Que faut-il retenir de la Fashion Week de Londres homme hiver 2018 ?

Article publié le 12 janvier 2018

Share :

Photo : Charles Jeffrey automne-hiver 2018-2019
Texte : Maxime Retailleau

Chaussures XXL à longues griffes, torses recouverts par des radeaux de sauvetage et grimage surréaliste  : la fashion week de Londres est toujours aussi excentrique.

La London Fashion Week, qui s’est tenue du 6 au 8 janvier, a lancé l’année 2018 en donnant la part belle aux designers émergents, à la jeunesse, et à une créativité sans bornes, de l’excentrique Charles Jeffrey à Kiko Kostadinov en passant par Cottweiler.

La tendance : le surréalisme

Personnage baroque s’inscrivant dans les traces de John Galliano, le jeune designer écossais Charles Jeffrey a présenté sa ligne automne 2018 alors qu’un batteur à moitié nu, peint en bleu, accompagnait le morceau Firestarter de Prodigy. Visages grimés conférant une allure théâtrale aux mannequins, pulls en jacquard boursouflés, pièces trouées ou recouvertes de graffiti aux couleurs vibrantes : la collection était placée sous le signe d’une exubérance allant crescendo, jusqu’aux trois dernières looks, démesurés et sculpturaux, marquant le point d’orgue du défilé. Non moins radical, Craig Green a lui alterné entre vestiaire masculin recouvert d’innombrables poches et créations surréalistes, avec ses tentes et radeaux portatifs, enfilés à la verticale, faisant écho à sa campagne automne-hiver 2017.

Photos de gauche à droite : Charles Jeffrey Loverboy automne 2018, Craig Green automne 2018, Charles Jeffrey Loverboy automne 2018, Craig Green automne 2018.

Le message : « Don’t get killed »

Cette saison, la designer et activiste Vivienne Westwood a préféré dévoiler sa nouvelle collection à travers une vidéo plutôt qu’un show. Connue pour son engagement écologique, elle clame cette fois-ci un message de paix accompagné d’une injonction : « Don’t Get Killed » (« Ne vous faites pas tuer »). L’occasion de réaffirmer au passage ses positions pro-européennes, prônant la solidarité en plein Brexit, tout en dévoilant une collection mêlant treillis militaires revisités et vestes prince de Galles, arborés par des mannequins street-castés – la « Westwood Army ».

Les coupes : le néo-tailoring

Que ce soit chez Grace Wales Bonner et ses vêtements de marins, ou Kiko Kostadinov avec son vestiaire workwear aux touches street et sport, où les vestes recouvrent des T-shirts moulant les corps, le tailoring se débarrasse de sa rigidité créative pour mieux se moderniser, et se réinventer sous de multiples formes. Xander Zhou enfonce le clou en puisant dans ses origines chinoises pour repenser l’uniforme de travail masculin, entre kimonos, lunettes geeko-futuristes, et complets minimalistes prolongés par une paire de gant chirurgicaux.

Photos de gauche à droite : Kiko Kostadinov automne 2018, Grace Wales Bonner automne 2018, Xander Zhou automne 2018, Grace Wales Bonner automne 2018.

L’accessoire : le chapeau de cowboy

La designer danoise Astrid Andersen s’est inspiré du Londres des années 1980 pour sa nouvelle collection streetwear, et notamment du collectif artistique Buffalo et sa troupe de cowboys urbains tout aussi excentriques qu’éclectiques, menée par le styliste Ray Petri. Surmontés d’un chapeau ou d’un masque imprimé tartan, les mannequins du show ont détourné la virilité associée au mouvement avec leurs jupes pour homme, hauts transparents et autres pantalons extra-larges.

Photos : Astrid Andersen, automne-hiver 2018-2019.

La collaboration : J.W. Anderson et Alasdair McLellan

Le créateur britannique n’a pas présenté de show cette saison, au profit d’une nouvelle collaboration avec Alasdair McLellan (photographe célèbre pour avoir immortalisé la jeunesse britannique) sur une série de goodies. T-shirts, tasses, stickers, puzzles et autres portes-clefs servent de support à certains de ses clichés en noir et blanc : un volcan irlandais, en clin d’œil aux origines du designer, un château en ruine, ou encore le portrait lascif d’un jeune homme nu, l’air rêveur.

