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Coparents, foyers homoparentaux, parents transgenres : à la rencontre des nouvelles familles

Texte : Lina Rhrissi.

Article et photos par Byron Spencer extraits d’Antidote Magazine : Pride hiver 2019-2020.

Antidote a rencontré les lesbiennes, gays, bi, trans et hétéros qui bousculent fièrement les liens de parenté traditionnels, et entérinent la légitimité des nouveaux modèles de foyers dont ils constituent les hérauts.

« Ma mère est allée dans un pays étranger et quelqu’un lui a donné une graine », raconte Marguerite*, 9 ans, en sirotant son lait aromatisé à la fraise servi dans un café parisien. « À l’école je suis obligée de le répéter vingt fois, il y a des gens qui ne comprennent rien ! Comme pour mon copain qui a été adopté et celui qui a deux mamans. » Pour l’énergique petite brune aux yeux bleus, la famille c’est sa maman, Guillemette Faure, ses deux grands-parents, et c’est tout. À l’heure où les identités se libèrent du genre, où l’institution du mariage a perdu en autorité et où le patriarcat est de plus en plus remis en question, de nouvelles formes familiales s’imposent à vitesse grand V. Le nombre de mères seules par choix qui font appel à un donneur de sperme, mais aussi de coparents (qui donnent naissance à un enfant puis l’élèvent sans pour autant être en couple) et de géniteurs trans a grimpé en flèche ces dernières années dans les pays occidentaux, tout comme celui des familles fondées par deux conjoints du même sexe. En France, la notion d’homoparentalité n’existait pas il y a encore trente ans. Aujourd’hui, bien que la proportion soit difficile à mesurer précisément en raison de l’absence de recensement, ce type de ménage n’est plus un phénomène isolé. L’Institut national d’études démographiques évalue entre 20 000 et 40 000 le nombre d’enfants mineurs élevés de nos jours par des partenaires de même sexe en France. Aux États-Unis, il y avait 114 000 familles homoparentales en 2008, selon une étude du Williams Institute. Le modèle familial hétéronormé, au sein duquel un père et une mère sont géniteurs de l’enfant, est plus que jamais bousculé.

« À l’heure où les identités se libèrent du genre, où l’institution du mariage a perdu en autorité et où le patriarcat est de plus en plus remis en question, de nouvelles formes familiales s’imposent à vitesse grand V. »

En 2007, le trans américain Thomas Beatie a défrayé la chronique en devenant le premier « homme enceinte » (s’il avait suivi un traitement hormonal doublé d’une ablation de la poitrine, il avait néanmoins tenu à conserver ses organes de reproduction féminins). Largement médiatisé, cet événement défiant les frontières de la masculinité est symptomatique de l’émergence d’alternatives toujours plus nombreuses aux liens de parenté traditionnels. C’est aussi ce qui est arrivé à Racquelle Trammell et Liam Johnson. En 2016, les tourtereaux originaires de Détroit, tous les deux Noirs et trans, ont mis leurs transitions genrées sur pause pour avoir un enfant et ne perturber ni la fertilité, ni la grossesse de Liam, qui s’identifie comme un homme. « Une partie de moi aurait voulu avoir le gros ventre et les nausées matinales à sa place, se remémore Racquelle, qui travaille dans le secteur social. Mais le plus important c’est qu’on ait pu avoir notre enfant. » Quand leur histoire est devenue virale, la jeune maman de 32 ans a reçu une centaine de mails de personnes trans à travers le pays vivant des expériences similaires, ou souhaitant fonder une famille.

Pour construire la leur, les mères seules et les coparents décident eux de mettre de côté les sentiments amoureux : une démarche de plus en plus répandue, qui s’inscrit dans le prolongement de l’affaissement du totem de l’union maritale. « Dans les années 1960, le mariage était le point fixe de la famille, décrypte la sociologue Martine Gross, auteure d’Idées reçues sur l’homoparentalité (éd. Le Cavalier bleu, 2018). En dehors d’une union, on ne fondait pas de foyer. Depuis le milieu des années 1970 et l’instauration du divorce par consentement mutuel en 1975, le nombre de séparations a augmenté, les naissances hors mariage ont explosé et les familles recomposées sont apparues. Peu à peu, le mariage a cessé d’être essentiel et c’est la présence du lien parent-enfant qui s’est mis à constituer la famille. »

