Assa Traoré : « Je donne de l’espoir à la nouvelle génération »

Article publié le 8 octobre 2020

Texte : Lina Rhrissi. Photos : Kenny Germé. Stylisme : Yann Weber. Coiffure : Coco Beauty Hair. Make-up : Tiziana Raimondo.

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Quatre ans après la mort d’Adama Traoré dans les locaux de la gendarmerie de Persan, suite à une interpellation, sa sœur mène le combat en sa mémoire avec une détermination inaltérable. Devenue une figure internationale de la lutte contre le racisme et les violences policières, elle incarne une nouvelle génération de Français•e•s issu•e•s des quartiers populaires qui ne se laissent plus voler la parole et ne s’excusent plus d’exister.

Assa Traoré nous accueille chez elle, à Ivry-sur-Seine, comme tous·tes les journalistes qu’elle reçoit. Une manière de faire venir les médias à elle, et non l’inverse. Sur les murs de son salon, des photos de manifestations et de son frère, des couvertures de journaux encadrées comme autant de victoires, une bibliothèque remplie de livres de bell hooks, d’Angela Davis et de Frantz Fanon.
La mère de trois enfants, âgée de 35 ans, a grandi à Beaumont-sur-Oise, dans le quartier populaire de Boyenval. Le soir du 16 juillet 2016, sa vie a basculé. En voyage en Croatie avec des jeunes dont elle s’occupe dans le cadre de son travail d’éducatrice, elle apprend par téléphone que son petit frère est mort. Adama Traoré est décédé dans les locaux de la gendarmerie de Persan après avoir supporté le poids de trois gendarmes lui faisant un plaquage ventral, selon les expertises mandatées plus tard par l’avocat du comité Adama. Si toutes les analyses médicales s’accordent à dire que le jeune homme est décédé d’une asphyxie, la justice n’a cependant pas encore tranché concernant la cause de celle-ci – sa famille accusant la brutalité du plaquage ventral, tandis que les avocats des gendarmes affirment que c’est l’effort fourni par Adama Traoré durant sa fuite qui lui aurait coûté la vie. Ses 15 frères et sœurs, né·e·s des différents mariages de leur père d’origine malienne, entrent alors en lutte contre les institutions policières. Assa Traoré, l’une des aîné·e·s, a l’habitude de veiller sur les plus jeunes membres de sa famille et s’impose naturellement comme le visage du mouvement. Sans jamais trembler, d’une voix forte, elle répète sur tous les canaux existants qu’elle veut la vérité et la justice pour son frère. Depuis quatre ans, son quotidien est rythmé par les procès, les interviews, les manifestations, les conférences de presse, les rencontres avec des familles de victimes et des militant·e·s, les campagnes de sensibilisation… Cette année, alors que les populations se rassemblent partout dans le monde contre le racisme et les violences policières sous le slogan « Black Lives Matter », le combat Adama a acquis une résonance particulière.
Sur son grand canapé, pendant qu’elle se prépare, Samir Elyes, militant historique du Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), une organisation fondée en 1995 pour dénoncer le racisme institutionnel, est assis avec son jeune fils et sa compagne. Sur la timeline Facebook de son portable, la vidéo de Jacob Blake, Afro-Américain de 29 ans touché dans le dos par un policier blanc à Kenosha, dans le Missouri, vient de sortir. « Putain, il a tiré sept fois, tu te rends compte ! » Pendant notre entretien, lorsqu’on lui parle d’afro-féminisme, Assa Traoré botte en touche. C’est son ami qui intervient, pour exprimer son admiration. « En 22 ans de lutte, je n’ai jamais vu une femme se battre autant. Jamais je n’aurais eu le courage d’Assa. » Elle est trop humble pour l’admettre, dit-il, mais elle est un modèle pour les jeunes filles des quartiers.
ANTIDOTE : Le jour de son anniversaire, en 2016, votre frère Adama Traoré est décédé à 24 ans sur le sol de la caserne de Persan à la suite d’une interpellation par trois gendarmes. Depuis cette date, avec le comité Adama, vous vous battez afin que la vérité soit faite sur les conditions de son décès. Dans votre livre Lettre à Adama, écrit avec la journaliste Elsa Vigoureux et sorti en 2017, vous dites qu’avant le drame, vous étiez « sous pilule » concernant le système français. Sur quoi ces quatre années de lutte vous ont-elles ouvert les yeux ?
ASSA TRAORÉ : J’étais éducatrice en prévention spécialisée à Sarcelles, alors l’injustice et les violences policières, je connaissais. Comme tous les jeunes du quartier, mes frères avaient déjà subi l’acharnement des policier·ère·s et des gendarmes. Mais pas une seule fois, je ne m’étais dit qu’il était possible qu’on tue mon frère. Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois [âgés de 15 et 17 ans, ils sont morts électrocutés dans un transformateur EDF en fuyant des policiers en 2005, NDLR] et Mouhsin et Laramy à Villiers-le-Bel [deux jeunes de 15 et 16 ans morts lorsque leur motocross est entré en collision avec une voiture de police en 2007, NDLR], c’était trop loin de nous. Je ne savais pas que la justice n’était pas un dû pour nous. Quand mon frère est mort, j’ai basculé dans le monde réel. Un monde où quand tu as un problème avec le système, il te remet à ta place en tant que personne noire des quartiers. Les représentant·e·s de ce système ont tout de suite mis en place un manuel : mon frère n’a pas de nom, il est criminalisé, les gendarmes ne sont plus les coupables, mais les victimes. Ils·elle·s veulent un non-lieu et créent des mensonges : il est mort d’une pathologie cardiaque, puis d’une infection très grave, puis à cause de l’alcool, de la drogue… J’ai compris qu’on allait devoir se battre et construire un contre-manuel. Il fallait qu’on monte au front tout de suite pour que la mort de mon frère ne reste pas un fait divers estival. Je n’aurais jamais cru que, quatre ans après, on se battrait toujours pour obtenir la justice. Mais ce n’est pas une justice, c’est une machine de guerre, qui n’a ni sentiment, ni états d’âme, ni remords. Une broyeuse qui écrase tout. C’est à ce moment précis que je suis devenue, malgré moi, une soldate. Ce que je suis aujourd’hui, ce système l’a construit.

