Lolo Zouaï : « Je veux que la musique française devienne mainstream aux États-Unis »

Article publié le 19 avril 2019

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Texte : Naomi Clément.
Photo : Lolo Zouaï, par Grant Spanier.
19/04/2019.

Née à Paris, élevée à San Francisco et désormais basée à New York, cette Franco-algérienne a fait de sa musique un moyen d’embrasser son identité culturelle et ses émotions multiples, ravivant au passage la flamme du R’n’B. Son premier album, High Highs to Low Lows, s’offre aujourd’hui à nous.

Depuis environ cinq ans, le R’n’B connaît un véritable second souffle. Après avoir connu un âge d’or à la fin des années 1990, puis sombré dans les méandres de l’industrie musicale au milieu des années 2000, il est aujourd’hui porté par une nouvelle génération d’artistes tout aussi ambitieux qu’innovants qui modernisent le genre avec brio. Parmi eux, H.E.R., Ella Mai, A.CHAL, Amber Mark, Sabrina Claudio, mais aussi et surtout Lolo Zouaï.

Révélée fin 2017 grâce à l’enivrant single « High Highs to Low Lows », cette New-Yorkaise de 26 ans façonne en effet un R’n’B novateur, tout à la fois teinté de hip-hop, de mélodies arabiques et de chanson française, faisant de sa musique l’étendard flamboyant des nombreuses facettes de sa personnalité. « Je crois que ma musique, c’est un peu le résumé des différentes cultures qui m’habitent, analyse l’intéressée. Il y a un côté hip-hop qui évoque San Francisco et New York, on retrouve aussi des sonorités arabiques dans les adlibs, inspirées par mes racines algériennes, sans oublier ce petit côté intemporel et glamour en hommage à Paris, ma ville natale. »

Si elle naît effectivement à Paris d’une mère française et d’un père algérien, notre chanteuse se considère avant tout comme un pur produit de l’Amérique. Le jour de notre rencontre, elle préfère d’ailleurs réaliser l’entretien en anglais, la langue dans laquelle elle dit se sentir « le plus à l’aise ». « Quand je reviens en France et que je dois commander au restaurant par exemple… c’est très compliqué pour moi !, avoue-t-elle dans un rire. Ma maison, c’est les États-Unis. Mes parents ont gagné la green card à la loterie quand j’avais 3 mois, je vis là-bas depuis toujours. »

De l’autre côté de l’Atlantique, Lolo Zouaï grandit dans la Bay Area de San Francisco, où elle est bercée par les plus grands noms de la chanson française, de Françoise Hardy à Edith Piaf, que sa mère écoute en boucle -, avant de découvrir les tubes d’Aaliyah, de Britney Spears, et surtout d’E-40 et Too $hort, ses deux rappeurs préférés. « J’ai un réel talent pour imiter Too $hort », lance-t-elle d’un air très sérieux, avant d’entonner le refrain de « Blow the Whistle ».

Son désir de composer de la musique naît dans sa chambre d’adolescente, au milieu de ses multiples posters d’Aaron Carter. « Ma mère rentrait souvent tard du boulot, alors je passais mes soirées à bosser sur ma musique », se souvient-elle. Issue de la génération SoundCloud, l’artiste en devenir donne alors vie à ses premières mélodies, une guitare dans une main et un iPhone dans l’autre, et finit par s’envoler pour Los Angeles dans l’espoir de s’y faire un nom. Elle participe à des cours d’écriture, compose ses premières véritables chansons… et se retrouve profondément déçue. « Je me suis vite rendue compte que je ne suivais plus mon instinct, que la musique que je composais avec ces gens n’était simplement pas la mienne », relate-t-elle.

Des hauts et des bas

C’est cette expérience, amère et frustrante, que Lolo Zouaï nous conte dans « High Highs to Low Lows », son premier single posté sur SoundCloud fin 2017. Rapidement repéré par le géant Spotify, qui le glisse en pole position de sa playlist « Fresh Finds », le morceau atteint en seulement quelques mois un million d’écoutes, faisant brutalement passer la jeune femme de l’ombre à la lumière. « C’est vraiment le titre qui a changé ma vie », affirme-t-elle.

Ce titre, c’est aussi celui avec lequel elle commence à poser les bases fondatrices de sa musique : un R’n’B moderne et introspectif, aussi bien chanté en anglais qu’en français, avec lequel elle extériorise ses émotions les plus enfouies ; un son singulier, aisément identifiable, qui lui permet de se démarquer au sein d’une industrie plus foisonnante que jamais. Cette singularité, on la doit aussi au producteur Stelios (qui se cache notamment derrière « So High » de Young Thug et Elton John), en lequel Lolo Zouaï trouve un parfait allié. À ses côtés, elle donne rapidement vie à d’autres singles : « Blue », « Brooklyn Love », ou encore « Desert Rose », une ode à ses origines algériennes.

