Pamela Anderson : « On devrait tous aspirer à devenir vegan »

Article publié le 23 février 2020

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Texte : Maxime Retailleau.

Photos par Ferry van der Nat et article extraits d’Antidote Magazine : Desire printemps-été 2020. Styliste : Jonathan Huguet. Coiffure : Franco Argento. Maquillage : Victor Alvarez.

Activiste invétérée, engagée pour la défense des plus vulnérables et la protection de l’environnement, Pamela Anderson use de sa notoriété de sex-symbol pour soutenir les causes qui lui sont chères et œuvrer en faveur d’un monde meilleur. Elle revient dans cet entretien sur son parcours hors norme et les multiples luttes qu’elle mène, en parallèle de son rêve de (re)trouver le grand amour.

« Don’t tell me what I’m doing; I don’t want to know » : en guise de biographie sur son compte Instagram, Pamela Anderson cite une phrase de Federico Fellini reflétant sa propre philosophie de vie, axée sur l’instant présent. Instinctive, la star s’épargne tout choix calculateur pour mieux foncer vers l’avant, seulement guidée par ses désirs. Elle affirme d’ailleurs n’avoir jamais recherché la célébrité. 

Élevée sur l’île de Vancouver, au Canada, par un père ramoneur et une mère serveuse installés dans une maisonnette en bordure de plage, Pamela Anderson était donc loin de pouvoir imaginer se muer un jour en icône mondiale. Mais le destin en a décidé autrement. Non seulement devenue l’un des sex-symbols les plus légendaires de la planète, elle est ensuite parvenue à maintenir son immense notoriété acquise grâce à ses quatorze couvertures de l’édition américaine de Playboy (un record, sans compter ses nombreuses apparitions au sein des déclinaisons internationales du magazine), son incarnation de C.J. Parker dans la série culte Alerte à Malibu, de 1992 à 1997, ou encore ses rôles dans divers films dont Barb Wire (1996), pour lequel elle s’est fait tatouer des fils de fer barbelés sur l’épaule, récemment effacés. 

Ces deux dernières décennies, l’über-babe n’a pas hésité à se jouer de l’image de bombe sexuelle sur laquelle elle a capitalisé, devenant en ce sens une « méta-bimbo » parfaitement consciente de l’effet qu’elle produit et des stéréotypes qui lui sont rattachés. En parallèle d’apparitions pleines d’autodérision dans Scary Movie 3 (2003) ou encore Borat (2006), elle accepte ainsi de se mettre en scène pour certains de ses amis designers et artistes, parmi lesquels Vivienne Westwood (pour qui elle a défilé et collaboré en tant qu’égérie), le photographe David LaChapelle ou encore Jeff Koons. Mais surtout, elle se sert de sa plastique et de la renommée qu’elle lui a apportée pour défendre les causes auxquelles elle confie dédier la grande majorité de son temps, centrées sur la protection de l’environnement, le soutien aux victimes de violences domestiques, et surtout la défense des droits des animaux. Un combat qui l’amène à devenir l’une des porte-parole de PETA (People for the Ethical Treatment of Animals), pour qui elle pose en bikini dans le cadre d’une campagne pro-végétarienne, les membres découpés en différentes sections, nommées en correspondance avec les différentes parties de la viande de bœuf vendues dans les boucheries.

Au total, Pamela Anderson soutient une vingtaine d’associations et ONG par le biais de sa propre fondation (PAF), officiellement lancée en 2014 en marge du Festival de Cannes – bien qu’elle déclare en avoir amorcé les prémisses il y a déjà une vingtaine d’années. Devant un parterre de deux cents invités, elle a exposé les raisons de son engagement en évoquant trois épisodes extrêmement traumatisants qu’elle a dû affronter. « Je risque de trop me livrer ou même de vous choquer, mais aujourd’hui il faut que je me dévoile, pour que vous compreniez pourquoi je m’investis », a-t-elle annoncé en guise d’introduction, avant de révéler qu’elle avait été agressée sexuellement par sa baby-sitter de ses six à ses dix ans, puis violée à 12 ans par le grand frère d’un ami. En classe de troisième, son petit-ami de l’époque a ensuite « décidé que ça serait amusant de me violer avec six de ses amis. Je voulais quitter cette Terre », poursuivait-elle. Des expériences épouvantables, qui l’ont poussée à se rapprocher des animaux et à se promettre de les protéger tout au long de sa vie. Résiliente, elle s’en est depuis relevée et considère aujourd’hui, avec le recul de ses 52 ans, qu’elles l’ont indirectement sensibilisée aux questions de justice sociale. D’où son engagement infaillible au service des plus vulnérables, maintenu en parallèle de l’éducation de ses deux enfants, issus de son union avec Tommy Lee : Brandon (23 ans) et Dylan (22 ans), respectivement acteur et musicien. Un combat de tous les jours que l’activiste dépeint pour ce nouveau numéro d’Antidote, installée sur le canapé d’un studio photo de Madrid où elle se tient simplement vêtue d’un peignoir et de collants noirs, après avoir proposé de servir un café à toute l’équipe du shooting – comme pour rappeler qu’elle reste, malgré son statut de superstar, un être humain (presque) comme les autres.

À gauche : Pamela Anderson. Robe, Mugler.

À droite : Pamela Anderson. Robe, Mugler. Choker, Versace. Collants, Falke. Boucles d’oreilles, Ana Khouri. Manchettes, Annelise Michelson. Escarpins, Versace. Broche, Y/Project. Gants, personnels.