Des choix mûrement réfléchis

Souvent semés d’embûches, les projets familiaux qui s’écartent des voies traditionnelles poussent certains ménages à trouver des solutions hors du cadre légal. C’est le cas des infirmières Maëlys* et Coralie*, 30 et 33 ans, tombées amoureuses dans leur région d’origine, la Bretagne, avant d’emménager à Paris. Aela*, leur fille de neuf mois, se faufile joyeusement à travers le salon de leur appartement des Yvelines. En France, la procréation médicalement assistée (PMA), régie par une loi qui sera débattue à l’Assemblée fin septembre 2019 pour être modifiée, n’est pas encore ouverte aux couples de femmes. Les futurs parents désireux d’utiliser cette méthode de conception se rendent par conséquent dans les cliniques des pays voisins – principalement la Belgique et l’Espagne. Mais Maëlys et Coralie voulaient un donneur connu pour leur enfant (au cas où ce dernier voudrait un jour savoir qui est son père biologique), alors que plusieurs États limitrophes de la France imposent l’anonymat. Et les contraintes sont nombreuses : les processus d’insémination coûtent plusieurs milliers d’euros en moyenne et nécessitent en général de multiples essais avant d’aboutir sur une fécondation, pouvant entraîner des désillusions en cascade et demander un investissement de temps conséquent. Après s’être bien renseignées, les deux mamans ont finalement opté pour une solution alternative. « On s’est inscrites sur un groupe Facebook de donneurs connus et on a rencontré cinq mecs, raconte Maëlys. L’un d’eux nous a plu et on a discuté pendant six mois pour apprendre à le connaître. Ensuite, il m’a donné les paillettes et j’ai fait l’insémination à la maison. » Mais cette méthode artisanale et non-encadrée comporte des risques sanitaires et juridiques. D’un point de vue légal, que faire si le père veut finalement exercer ses droits de parent et réclame la garde de l’enfant ? Coralie envoie balader ces inquiétudes :  « On lui fait confiance et beaucoup de nos copines ont fait ça. Et puis, si on avait attendu que la loi change, on ne sait pas si on aurait été mères un jour. »

Maëlys et Coralie ne sont pas les seules à s’être servies d’Internet pour fonder leur foyer. D’abord apparus aux États-Unis, les sites de coparenting ont ensuite poussé comme des champignons en Europe. Sur Modamily, FamilyByDesign, PollenTree ou encore Co-parents.fr en France, des milliers d’utilisateurs se connectent chaque jour pour trouver le potentiel partenaire qui voudra bien élever un enfant avec eux. Un peu comme on trouve un match sur Tinder, sauf que l’objectif est un peu plus engageant. On y trouve des quadragénaires qui n’ont pas trouvé l’amour, des couples homosexuels qui souhaitent que leur enfant ait un troisième parent ou, plus rares, des personnes désireuses d’avoir un bébé tout en restant célibataires. 

La quête du partenaire parfait est souvent longue et fastidieuse, et implique ainsi des projets parentaux mûrement réfléchis, tout comme chez les couples homosexuels. « Dans ces différents contextes, entre le moment où on se dit qu’on a envie de fonder une famille et le moment où on réalise ce désir, il peut se passer plusieurs années, rappelle la chercheuse au CNRS Martine Gross. Pendant ce temps, on examine la meilleure solution, si on veut un donneur connu ou inconnu, un coparent ou non, et si oui lequel… On se pose ainsi davantage de questions que lorsqu’on fait un enfant par accident sous la couette. »

De nouveaux modèles familiaux

Une fois l’enfant né, diverses épreuves auxquelles les familles traditionnelles n’ont pas à faire face peuvent se dresser. Racquelle, qui a changé de gynécologue après s’être aperçue que ce dernier appelait sa famille « les travestis », se bat maintenant pour que le certificat de naissance de sa progéniture soit corrigé. « J’ai changé mon prénom légalement, mais pas mon genre, car l’État du Michigan ne le permet pas facilement, s’inquiète l’Américaine. Du coup, j’apparais comme le père de ma fille et Liam comme sa mère. Je ne veux pas qu’elle se fasse harceler à l’école à cause de ça et qu’elle le vive comme un traumatisme. »

Quant à Coralie, n’ayant pas porté sa fille Aela, la loi française ne lui reconnaît aucun droit sur son bébé, qu’elle élève avec sa conjointe Maëlys. Elle est ce qu’on appelle dans le jargon une « mère sociale ». Il y a deux mois, les deux femmes se sont passées l’anneau pour que Coralie puisse adopter Aela. « C’est quand même paradoxal que les homos soient les seuls à être obligés de s’épouser pour être une famille », remarque Coralie, qui attend avec angoisse la réponse du tribunal concernant l’adoption. Cette remise en cause de sa légitimité, l’infirmière l’a aussi ressentie au travail. « Je suis quelqu’un de discret, alors à l’hôpital je n’ai pas dit que j’étais lesbienne. D’autant plus que les remarques homophobes sont monnaie courante. Quand Maëlys est tombée enceinte, je n’ai pas eu de congé maternité et je ne l’ai pas dit à mes collègues, car je ne me voyais pas faire mon coming out. C’est une violence de nier une partie si importante de sa vie quand on est au travail, alors que pour les hétéros c’est une étape célébrée », confie celle qui se promet d’annoncer la couleur immédiatement à son prochain boulot. Pour les pères gays, le regard de la société est souvent encore moins bienveillant. Si la maternité ramène les lesbiennes dans les normes de la féminité, la paternité sans mère est encore regardée avec méfiance par beaucoup. Fabrice Pierrot, 49 ans, père avec son compagnon Laurent d’une petite Suzanne née par GPA il y a deux mois, se souvient d’une scène vécue dans le train. « Je changeais ma fille devant des femmes et elles me regardaient en se disant « est-ce qu’il va y arriver ? » C’est absurde car dès qu’elle est née, elle a passé la nuit dans notre chambre et nous ne l’avons jamais quittée depuis ! Ça existe aussi l’instinct paternel », assure le journaliste parisien.