Robe, Kenzo.
C’est la première fois qu’une famille de victime de violence policière réagit aussi vite aux procédures judiciaires et remet en cause aussi efficacement les explications défendues par certaines instances et professionnel·le·s de la justice, comme celles de l’ancien procureur de Pontoise qui avait évoqué cette « infection très grave » dont Adama Traoré aurait été affecté. Comment expliquez-vous le fait que votre famille ait réussi à tenir une défense si percutante (bien que la bataille ne soit pas terminée) ?
Dès le début, notre combat a été porté localement, par des gens de chez nous. Personne ne nous a volé la parole, aucune association ne s’est exprimée à notre place. Et ça a fonctionné. C’est le national qui est venu vers nous et pas l’inverse. Pendant un an, tout se passait à Beaumont-sur-Oise. On a organisé la première marche, on a fait des barbecues, on a installé des jeux gonflables, on a reçu la boxeuse Aya Cissoko…
À côté de ça, dès que le procureur de Pontoise Yves Jannier a parlé d’une « infection très grave », on a tout de suite pris un avocat, maître Yassine Bouzrou, qui n’a peur de rien. Quand la préfecture de Cergy-Pontoise nous a proposé d’enterrer le corps dans les trois jours parce qu’on est musulman·e·s, on leur a dit qu’il·elle·s ne parlaient pas à nos parents, mais à des produits français qui ont grandi dans ce pays et que nous sommes une génération qui ne se laisse pas faire. On savait que ce n’était pas une faveur et on a demandé une contre-autopsie. On a mis à jour tous leurs mensonges et quand notre avocat a demandé à ce que l’affaire soit dépaysée, le procureur de Pontoise a été dessaisi. Et le combat continue. On a emmené le policier qui a dit « Adama violeur » en correctionnelle pour diffamation. On attaquera systématiquement ceux qui veulent tuer le nom de mon frère.
Mais ce combat est un sacrifice dont on paie encore les conséquences aujourd’hui. J’ai quatre frères en prison. Mon petit frère Bagui est accusé de tentative d’assassinat et pas moins de 60 gendarmes portent plainte contre lui. Il y a quatre plaintes contre moi. On va aller jusqu’à dire que mon frère était un violeur. On joue sur l’état psychologique de ma famille, de Mama, ma mère, de Tata, la mère d’Adama… Il y a des vies cassées tout autour de nous. Les coups sont toujours plus forts et à chaque fois, il faut se relever et aller au front.
Votre guerre pour la vérité n’est pas seulement judiciaire, elle est aussi médiatique et votre famille est la cible de l’extrême droite. Quelles sont vos armes face à elle, mais aussi face à certains médias mainstream qui tentent de décrédibiliser votre lutte ou reprennent les discours officiels ?
Je reçois des menaces de mort, des appels au viol, on me dit qu’on va m’attendre en bas de chez moi… Valeurs Actuelles a même diffusé mon adresse sur les réseaux sociaux. Mais ça glisse sur moi. Ce n’est pas eux·elles qui vont m’atteindre ou me mettre à terre. En réalité, je me dis que j’ai un pouvoir sur eux·elles. Il·elle·s dorment moi, il·elle·s pensent moi, il·elle·s mangent moi… Il·elle·s font tout Assa Traoré ! Même quand je suis partie en vacances cet été, il·elle·s en ont parlé. J’en ris. Ça veut dire que je les dérange, que nous les dérangeons. Il·elle·s sont en train de perdre le contrôle, ce contrôle que nous, les quartiers et le peuple, on va prendre. Le jour où il·elle·s arrêteront de parler de nous, c’est qu’il y aura un problème.

