La photographe Dana Lixenberg expose 20 ans de photos d’un ghetto de Los Angeles

Article publié le 18 novembre 2017

Art

Photos : Dana Lixenberg

À travers « Imperial Courts (1993-2015) » qu’elle présente au Centre photographique Rouen-Normandie, Dana Lixenberg retrace l’évolution d’une cité malfamée du sud de Los Angeles, où s’étaient déroulées les émeutes de Watts.

Après avoir publié l’ouvrage Imperial Courts 1993-2015 il y a deux ans, la photographe d’origine néerlandaise Dana Lixenberg expose actuellement sa plus célèbre série au Centre photographique Rouen-Normandie. Elle s’y concentre sur une cité de Watts, au sud de Los Angeles, où l’acquittement de quatre policiers blancs ayant passé à tabac un chauffeur de taxi afro-américain, Rodney King, provoque de violentes émeutes en 1992. En six jours, 53 personnes trouvent la mort, des milliers se retrouvent blessées, l’armée est envoyée et le quartier est saccagé : le coût des dégâts est estimé à 1 milliard de dollars.

Dana Lixenberg s’y rend un an plus tard, pour documenter sa reconstruction et photographier ses habitants. Tony Bogard, le leader du gang des Crips de l’Imperial Court, lui permet de s’intégrer dans leur communauté en lui offrant son appui, après maintes hésitations. Elle réalise alors une série de portraits en extérieur avec une chambre photographique imposante, grâce à laquelle elle trouve sa signature esthétique. « C’est le projet qui a fait de moi la photographe que je suis, il m’a façonnée, et j’ai vieilli avec les habitants, explique-t-elle au Monde. Je serai toujours liée à eux. »

Après avoir publié ses photos dans le magazine Vibe, Dana Lixenberg atteint un niveau de notoriété qui lui permet de faire défiler de célèbres artistes devant son objectif, dont Tupac, The Notorious B.I.G, Eminem ou encore Lil Kim, avant de retourner à Imperial Courts en 2008 pour retracer l’évolution du quartier. S’il a gardé la même allure qu’il y a quinze ans, la vie des personnes avec qui elle s’était liée a parfois chaviré : certains ont eu des enfants, quand d’autres sont en prison ou ont même trouvé la mort, comme Tony Bogard, assassiné par un membre de son propre gang.

Dana Lixenberg entame alors une nouvelle série photo puis complète son projet en réalisant un documentaire, et en enregistrant certains habitants alors qu’ils décrivent leur quotidien difficile tout en commentant ses clichés. L’exposition revient sur l’ensemble de ces œuvres, offrant une représentation juste et sans fard du quartier de Watts où la violence reste omniprésente plus de vingt ans après les dernières émeutes, et dont la photographe retranscrit l’atmosphère avec subtilité en s’appuyant sur la puissance d’évocation des regards.

L’exposition « Imperial Courts (1993-2015) » de Dana Lixenberg se tiendra jusqu’au 27 janvier 2018 au Centre photographique Rouen-Normandie.

À lire aussi :

[ess_grid alias= »antidote-home2″]

Les plus lus

Pourquoi la figure du clown fascine le monde créatif ?

Des mèmes de Donald Trump déguisé aux blockbusters tels que Joker ou Ça, le personnage initialement comique du clown s’affirme désormais comme une figure dramatique, voire inquiétante. Une nouvelle stature qui inspire la mode, la musique et l’art contemporain, attirés par son aura sulfureuse.

Lire la suite

Qui est Richard Gallo, pionnier de la performance artistique et sex symbol ?

Sex-symbol de l’underground new-yorkais dans les années 1970, le performeur Richard Gallo a fait de sa manière d’être une œuvre d’art à part entière. Au croisement de la mode, du bodybuilding et du théâtre, sa pratique subversive a transformé la rue en une scène expérimentale, où il exhibait sa musculature parfaite et son vestiaire licencieux mêlant esthétique camp, sado-masochisme et glamour hollywoodien.

Lire la suite

Rencontre avec Juan Alvear, le nail artist favori des popstars

Il a réalisé des ongles pour Charli XCX, FKA Twigs, Lil Nas X, Arca, Kelsey Lu ou encore Kim Petras. Juan Alvear, alias @nailsbyjuan.nyc sur Instagram, repousse les limites du nail art et remet en cause les normes policées de la beauté en nous plongeant dans un univers de conte de fée sous acide. Rencontre.

Lire la suite

Les algorithmes ont-ils mauvais goût ?

Canal de diffusion essentiel pour les artistes contemporains, le réseau social Instagram est en quelque sorte devenu la première galerie virtuelle internationale. S’affranchissant des intermédiaires traditionnels du marché tels que les commissaires d’expositions ou encore les critiques, l’art 2.0 y prospère. Mais n’est-ce pas au risque de sa propre banalisation ?

Lire la suite

Tahar Rahim : « On est en train de foutre en l’air la Terre »

Tahar Rahim a débarqué, il y a dix ans, avec la force et l’évidence d’un uppercut. C’est la révélation d’Un Prophète de Jacques Audiard, qui fait sensation à Cannes en 2009, repartant avec le Grand Prix du Jury, et qui décroche, l’année suivante, neuf Césars dont deux pour son jeune acteur (meilleur acteur et meilleur espoir masculin), ce qui n’était jamais arrivé jusqu’alors. Depuis, Tahar Rahim a multiplié les collaborations, en France comme à l’international. Il est aujourd’hui à l’affiche de The Eddy de Damien Chazelle, une série musicale signée Netflix, sortie le 8 mai 2020, où il joue au côté de sa compagne Leïla Bekhti. Retour sur le parcours, les désirs et les rêves d’un comédien exceptionnel.

Lire la suite

Newsletter

Soyez le premier informé de toute l'actualité du magazine Antidote.