Que faut-il retenir de la fashion week de Milan été 2018 ?

Article publié le 2 octobre 2017

Photo : défilé Versace, collection printemps-été 2018
Texte : Alice Pfeiffer

Sorcellerie, death-metal remixé avec du R’n’B, minimalisme urbain et retour des Original Supermodels : la fashion week de Milan assume et sublime ses passions de toujours.

La capitale de la Dolce Vita et de la Cicciolina revient en force dans le milieu de la mode pour la saison printemps-été 2018, en assumant ses passions de toujours : amour, gloire et beauté. Avec un hommage fabuleux et sentimental à Gianni Versace, des come-backs éblouissants et son savoir-faire imparable, Milan occupe une place plus que jamais clé dans le luxe actuel.

LE MOT D’ORDRE : SORCELLERIE

Des bougies noires, des cartes de tarot, le tout contenu dans un boîte métallique au lettrage gothique : c’est un kit façon spiritisme qui convie la populace mode au défilé Gucci. Là, la magie et la sorcellerie se glissent par touches dans le paysage seventies : des symboles païens ou wiccans et des références à des animaux sacrés, liés à diverses superstitions et croyances alternatives, sont dissimulés dans le décor. L’occulte apparaît également dans le défilé de Sergio Rossi, où des femmes vêtues de capes noires à la capuche pointue livrent une performance entre Blair Witch Project et Eyes Wide Shut.

LE FINAL : Les supermodels de Versace

Pour les 20 ans de la mort de Gianni Versace, Donatella imagine une collection commémorative des plus grands hits de son frère, « un génie…une icône…mon frère » dit-elle en backstage, où elle cite sa passion pour le baroque, les fonds marins, et l’exotisme. Les pièces sont portées par les Insta-Girls du moment, avant-goût d’un final qui déclenche un raz-de-marée 3.0 : avec le morceau Freedom! 90 de George Michael apparaissent les « original Supermodels » : Naomi Campbell, Carla Bruni, Cindy Crawford, Claudia Schiffer, Helena Christensen, toutes de lamé vêtues.

L’accessoire : le minisac

Clutch microscopique à l’effigie de Mon Petit Poney ou minaudière en forme de perfecto chez Moschino, sac banane avec poche amovible chez Ferragamo, minuscule sacoche portée en collier chez Missoni, sac plat aux formes très nineties chez Marco de Vincenzo : à la façon de Paris Hilton époque The Simple Life, cette maroquinerie n’accueillera guère plus qu’un rouge à lèvres et une carte gold.

#marcodevincenzo Spring/Summer 2018, look n.1 #mfw

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LE COURANT : Post-Internet

Intitulée « Hue and Saturation », en référence à une fonction Photoshop, la collection du label italien citait divers effets digitaux, inspirés par des « Instagram artists » dont il avait transformé les œuvres en imprimés et détails. Il n’est pas le seul à créer une mode surnommée « post-internet » : Moschino, Nicopanda et Versace font régulièrement référence à l’esthétique des mèmes en placardant des phrases sur des tenues, ou en citant des filtres Snapchat dans leurs impressions. La mode a conquis les réseaux, puis les réseaux ont conquis la mode.

Photos : défilé MSGM, collection printemps-été 2018

L’arrivée : Luke et Lucie Meier chez Jil Sander

Elle était chez Dior et a assuré les collections pendant la période de passation entre Raf Simons et Maria Grazia Chiuri. Il a lancé la griffe OAMC, et dirigeait le design chez Supreme : Luke et Lucie Meier sont désormais à la tête du temple du minimalisme Jil Sander. Leur première collection revisitait l’épuration des années 1990 de la maison, y ajoutant des détails quasi-chirurgicaux et un assouplissement des silhouettes. Une façon de connecter les écoles et les milieux.

Photos : défilé Jil Sander, collection printemps-été 2018

La silhouette : Futuriste

Des vestes taillées en triangles, épaules larges et taille minuscule, une forme V camouflée au fil des pièces : n’y voyez pas une collection en l’honneur des Illuminati, mais plutôt un hommage à la géométrie utopique du futurisme italien, que chérit Karl Lagerfeld.

Photos : Fendi printemps-été 2018

Le casting : Erika Cavallini

Des défilés en paires et un casting de toutes générations, âges, féminités, origines, beautés : cette saison, les femmes qui défilent sur le podium d’Erika Cavallini symbolisent puissamment le message de la marque, qui regarde vers le futur, l’hybride et le multiculturalisme dans la mode autant que dans l’identité.

Photos : Erika Cavallini printemps-été 2018

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