« Je pense sincèrement que la musique bilingue voire trilingue incarne le futur. »

Forte de cette remarquable série de singles, qui précise un peu plus les contours de son esthétique musicale, la New-Yorkaise commence à collaborer avec des artistes à la carrière bien établie : le beatmaker français Myth Syzer, qui la convie à l’été 2018 sur le sulfureux « Austin Power » extrait de son premier album Bisous ; le chanteur et producteur britannique Devonté Hynes (alias Blood Orange), aux côtés duquel elle donne vie à l’envoûtant « Jade » début 2019 ; mais également la majestueuse H.E.R., pour qui Lolo Zouaï co-écrit « Still Down ». Un titre grâce auquel elle reçoit le prestigieux prix du Songwriters Hall of Fame Abe Olman, par ailleurs extrait de l’opus H.E.R. qui se retrouve sacré par le Grammy Award du « Meilleur album de R’n’B » en 2019.

« C’était incroyable de voir H.E.R. remporter un Grammy !, commente Lolo Zouaï. Je me souviens, je regardais la télé, et… je pleurais tellement ! J’étais fière pour elle, parce que j’ai conscience de tous les efforts qu’elle a placés dans ce projet – et dans tout ce qu’elle entreprend de façon générale. Bon, je ne vais pas mentir, une part de moi aurait aimé être sur scène à ses côtés [rires]. Mais en même temps, je savais que ce n’était pas encore mon moment. »

Un pont entre la France et les États-Unis

Deux mois plus tard, son heure semble être arrivée. Aujourd’hui considérée comme l’un des espoirs les plus prometteurs de la scène R’n’B, adoubée par des médias aussi prestigieux que Vogue ou The Fader, elle délivre ce 19 avril 2019 son tout premier album : High Highs to Low Lows. Un disque produit main dans la main avec son comparse Stelios, à travers lequel elle étoffe davantage son univers.

Annoncé par le clip de l’entraînant « Ride », ce projet de douze pistes retrace le parcours émotionnel de Lolo Zouaï, nous immergeant tantôt dans ses instants de joie les plus intenses, tantôt dans ses moments de doute les plus sombres. D’où ce titre, Highs Highs to Low Lows. « L’idée de cet album, c’est d’embrasser toutes mes émotions, d’accepter le fait qu’il y ait des hauts et des bas, d’être aussi bien en phase avec ma tristesse que mon bonheur… et finalement de m’accepter tout entier », décrypte la chanteuse.

On y retrouve ainsi des morceaux à l’atmosphère mélancolique, à l’instar de « High Highs to Low Lows », « Blue » et « Desert Rose », déjà connus de ses fans, ou encore de « Here to Stay » ou « Chevy Impala », une ballade aérienne qui relate l’époque où elle travaillait en tant que serveuse dans un restaurant. Mais l’album est également nourri de titres beaucoup plus percutants, à l’instar de « Look At Us », « Ride » et surtout « Caffeine », avec lesquels Lolo Zouaï expose toute sa puissance. « Ce n’est pas parce que je suis une fille que je ne peux pas frapper aussi fort qu’un rappeur dans mes morceaux », affirme-t-elle.

Un morceau, cependant, tranche avec le reste : « Beaucoup ». Dernière piste de High Highs to Low Lows, ce titre est entièrement interprété dans la langue de Molière, et sonne comme une ode à la chanson française des années 1960. « Ce morceau, c’était une façon de me challenger en me prouvant que j’étais capable d’écrire un son en français de A à Z, mais également de rendre hommage à des artistes comme Françoise Hardy ou Serge Gainsbourg, que j’ai beaucoup écoutés dans ma jeunesse avec ma mère », confie-t-elle. Désireuse de répondre en français pour les dernières minutes de notre entrevue, Lolo Zouaï abandonne subitement l’anglais et, de sa voix cristalline, conclut :

« J’aimerais vraiment que la musique française devienne mainstream aux États-Unis. La musique hispanique l’est devenue, et je crois qu’aujourd’hui c’est ce que nous voulons tous voir sur le devant de la scène : des gens issus de toutes les cultures, de tous les horizons… du monde entier. Je pense sincèrement que la musique bilingue voire trilingue incarne le futur. En tout cas, j’ai envie de le prouver. »

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