Le regard d’autrui est une chose, la confrontation avec la vie réelle en est une autre. Dans son ouvrage Un bébé toute seule ? ( éd. Flammarion, 2008 ), la mère de Marguerite et journaliste Guillemette Faure souligne que les mères célibataires inversent un ordre social ancestral. Pressées par l’horloge biologique, elles font d’abord un enfant et ne cherchent un homme que dans un second temps. « Concrètement, avoir un bébé seule c’est mettre un gros frein à sa vie sociale », constate la chroniqueuse du Monde. « Dans la vie professionnelle aussi les couples ont toujours un petit avantage de disponibilité, que ce soit la réunion du mercredi après-midi ou le pot organisé à 19h, ils peuvent s’arranger », ajoute-t-elle. La solution ? Avoir un bon réseau familial et amical. « Ce qui m’a aidé c’est de me décomplexer sur le fait de demander de l’aide. Ce soir je dois assister à une conférence pour le boulot, j’ai des voisins qui ont un petit restaurant, je leur ai demandé de prendre Marguerite pour le dîner. Je n’aurais pourtant jamais osé il y encore quelque temps. »

Des complications peuvent aussi apparaître du côté des coparents. La sociologue Martine Gross a constaté de nombreux conflits qui finissent devant les tribunaux. « Les deux géniteurs conviennent d’un accord avant d’avoir l’enfant, mais quand il est là ils sont tellement bouleversés émotionnellement qu’il arrive que leurs attentes changent et que la garde alternée se passe mal », explique-t-elle. Pour prévenir ce genre de déconvenues, les coparents rédigent des chartes, ou parenting agreements, qui définissent l’organisation de la future famille. Le document, déposé chez le notaire, n’a pas de valeur juridique mais pourra être consulté par un juge en cas de querelle juridique. « Quand la coparentalité fonctionne en revanche, c’est très intéressant, note l’universitaire. Dans le cas de deux homosexuels avec une tierce personne, cela permet au couple de vivre pleinement sa relation à deux quand l’enfant n’est pas là. Et dans le cas d’une coparentalité à deux, chaque parent permet à l’autre de souffler une partie du temps. » La Californienne de 48 ans Rachel Hope, auteure de Family by Choice, fait partie  de ces quelques célibataires convaincus pour qui le coparenting a constitué un premier choix. Elle est même l’une des pionnières du phénomène. « En 1991, j’avais 20 ans et je sentais que j’étais prête à avoir des enfants. Mais je n’étais pas à l’aise à l’idée de me marier, il y avait trop de séparations autour de moi. Je tenais par ailleurs à trouver le père parfait, mais je n’étais pas pour autant partante pour m’investir dans une relation sentimentale car je découvrais encore ma bisexualité, et je ne voulais pas devenir une mère divorcée », raconte-t-elle par Skype. « Mon meilleur ami était un activiste pour l’environnement, tout comme moi. Il avait 18 ans de plus mais on partageait les mêmes valeurs et on voulait tous les deux des enfants. Cela s’est fait naturellement. »

Pour cette blonde pétillante devenue agente immobilière, la norme de la famille nucléaire n’a rien d’inébranlable. « Je pense que c’est une expérience humaine qui a échoué », assène-t-elle. Pour éduquer leur fils Jesse, les deux amis ont vécu dans deux maisons séparées mais partageant le même jardin, à Hawaï. « Il n’y avait pas de jalousie entre nous, pas de raisons d’entrer en conflit, aucune chance que l’on divorce et que l’on perturbe l’environnement de notre enfant, détaille-t-elle. Notre propriété est devenue l’endroit où tous les enfants qui avaient des problèmes dans leur famille se rendaient pour avoir un peu de stabilité. » Son fils approchant la trentaine a aujourd’hui une cadette de 10 ans, Grace, que Rachel a eue par insémination artificielle avec Paul, un autre ami de longue date. En ce moment, elle attend qu’un musicien rencontré sur modamily.com, Drew, revienne de tournée pour faire une fécondation in vitro et donner naissance à son troisième enfant. Lui-même a déjà un fils de 18 ans qu’il a élevé en coparentalité. « Même si le coparenting n’est pas fait pour tout le monde, cela me réchauffe le cœur de savoir qu’aujourd’hui les gens savent que cette option existe et qu’elle est accessible », confie Rachel Hope.

