La persistance du white privilege

Article publié le 5 juin 2020

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Texte : Pam Boy
Photo : Alex Klavens

Vous en avez sûrement entendu parler, de ce white privilege, ou privilège blanc, à ne pas confondre avec le privilège du blanc cette tradition chrétienne autorisant les femmes de sang royal à se vêtir de blanc en présence du pape. Qu’est-il exactement ? Quand on parle de racisme systémique, le privilège blanc en est un des symptômes les plus insidieux. Avant d’expliquer comment il s’est niché si parfaitement dans les strates de nos sociétés occidentales, il nous faut établir une définition du phénomène.

Le mot privilège est issu des mots latins privus, particulier, et lex ou legis, la loi. Le privilège est un avantage, un passe-droit légal accordé à une personne ou un groupe qui devrait être accepté par tous. Le mot blanc fait référence au terme anthropologique caucasien qui désigne une personne de type europoïde, à la peau claire et dont le squelette prouve qu’elle a des ascendances européennes. C’est à partir de la seconde moitié du 19e siècle que le blanc anthropologique devient le blanc sociologique, suite aux théories de scientifiques européens tels que Johanna Friedrich Blumenbach Petrus Camper, ou encore Samuel George. La notion de races naît à travers le travail de philosophes tel que Emmanuel Kant, qui publie en 1775 Des différentes races humaines, ouvrage dans lequel il affirme l’existence de quatre races humaines : les « blancs », les « hindous jaunes », les « nègres », et les « américains cuivrés ». C’est aussi à cette époque qu’une hiérarchisation de ces races initiée par Arthur de Gobineau dans son Essai sur l’inégalité des races humaines s’opère. La « race blanche » serait supérieure et au-dessus des autres. Ces notions sont alors inculquées dans les programmes et manuels scolaires. Nous ne pouvons aborder l’idée de privilège blanc sans mentionner l’esclavage et la colonisation. Pendant ces périodes historiques, les États européens ont utilisé l’idée de supériorité de la « race blanche » pour justifier la subjugation de la « race noire ».

Ce n’est qu’après la Seconde Guerre Mondiale que l’UNESCO, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science, et la culture, publie quatre essais établissant officiellement la notion d’une unique race humaine. Malheureusement, l’idée d’une « race blanche » supérieure est solidement ancrée dans les mentalités. Le blanc devient sociologique. Il se définit ainsi par un avantage donné aux membres de la « race blanche » dans une société multiculturelle. C’est l’idée que la norme et le pouvoir appartiennent aux blancs qui seraient supérieurs intellectuellement et philosophiquement aux autres « races ». La société et ses institutions leur font confiance. En 1987, dans son essai White Privilege : Unpacking the Invisible Knapsack, la militante antiracisme Peggy McIntosh établit le privilège blanc non pas comme un avantage silencieux mais comme un désavantage bruyant. Ainsi, le privilège blanc, s’il ne sert pas à tous les blancs, est néfaste pour tous les noirs.

Aujourd’hui, divers statistiques démontrent concrètement comment ce privilège s’insère dans les sociétés occidentales. L’exemple le plus commun est le fait qu’en France par exemple, un noir à 6 fois plus de chances qu’un blanc de se faire stopper par la police. Nous parlons alors de contrôle au faciès. Dans la vie de tous les jours, ceux qui ne bénéficient pas de ce privilège blanc ont l’habitude de se faire suivre dans les boutiques par les agents de sécurité, de se voir refuser des prêts bancaires ou l’accès au logement, de ne pas recevoir de réponse d’un potentiel employeur car portant un nom à consonance étrangère. Pourtant, certaines personnes dénient encore aujourd’hui ces réalités. Ils perpétuent l’idée que le privilège blanc et le racisme n’existent pas car souvent ils ne le voient pas, ce qui en soi fait partie de ce privilège.

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