Culte : Kate Moss, the White Stripes et Sofia Coppola

Article publié le 23 décembre 2015

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Texte : Violaine Schütz

Quand Sofia Coppola s’éloigne de son spleen pastel romantique pour s’atteler à la réalisation d’un clip des White Stripes, ça donne un clip-court-métrage hautement érotisant mettant en scène une Kate Moss au sommet de sa beauté et de son aura rock.

Le contexte : Normalement, on sait en quelques secondes seulement lorsqu’on est dans un film de Sofia Coppola. Les filles en robes fleuries font la moue, la musique se veut aérienne et éthérée et les couleurs pastels retranscrivent un spleen romantique des plus séduisants. Mais la fille de Francis Ford Coppola (qui a commencé par tourner des pornos pour se faire la main) recèle derrière sa mèche preppy de riche fille sage un côté beaucoup plus rock, sexy et sombre. C’est la leçon du du clip des White Stripes, I just don’t know what to do with myself, qu’elle a réalisé en 2003.
On y découvre un noir et blanc léché, réalisé avec le directeur de la photographie, Lance Acord, qui a travaillé sur Buffalo ’66 de Vincent Gallo, les films de Sofia et des vidéos pour R.E.M et Björk. Et surtout, surprise, Kate Moss en sous-vêtements noirs et talons très hauts danser seule (ou pour un fantôme du passé, accrocher la lumière ou le spectateur?) sur un cube façon strip-teaseuse de Vegas avant de s’essayer au pole dance de façon sensuelle et assez désespérée. On est bien loin des macarons et des robes nacrées de Marie Antoinette…Sauf qu’on retrouve en creux des thèmes chers à la cinéaste : la dépression, le sentiment de désœuvrement, l’isolement, les jolies filles, les petites culottes… Scarlett Johansson apparaissant en slip rose dans l’un des premiers plans de Lost In Translation.
Et on se souvient que dans Somewhere, Sofia mettait en scène une scène d’ennui comprenant Stephen Dorff assis sur un lit d’hôtel face à deux danseuses de pole dance. Le choix de Kate Moss peut étonner. Blonde, mais beaucoup plus dangereuse et érotique que Kirsten Dunst, Flanning et Scarlett Johansson, elle partage pourtant un grand point commun avec Miss Coppola. Toutes les deux mélomanes, elles ont fini par épouser un musicien. Un Phoenix pour la réalisatrice et un The Kills pour la top model. Le choix de Kate Moss est venu tout de suite à l’esprit de la réalisatrice lors d’une discussion avec Jack White à propos de la possibilité de tourner cette vidéo.
Quand le compositeur lui a demandé comment elle voyait les choses, elle aurait répondu instantanément : « I don’t know — how about Kate Moss doing a pole dance? »  Dans une interview accordée à Lynn Hirschberg en 2003 dans le New York Times, elle avouait que l’idée était venue d’un désir : « Je voulais voir ça, c’est comme ça que je travaille : j’essaie d’imaginer ce que je voudrais regarder. » Et qui n’aimerait pas voir Kate Mosss, plus blonde et hot que jamais mimer (quasiment) l’acte sexuel dans un moment de danse intense. « Je savais que nous faisions une vidéo sexy, a ajouté Sofia, mais j’ai essayé de ne pas en montrer trop, en y ajoutant un côté Bob Fosse et un feeling étrange proche de la Factory de Warhol.

Le morceau : Reprise d’un sublime titre sixties écrit par Burt Bacharach et chanté par Dusty Springfield et Dionne Warwick, I Just Don’t Know What To Do With Myself est à la base une chanson d’amour, ou plutôt de rupture, qui parle du sentiment de vide qui s’empare de nous quand l’autre est parti. Le duo The White Stripes en fait une complainte électrique poignante qui transpire une dépression plus profonde qu’un simple chagrin d’amour. Comme si ne pas savoir quoi faire de soi-même était un état chronique, voire une philosophie de vie. Brute, la chanson émeut par la voix écorchée de Jack White qui pleure presque quand il chante « just don’t know what to do with myself, I don’t know what to do with myself, movies only make me sad, parties make me feel as bad, cause I’m not with you », avant d’hurler sur fond de riffs de guitare saignants et de la batterie brutale de Meg White.

L’anecdote : Le clip audacieux de Sofia Coppola a crée la controverse à sa sortie, à la fois mal compris par ses fans habitués à son univers poétique moins sexué, et par les fans du morceau, jugeant la vidéo trop sexy par rapport au propos de la chanson, dont l’illustration la plus immédiate aurait été de voir un être allongé dans son canapé en train de pleurer toutes les larmes de son corps en pesant à son amour perdu. Dans les commentaires youtube du clip, entre les plaintes et les messages d’adoration (vénérant la beauté de Kate Moss), on peut lire pléthore de répliques graveleuses comme ce jeu de mot douteux : « Merci, maintenant je sais quoi faire de moi (et des mes mains). »

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