Une évolution des mentalités

Cet élargissement du champ des possibles est bien ce qui effraie les opposants, qui voient la remise en cause de la famille traditionnelle en tant que norme et les avancées scientifiques comme une opportunité de « faire tout et n’importe quoi ». Guillemette Faure se rappelle de la Manif pour tous en 2013, le mouvement opposé au mariage entre personnes du même sexe, sa fille avait alors 5 ans. « Sur le boulevard auprès duquel j’habitais, il y avait des affiches « Un papa, une maman » ou « Les bébés sans OGM ». Ça me dérangeait vraiment, on ne peut pas faire porter ça à un enfant, c’est injuste de laisser entendre à un gamin qu’il va être foutu s’il ne connaît pas son père. »

Heureusement, la société évolue, et dans le bon sens. Un sondage IFOP publié le 26 juin 2019 révèle que 83% des Français estiment que les homosexuels peuvent être de bons parents. Ils étaient 67% en 2005. Et si les parents avec lesquels nous nous sommes entretenus pour cet article ressentent en revers une polarisation de l’opinion entre la majorité de la population (devenue plus tolérante) et les extrêmes (dont les positions conservatrices se sont exacerbées), tous racontent qu’une fois le bébé né, les postures politiques disparaissent. Comme si les principes normatifs s’effondraient au contact de la réalité. « Dans notre petit patelin, pendant notre mariage en présence de notre fille, les gens nous ont dit qu’ils n’avaient jamais vu une aussi belle union », se souvient Maëlys, émue. Rien qu’en existant et en vivant librement, ces familles font changer les perceptions et évoluer la société. « J’avais peur de la façon dont le monde allait nous recevoir, étant donné mon expérience et les agressions transphobes que j’ai vécues », confie Racquelle. « Les gens savent que les trans existent mais parfois ils n’imaginent pas qu’ils peuvent avoir de l’attirance mutuelle et même avoir des enfants. » Finalement, les réactions ont été majoritairement positives, estime-t-elle. « Je me souviens d’ailleurs d’une infirmière à l’hôpital qui nous a dit qu’on était ses parents préférés de tout l’étage. »

« Les gens savent que les trans existent mais parfois ils n’imaginent pas qu’ils peuvent avoir de l’attirance mutuelle et même avoir des enfants. »

Au passage, la définition de l’essence même de la famille se retrouve radicalement transformée. Pour nombre de ces foyers, le lien du sang n’est rien. « La famille, c’est ceux avec qui tu veux construire quelque chose et transmettre, affirme Maëlys. Je viens d’une famille recomposée, j’adore mon beau-père, alors ça me paraît logique ». Chez Fabrice et Laurent, le lien biologique est si peu important qu’ils ont décidé de ne pas le connaître. « Nous ne savons pas quel sperme, le mien ou le sien, a servi pour l’insémination de notre mère porteuse, explique Fabrice. Nos familles ne savent pas non plus qui est le père biologique et ça nous fait beaucoup rire quand certains disent que Suzanne me ressemble et d’autres qu’elle est le portrait craché de Laurent. » Chez les personnes LGBTQI+ qui ont été rejetées par leur famille d’origine, l’idée de pouvoir choisir la leur est d’autant plus prégnante. L’univers du voguing, qui prend la forme de compétitions de danse (balls) entre différentes maisons (houses), est un exemple de contre-culture issue de la communauté trans qui valorise la famille choisie. « Les personnes trans ont appris très tôt que des gens avec lesquels elles n’ont pas de lien sanguin pouvaient mieux les traiter et les aimer davantage que leur famille biologique, qui ne sont pas toujours tolérantes », affirme Racquelle.

A contrario, les parents ayant adopté de nouveaux modèles familiaux ont souvent à cœur de célébrer des valeurs progressistes, et de les transmettre à leurs enfants. Éloïse a 20 ans, elle a grandi à Tourcoing avec ses deux mamans, qui l’ont conçue en Belgique – comme son petit frère de 15 ans -, et peut en témoigner. « J’ai eu une enfance cool, je n’ai jamais eu d’emmerdes à l’école. Ce que je retiens de mon éducation, c’est une vraie ouverture sur les questions LGBTQI+ et aussi sur tout le reste. Je sais ce que ça fait d’être considéré comme différent, alors je ne vais pas me mettre à discriminer les autres. » Très tôt, elle s’est engagée politiquement et a été intégrée dans des réunions pour préparer des manifs, comme celle organisée en faveur du Mariage pour tous. « Mais c’était quand même très sérieux, je préférais la Pride ! », s’exclame Éloïse, aujourd’hui étudiante en Italie. Consciente de l’effet que sa famille homoparentale produit sur certaines personnes, elle ne cherche pas à cacher ses liens familiaux pour autant. « J’ai parfois eu des discussions avec des gens un peu réac’ qui ne me connaissaient pas. À un moment, je leur ai dit “ J’ai été élevée par deux lesbiennes. Je te semble anormale ? ” Ça les a fait réfléchir », se réjouit la jeune femme. Une preuve vivante que le modèle familial traditionnel a perdu sa dimension injonctive : il est devenu une option parmi d’autres, toutes aussi valables.