ANTIDOTE : À 21 ans, lors d’un match de la Canadian Football League, l’une des caméras a zoomé sur vous et la foule est devenue complètement hystérique en vous découvrant sur le grand écran situé dans le stade. Vous portiez alors un T-shirt avec le logo de la marque de bière Labatt, qui vous a ensuite proposé de figurer sur ses prochaines publicités. C’est grâce à cela que le magazine Playboy vous a repéré ?
PAMELA ANDERSON : Oui, après cela j’ai été contactée par Playboy pour faire un shooting aux États-Unis. J’y suis allé, j’étais nerveuse. C’était pour une couverture [pour le numéro d’octobre 1989, ndlr]. Je n’étais pas complètement nue, je portais une veste, mais j’étais très self-conscious, je paniquais et j’avais la nausée – bien que je voulais absolument parvenir à me débarrasser de ma timidité. Après des semaines et des semaines à faire différents shootings, j’ai gagné en confiance en moi. Playboy m’a sauvé la vie. Ressentir ce sentiment de liberté était très important à mes yeux, et une fois que j’ai réussi à surmonter ma gêne, je ne suis plus jamais retournée en arrière… On devait m’empêcher d’aller me balader nue dans la rue [rires]. Ça m’a vraiment libérée, à tous les niveaux. Notre société tend à nous imposer d’être discrets et réservés, mais je suis devenue capable de m’exprimer, et j’avais le sentiment d’avoir beaucoup de choses à dire.
Cependant je n’ai jamais aimé aucune photo de moi, et je n’ai jamais gardé un cliché de moi ou une couverture de magazine où j’apparais. En revanche j’aime poser. Je suis peut-être un peu exhibitionniste [rires]. Mais je pense toujours que j’ai une meilleure apparence que je ne l’ai réellement, et quand je vois les photos je me dis : « Non ! Je suis plus fine que ça ! » [rires]. J’ai d’ailleurs du mal à croire que je fasse encore des shootings photo aujourd’hui.

Vous rappelez-vous de votre première rencontre avec Hugh Hefner ?
J’étais nerveuse à l’idée de discuter avec lui, mais il est venu vers moi et m’a parlé d’une manière très amicale et très cool. Il était surpris parce que je connaissais toutes les œuvres d’art qu’il y avait chez lui. Il m’a dit : « T’es la première playmate qui puisse citer tous les noms des artistes accrochés ici ». J’ai toujours adoré l’art.
Hugh Hefner avait beaucoup de charisme. Dès qu’il entrait dans une pièce, les regards gravitaient vers lui. Il a sans cesse défendu la liberté de la presse, et ce qu’il a fait a toujours été génial. C’était vraiment un pionnier, une légende. J’ai eu l’occasion de discuter des droits de l’homme et de philanthropie à ses côtés, j’ai aussi rencontré des musiciens et des artistes dans son manoir, j’y ai beaucoup appris. Playboy a été mon université. J’adorais aussi y emmener mes enfants pour la grande chasse de Pâques.

Le manoir Playboy est d’ailleurs devenu mythique : il est notamment célèbre pour avoir accueilli de très nombreuses soirées où se pressaient les personnalités les plus en vue de la planète. Quelle a été celle qui vous a le plus marquée ?
Il y en a eu tellement… Je ne sais pas, il faudrait vraiment que je prenne le temps d’y réfléchir. Je devrais peut-être écrire un livre sur le sujet. Tout le monde veut que je le fasse… mais je ne veux pas tout dévoiler. J’ai oublié la majorité de ce qui s’est passé dans ma vie de toute façon, mais peut-être que quand je serai décédée, quelqu’un pourra l’écrire à ma place [rires]. 

« Ma carrière a toujours été secondaire par rapport aux causes auxquelles je crois. »

Vous avez cependant déjà mené de nombreux projets littéraires : vous avez publié plusieurs livres par le passé, et envisagez également d’écrire des nouvelles érotiques…
Oui, j’aimerais le faire. Et j’écris tous les jours, je rédige sans cesse des poèmes. J’adore la poésie : Pablo Neruda, Anaïs Nin… Certaines personnes pensent qu’on ne peut pas être intelligente si on a été une playmate, mais c’est faux, les deux ne sont pas inconciliables – d’ailleurs il faut être intelligent pour être sexy. Mes parents lisent donc je pense que je tiens ça d’eux, et mes enfants font de même… Enfin, ils devraient lire plus [rires] ! Il faut aller dans des musées, des galeries d’art, c’est en cela que consiste une vie romantique, il faut prendre part au monde.
En ce moment je me sens inspirée parce que je suis seule chez moi, près de la mer, ça vient tout seul. J’aime tellement écrire… J’adorerais rédiger un nouveau roman sur une histoire sexy, mais pas nécessairement celle de ma vie. 

Votre parcours a notamment été marqué par votre rôle dans Alerte à Malibu, qui vous a consacrée comme sex-symbol de dimension internationale. Étiez-vous à l’aise avec ce nouveau statut à l’époque où vous tourniez dans la série ?
Je n’ai pas tout de suite réalisé que l’émission était diffusée dans autant de pays [148 au total, ndlr], je faisais juste mon job, et le personnage de C.J. correspondait à la personne que j’étais réellement, donc ce n’était pas un rôle difficile. Je passais par ailleurs mes journées à me balader sur la plage avec mon chien : c’est ce que j’aurais fait dans tous les cas. Je n’ai pris conscience de la popularité de l’émission qu’une fois que j’ai commencé à voyager. Mais je n’y réfléchissais pas tellement, les choses se sont simplement enchaînées toutes seules. Ma carrière a d’ailleurs toujours été secondaire par rapport aux causes auxquelles je crois.

