Qui est Inès Rau, la première playmate trans de Playboy ?

Article publié le 20 octobre 2017

Photo : Inès Rau dans le numéro novembre-décembre 2017 de Playboy
Texte : Maxime Retailleau

Quelques jours après l’annonce du décès de son iconique fondateur Hugh Hefner, Playboy annonce que sa playmate de novembre 2017 sera, pour la première fois de son histoire, un mannequin transgenre. Une dizaine de pages du prochain numéro seront dédiées à la Française de 26 ans qui figure dans le numéro hiver 2017-2018 d’Antidote : Fantasy.

Si Hugh Hefner n’était pas décédé récemment à l’âge de 91 ans, Inès Rau aurait été la première transsexuelle en couverture du magazine Playboy, pour le numéro novembre-décembre 2017. Rendant hommage à son fondateur, il consacre aussi une dizaine de pages à sa nouvelle playmate, comprenant une interview, un shooting réalisé par Derek Kettela, et un poster. « Je suis très flattée, je ne m’y attendais pas du tout, raconte-t-elle, d’autant que je ne suis pas la fille la plus « juicy », je suis assez fine et athlétique. La proposition de Playboy était le plus beau compliment qu’on pouvait me faire.»

Sa position éditoriale progressiste était d’ailleurs soutenue par le fondateur du magazine à la retraite : « Les droits LGBT étaient le dernier cheval de bataille de Hugh Hefner, d’ailleurs il s’est beaucoup battu pour le mariage pour tous, rappelle-t-elle. Il était ravi que je sois choisie pour la cover ». Avec cette couverture, la mannequin signe le coup d’éclat le plus historique d’une vie déjà hors-norme.

Photo : Inès Rau dans le numéro novembre-décembre 2017 de Playboy

Sa deuxième collaboration avec Playboy

À quatorze ans, encore garçon, elle accompagne sa mère fêtarde aux Bains Douches, rencontre David Guetta et parvient à se faire engager comme danseuse. Elle part alors en tournée d’Ibiza à Miami, et se sentant femme depuis ses plus jeunes années, achète des hormones sur le marché noir à partir de ses seize ans. Le jour où elle obtient sa majorité, elle effectue sa transformation, soutenue par sa famille. « Pendant l’opération, j’ai rêvé que je traversais un océan qui n’en finissait pas, et que j’arrivais de l’autre côté, confie t-elle. Et c’est un peu ce que j’ai vécu, j’ai vraiment eu cette satisfaction, ce bonheur, un sentiment de liberté, d’accord avec moi-même, avec mon âme, avec mon coeur. Je me suis aimée, j’ai aimé mon corps plus que jamais, j’ai pu commencer à avoir une vraie sexualité, à être à l’aise avec mon corps. C’était fantastique. »

COMING SOON INES RAU X PLAYBOY USA STAY TUNED

Une publication partagée par INES RAU (@supa_ines) le

Repérée par une personnalité de la mode alors qu’elle travaille comme physio à l’entrée du club parisien Man-Ray, Inès Rau entame une carrière de mannequin sans dévoiler son identité trans, puis s’envole pour New York à 23 ans, et pose pour Vogue ou encore Balmain. En 2014, elle est contactée pour un premier projet avec Playboy. « Au début, je ne disais pas que j’étais transexuelle, mais la rumeur a fait le tour de New York parce que je l’avais tout de même révélé à mes amis proches, et c’est arrivé à l’oreille de personnes travaillant chez Playboy qui faisaient un numéro spécial en mai 2014, explique t-elle. Ils voulaient une photo avec une trans dans ce numéro, et m’ont dit que c’était avec moi qu’ils voulaient le faire si j’acceptais de faire mon coming out. Je prévoyais déjà de le faire, donc le timing était parfait. »

Inès Rau devenait ainsi la première trans à figurer dans Playboy, sans avoir pour autant avoir à l’époque le statut de « playmate du mois » du magazine. C’est maintenant chose faite avec le numéro à venir, à travers lequel elle offre une nouvelle visibilité aux trans, dans le sillage d’autres mannequins comme Lea T ou encore Andreja Pejić. Elle s’en réjouit mais doit encore faire face à certaines remarques transphobes : « Il va falloir que je sois forte, parce que certaines personnes sont vraiment méchantes dans leurs commentaires. Mais même si ça me fait mal de les lire, je suis vraiment contente de faire partie des pionnières qui participent à ouvrir les esprits.»