* Les prénoms ont été modifiés.

Cet article est issu d’Antidote : Pride.

« Ma mère est allée dans un pays étranger et quelqu’un lui a donné une graine », raconte Marguerite*, 9 ans, en sirotant son lait aromatisé à la fraise servi dans un café parisien. « À l’école je suis obligée de le répéter vingt fois, il y a des gens qui ne comprennent rien ! Comme pour mon copain qui a été adopté et celui qui a deux mamans. » Pour l’énergique petite brune aux yeux bleus, la famille c’est sa maman, Guillemette Faure, ses deux grands-parents, et c’est tout. À l’heure où les identités se libèrent du genre, où l’institution du mariage a perdu en autorité et où le patriarcat est de plus en plus remis en question, de nouvelles formes familiales s’imposent à vitesse grand V. Le nombre de mères seules par choix qui font appel à un donneur de sperme, mais aussi de coparents (qui donnent naissance à un enfant puis l’élèvent sans pour autant être en couple) et de géniteurs trans a grimpé en flèche ces dernières années dans les pays occidentaux, tout comme celui des familles fondées par deux conjoints du même sexe. En France, la notion d’homoparentalité n’existait pas il y a encore trente ans. Aujourd’hui, bien que la proportion soit difficile à mesurer précisément en raison de l’absence de recensement, ce type de ménage n’est plus un phénomène isolé. L’Institut national d’études démographiques évalue entre 20 000 et 40 000 le nombre d’enfants mineurs élevés de nos jours par des partenaires de même sexe en France. Aux États-Unis, il y avait 114 000 familles homoparentales en 2008, selon une étude du Williams Institute. Le modèle familial hétéronormé, au sein duquel un père et une mère sont géniteurs de l’enfant, est plus que jamais bousculé.

« À l’heure où les identités se libèrent du genre, où l’institution du mariage a perdu en autorité et où le patriarcat est de plus en plus remis en question, de nouvelles formes familiales s’imposent à vitesse grand V. »

En 2007, le trans américain Thomas Beatie a défrayé la chronique en devenant le premier « homme enceinte » (s’il avait suivi un traitement hormonal doublé d’une ablation de la poitrine, il avait néanmoins tenu à conserver ses organes de reproduction féminins). Largement médiatisé, cet événement défiant les frontières de la masculinité est symptomatique de l’émergence d’alternatives toujours plus nombreuses aux liens de parenté traditionnels. C’est aussi ce qui est arrivé à Racquelle Trammell et Liam Johnson. En 2016, les tourtereaux originaires de Détroit, tous les deux Noirs et trans, ont mis leurs transitions genrées sur pause pour avoir un enfant et ne perturber ni la fertilité, ni la grossesse de Liam, qui s’identifie comme un homme. « Une partie de moi aurait voulu avoir le gros ventre et les nausées matinales à sa place, se remémore Racquelle, qui travaille dans le secteur social. Mais le plus important c’est qu’on ait pu avoir notre enfant. » Quand leur histoire est devenue virale, la jeune maman de 32 ans a reçu une centaine de mails de personnes trans à travers le pays vivant des expériences similaires, ou souhaitant fonder une famille.

Pour construire la leur, les mères seules et les coparents décident eux de mettre de côté les sentiments amoureux : une démarche de plus en plus répandue, qui s’inscrit dans le prolongement de l’affaissement du totem de l’union maritale. « Dans les années 1960, le mariage était le point fixe de la famille, décrypte la sociologue Martine Gross, auteure d’Idées reçues sur l’homoparentalité (éd. Le Cavalier bleu, 2018). En dehors d’une union, on ne fondait pas de foyer. Depuis le milieu des années 1970 et l’instauration du divorce par consentement mutuel en 1975, le nombre de séparations a augmenté, les naissances hors mariage ont explosé et les familles recomposées sont apparues. Peu à peu, le mariage a cessé d’être essentiel et c’est la présence du lien parent-enfant qui s’est mis à constituer la famille. »