Afin de les défendre au mieux, vous avez officiellement lancé votre propre fondation en 2014…
Je fais beaucoup de choses à travers elle. J’aide l’association Sea Shepherd par exemple. Je viens de vendre aux enchères une photographie de David Yarrow, et cela m’a apporté assez d’argent pour lancer toute une campagne contre la pêche au hareng – dont la survie des saumons et des orques dépend. Sur l’île où je vis, il y a environ 130 pêcheries, et je tente de toutes les faire fermer avec l’aide des indigènes car elles empiètent sur leurs territoires.
Quel que soit l’endroit où je m’installe, j’essaie toujours de trouver une façon de me rendre utile et de m’engager dans une cause, notamment en ce qui concerne les animaux. À Paris, la décision d’interdire les spectacles de bêtes sauvages dans les cirques [une cause que Pamela Anderson a défendu aux côtés de PETA, ndlr] a récemment été prise, c’est un progrès. En Russie, il viennent par ailleurs de libérer les baleines des prisons aquatiques dans lesquelles elles étaient enfermées. Chaque jour, je fais quelque chose. En ce moment, j’essaie d’adopter les golden retrievers détenus dans un labo qui les teste pour des études sur la dystrophie musculaire. Il devrait fermer, donc je veux adopter tous les chiens et chercher un endroit où ils pourraient être accueillis. J’en garderai sans doute aussi quelques-uns chez moi, j’adore les golden retrievers. 

À gauche : Pamela Anderson. Veste et boucles d’oreillesChanel. Haut, Undercover. Lunettes de soleil, Andy Wolf

À droite : Pamela Anderson. Robe, Mugler. Choker, Versace. Boucles d’oreilles, Ana Khouri. Manchettes, Annelise Michelson. Broche, Y/Project. Gants, personnels.

Votre engagement pour la cause animale s’inscrit dans le prolongement de votre régime végétarien. Qu’est-ce qui vous a décidé à l’adopter ?
Je suis végétarienne depuis un horrible incident. Mon père chassait l’élan et le cerf, et un jour alors que j’étais enfant, il m’a dit : « Ne va pas dans l’abri ». J’y suis bien sûr allée tout de suite, et j’y ai vu un cerf mort accroché les pattes en haut, sans tête et plein de sang. Je pense que je n’ai jamais hurlé aussi fort. Et je me suis dit « C’est de la viande ? ». Auparavant je savais bien sûr que la viande était d’origine animale, mais je n’avais pas encore réalisé ce que cela impliquait. À partir de ce moment, j’ai compris, et j’ai décidé que ce n’était pas quelque chose que je voulais manger, par pure compassion. C’était un événement assez traumatique pour mon père et moi, il n’a d’ailleurs plus jamais chassé.
Plus tard, j’ai ensuite appris qu’il est meilleur pour la santé d’éviter de consommer de la viande, il n’y a vraiment aucune raison d’en manger. Mais je n’aime pas quand les gens disent : « Tu n’es pas vegan si tu fais ceci ou cela ». On devrait tous aspirer à devenir vegan, mais ce n’est pas pour autant qu’il est mal de se contenter de réduire sa consommation de viande. L’important c’est de faire de son mieux. Si tout le monde fait un pas en avant, ne serait-ce qu’en adoptant un régime un peu moins carné, c’est déjà un progrès. 

Vous vous êtes engagée dans de multiples combats en parallèle de ceux que vous menez en faveur des animaux, pour lutter contre les violences domestiques ou encore contre le réchauffement climatique. Comment choisissez-vous les causes dans lesquelles vous vous investissez ?
Tout se fait naturellement. Je défends les personnes vulnérables et les animaux, qui n’ont pas de voix. Il y a tant de choses à faire, et j’ai pu parler avec tellement de gouvernements… Quand on réalise qu’on peut agir, cela donne envie d’en faire toujours plus. Et le progrès se fait sentir. Cela fait par exemple trente ans que PETA cherche à convaincre les gens de devenir vegan, et ils ont démocratisé cette pratique. Donc l’activisme est un mode d’action qui fonctionne.

Vous vous investissez par ailleurs beaucoup pour soutenir Julian Assange (le fondateur de WikiLeaks, actuellement incarcéré dans une prison de très haute sécurité, à Londres), et œuvrez en faveur de sa libération alors qu’il présente déjà de nombreux signes de faiblesse physique.
Au fil des années, Julian est devenu un ami, un professeur – quelqu’un que j’admire profondément. C’est un héros pour beaucoup de gens, et j’essaie de trouver ce que je peux faire de mieux pour lui. J’aide sa famille, et je lui ai par ailleurs apporté des déjeuners vegan en prison. Nous discutions de tout : du monde, de la Bible, de la jalousie, de nos histoires personnelles… Il voulait aussi savoir beaucoup de choses sur ce qui se passait dans ma vie, car cela lui permet de se reconnecter au monde. Mais c’était difficile de le rencontrer, parce qu’il est dans un établissement pénitentiaire très sécurisé. Ce lieu est vraiment effrayant. Le fait qu’il soit là-bas, entouré de meurtriers, c’est totalement injuste. Ils essaient de le casser, c’est horrible… Mais quand je l’ai vu son esprit était très clair, il était en mode survie. Il tient son énergie de battant de sa mère, Christine Assange, une femme incroyable.
Je veux être certaine de l’aider au mieux mais j’ai déjà fait beaucoup de déclarations à la presse, j’ai dit tout ce que j’avais à dire. Et je ne suis pas avocate, je ne suis pas aussi bien placée que d’autres pour m’exprimer dans certains lieux – enfin je pourrais le faire mais ça deviendrait un spectacle, je parlerais de Julian et tous les tabloïds diraient ensuite qu’on est amoureux l’un de l’autre, ce genre de bêtises. C’est aux avocats de le sortir de prison, je ne peux pas le faire moi-même. Je connais bien le sujet évidemment, mais il y a des gens plus qualifiés que moi qu’on devrait écouter, dont Noam Chomsky également, et je les supporte. Je soutiens Julian de cette manière, il sait que je tiens à lui, que je ne lui souhaite que le meilleur. J’espère vraiment qu’il va sortir de cette situation, mais c’est tellement compliqué…
Je pense que le rôle que je dois jouer auprès de lui maintenant, c’est aussi de l’humaniser, pour que les gens réalisent qu’il n’est pas un robot, qu’il n’est pas un écran d’ordinateur. C’est quelqu’un de timide, très intelligent et assez geek, qui saigne, et dont on a besoin. Pourquoi est-il en train de pourrir en prison ? Il a dévoilé des crimes mondiaux ; ce sont les personnes qui les ont commis qui devraient être enfermées ! Je trouve cette situation stupéfiante, et je m’investis beaucoup pour encourager une prise de conscience. Mais je ne sais pas si il va s’en sortir. Comment le pourrait-il, dans l’environnement dans lequel il se trouve ? En un sens il savait dans quoi il s’embarquait, mais c’est une histoire vraiment triste. Il a fait un grand sacrifice et espérons qu’un miracle se produise, que l’Australie intervienne, qu’il devienne professeur ou autre chose, qu’il puisse être père… 

