Que signifie être queer en 2017 ?

Article publié le 16 juin 2017

Texte : Alice Pfeiffer
Photo : Sébastien Dolidon

Antidote est partenaire du festival Loud & Proud du 6 au 9 juillet à la Gaité Lyrique qui cherche à chambouler les structures de discriminations et à mettre en lumière et en paillettes toutes les minorités.

Le long de couloirs du métro parisien, des affiches d’un rose fluo, insolent, tonitruant, tapissent les murs. Des figures de tous âges, genres, tailles se dessinent, et tirent la pose, dansent et s’embrassent. Au milieu trônent les mots « Loud & Proud », pour annoncer un festival de musique « dédié aux cultures et musiques queer », qui se tiendra à la Gaité Lyrique du 6 au 9 juillet.

À l’occasion de sa deuxième édition, l’évènement annonce un programme aussi transversal que les protagonistes du poster : une performance de Mykki Blanco, rappeuse « multi-genre », de Venus X, issue de la scène Ghetto Gothic New-Yorkaise ; un bal de Voguing avec Jean-Paul Gaultier pour membre du jury ; des projections de films pornographiques féministes ; des contes lus par « trois gentilles drag queens » à des enfants dixit le programme.

Photo : Gaelle Matata

À ne pas confondre avec un festival labellisé LGBT, cet ensemble hétéroclite renoue avec les débuts de la pensée queer. Le terme émerge dans les milieux universitaires et militants du début des années 1990, notamment dans les écrits de figures comme Kate Bornstein ou Judith Butler, et vise à questionner et déconstruire les structures normatives dominantes : le « queer », c’est l’étrange, le bizarre, cet Autre qui déborde des structures préétablies. Le mot, d’abord une insulte contre les gays, est réapproprié par les personnes concernées – tout comme le sont des injures type « fag », « sissy », « dyke » – afin de détourner et retourner les stigmates, et en faire une marque de différence assumée et glorieuse.

D’où le titre « Loud&Proud » : Proud, car fier de faire voler en éclat les carcans assujettissants. Loud, « comme de la musique qui viendrait symboliquement étouffer les cris des oppresseurs », dit Anne Pauly, co-commissaire de l’évènement, qui raconte que l’idée du titre (inspiré du slogan gay « Gay and Proud » des années 70), vient aux fondateurs du festival à la vue des rues remplies de centaines de milliers de participants furibonds lors de la Manif pour Tous.

Et si le terme queer est employé depuis plusieurs décennies, il est en perpétuelle évolution face à des discriminations changeantes et à un climat local complexe. Pour Fanny Corral, également co-commissaire, « lorsque l’on parle de discrimination autour du genre, il est primordial de prendre également en compte les enjeux de classe et de race. L’idée est de remettre à jour des questions de domination binaire dans la société, et de réfléchir à des stratégies multiples de luttes actuelles. »

Photo : Gaelle Matata

Ainsi, ces évènements sont complétés par des conférences, des ateliers et des rencontres engagées. Par exemple, la musicienne et activiste Moor Mother, après son concert de dark rap aux influences afro-futuriste, discutera avec la journaliste Christelle Oyiri de problématiques racistes dans le champ de la production musicale. Des débats autour du post-colonialisme, de la transphobie, de la transmission historique, dans des contextes tels que la nuit, la pop culture, les jeux vidéos prendront également place, afin de donner un socle conscient et sociétal au festival.

Et à l’heure où l’activisme et les questions de genre sont récupérés par le marketing, une pensée queer aujourd’hui s’applique aussi à la structure et l’organisation même de l’évènement : « Nous visons une forme d’horizontalité, entre les intervenants, les organisateurs et les invités. Le queer, c’est aussi un travail d’éveil, de transmission, et de lutte commune. »

Le festival Loud & Proud aura lieu du 6 au 9 juillet 2017 à La Gaité Lyrique, 3 bis rue Papin, Paris 3.

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