Des choix mûrement réfléchis

Souvent semés d’embûches, les projets familiaux qui s’écartent des voies traditionnelles poussent certains ménages à trouver des solutions hors du cadre légal. C’est le cas des infirmières Maëlys* et Coralie*, 30 et 33 ans, tombées amoureuses dans leur région d’origine, la Bretagne, avant d’emménager à Paris. Aela*, leur fille de neuf mois, se faufile joyeusement à travers le salon de leur appartement des Yvelines. En France, la procréation médicalement assistée (PMA), régie par une loi qui sera débattue à l’Assemblée fin septembre 2019 pour être modifiée, n’est pas encore ouverte aux couples de femmes. Les futurs parents désireux d’utiliser cette méthode de conception se rendent par conséquent dans les cliniques des pays voisins – principalement la Belgique et l’Espagne. Mais Maëlys et Coralie voulaient un donneur connu pour leur enfant (au cas où ce dernier voudrait un jour savoir qui est son père biologique), alors que plusieurs États limitrophes de la France imposent l’anonymat. Et les contraintes sont nombreuses : les processus d’insémination coûtent plusieurs milliers d’euros en moyenne et nécessitent en général de multiples essais avant d’aboutir sur une fécondation, pouvant entraîner des désillusions en cascade et demander un investissement de temps conséquent. Après s’être bien renseignées, les deux mamans ont finalement opté pour une solution alternative. « On s’est inscrites sur un groupe Facebook de donneurs connus et on a rencontré cinq mecs, raconte Maëlys. L’un d’eux nous a plu et on a discuté pendant six mois pour apprendre à le connaître. Ensuite, il m’a donné les paillettes et j’ai fait l’insémination à la maison. » Mais cette méthode artisanale et non-encadrée comporte des risques sanitaires et juridiques. D’un point de vue légal, que faire si le père veut finalement exercer ses droits de parent et réclame la garde de l’enfant ? Coralie envoie balader ces inquiétudes :  « On lui fait confiance et beaucoup de nos copines ont fait ça. Et puis, si on avait attendu que la loi change, on ne sait pas si on aurait été mères un jour. »

Maëlys et Coralie ne sont pas les seules à s’être servies d’Internet pour fonder leur foyer. D’abord apparus aux États-Unis, les sites de coparenting ont ensuite poussé comme des champignons en Europe. Sur Modamily, FamilyByDesign, PollenTree ou encore Co-parents.fr en France, des milliers d’utilisateurs se connectent chaque jour pour trouver le potentiel partenaire qui voudra bien élever un enfant avec eux. Un peu comme on trouve un match sur Tinder, sauf que l’objectif est un peu plus engageant. On y trouve des quadragénaires qui n’ont pas trouvé l’amour, des couples homosexuels qui souhaitent que leur enfant ait un troisième parent ou, plus rares, des personnes désireuses d’avoir un bébé tout en restant célibataires. 

La quête du partenaire parfait est souvent longue et fastidieuse, et implique ainsi des projets parentaux mûrement réfléchis, tout comme chez les couples homosexuels. « Dans ces différents contextes, entre le moment où on se dit qu’on a envie de fonder une famille et le moment où on réalise ce désir, il peut se passer plusieurs années, rappelle la chercheuse au CNRS Martine Gross. Pendant ce temps, on examine la meilleure solution, si on veut un donneur connu ou inconnu, un coparent ou non, et si oui lequel… On se pose ainsi davantage de questions que lorsqu’on fait un enfant par accident sous la couette. »

De nouveaux modèles familiaux

Une fois l’enfant né, diverses épreuves auxquelles les familles traditionnelles n’ont pas à faire face peuvent se dresser. Racquelle, qui a changé de gynécologue après s’être aperçue que ce dernier appelait sa famille « les travestis », se bat maintenant pour que le certificat de naissance de sa progéniture soit corrigé. « J’ai changé mon prénom légalement, mais pas mon genre, car l’État du Michigan ne le permet pas facilement, s’inquiète l’Américaine. Du coup, j’apparais comme le père de ma fille et Liam comme sa mère. Je ne veux pas qu’elle se fasse harceler à l’école à cause de ça et qu’elle le vive comme un traumatisme. »

Quant à Coralie, n’ayant pas porté sa fille Aela, la loi française ne lui reconnaît aucun droit sur son bébé, qu’elle élève avec sa conjointe Maëlys. Elle est ce qu’on appelle dans le jargon une « mère sociale ». Il y a deux mois, les deux femmes se sont passées l’anneau pour que Coralie puisse adopter Aela. « C’est quand même paradoxal que les homos soient les seuls à être obligés de s’épouser pour être une famille », remarque Coralie, qui attend avec angoisse la réponse du tribunal concernant l’adoption. Cette remise en cause de sa légitimité, l’infirmière l’a aussi ressentie au travail. « Je suis quelqu’un de discret, alors à l’hôpital je n’ai pas dit que j’étais lesbienne. D’autant plus que les remarques homophobes sont monnaie courante. Quand Maëlys est tombée enceinte, je n’ai pas eu de congé maternité et je ne l’ai pas dit à mes collègues, car je ne me voyais pas faire mon coming out. C’est une violence de nier une partie si importante de sa vie quand on est au travail, alors que pour les hétéros c’est une étape célébrée », confie celle qui se promet d’annoncer la couleur immédiatement à son prochain boulot. Pour les pères gays, le regard de la société est souvent encore moins bienveillant. Si la maternité ramène les lesbiennes dans les normes de la féminité, la paternité sans mère est encore regardée avec méfiance par beaucoup. Fabrice Pierrot, 49 ans, père avec son compagnon Laurent d’une petite Suzanne née par GPA il y a deux mois, se souvient d’une scène vécue dans le train. « Je changeais ma fille devant des femmes et elles me regardaient en se disant « est-ce qu’il va y arriver ? » C’est absurde car dès qu’elle est née, elle a passé la nuit dans notre chambre et nous ne l’avons jamais quittée depuis ! Ça existe aussi l’instinct paternel », assure le journaliste parisien.