Il risque en effet sa vie… tout comme d’autres grandes figures de l’activisme contemporain que vous soutenez également, comme Paul Watson, le fondateur de Sea Shepherd…
Oui, en effet. Tous les volontaires qui partent sur les bateaux de l’association disent qu’ils risqueraient leur propre vie pour celle d’une baleine. Je trouve ça cool. La pêche est un business très corrompu. WikiLeaks a d’ailleurs contribué à exposer le gangstérisme de ce milieu dans les médias, et à fermer différentes exploitations. L’ONG s’est également beaucoup dédiée à la cause environnementale.
J’ai par ailleurs pu discuter avec Greta [Thunberg, ndlr] et son père régulièrement, je la supporte aussi, elle est incroyable. Tout comme Vivienne Westwood. On s’est rencontrées par le biais de l’activisme, et nous sommes devenues de très bonnes amies.

« Je n’ai jamais le sentiment de réussir dans ce que je fais, parce qu’il y a tellement de luttes à mener que dès qu’on s’investit dans l’une d’entre elles, une nouvelle apparaît. Mais je continue à me battre, parce que si tout le monde s’y met on va y arriver. »

Y a-t-il un combat que vous ayez mené dont vous êtes particulièrement fière ?
Je n’ai jamais le sentiment de réussir dans ce que je fais, parce qu’il y a tellement de luttes à mener que dès qu’on s’investit dans l’une d’entre elles, une nouvelle apparaît. Mais je continue à me battre, parce que si tout le monde s’y met on va y arriver. Je me suis d’ailleurs tellement engagée en faveur des animaux que ma mère s’est inquiétée [elle change de voix] : « Tu sauterais d’un pont si quelque chose arrivait à ton chien », et je répondais un truc du style : « Mais d’où ça sort ça ? » [rires]. Elle insistait : « Comment pourrais-tu faire ça à ta mère ? ». Je suis peut-être un peu trop passionnelle en ce qui concerne la cause animale, mais j’ai le sentiment que c’est la voie qui m’est destinée, donc je m’y tiens. Ma famille vivait au milieu de la nature et de la mer, et j’ai toujours eu une affinité avec les animaux. Durant une certaine période, je les ai même aimés plus que les êtres humains, puis j’ai eu des enfants et je me suis dit : « En fait les gens peuvent être cool aussi » [rires]. Je crois en mes fils, en chacun de leurs choix, je les supporte. Je ne cherche pas à contrôler leur vie mais je suis bien sûr toujours là pour leur donner des conseils quand ils m’en demandent. Ce sont deux garçons dingues, talentueux et drôles, aussi beaux à l’intérieur qu’à l’extérieur, et c’est la meilleure contribution que je pouvais apporter au monde. 

Vous avez coproduit les films This Changes Everything et The Game Changers de l’essayiste altermondialiste Naomi Klein. Pourquoi vous tenait-il à cœur de l’accompagner dans ces projets ?
J’ai lu son livre La Stratégie du Choc, et je l’ai adoré. On nous a présentées, et il y a quelques années elle travaillait sur ces films, donc j’ai voulu l’aider. Elle est brillante, je lis tout ce qu’elle publie et je suis tout ce qu’elle fait. 

Le réalisateur Werner Herzog souhaitait quant à lui faire un film avec vous, est-ce encore d’actualité ?
Je ne sais pas. Il voulait écrire un scénario spécifiquement pour moi, le projet avançait, puis il y a eu un problème avec les droits du livre, et ça ne s’est pas fait. Mais il cherche à me proposer un rôle. Je pourrais faire un film avec lui, Jim Jarmusch ou un autre réalisateur que j’adore comme Quentin Tarantino, mais refaire de la télé ne m’intéresse pas en revanche. Je suis heureuse de faire ce que je fais actuellement : je suis occupée, je vis, j’écris, je fais construire une maison au Canada… 

Vous avez déclaré lors d’une précédente interview que la provocation était la clef de votre succès. Dans quel sens affirmiez-vous cela ?
Être provocante, cela veut simplement dire pousser les autres à réfléchir, et donc utiliser ce qui est à disposition pour les aider. Je ne dis pas que je peux éduquer les gens, mais peut-être que je peux inspirer certaines personnes et les inciter à faire ce qui leur tient vraiment à cœur. Tout le monde me dit : « Tu pousses les gens vers l’avant, tu as toujours des attentes à leur égard », ce qui s’applique aux personnes autour de moi, que je rends folles, tout comme à mes fils. Je veux que mes enfants soient plein de ressources, qu’ils s’intéressent à l’art, qu’ils lisent… cela fait de nous des individus plus intéressants. Et il vaut mieux le faire jeune, même s’il n’est jamais trop tard. 

Avez-vous un désir ultime ?
Je veux des petits-enfants [rires]. Non je rigole, je suis une romantique et mon plus grand désir serait de tomber amoureuse, comme tout le monde, et on verra combien de temps cela durera. J’essaie encore.