À lire aussi :

[ess_grid alias= »antidote-home2″]

Les plus lus

> voir tout

Société

Pas d’égalité sans les putes

Longtemps réduit∙e∙s au silence et minorisé∙e∙s, les travailleur∙se∙s du sexe ont trouvé dans les grands courants d’émancipation actuels de nouveaux alliés. Nous leur avons donné la parole afin de comprendre leur vécu, mais aussi leurs arguments contre la politique répressive de notre pays. Nul doute que leur lutte constitue l’un des grands combats égalitaires du temps présent.

Mode

La lingerie féminine s’émancipe des diktats

Une nouvelle vague de designers remet en question les standards corporels de beauté à travers leurs pièces de lingerie avant-gardistes, défaites des impératifs patriarcaux liés au male gaze.

Mode

Rencontre avec les photographes de la nouvelle campagne CK One

La campagne one future #ckone rassemble un casting de jeunes Américain·e·s aux profils variés, reflétant toute la diversité des États-Unis, immortalisé·e·s par sept étoiles montantes de la photographie. Antidote s’est entretenu avec deux d’entre elles, dont l’œuvre s’inscrit au croisement de la quête esthétique et de l’activisme : Elliot Ross et Shan Wallace.

Société

Frédéric Lenoir : « Il faudrait se diriger vers un modèle de sobriété heureuse »

Philosophe, sociologue, romancier, Frédéric Lenoir figure parmi les auteur•rice•s francophones les plus en vue. son Œuvre prolifique comporte une quarantaine d’ouvrages (La Puissance de la joie, Le Miracle Spinoza…) vendus à plus de sept millions d’exemplaires et traduits dans une vingtaine de langues. Son livre Vivre ! Dans un monde imprévisible, PUBLIÉ EN JUIN 2020, s’appuie sur le savoir et l’expérience des philosophes du passé, mais aussi sur les recherches en neurosciences, pour nous aider à développer nos ressources intérieures malgré les soubresauts de l’époque contemporaine. Une précieuse boussole pour naviguer dans un monde de plus en plus complexe.

Mode

Femmes politiques aux États-Unis : les nouveaux habits du pouvoir

Kamala Harris mais aussi Alexandria Ocasio-Cortez et les autres membres du Squad dont elle fait partie, rejointes par de nouvelles élues au Congrès, incarnent une nouvelle idée du soft power vestimentaire. Symboles d’une classe politique recomposée, qui n’a jamais autant compté de femmes afro-américaines et hispaniques dans ses rangs, elles prennent le contrôle sur leur apparence, dictant leurs propres critères de respectabilité et d’empowerment – tout en se distinguant de l’establishment, encore largement dominé par la culture masculine.

Société

Entretien avec la philosophe Judith Butler, défenseuse d’une « égalité radicale »

Judith Butler est devenue l’une des intellectuelles les plus célèbres au monde grâce à son essai Trouble dans le genre (La Découverte), suivi de multiples contributions aux études de genre. Sa bibliographie est pourtant loin de se réduire à ce champ universitaire : à travers ses nombreux textes et ouvrages, la philosophe interroge également la construction de l’identité et analyse les structures d’oppression (visant les migrant·e·s, les femmes ou encore les personnes de couleur) pour mieux les déconstruire, afin de faire ressortir la nécessité d’une convergence des luttes au profit d’une « égalité radicale » encore loin d’être atteinte.

lire la suite

> voir tout

Société

Elon Musk a confirmé son intention d’envoyer des êtres humains sur la planète Mars d’ici 2026

Newsletter

Soyez le premier informé de toute l'actualité du magazine Antidote.