Le regard d’autrui est une chose, la confrontation avec la vie réelle en est une autre. Dans son ouvrage Un bébé toute seule ? ( éd. Flammarion, 2008 ), la mère de Marguerite et journaliste Guillemette Faure souligne que les mères célibataires inversent un ordre social ancestral. Pressées par l’horloge biologique, elles font d’abord un enfant et ne cherchent un homme que dans un second temps. « Concrètement, avoir un bébé seule c’est mettre un gros frein à sa vie sociale », constate la chroniqueuse du Monde. « Dans la vie professionnelle aussi les couples ont toujours un petit avantage de disponibilité, que ce soit la réunion du mercredi après-midi ou le pot organisé à 19h, ils peuvent s’arranger », ajoute-t-elle. La solution ? Avoir un bon réseau familial et amical. « Ce qui m’a aidé c’est de me décomplexer sur le fait de demander de l’aide. Ce soir je dois assister à une conférence pour le boulot, j’ai des voisins qui ont un petit restaurant, je leur ai demandé de prendre Marguerite pour le dîner. Je n’aurais pourtant jamais osé il y encore quelque temps. »

Des complications peuvent aussi apparaître du côté des coparents. La sociologue Martine Gross a constaté de nombreux conflits qui finissent devant les tribunaux. « Les deux géniteurs conviennent d’un accord avant d’avoir l’enfant, mais quand il est là ils sont tellement bouleversés émotionnellement qu’il arrive que leurs attentes changent et que la garde alternée se passe mal », explique-t-elle. Pour prévenir ce genre de déconvenues, les coparents rédigent des chartes, ou parenting agreements, qui définissent l’organisation de la future famille. Le document, déposé chez le notaire, n’a pas de valeur juridique mais pourra être consulté par un juge en cas de querelle juridique. « Quand la coparentalité fonctionne en revanche, c’est très intéressant, note l’universitaire. Dans le cas de deux homosexuels avec une tierce personne, cela permet au couple de vivre pleinement sa relation à deux quand l’enfant n’est pas là. Et dans le cas d’une coparentalité à deux, chaque parent permet à l’autre de souffler une partie du temps. » La Californienne de 48 ans Rachel Hope, auteure de Family by Choice, fait partie  de ces quelques célibataires convaincus pour qui le coparenting a constitué un premier choix. Elle est même l’une des pionnières du phénomène. « En 1991, j’avais 20 ans et je sentais que j’étais prête à avoir des enfants. Mais je n’étais pas à l’aise à l’idée de me marier, il y avait trop de séparations autour de moi. Je tenais par ailleurs à trouver le père parfait, mais je n’étais pas pour autant partante pour m’investir dans une relation sentimentale car je découvrais encore ma bisexualité, et je ne voulais pas devenir une mère divorcée », raconte-t-elle par Skype. « Mon meilleur ami était un activiste pour l’environnement, tout comme moi. Il avait 18 ans de plus mais on partageait les mêmes valeurs et on voulait tous les deux des enfants. Cela s’est fait naturellement. »

Pour cette blonde pétillante devenue agente immobilière, la norme de la famille nucléaire n’a rien d’inébranlable. « Je pense que c’est une expérience humaine qui a échoué », assène-t-elle. Pour éduquer leur fils Jesse, les deux amis ont vécu dans deux maisons séparées mais partageant le même jardin, à Hawaï. « Il n’y avait pas de jalousie entre nous, pas de raisons d’entrer en conflit, aucune chance que l’on divorce et que l’on perturbe l’environnement de notre enfant, détaille-t-elle. Notre propriété est devenue l’endroit où tous les enfants qui avaient des problèmes dans leur famille se rendaient pour avoir un peu de stabilité. » Son fils approchant la trentaine a aujourd’hui une cadette de 10 ans, Grace, que Rachel a eue par insémination artificielle avec Paul, un autre ami de longue date. En ce moment, elle attend qu’un musicien rencontré sur modamily.com, Drew, revienne de tournée pour faire une fécondation in vitro et donner naissance à son troisième enfant. Lui-même a déjà un fils de 18 ans qu’il a élevé en coparentalité. « Même si le coparenting n’est pas fait pour tout le monde, cela me réchauffe le cœur de savoir qu’aujourd’hui les gens savent que cette option existe et qu’elle est accessible », confie Rachel Hope.

