Que faut-il retenir de la Fashion Week Homme de Londres ?

Article publié le 10 janvier 2017

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Texte : Edouard Risselet
Photo : Christopher Shannon automne-hiver 2017-2018

Le piercing au nombril lumineux de Cottweiler, la grâce de Wales Bonner, la collaboration NSFW de Alasdair McLellan et J.W.Anderson… La mode britannique de l’après Brexit sera aussi engagée, contestataire et fédératrice. Bienvenue en automne-hiver 2017-2018.

À Londres, prend fin aujourd’hui la première Fashion Week homme post-Brexit. Alors que l’industrie s’interroge sur l’impact économique de cette scission votée le 23 juin, les créateurs londoniens questionnent un futur dont le drapeau bleu a vu filer, malgré eux, l’une de ses étoiles.

LE MESSAGE : ANTI-BREXIT

De gauche à droite : Craig Green automne-hiver 2017-2018, Christopher Shannon automne-hiver 2017-2018, Daniel W. Fletcher automne-hiver 2017-2018,Matthew Miller automne-hiver 2017-2018

En coulisses, on parle Trump, résistance, échanges, éducation et unité. Sur les podiums, la résistance s’organise en imprimé camouflage. Chez Craig Green, un gilet cuir noir capitonné semble conçu à l’épreuve des balles. Le jeune créateur Daniel W. Fletcher affirmait déjà la saison dernière, quelques jours avant le référendum, ses opinions à travers ces quatres lettres brodées en capital : STAY. La suite en a voulu autrement et il revient pour l’automne-hiver 2017 avec douze silhouettes montées sur des marchepieds comme de potentiels candidats munis de tracts.

Les nombreux patchworks, que l’on retrouve aussi chez le créateur Liam Hodges, sont pour Fletcher « des fragments de confiance brisée » qu’il tente de souder à nouveau. Sa collection baptisée « Let It Bleed » résonne avec les nez ensanglantés du créateur Matthew Miller. Les slogans sont nombreux, aussi. Mihara Yasuhiro dit « This Is Tomorrow », les Power Rangers Bobby Abley scandent « Power Up », Christopher Shannon détourne le logo d’Hugo Boss qui devient sur des hoodies à capuche « Loss International ». Le visage des mannequins de son défilé sont couverts de drapeaux déchirés : un Union Jack rose, un drapeau gay et enfin un drapeau de racing à carreaux noirs et blancs. Nouveau départ.

LA GAGNANTE : GRACE WALES BONNER

Grace Wales Bonner automne-hiver 2017-2018

Nouveau départ aussi pour Grace Wales Bonner, qui présente sa première collection après avoir remporté au printemps le prix LVMH, la bourse de 300 000 euros associée et un suivi personnalisé d’un an au sein du Groupe pour le développement de sa marque. Son automne-hiver 2017, plus riche en termes de passages que ses précédentes propositions, est aussi plus commercial, dans le bon sens du terme. Ce vestiaire romantique et romanesque célèbre la diversité et conforte le choix avisé qu’avait fait le jury LVMH.
Le géant suédois H&M peut aussi se targuer d’avoir mis en lumière le créateur Ximon Lee lors de l’édition 2015 de son Design Award. Le créateur hongkongais faisait défiler cette saison à Londres avec le soutien de GQ China ses ensembles à cols exagérés et ornés de perles de culture.

L’ACCESSOIRE : LE PIERCING AU NOMBRIL LUMINEUX DE COTTWEILER

Mais l’accessoire le plus inattendu est apparu au nombril des mannequins du duo Cottweiler formé en 2011 par Matthew Dainty et Ben Cottrell. Leur label de prêt-à-porter masculin a imposé en l’espace de cinq ans ses collections parmi les plus attendues de la Fashion Week londonienne. Ce vestiaire sport composé jusqu’alors de survêtements minimalistes se développe et s’accessoirise pour l’automne-hiver 2017. Un sac de couchage à la main, un matelas gonflable dans l’autre, les campeurs fétichistes de Cottweiler plantent leur tente en plein cœur d’un centre commercial. Pour faire office de lampe-torche, un piercing au nombril lumineux. The Simple Life.