Bien que votre vie sentimentale soit perçue comme mouvementée (vous comptez plusieurs divorces à votre actif et vos unions maritales n’ont parfois duré que quelques semaines), recherchez-vous en réalité à vous installer dans une relation qui dure pour le restant de votre vie ?
Oui, bien sûr, c’est l’objectif. Mes parents sont encore ensemble, ils sont fous amoureux l’un de l’autre, et parfois je me dis que les temps ont changé et que c’est un peu triste, les relations humaines s’étiolent… Mais je pense que l’amour va faire son come-back. 

« Don’t tell me what I’m doing; I don’t want to know » : en guise de biographie sur son compte Instagram, Pamela Anderson cite une phrase de Federico Fellini reflétant sa propre philosophie de vie, axée sur l’instant présent. Instinctive, la star s’épargne tout choix calculateur pour mieux foncer vers l’avant, seulement guidée par ses désirs. Elle affirme d’ailleurs n’avoir jamais recherché la célébrité. 

Élevée sur l’île de Vancouver, au Canada, par un père ramoneur et une mère serveuse installés dans une maisonnette en bordure de plage, Pamela Anderson était donc loin de pouvoir imaginer se muer un jour en icône mondiale. Mais le destin en a décidé autrement. Non seulement devenue l’un des sex-symbols les plus légendaires de la planète, elle est ensuite parvenue à maintenir son immense notoriété acquise grâce à ses quatorze couvertures de l’édition américaine de Playboy (un record, sans compter ses nombreuses apparitions au sein des déclinaisons internationales du magazine), son incarnation de C.J. Parker dans la série culte Alerte à Malibu, de 1992 à 1997, ou encore ses rôles dans divers films dont Barb Wire (1996), pour lequel elle s’est fait tatouer des fils de fer barbelés sur l’épaule, récemment effacés. 

Ces deux dernières décennies, l’über-babe n’a pas hésité à se jouer de l’image de bombe sexuelle sur laquelle elle a capitalisé, devenant en ce sens une « méta-bimbo » parfaitement consciente de l’effet qu’elle produit et des stéréotypes qui lui sont rattachés. En parallèle d’apparitions pleines d’autodérision dans Scary Movie 3 (2003) ou encore Borat (2006), elle accepte ainsi de se mettre en scène pour certains de ses amis designers et artistes, parmi lesquels Vivienne Westwood (pour qui elle a défilé et collaboré en tant qu’égérie), le photographe David LaChapelle ou encore Jeff Koons. Mais surtout, elle se sert de sa plastique et de la renommée qu’elle lui a apportée pour défendre les causes auxquelles elle confie dédier la grande majorité de son temps, centrées sur la protection de l’environnement, le soutien aux victimes de violences domestiques, et surtout la défense des droits des animaux. Un combat qui l’amène à devenir l’une des porte-parole de PETA (People for the Ethical Treatment of Animals), pour qui elle pose en bikini dans le cadre d’une campagne pro-végétarienne, les membres découpés en différentes sections, nommées en correspondance avec les différentes parties de la viande de bœuf vendues dans les boucheries.

Au total, Pamela Anderson soutient une vingtaine d’associations et ONG par le biais de sa propre fondation (PAF), officiellement lancée en 2014 en marge du Festival de Cannes – bien qu’elle déclare en avoir amorcé les prémisses il y a déjà une vingtaine d’années. Devant un parterre de deux cents invités, elle a exposé les raisons de son engagement en évoquant trois épisodes extrêmement traumatisants qu’elle a dû affronter. « Je risque de trop me livrer ou même de vous choquer, mais aujourd’hui il faut que je me dévoile, pour que vous compreniez pourquoi je m’investis », a-t-elle annoncé en guise d’introduction, avant de révéler qu’elle avait été agressée sexuellement par sa baby-sitter de ses six à ses dix ans, puis violée à 12 ans par le grand frère d’un ami. En classe de troisième, son petit-ami de l’époque a ensuite « décidé que ça serait amusant de me violer avec six de ses amis. Je voulais quitter cette Terre », poursuivait-elle. Des expériences épouvantables, qui l’ont poussée à se rapprocher des animaux et à se promettre de les protéger tout au long de sa vie. Résiliente, elle s’en est depuis relevée et considère aujourd’hui, avec le recul de ses 52 ans, qu’elles l’ont indirectement sensibilisée aux questions de justice sociale. D’où son engagement infaillible au service des plus vulnérables, maintenu en parallèle de l’éducation de ses deux enfants, issus de son union avec Tommy Lee : Brandon (23 ans) et Dylan (22 ans), respectivement acteur et musicien. Un combat de tous les jours que l’activiste dépeint pour ce nouveau numéro d’Antidote, installée sur le canapé d’un studio photo de Madrid où elle se tient simplement vêtue d’un peignoir et de collants noirs, après avoir proposé de servir un café à toute l’équipe du shooting – comme pour rappeler qu’elle reste, malgré son statut de superstar, un être humain (presque) comme les autres.

Pamela Anderson. Robe, Mugler.

Pamela Anderson. Robe, Mugler. Choker, Versace. Collants, Falke. Boucles d’oreilles, Ana Khouri. Manchettes, Annelise Michelson. Escarpins, Versace. Broche, Y/Project. Gants, personnels.

