Africa Is No Island, la première expo-photo du MACAAL de Marrakech

Article publié le 16 mars 2018

Art

Photo : Nyaba Léon Ouedraogo, Le mystère de l’invisible, Les phantoms du fleuve Congo series, 2011-2013
Texte : Auguste Schwarcz

Quarante photographes africains, émergents comme institués, procèdent à une ode à la culture africaine au sein du second musée d’art contemporain du continent.

Entre le 24 et 25 février dernier, les yeux de la scène artistique internationale étaient rivés sur Marrakech. Galeries locales comme internationales exposaient lors de la foire 1-54 le fleuron de la création artistique africaine contemporaine. Parallèlement ouvrait au MACAAL (Musée d’Art Contemporain Afrique Al Maaden) l’exposition Africa Is No Island, toute première de l’institution ouverte en 2016, réunissant le travail d’une quarantaine de photographes sélectionnés d’après le commissariat de Madeleine de Colnet, Baptiste Ville-d’Avray et Jeanne Mercier.

Photo : Hicham Benohoud, Untitled , La salle de classe series, 1994-2002

Ces deux derniers ne sont pas des novices en la matière. Avec leur plateforme collaborative Afrique in Visu, photographes, journalistes et amateurs échangent depuis son lancement en 2006 autour de la pratique photographique sur le continent africain. Mais c’est toutefois au-delà de la simple qualité technique que se trouve la valeur de l’exposition.

Photos : Baudouin Mouanda, Hip-Hop et Société series
Nyaba Léon Ouedraogo, Tenir le passé, Les phantoms du fleuve Congo series,  2011-2013

Dans Africa Is No Island, les artistes sélectionnés exposent leurs conceptions de l’identité africaine et de sa culture. On y trouve les portraits bouleversants de la diaspora burkinabé d’Abidjan en Côte d’Ivoire, saisis par Joana Choumali, les surréalistes scènes d’école d’Hicham Benohoud, ou les photo-montages théâtraux de Lebohang Kganye, etc. Ils capturent et immortalisent la beauté, la spiritualité, les paysages, les traditions.

Namsa Leuba, jeune prodige helvético-guinéenne, y présente sa série « Ya Kala Ben ». En titrant ses clichés « Statuettes », l’artiste interroge le regard que nous portons sur l’art africain (la statuette étant l’image mentale qu’un occidental associe le plus à l’art africain). La photographe dépasse cette idée en gardant le hiératisme de la statuette tout en le confrontant aux couleurs chaudes des costumes rapiécés que portent ses figures et l’exotisme des paysages environnants.

Photo : Joan Bardeletti, Des jeunes filles d’une école privée de Nairobi, Les classes moyennes series, 2008-2011

La photographie africaine suscite aujourd’hui plus que jamais l’intérêt de la scène internationale. En témoignent les rétrospectives de ces dernières années d’illustres photographes africains : Seydou Keïta au Grand Palais ou Malick Sidibé à la Fondation Cartier pour l’Art contemporain, pour ne citer qu’elles. L’art et les artistes africains ont autant inspiré qu’ils ont produit. À travers ce parcours imprégné du son de l’oeuvre d’Anna Raimondo (un enregistrement des bruits d’un souk marocain) dans ce tout récent musée à la structure inspirée des médinas marocaines, assistez à cette ode à la culture africaine, aussi pamphlet en faveur de sa reconnaissance sur la scène internationale. Puis, affirmez à votre tour « Africa Is No Island », formule empruntée au poète John Donne (No man is an island) ; la culture africaine ne s’épanouira si elle reste illégitimement marginalisée.

Photos : Namsa Leuba, Statuette Kafigeledio Prince – Guinea, 2011, Ya Kala Ben series
Namsa Leuba, Statuette Nganga SaleLaye – Guinea, 2011, Ya Kala Ben series

L’exposition « Africa is No Island » se tiendra jusqu’au 24 août 2018, au MACAAL de Marrakech.

À lire aussi :

[ess_grid alias= »antidote-home2″]

Les plus lus

Shalva Nikvashvili : « La liberté de notre société est une utopie à laquelle je rêve encore »

Après avoir quitté l’ultra-orthodoxe Géorgie et s’être heurté à l’hostilité de la société occidentale face à sa condition d’immigré, l’artiste Shalva Nikvashvili explore la notion d’identité à travers une pluralité de médiums allant de la sculpture au dessin en passant la vidéo, la photographie ou encore la poésie. Ses créations plastiques tiennent d’un savoir artistique fait main et interpellent par les matières recyclées avec lesquelles elles sont exécutées et leur design hétéroclite. Elles traduisent par ailleurs une adresse manuelle que l’artiste tient de son éducation au milieu de la campagne géorgienne, à Sighnaghi, son village natal, où il a appris à faire œuvre de rien dès son plus jeune âge.

Lire la suite

Les photos des vernissages de l’exposition « Antidote Curates x Mariette Pathy Allen »

Merci d’avoir été aussi nombreux·ses aux vernissages de « Antidote Curates x Mariette Pathy Allen », la première exposition solo parisienne dédiée à l’artiste pionnière Mariette Pathy Allen. Ces événements se sont déroulés plusieurs soirs de suite afin de pouvoir accueillir un maximum de personnes, malgré les restrictions liées à la Covid-19 (pour précision, toutes les personnes présentes au sein de la galerie portaient un masque, mis à part lorsqu’elles étaient prises en photo). L’exposition, qui a démarré le 27 janvier, se tiendra jusqu’au 10 février 2022 (du mardi au dimanche, de 11h30 à 19h30, au 20 rue des Gravilliers, dans le troisième arrondissement de Paris), avec le soutien de Gucci.

Lire la suite

Qui est la première artiste invitée par Antidote Curates, bientôt exposée à Paris ?

La première exposition Antidote Curates rassemblera des photographies de Mariette Pathy Allen du 27 janvier au 10 février 2022 (du mardi au dimanche, de 11h30 à 19h30), au 20 rue des Gravilliers, dans le 3ème arrondissement de Paris, avec le soutien de Gucci. Voici son interview, issue de la première édition d’Antidote Curates, parue en septembre dernier.

Lire la suite

Antidote organise la première exposition solo de la photographe Mariette Pathy Allen à Paris

Nous vous accueillerons du 27 janvier au 10 février 2022 (du mardi au dimanche, de 11h30 à 19h30) au 20 rue des Gravilliers, dans le troisième arrondissement de Paris, et espérons que vous serez nombreux·ses à venir découvrir l’œuvre de Mariette Pathy Allen à travers cette première exposition Antidote Curates, organisée avec le soutien de Gucci.

Lire la suite

Qui est Lev Khesin, l’artiste inspiré par la cosmologie qui a collaboré avec Berluti ?

Installé à Berlin depuis une vingtaine d’années, l’artiste russe Lev Khesin est le dernier à avoir été invité par la maison Berluti pour une collaboration. Dévoilée en avril 2021 à travers un film intitulé « Living Apart Together » et immortalisée par le photographe Lee Wei Swee dans notre dernier numéro, la collection automne-hiver 2021/2022 de la maison offrait une nouvelle dimension aux peintures abstraites de l’artiste russe, né en 1981, retranscrites par Kris Van Assche sur des chemises en soie, des pulls ou encore des costumes. 

Lire la suite

Newsletter

Soyez le premier informé de toute l'actualité du magazine Antidote.