LA COLLABORATION NSFW : ALASDAIR MCLELLAN X J.W.ANDERSON

Photo : Alasdair McLellan pour J.W.Anderson

S’il s’associe à Luis Venegas pour Loewe, c’est avec le photographe Alasdair McLellan qu’a choisi de travailler cette saison J.W.Anderson autour d’un projet spécial. Présentée dimanche soir, cette collaboration consiste en l’édition d’un t-shirt et de trois posters sous forme de diptyque de nus juxtaposés à des couchers de soleil. Et Rick Owens n’a qu’à bien se tenir.

LE SHOW LE PLUS ACCLAMÉ : CRAIG GREEN

Craig Green automne-hiver 2017-2018

Depuis sa découverte lors du défilé Fashion East, Craig Green n’a cessé de gravir les échelons de la mode londonienne jusqu’à devenir l’un de ses plus précieux joyaux. Il remportait en décembre le British Fashion Award du créateur de prêt-à-porter de l’année pour ses créations déconstruites, la maîtrise de son style unisexe et sa capacité à transformer sa créativité en proposition commercialisable. Les différents chapitres de sa marque écrits depuis plus de trois ans se suivent et se ressemblent pour mieux asseoir un uniforme évolutif qui lui est désormais propre.

L’INSPIRATION : LE TECHNICIEN DE SURFACE

De gauche à droite : Kiko Kostadinov automne-hiver 2017-2018, Xander Zhou automne-hiver 2017-2018, sac à dos Eastpak x Christopher Ræburn automne-hiver 2017-2018

L’autre uniforme repéré à la Fashion Week, c’est celui du technicien de surface, érigé en icône mode pour l’automne-hiver 2017. À la présentation de Kiko Kostadinov, originaire de Bulgarie et diplômé de la Central Saint Martins de Londres en février dernier, un homme en chaussures de sécurité fait pendre à sa ceinture un couteau-suisse. Son uniforme minimaliste décliné dans une palette de gris, bleu, noir et pourpre fait un écho discret à celui de Xander Zhou, dont les mannequins défilent en tenues de travail à poches, les mains gantées de caoutchouc, le sac qu’ils emportent avec eux est une boîte à outils. Celui des mannequins de Christopher Ræburn – en collaboration avec Eastpak – est couvert d’une protection jaune et fluorescente à bandes réfléchissantes.

LA MEILLEURE BANDE-SON : J.W. ANDERSON

J.W.Anderson automne-hiver 2017-2018

C’est désormais un rituel. Jonathan Anderson a une fois de plus fait appel aux services du sound designer Michel Gaubert pour réaliser la bande-son de son défilé automne-hiver 2017-2018. Sur les basses de l’iconique Don’t Go de Yazoo (remixé), défilent lors du final du show les silhouettes à l’allure médiévale, incrustées d’imprimés de vitraux et de carrés de crochet multicolore, à la façon d’un tableau de Kandinsky, ou d’un écran d’iPhone. Et c’est tout là la force d’Anderson.

LES CHAUSSURES : A-COLD-WALL* X NIKE

A-Cold-Wall* a présenté en collaboration avec le NikeLab sa paire de custom Air Force 1 lors de son défilé automne-hiver 2017-2018.

Pur produit de la street culture britannique, le label A-Cold-Wall fondé par Samuel Ross défilait pour la première fois dans le cadre de la semaine de la mode masculine de Londres. Aux pieds d’une partie des quatorze silhouettes du show, une sneaker se démarque : une version bêta d’une Nike Air Force 1 imaginée en collaboration avec le NikeLab de l’équipementier américain. Quatre œillets au lieu de dix-huit, un swoosh dissimulé et une sélection de matériaux inédite, cette Air Force 1 expérimentale signe aussi le retour de Nike dans l’univers des collaborations de niche.

À SUIVRE : FENG CHEN WANG

Feng Chen Wang automne-hiver 2017-2018

Remarqué l’an dernier lors du défilé du collectif MAN organisé par Topman, le créateur chinois Feng Chen Wang signe pour une seconde saison et présente un automne-hiver 2017-2018 d’autant plus convaincant. Théâtrale, sculpturale et expérimentale, sa collection envisage des proportions encore inexplorées pour le sportswear. L’allure lunaire de ses silhouettes hypertrophiées trouve racine dans la garde-robe de la dynastie Tudors. Le royaume créatif de Feng Chen Wang devrait s’étendre bien au-delà des frontières britanniques. Vous aviez dit Brexit ?

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