L’édito de Yann Weber, directeur de la rédaction du nouveau numéro d’Antidote : Excess

Article publié le 28 août 2018

Yann Weber, directeur de la rédaction et de la création, raconte pourquoi il a choisi de consacrer ce nouveau numéro d’Antidote hiver 2018-2019 à la notion d’excès en tout genre, que ce soit dans le milieu de la mode, le monde de l’art ou à travers le parcours d’artistes iconoclastes. Voici Excess.

Il est peu de notions aussi versatiles que l’excès. Son inconstance, il la doit à la norme, avec laquelle il construit une dialectique à double-sens au service d’une permanente évolution, pour le bien de nos sociétés qui s’évertuent à remettre l’ordre établi en question à coup de protestations – dans la rue ou derrière nos écrans. L’excès est vecteur de changement.

Je ne ferai pas ici l’apologie des excès condamnables, préjudi-ciables ou inacceptables, mais me focaliserai sur ceux corrélés à l’essentielle liberté que nous célébrions quelques saisons plus tôt, accompagnés de Ren Hang.

Cet hiver, c’est un autre photographe chinois à qui nous confions la réalisation de cet Antidote. Il s’appelle Xiangyu Liu, il a 29 ans, et son œuvre, déjà riche de centaines d’images, se nourrit d’excès esthétiques et artistiques. Comme le dit avec justesse la journaliste Benedetta Blancato, ces extravagances se verront bientôt digérées puis introduites sous forme de nutriments à une industrie de la mode globalisée. Et dans vingt ans, personne n’y verra probablement plus la moindre once de provocation. Donatella Versace le raconte dans l’entretien qu’elle fait l’honneur de nous accorder au sein de cet Antidote : Excess. Il y est question d’héritage et de valeurs, tout comme pour Christine & The Queens muée en Chris, et la spontanée Adèle Exarchopoulos.

Mais c’est peut-être l’écrivain Arthur Dreyfus qui donne avec sa nouvelle l’expression la plus explicite de l’excès, manifesté dans les situations banales de notre quotidien. Car l’excès est partout. Et surtout dans notre façon de considérer, de domestiquer et de consommer le monde. Nous serons bientôt 10 milliards sur Terre et le besoin de mesure n’a paradoxalement jamais été aussi présent. Et si l’on tentait finalement de chercher l’excès dans la vertu ?

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