Qui est Coi Leray, la rappeuse américaine révélée grâce à Soundcloud ?

Article publié le 20 mai 2019

Texte : Naomi Clément.
Photo : Coi Leray.
20/05/2019

Tout droit sortie des entrailles de SoundCloud, cette rappeuse du New Jersey s’affranchit des codes de genre pour créer un langage singulier, brisant au passage les stéréotypes encore trop souvent associés aux femmes issues de la scène hip-hop américaine. Remarquée fin 2018 avec son single « Huddy », qui lui a valu un signature sur le label Republic Records, elle prépare actuellement son premier album.

Le rendez-vous est fixé à l’hôtel The Hoxton, dans le deuxième arrondissement de Paris. Coi Leray est de passage dans la capitale française, entre un concert à Londres et un autre à Berlin, et elle compte bien rentabiliser les quelques heures qu’elle a devant elle. « Tu connais PNL ? », nous lance-t-elle. « Je leur ai envoyé un DM sur Instagram. J’ai écrit à pas mal de rappeurs francophones, à vrai dire, pour essayer de collaborer avec eux. Je vais peut-être passer voir Hamza en studio ce soir… » À ses côtés, attentifs et bienveillants, se tiennent les fidèles membres de son équipe : son manager, sa styliste et sa coiffeuse, avec lesquels elle explique nouer un lien très fort. « Je ne voyage jamais sans eux », assure-t-elle. « Ils sont comme ma famille. »

C’est que Brittany Collins (son nom à la ville), 22 ans au compteur, a quitté son cocon familial originel prématurément. Fille du rappeur et producteur Raymond Scott, plus connu sous le nom de Benzino, ce pur produit des années 1990, élevé aux albums de Chris Brown et Lil Wayne dans le New Jersey, décide de tracer son propre chemin bien avant de devenir majeure. « À 16 ans, j’ai quitté le lycée, décroché un premier boulot dans la vente, pris un appartement… j’ai eu des responsabilités d’adulte assez tôt, finalement », relate-t-elle avant de préciser : « Ceci dit, le moment où j’ai réellement décidé de me lancer dans la musique remonte à octobre 2017. Je ne pouvais plus supporter le boulot que j’avais à ce moment-là, j’ai écrit mon premier morceau, « G.A.N » [pour « Goofy Ass N*ggas », ndlr], je l’ai mis sur SoundCloud et… ça a décollé. »

« Frank Ocean est un artiste qui m’inspire énormément »

Avec « G.A.N », Coi Leray distille une musique à l’identité multiple, entre rap, rock et trap, et cumule rapidement des dizaines de milliers d’écoutes en ligne. « Ce morceau a réellement marqué le début de ma carrière, commente-t-elle. Je savais que ma musique serait remarquée à un moment, j’avais foi en moi ; mais je ne pensais pas que la magie opèrerait dès le premier titre. » Portée par ce succès inattendu, l’artiste en devenir donne bientôt vie à sa toute première mixtape : everythingcoZ. Partagé le 30 mars 2018 de façon indépendante, ce projet de 13 titres (parmi lesquels « G.A.N », donc) est décrit par l’intéressée comme « une ode à l’acceptation de soi », dont le but est d’encourager tout un chacun à s’assumer pleinement.

« Le titre de cette mixtape, qui se prononce « everything cozy », fait référence au fait de s’accepter entièrement, d’être confortable avec soi-même, et ce en toutes circonstances, analyse-t-elle. Parce qu’une fois que tu as atteint ce stade : tu deviens invincible, tout devient possible. » Avec cette mixtape, Coi Leray précise également la nature de son rap, souvent pêchu et agressif, tout en dévoilant, avec des chansons comme « Things Change », « Wanna Be a Freak » ou « I Get It », une autre facette de sa musique : beaucoup plus délicate et sensuelle, davantage ancrée dans le R’n’B. « J’adore rapper, mais j’aime aussi jouer avec les mélodies, confie-t-elle. Le R’n’B, c’est aussi très important pour moi. Frank Ocean est un artiste qui m’inspire énormément, par exemple. Son premier album, Channel Orange, est rempli de mélodies incroyables ! »

De SoundCloud à Republic Records

Débutée avec « G.A.N » et everythingcoZ, la carrière de Coi Leray prend réellement de l’ampleur en septembre 2018 grâce à la sortie d’un single : « Huddy ». Un titre inspiré par la Dirty South, dont le clip cumule aujourd’hui près de 2,5 millions de vues, et avec lequel elle s’installe définitivement comme l’une des étoiles montantes de la scène hip-hop. « Chez moi, dans le New Jersey, « huddy » veut dire « non ». Par exemple, si tu demandes : « Je peux venir à la soirée ? » et qu’on te répond : « huddy », ça veut dire que c’est mort [rires], décrypte-t-elle pour expliquer l’origine du titre. Ce morceau, il est vraiment né à partir du beat, produit par Noc. Quand je l’ai écouté pour la première fois… j’en suis tombée amoureuse tout de suite. Le reste, les paroles, c’est venu hyper naturellement. C’est toujours comme ça en studio, tout vient super naturellement. » Et d’ajouter :

