Comment Paris s’est transformé en rave géante en faveur de l’écologie

Article publié le 20 mars 2019

Photos : @thisiscorrosive.
Texte : Maxime Leteneur.

Samedi 16 mars dernier à l’occasion de la Rave 4 Climate, la jeunesse française s’est rassemblée massivement à Paris pour manifester contre le réchauffement climatique, faisant rimer fête et engagement écologique.

« Face à l’urgence climatique et à l’inaction des gouvernements, G.A.F. a réuni les collectifs et acteurs festifs de la nuit pour créer une onde de choc puissante et taper sur les tympans de nos dirigeants. » Organiser et financer une « Rave 4 Climate » géante et à ciel ouvert en parallèle du rassemblement écologique de La Marche du Siècle, entre Opéra et République : c’est le projet que G.A.F (giveafucknow) a décidé de mener, soutenu par les collectifs les plus incontournables de la nuit parisienne. Parmi les co-organisateurs de cet événement sans précédent, on retrouve quelques noms bien connus des noctambules de la capitale : Le Consulat, La Toilette, Fusion mes couilles, Cicciolina, Chkoun Is It?, La Créole ou encore le festival We Love Green. Plus largement, le mouvement a trouvé de nombreux soutiens auprès d’organismes, labels et artistes de référence des soirées parisiennes.

Samedi 16 mars, le coup d’envoi de la « Rave 4 Climate » est donné en bas des marches de la Place de l’Opéra, autour d’un char customisé pour l’occasion. Décoré aux couleurs rouges et noirs de G.A.F., ce dernier arbore des slogans éloquents tels que « If we don’t give a fuck, we’re fucked », « Pas de planète pas de fête » ou encore « Déclaration universelle des droits de la nature et de l’humain ». Dès le début de la manifestation, la jeunesse répond massivement présent, rassemblée autour d’un objectif commun : sensibiliser à la lutte pour le climat. Si l’ambiance est bon enfant tout au long de la journée, l’événement n’usurpe pas son appellation de « rave » et les DJs (dont notamment Manu Le Malin) balancent sans retenue de lourds beats techno.

Ce n’est que vers 15h que le char – où sont postés nombre d’ambassadeurs de la nuit parisienne, dans ce qui semble être un club itinérant – prend la direction des Grands Boulevards, entraînant avec lui une foule de fêtards « plus chaude que le climat » d’après le slogan qu’ils martèlent tout au long de l’après-midi, mais aussi des familles, enfants, ainsi que de nombreux Gilets jaunes et membres d’associations LGBT et féministes venus apporter leur soutien au mouvement. Le long du parcours, le bitume remplace le traditionnel dancefloor et le mobilier urbain fait office de podium. Arrivé à République vers 17h dans une effervescence qui ne faiblit pas, le convoi occupe encore l’espace sonore quelques brûlantes minutes, avant de laisser place à la mobilisation plus traditionnelle de la Marche du Siècle.

Si la fête était folle, pas question pour autant de perdre de vu l’objectif premier de ce rassemblement : « Nous sommes la dernière génération à pouvoir agir et avoir un impact positif sur l’environnement », pointe Geoffrey Cochard du collectif La Créole. « Notre génération est déjà éveillée, et prête à s’engager. Nous ne pouvons plus entretenir l’immobilisme de nos dirigeants, incapables de penser l’avenir, par intérêt ou par peur. »

Aussi, il s’agit de proposer une alternative aux rassemblements traditionnels qui peinent parfois à attirer les nouvelles générations : « Certains jeunes trouvaient les marches pour le climat ennuyeuses, nous avons voulu en organiser une qui soit plus attractive. Il semble que cela ait bien fonctionné ! », se félicitent Andréa Pittaluga et Conan Laurendot du collectif Chkoun Is It?. À en juger par le succès incontestable de l’événement, il ne fait désormais aucun doute du potentiel militant de la fête. « Il est primordial que les acteurs du monde de la nuit s’engagent, poursuit Geoffrey. Militer à travers la fête revenait pour nous à faire ce que nous savons faire de mieux ; mais cette fois-ci, plutôt que de réunir les gens sur un dancefloor, il fallait les fédérer dans la rue. La fête est un vecteur de rassemblement extrêmement puissant, qui transcende les sensibilités politiques et les frontières. Elle crée un espace de liberté qui porte en elle un potentiel de disruption. » L’histoire de la Gay Pride ou l’engagement de nombreux clubs berlinois en faveur des réfugiés en sont des exemples criants. De là à imaginer le climat rejoindre la liste des combats menés par la fête, il n’y a qu’un pas que des dizaines de milliers de personnes ont franchi samedi dernier à Paris.

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