de 1997 à 2003.

Raf Simons a découvert sa vocation en assistant au troisième défilé de Martin Margiela, Demna Gvasalia a fait ses armes dans sa maison durant quatre ans avant de lancer son propre label Vetements et de devenir directeur artistique de Balenciaga, et Kanye West est littéralement obsédé par le designer belge dont il n’hésite pas à s’inspirer pour ses collections Yeezy. Martin Margiela fascine les nouvelles générations, inspirées par sa vision radicale et sans compromis : absence de logo, défilés dans des lieux hors-normes (une station de métro abandonnée, un terrain vague, un magasin de l’Armée du Salut…), lignes déconstructivistes mettant en évidence le geste créatif, récupération et upcycling… Autant d’éléments distinctifs allant à l’encontre des normes en vigueur dans les grandes maisons de luxe des années 1990.

À la surprise de tous, le PDG d’Hermès Jean-Louis Dumas lui propose pourtant de devenir le directeur artistique des collections femmes du célèbre sellier, en 1997 : un risque toutefois mesuré, le prêt-à-porter ne représentant alors que 13% du chiffre d’affaire de la marque. Il a découvert son travail après que sa fille Sandrine ait défilé pour lui, et a été convaincu par sa vision pour Hermès qu’il aurait résumée en seulement sept mots : « Confort, qualité, intemporalité, pérennité, fait main, tradition, élégance en mouvement ».

La greffe prend, et Margiela impose plusieurs pièces fortes chez Hermès : il introduit les premières baskets en cuir, la vareuse – avec un col en V plongeant inspiré des vestes de marins – ou encore le trikini, et détourne la montre Cape Cod en allongeant son bracelet afin qu’il puisse faire deux tours autour du poignet. Il ne touche cependant à l’iconique sac Kelly ou au carré de soie, mais invente un long losange de la même matière qui se noue autour du cou et pend comme un collier.

De gauche à droite : Maison Martin Margiela, Margiela pour Hermès.

L’exposition du MAD (le nouveau nom du Musée des Arts Décoratifs), consacrée à ses sept années passées chez Hermès, fait dialoguer ses pièces pour la maison de luxe avec celles qu’il créait pour Maison Margiela, dont il continuait d’assurer la direction artistique en parallèle. Pour les différencier, un dispositif déjà présent lors de la première présentation de cette expo en 2017, au MoMu (Musée de la Mode d’Anvers), est réemployé : les tenues Maison Martin Margiela sont mises en scène devant un fond blanc (rappelant l’obsession du designer belge pour cette couleur), tandis que celles pour Hermès se détachent d’un arrière-plan orange.

Cette scénographie permet de mettre en relief la continuité du travail de Margiela : chez Hermès, on retrouve ainsi son goût pour l’intemporalité à travers le casting des mannequins, dont l’âge dépassait souvent la cinquantaine, voire même la soixantaine. Ce rejet du jeunisme et de l’obsession pour la nouveauté marquait déjà sa propre marque à travers le processus d’upcycling (sa ligne Artisanale, qui intégrera le calendrier haute couture en 2012, est entièrement recyclée), ses tenues “Replica” (des répliques à l’identique de pièces souvent trouvées en friperie), et les rétrospectives de ses propres collections qu’il commença à présenter seulement quelques années après avoir lancé son label.

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Aussi, l’aversion de Martin Margiela pour les logos transparaît à nouveau chez Hermès : le symbole de la marque n’apparaît que très discrètement, dans des boutons passées de quatre à six trous pour pouvoir y dessiner un petit « H » avec le fil qui les traverse. Il prolonge également sa démarche déconstructiviste, notamment inspirée par la créatrice japonaise Rei Kawakubo de Comme des Garçons. Chez Maison Margiela, les doublures sont parfois tournées vers l’extérieur lors des défilés ; pour Hermès, il crée des doublures en matière noble comme le cachemire, et les rend amovibles, de façon à ce qu’elle puissent être détachées des manteaux et portées en veste. Un dispositif révélé à travers les nombreux écrans vidéo qui jalonnent l’exposition du MAD, où les mannequins révèlent les pièces de Margiela pour Hermès sous tous leurs angles et les mettent en mouvement, mettant leur souplesse en évidence.

La fluidité de ces pièces est d’autant ostensible qu’ils ne possèdent pas de coutures apparentes, marquant sur ce point une césure d’avec les collections de Martin Margiela pour sa propre maison, dont l’aspect grunge et artisanal célébrait la poésie de l’imperfection. En parallèle du MAD, une seconde exposition au Palais Galliera revient en plus détail sur cette esthétique en retraçant l’intégralité de ses vingts années passées au sein de son propre label, à travers une scénographie dont le designer belge signe à nouveau la direction artistique.

L’exposition « Margiela, les années Hermès » se tiendra jusqu’au 2 septembre 2018 au MAD (Musée des Arts Décoratifs), au 107 Rue de Rivoli, Paris I.

Retrouvez aussi Maxime Retailleau, chef d’édition digital chez Antidote, dans l’émission Le Réveil Culturel dédiée à Margiela, sur France Culture.

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