Une évolution des mentalités

Cet élargissement du champ des possibles est bien ce qui effraie les opposants, qui voient la remise en cause de la famille traditionnelle en tant que norme et les avancées scientifiques comme une opportunité de « faire tout et n’importe quoi ». Guillemette Faure se rappelle de la Manif pour tous en 2013, le mouvement opposé au mariage entre personnes du même sexe, sa fille avait alors 5 ans. « Sur le boulevard auprès duquel j’habitais, il y avait des affiches « Un papa, une maman » ou « Les bébés sans OGM ». Ça me dérangeait vraiment, on ne peut pas faire porter ça à un enfant, c’est injuste de laisser entendre à un gamin qu’il va être foutu s’il ne connaît pas son père. »

Heureusement, la société évolue, et dans le bon sens. Un sondage IFOP publié le 26 juin 2019 révèle que 83% des Français estiment que les homosexuels peuvent être de bons parents. Ils étaient 67% en 2005. Et si les parents avec lesquels nous nous sommes entretenus pour cet article ressentent en revers une polarisation de l’opinion entre la majorité de la population (devenue plus tolérante) et les extrêmes (dont les positions conservatrices se sont exacerbées), tous racontent qu’une fois le bébé né, les postures politiques disparaissent. Comme si les principes normatifs s’effondraient au contact de la réalité. « Dans notre petit patelin, pendant notre mariage en présence de notre fille, les gens nous ont dit qu’ils n’avaient jamais vu une aussi belle union », se souvient Maëlys, émue. Rien qu’en existant et en vivant librement, ces familles font changer les perceptions et évoluer la société. « J’avais peur de la façon dont le monde allait nous recevoir, étant donné mon expérience et les agressions transphobes que j’ai vécues », confie Racquelle. « Les gens savent que les trans existent mais parfois ils n’imaginent pas qu’ils peuvent avoir de l’attirance mutuelle et même avoir des enfants. » Finalement, les réactions ont été majoritairement positives, estime-t-elle. « Je me souviens d’ailleurs d’une infirmière à l’hôpital qui nous a dit qu’on était ses parents préférés de tout l’étage. »

« Les gens savent que les trans existent mais parfois ils n’imaginent pas qu’ils peuvent avoir de l’attirance mutuelle et même avoir des enfants. »

Au passage, la définition de l’essence même de la famille se retrouve radicalement transformée. Pour nombre de ces foyers, le lien du sang n’est rien. « La famille, c’est ceux avec qui tu veux construire quelque chose et transmettre, affirme Maëlys. Je viens d’une famille recomposée, j’adore mon beau-père, alors ça me paraît logique ». Chez Fabrice et Laurent, le lien biologique est si peu important qu’ils ont décidé de ne pas le connaître. « Nous ne savons pas quel sperme, le mien ou le sien, a servi pour l’insémination de notre mère porteuse, explique Fabrice. Nos familles ne savent pas non plus qui est le père biologique et ça nous fait beaucoup rire quand certains disent que Suzanne me ressemble et d’autres qu’elle est le portrait craché de Laurent. » Chez les personnes LGBTQI+ qui ont été rejetées par leur famille d’origine, l’idée de pouvoir choisir la leur est d’autant plus prégnante. L’univers du voguing, qui prend la forme de compétitions de danse (balls) entre différentes maisons (houses), est un exemple de contre-culture issue de la communauté trans qui valorise la famille choisie. « Les personnes trans ont appris très tôt que des gens avec lesquels elles n’ont pas de lien sanguin pouvaient mieux les traiter et les aimer davantage que leur famille biologique, qui ne sont pas toujours tolérantes », affirme Racquelle.

A contrario, les parents ayant adopté de nouveaux modèles familiaux ont souvent à cœur de célébrer des valeurs progressistes, et de les transmettre à leurs enfants. Éloïse a 20 ans, elle a grandi à Tourcoing avec ses deux mamans, qui l’ont conçue en Belgique – comme son petit frère de 15 ans -, et peut en témoigner. « J’ai eu une enfance cool, je n’ai jamais eu d’emmerdes à l’école. Ce que je retiens de mon éducation, c’est une vraie ouverture sur les questions LGBTQI+ et aussi sur tout le reste. Je sais ce que ça fait d’être considéré comme différent, alors je ne vais pas me mettre à discriminer les autres. » Très tôt, elle s’est engagée politiquement et a été intégrée dans des réunions pour préparer des manifs, comme celle organisée en faveur du Mariage pour tous. « Mais c’était quand même très sérieux, je préférais la Pride ! », s’exclame Éloïse, aujourd’hui étudiante en Italie. Consciente de l’effet que sa famille homoparentale produit sur certaines personnes, elle ne cherche pas à cacher ses liens familiaux pour autant. « J’ai parfois eu des discussions avec des gens un peu réac’ qui ne me connaissaient pas. À un moment, je leur ai dit “ J’ai été élevée par deux lesbiennes. Je te semble anormale ? ” Ça les a fait réfléchir », se réjouit la jeune femme. Une preuve vivante que le modèle familial traditionnel a perdu sa dimension injonctive : il est devenu une option parmi d’autres, toutes aussi valables.

* Les prénoms ont été modifiés.

Cet article est issu d’Antidote : Pride.

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