ANTIDOTE : À 21 ans, lors d’un match de la Canadian Football League, l’une des caméras a zoomé sur vous et la foule est devenue complètement hystérique en vous découvrant sur le grand écran situé dans le stade. Vous portiez alors un T-shirt avec le logo de la marque de bière Labatt, qui vous a ensuite proposé de figurer sur ses prochaines publicités. C’est grâce à cela que le magazine Playboy vous a repéré ?
PAMELA ANDERSON : Oui, après cela j’ai été contactée par Playboy pour faire un shooting aux États-Unis. J’y suis allé, j’étais nerveuse. C’était pour une couverture [pour le numéro d’octobre 1989, ndlr]. Je n’étais pas complètement nue, je portais une veste, mais j’étais très self-conscious, je paniquais et j’avais la nausée – bien que je voulais absolument parvenir à me débarrasser de ma timidité. Après des semaines et des semaines à faire différents shootings, j’ai gagné en confiance en moi. Playboy m’a sauvé la vie. Ressentir ce sentiment de liberté était très important à mes yeux, et une fois que j’ai réussi à surmonter ma gêne, je ne suis plus jamais retournée en arrière… On devait m’empêcher d’aller me balader nue dans la rue [rires]. Ça m’a vraiment libérée, à tous les niveaux. Notre société tend à nous imposer d’être discrets et réservés, mais je suis devenue capable de m’exprimer, et j’avais le sentiment d’avoir beaucoup de choses à dire.
Cependant je n’ai jamais aimé aucune photo de moi, et je n’ai jamais gardé un cliché de moi ou une couverture de magazine où j’apparais. En revanche j’aime poser. Je suis peut-être un peu exhibitionniste [rires]. Mais je pense toujours que j’ai une meilleure apparence que je ne l’ai réellement, et quand je vois les photos je me dis : « Non ! Je suis plus fine que ça ! » [rires]. J’ai d’ailleurs du mal à croire que je fasse encore des shootings photo aujourd’hui.

Vous rappelez-vous de votre première rencontre avec Hugh Hefner ?
J’étais nerveuse à l’idée de discuter avec lui, mais il est venu vers moi et m’a parlé d’une manière très amicale et très cool. Il était surpris parce que je connaissais toutes les œuvres d’art qu’il y avait chez lui. Il m’a dit : « T’es la première playmate qui puisse citer tous les noms des artistes accrochés ici ». J’ai toujours adoré l’art.
Hugh Hefner avait beaucoup de charisme. Dès qu’il entrait dans une pièce, les regards gravitaient vers lui. Il a sans cesse défendu la liberté de la presse, et ce qu’il a fait a toujours été génial. C’était vraiment un pionnier, une légende. J’ai eu l’occasion de discuter des droits de l’homme et de philanthropie à ses côtés, j’ai aussi rencontré des musiciens et des artistes dans son manoir, j’y ai beaucoup appris. Playboy a été mon université. J’adorais aussi y emmener mes enfants pour la grande chasse de Pâques.

Le manoir Playboy est d’ailleurs devenu mythique : il est notamment célèbre pour avoir accueilli de très nombreuses soirées où se pressaient les personnalités les plus en vue de la planète. Quelle a été celle qui vous a le plus marquée ?
Il y en a eu tellement… Je ne sais pas, il faudrait vraiment que je prenne le temps d’y réfléchir. Je devrais peut-être écrire un livre sur le sujet. Tout le monde veut que je le fasse… mais je ne veux pas tout dévoiler. J’ai oublié la majorité de ce qui s’est passé dans ma vie de toute façon, mais peut-être que quand je serai décédée, quelqu’un pourra l’écrire à ma place [rires]. 

« Ma carrière a toujours été secondaire par rapport aux causes auxquelles je crois. »

Vous avez cependant déjà mené de nombreux projets littéraires : vous avez publié plusieurs livres par le passé, et envisagez également d’écrire des nouvelles érotiques…
Oui, j’aimerais le faire. Et j’écris tous les jours, je rédige sans cesse des poèmes. J’adore la poésie : Pablo Neruda, Anaïs Nin… Certaines personnes pensent qu’on ne peut pas être intelligente si on a été une playmate, mais c’est faux, les deux ne sont pas inconciliables – d’ailleurs il faut être intelligent pour être sexy. Mes parents lisent donc je pense que je tiens ça d’eux, et mes enfants font de même… Enfin, ils devraient lire plus [rires] ! Il faut aller dans des musées, des galeries d’art, c’est en cela que consiste une vie romantique, il faut prendre part au monde.
En ce moment je me sens inspirée parce que je suis seule chez moi, près de la mer, ça vient tout seul. J’aime tellement écrire… J’adorerais rédiger un nouveau roman sur une histoire sexy, mais pas nécessairement celle de ma vie. 

Votre parcours a notamment été marqué par votre rôle dans Alerte à Malibu, qui vous a consacrée comme sex-symbol de dimension internationale. Étiez-vous à l’aise avec ce nouveau statut à l’époque où vous tourniez dans la série ?
Je n’ai pas tout de suite réalisé que l’émission était diffusée dans autant de pays [148 au total, ndlr], je faisais juste mon job, et le personnage de C.J. correspondait à la personne que j’étais réellement, donc ce n’était pas un rôle difficile. Je passais par ailleurs mes journées à me balader sur la plage avec mon chien : c’est ce que j’aurais fait dans tous les cas. Je n’ai pris conscience de la popularité de l’émission qu’une fois que j’ai commencé à voyager. Mais je n’y réfléchissais pas tellement, les choses se sont simplement enchaînées toutes seules. Ma carrière a d’ailleurs toujours été secondaire par rapport aux causes auxquelles je crois.

Afin de les défendre au mieux, vous avez officiellement lancé votre propre fondation en 2014…
Je fais beaucoup de choses à travers elle. J’aide l’association Sea Shepherd par exemple. Je viens de vendre aux enchères une photographie de David Yarrow, et cela m’a apporté assez d’argent pour lancer toute une campagne contre la pêche au hareng – dont la survie des saumons et des orques dépend. Sur l’île où je vis, il y a environ 130 pêcheries, et je tente de toutes les faire fermer avec l’aide des indigènes car elles empiètent sur leurs territoires.
Quel que soit l’endroit où je m’installe, j’essaie toujours de trouver une façon de me rendre utile et de m’engager dans une cause, notamment en ce qui concerne les animaux. À Paris, la décision d’interdire les spectacles de bêtes sauvages dans les cirques [une cause que Pamela Anderson a défendu aux côtés de PETA, ndlr] a récemment été prise, c’est un progrès. En Russie, il viennent par ailleurs de libérer les baleines des prisons aquatiques dans lesquelles elles étaient enfermées. Chaque jour, je fais quelque chose. En ce moment, j’essaie d’adopter les golden retrievers détenus dans un labo qui les teste pour des études sur la dystrophie musculaire. Il devrait fermer, donc je veux adopter tous les chiens et chercher un endroit où ils pourraient être accueillis. J’en garderai sans doute aussi quelques-uns chez moi, j’adore les golden retrievers. 