« Ceci dit, je ne pensais pas que « Huddy » allait devenir mon single, mon hit. J’avais un autre son en tête – qui n’est pas encore sorti. Mais c’est un phénomène qui arrive assez régulièrement dans l’industrie, je crois. C’est arrivé à Kodak Black par le passé, par exemple. Il a expliqué que « No Flockin » [le morceau qui a contribué à le révéler en 2014, ndlr] n’était clairement pas son préféré. Mais hé, on ne vas pas se plaindre ! Je suis très contente que « Huddy » ait su parler à autant de gens. »

« Je savais que ma musique serait remarquée à un moment, j’avais foi en moi ; mais je ne pensais pas que la magie opèrerait dès le premier titre. »

Et en effet : par le biais de « Huddy », Coi Leray attise l’intérêt de plusieurs poids lourds de la presse américaine, du LA Weekly au XXL Mag (qui pourrait bien lui offrir une place dans sa prestigieuse liste des « Freshmen » à l’été 2019, présentant 10 nouveaux talents à suivre). Mais pas que. Après avoir assuré la première partie des concerts de Gucci Mane et Trippie Red, elle a été choisie pour participer à la bande originale du film Spider-Man: Into The Spider-Verse, programmée à l’édition 2019 du géant Rolling Loud festival de Miami, et signée en tout début d’année sur le label Republic Records, qui compte parmi ses rangs des noms comme Ariana Grande, Drake ou James Blake. « Tout est arrivé tellement vite !, s’exclame-t-elle, l’air encore surprise. Signer avec Republic Records, c’est une véritable aubaine pour mon équipe et moi-même. On a désormais un soutien pour voir les choses en grand… on va pouvoir aller de l’avant. »

« On a longtemps eu droit à un seul type de rappeuse »

Si Coi Leray séduit autant de monde, c’est sans doute pour son caractère versatile. Dans sa seconde mixtape EC2, parue le 22 mars dernier et portée par les singles « Huddy » et « Good Day », la rappeuse affirme la dualité de sa musique, coincée quelque part entre rap et chant, entre combativité et mélancolie. Une dualité que l’on retrouve également dans son apparence. Sur son compte Instagram, suivi par près de 600 000 personnes à ce jour, elle passe aisément d’un ensemble constitué d’un large sweat à capuche et d’un baggy à un crop-top léopard aussi moulant qu’asymétrique, assorti à sa culotte. « L’image et le style, surtout à cette époque dominée par les réseaux sociaux, c’est très important, j’essaie donc d’y faire attention, surtout maintenant que je suis signée, dit-elle. J’aime me sentir confortable dans mes vêtements, mais il y a aussi des moments où tu sais, en tant que femme… j’ai juste envie de me sentir sexy. Mais dans les deux cas : il s’agit toujours de moi. »

Cette double facette de son identité visuelle et musicale, dont elle dit ne pas réellement se rendre compte, permet en tout cas à Coi Leray d’offrir une autre voie pour la nouvelle génération de rappeuses à venir. À l’instar de Kodie Shane, Young M.A ou Rico Nasty, la prometteuse jeune femme contribue à déconstruire les stéréotypes qui collent encore parfois à la peau des rappeuses – des femmes que l’industrie musicale a longtemps voulu sexualiser, mettre dans un moule aux formes uniques. « Je n’ai pas envie de trop m’avancer, parce que ma carrière débute à peine ; mais c’est vrai qu’on a longtemps eu droit à un seul type de rappeuse », souligne-t-elle. « Si je peux offrir autre chose, faire une petite différence, ce serait génial. »

En attendant, Coi Leray nous le promet : son tout premier album arrivera prochainement. « Maintenant que le festival Rolling Loud de Miami, que j’attendais de pied ferme, est passé [il s’est tenu du 10 au 12 mai dernier, ndlr], on va s’enfermer à Los Angeles avec mon équipe, et je vais me concentrer à fond sur l’album », annonce-t-elle. « Il y aura d’ailleurs pas mal de featurings avec de gros artistes dessus… mais je ne peux rien dire pour le moment. Si ce n’est que quand cet album sortira, vous n’en reviendrez pas. » Nous voilà prévenus.

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