Photo : Alasdair McLellan

L’excentricité : les chaussures XXL

Entre deux mannequins aux perruques blondes peroxydées, les paires de baskets blanches aux bords recouverts d’une matière grisâtre – sortes de chunky sneakers de l’extrême – du label sporstwear Cottweiler ne sont pas passées inaperçues. De son côté, Xander Zhou a lui présenté des chaussures prolongées de quatre griffes, faisant écho aux pattes des tigres imprimés sur certaines de ses pièces.

Photos de gauche à droite : Cottweiler automne 2018, Xander Zhou automne 2018, Cottweiler automne 2018, Xander Zhou automne 2018.

À suivre : Art School

Collectif de mode queer et unisexe basé à Londres, Art School a révélé sa collection automne 2018 lors du show MAN, lancé en 2005 par Topman et Fashion East afin de soutenir les jeunes designers émergents en Angleterre. Eden Loweth and Tom Barratt, les fondateurs du label, y ont fait défiler leurs proches en T-shirts en lycra asymétriques, chemises XXL se prolongeant en minijupes et robes translucides, en jouant avec les frontières du genre, faisant ainsi écho à leurs confrères new-yorkais d’Eckhaus Latta.

Photos : Art School automne-hiver 2018-2019.

À lire aussi :

[ess_grid alias= »antidote-home2″]

Les plus lus

> voir tout

Sinéad Burke : « On doit être à la table des décisions »

Activiste et écrivaine irlandaise de 1,05 mètre passionnée de mode et de design, Sinéad Burke milite en faveur d’un monde plus inclusif qui s’adapterait aux besoins de chacun·e. À travers cet entretien, elle revient sur l’importance d’offrir une voix à ceux·celles qui ne sont pas entendu·e·s dans l’espace public, explique pourquoi il est impératif d’intégrer les personnes issues des minorités à la table des décisions et raconte pourquoi sa petite taille fait sa force.

L’édito de Yann Weber, directeur de la rédaction du nouveau numéro d’Antidote : Statements

L’identité d’Antidote, sur laquelle je me suis longtemps interrogé, s’est dessinée en filigrane ces 10 dernières années à travers ce grand rhizome de personnalités variées qui s’étire à l’horizontale de page en page, où les normes excluantes qui ont longtemps caractérisé le monde de la mode s’effacent pour laisser place à une vision inclusive et ouverte, au sein de laquelle les stigmates disparaissent.

Comment les mythiques Blitz Kids ont réinventé la mode et la musique

En deux petites années, entre 1979 et 1980, du côté du quartier de Covent Garden à Londres, une soirée organisée tous les mardis soir au sein du minuscule Club Blitz a changé la face de Londres, de la mode, de la pop music, lancé la vague baroque et fière des Nouveaux Romantiques, et renvoyé définitivement l’uniforme des punks au rayon vintage. Retour vers le futur.

Neith Nyer reverse tous les bénéfices de sa nouvelle collection en faveur des trans noirs brésiliens

Fondé en 2015 par Francisco Terra, le label Neith Nyer fait son retour en grande pompe avec « Globe of Death ». Une collection inaugurant le projet « Neith Nyer Artisanal », né d’une collaboration entre le designer brésilien et une flopée de créatifs, dont la totalité des bénéfices sera reversée à Casa Chama, une association brésilienne qui lutte pour faire valoir les droits des personnes noires et transgenres.

Les algorithmes peuvent-ils prévoir la mode du futur ?

Avec le basculement vers le tout-digital, la data et les prédictions s’apprêtent à jouer un rôle décisif dans la relance des secteurs de la mode et du luxe. Comme dans chaque crise, les rapports de force évoluent et le recours aux algorithmes, bien qu’encore perçus comme opposés à la création, s’intensifie. D’abord pour rassurer, ensuite pour tenter de prévoir l’avenir.

Série mode : les looks de Richard Gallo reconstitués en exclusivité pour Antidote

Publiée dans le numéro printemps-été 2020 d’Antidote, cette fashion story dédiée à Richard Gallo mêle pièces d’archives issues de son vestiaire et looks reconstitués à partir de photographies, arborés par Tyrone Dylan.

lire la suite

> voir tout

Mode

Jusqu’au 3 juillet, la galerie UTA Artist Space explore l’identité noire avec l’exposition digitale « Renaissance: Noir »