Pamela Anderson. Veste et boucles d’oreillesChanel. Haut, Undercover. Lunettes de soleil, Andy Wolf

Pamela Anderson. Robe, Mugler. Choker, Versace. Boucles d’oreilles, Ana Khouri. Manchettes, Annelise Michelson. Broche, Y/Project. Gants, personnels.

Votre engagement pour la cause animale s’inscrit dans le prolongement de votre régime végétarien. Qu’est-ce qui vous a décidé à l’adopter ?
Je suis végétarienne depuis un horrible incident. Mon père chassait l’élan et le cerf, et un jour alors que j’étais enfant, il m’a dit : « Ne va pas dans l’abri ». J’y suis bien sûr allée tout de suite, et j’y ai vu un cerf mort accroché les pattes en haut, sans tête et plein de sang. Je pense que je n’ai jamais hurlé aussi fort. Et je me suis dit « C’est de la viande ? ». Auparavant je savais bien sûr que la viande était d’origine animale, mais je n’avais pas encore réalisé ce que cela impliquait. À partir de ce moment, j’ai compris, et j’ai décidé que ce n’était pas quelque chose que je voulais manger, par pure compassion. C’était un événement assez traumatique pour mon père et moi, il n’a d’ailleurs plus jamais chassé.
Plus tard, j’ai ensuite appris qu’il est meilleur pour la santé d’éviter de consommer de la viande, il n’y a vraiment aucune raison d’en manger. Mais je n’aime pas quand les gens disent : « Tu n’es pas vegan si tu fais ceci ou cela ». On devrait tous aspirer à devenir vegan, mais ce n’est pas pour autant qu’il est mal de se contenter de réduire sa consommation de viande. L’important c’est de faire de son mieux. Si tout le monde fait un pas en avant, ne serait-ce qu’en adoptant un régime un peu moins carné, c’est déjà un progrès. 

Vous vous êtes engagée dans de multiples combats en parallèle de ceux que vous menez en faveur des animaux, pour lutter contre les violences domestiques ou encore contre le réchauffement climatique. Comment choisissez-vous les causes dans lesquelles vous vous investissez ?
Tout se fait naturellement. Je défends les personnes vulnérables et les animaux, qui n’ont pas de voix. Il y a tant de choses à faire, et j’ai pu parler avec tellement de gouvernements… Quand on réalise qu’on peut agir, cela donne envie d’en faire toujours plus. Et le progrès se fait sentir. Cela fait par exemple trente ans que PETA cherche à convaincre les gens de devenir vegan, et ils ont démocratisé cette pratique. Donc l’activisme est un mode d’action qui fonctionne.

Vous vous investissez par ailleurs beaucoup pour soutenir Julian Assange (le fondateur de WikiLeaks, actuellement incarcéré dans une prison de très haute sécurité, à Londres), et œuvrez en faveur de sa libération alors qu’il présente déjà de nombreux signes de faiblesse physique.
Au fil des années, Julian est devenu un ami, un professeur – quelqu’un que j’admire profondément. C’est un héros pour beaucoup de gens, et j’essaie de trouver ce que je peux faire de mieux pour lui. J’aide sa famille, et je lui ai par ailleurs apporté des déjeuners vegan en prison. Nous discutions de tout : du monde, de la Bible, de la jalousie, de nos histoires personnelles… Il voulait aussi savoir beaucoup de choses sur ce qui se passait dans ma vie, car cela lui permet de se reconnecter au monde. Mais c’était difficile de le rencontrer, parce qu’il est dans un établissement pénitentiaire très sécurisé. Ce lieu est vraiment effrayant. Le fait qu’il soit là-bas, entouré de meurtriers, c’est totalement injuste. Ils essaient de le casser, c’est horrible… Mais quand je l’ai vu son esprit était très clair, il était en mode survie. Il tient son énergie de battant de sa mère, Christine Assange, une femme incroyable.
Je veux être certaine de l’aider au mieux mais j’ai déjà fait beaucoup de déclarations à la presse, j’ai dit tout ce que j’avais à dire. Et je ne suis pas avocate, je ne suis pas aussi bien placée que d’autres pour m’exprimer dans certains lieux – enfin je pourrais le faire mais ça deviendrait un spectacle, je parlerais de Julian et tous les tabloïds diraient ensuite qu’on est amoureux l’un de l’autre, ce genre de bêtises. C’est aux avocats de le sortir de prison, je ne peux pas le faire moi-même. Je connais bien le sujet évidemment, mais il y a des gens plus qualifiés que moi qu’on devrait écouter, dont Noam Chomsky également, et je les supporte. Je soutiens Julian de cette manière, il sait que je tiens à lui, que je ne lui souhaite que le meilleur. J’espère vraiment qu’il va sortir de cette situation, mais c’est tellement compliqué…
Je pense que le rôle que je dois jouer auprès de lui maintenant, c’est aussi de l’humaniser, pour que les gens réalisent qu’il n’est pas un robot, qu’il n’est pas un écran d’ordinateur. C’est quelqu’un de timide, très intelligent et assez geek, qui saigne, et dont on a besoin. Pourquoi est-il en train de pourrir en prison ? Il a dévoilé des crimes mondiaux ; ce sont les personnes qui les ont commis qui devraient être enfermées ! Je trouve cette situation stupéfiante, et je m’investis beaucoup pour encourager une prise de conscience. Mais je ne sais pas si il va s’en sortir. Comment le pourrait-il, dans l’environnement dans lequel il se trouve ? En un sens il savait dans quoi il s’embarquait, mais c’est une histoire vraiment triste. Il a fait un grand sacrifice et espérons qu’un miracle se produise, que l’Australie intervienne, qu’il devienne professeur ou autre chose, qu’il puisse être père… 

Il risque en effet sa vie… tout comme d’autres grandes figures de l’activisme contemporain que vous soutenez également, comme Paul Watson, le fondateur de Sea Shepherd…
Oui, en effet. Tous les volontaires qui partent sur les bateaux de l’association disent qu’ils risqueraient leur propre vie pour celle d’une baleine. Je trouve ça cool. La pêche est un business très corrompu. WikiLeaks a d’ailleurs contribué à exposer le gangstérisme de ce milieu dans les médias, et à fermer différentes exploitations. L’ONG s’est également beaucoup dédiée à la cause environnementale.
J’ai par ailleurs pu discuter avec Greta [Thunberg, ndlr] et son père régulièrement, je la supporte aussi, elle est incroyable. Tout comme Vivienne Westwood. On s’est rencontrées par le biais de l’activisme, et nous sommes devenues de très bonnes amies.

« Je n’ai jamais le sentiment de réussir dans ce que je fais, parce qu’il y a tellement de luttes à mener que dès qu’on s’investit dans l’une d’entre elles, une nouvelle apparaît. Mais je continue à me battre, parce que si tout le monde s’y met on va y arriver. »

Y a-t-il un combat que vous ayez mené dont vous êtes particulièrement fière ?
Je n’ai jamais le sentiment de réussir dans ce que je fais, parce qu’il y a tellement de luttes à mener que dès qu’on s’investit dans l’une d’entre elles, une nouvelle apparaît. Mais je continue à me battre, parce que si tout le monde s’y met on va y arriver. Je me suis d’ailleurs tellement engagée en faveur des animaux que ma mère s’est inquiétée [elle change de voix] : « Tu sauterais d’un pont si quelque chose arrivait à ton chien », et je répondais un truc du style : « Mais d’où ça sort ça ? » [rires]. Elle insistait : « Comment pourrais-tu faire ça à ta mère ? ». Je suis peut-être un peu trop passionnelle en ce qui concerne la cause animale, mais j’ai le sentiment que c’est la voie qui m’est destinée, donc je m’y tiens. Ma famille vivait au milieu de la nature et de la mer, et j’ai toujours eu une affinité avec les animaux. Durant une certaine période, je les ai même aimés plus que les êtres humains, puis j’ai eu des enfants et je me suis dit : « En fait les gens peuvent être cool aussi » [rires]. Je crois en mes fils, en chacun de leurs choix, je les supporte. Je ne cherche pas à contrôler leur vie mais je suis bien sûr toujours là pour leur donner des conseils quand ils m’en demandent. Ce sont deux garçons dingues, talentueux et drôles, aussi beaux à l’intérieur qu’à l’extérieur, et c’est la meilleure contribution que je pouvais apporter au monde. 

Vous avez coproduit les films This Changes Everything et The Game Changers de l’essayiste altermondialiste Naomi Klein. Pourquoi vous tenait-il à cœur de l’accompagner dans ces projets ?
J’ai lu son livre La Stratégie du Choc, et je l’ai adoré. On nous a présentées, et il y a quelques années elle travaillait sur ces films, donc j’ai voulu l’aider. Elle est brillante, je lis tout ce qu’elle publie et je suis tout ce qu’elle fait. 

Le réalisateur Werner Herzog souhaitait quant à lui faire un film avec vous, est-ce encore d’actualité ?
Je ne sais pas. Il voulait écrire un scénario spécifiquement pour moi, le projet avançait, puis il y a eu un problème avec les droits du livre, et ça ne s’est pas fait. Mais il cherche à me proposer un rôle. Je pourrais faire un film avec lui, Jim Jarmusch ou un autre réalisateur que j’adore comme Quentin Tarantino, mais refaire de la télé ne m’intéresse pas en revanche. Je suis heureuse de faire ce que je fais actuellement : je suis occupée, je vis, j’écris, je fais construire une maison au Canada… 

Vous avez déclaré lors d’une précédente interview que la provocation était la clef de votre succès. Dans quel sens affirmiez-vous cela ?
Être provocante, cela veut simplement dire pousser les autres à réfléchir, et donc utiliser ce qui est à disposition pour les aider. Je ne dis pas que je peux éduquer les gens, mais peut-être que je peux inspirer certaines personnes et les inciter à faire ce qui leur tient vraiment à cœur. Tout le monde me dit : « Tu pousses les gens vers l’avant, tu as toujours des attentes à leur égard », ce qui s’applique aux personnes autour de moi, que je rends folles, tout comme à mes fils. Je veux que mes enfants soient plein de ressources, qu’ils s’intéressent à l’art, qu’ils lisent… cela fait de nous des individus plus intéressants. Et il vaut mieux le faire jeune, même s’il n’est jamais trop tard. 

Avez-vous un désir ultime ?
Je veux des petits-enfants [rires]. Non je rigole, je suis une romantique et mon plus grand désir serait de tomber amoureuse, comme tout le monde, et on verra combien de temps cela durera. J’essaie encore.

Bien que votre vie sentimentale soit perçue comme mouvementée (vous comptez plusieurs divorces à votre actif et vos unions maritales n’ont parfois duré que quelques semaines), recherchez-vous en réalité à vous installer dans une relation qui dure pour le restant de votre vie ?
Oui, bien sûr, c’est l’objectif. Mes parents sont encore ensemble, ils sont fous amoureux l’un de l’autre, et parfois je me dis que les temps ont changé et que c’est un peu triste, les relations humaines s’étiolent… Mais je pense que l’amour va faire son come-back. 

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