Robe, Stella McCartney.
Le 2 juin 2020, plus de 20 000 personnes selon la police (80 000 selon vous) ont répondu à l’appel du comité Adama et se sont réunies à Paris, devant le Tribunal de grande instance (TGI), pour réclamer justice. Un rassemblement d’une ampleur inattendue, suivi d’une seconde manifestation à nouveau marquée par un large ralliement, le 13 juin, place de la République. Comment analysez-vous cette mobilisation ?
Les 2 et 13 juin, ce n’était pas que le comité Adama qui est sorti dans la rue, ce n’étaient pas que les quartiers populaires, c’était le peuple français ! Il y avait tous les âges, toutes les religions, toutes les classes sociales… On y est allés malgré l’interdiction de manifester et les gens ont besoin de suivre un mouvement qui n’a pas peur. J’appelle « génération Adama » ceux·celles qui se reconnaissent dans le combat contre les discriminations raciales et sociales et les violences policières, un combat qui appartient à tout le monde. Cette nouvelle génération est dans la continuité de celles qui se sont battues pour nos droits, pour qu’on puisse manifester, pour que toi, femme noire, tu puisses m’interviewer.
Deux mois après cette mobilisation inédite, le 29 juillet, alors qu’entre temps les médias StreetPress et Mediapart ont fait de nouvelles révélations sur le racisme au sein de la police, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, lui-même visé par des accusations de viol, a déclaré : « Quand j’entends le mot “violence policière”, moi, personnellement, je m’étouffe. » Sommes-nous arrivés à un point où le pouvoir n’arrive plus à cacher la dimension indéfectible de son soutien aux forces de l’ordre ?
Les mots de Darmanin sont une honte pour toutes les familles de victimes et pour toute la société. Comment peut-il employer le mot « étouffer » alors que des hommes, comme mon frère, meurent de cette façon entre les mains de la police ? Et s’il n’a pas fait exprès, ce n’est pas mieux. Cela voudrait dire que nous sommes gouvernés par des personnes inaptes et que nos vies sont en danger. Nous sommes face à un gouvernement qui est de plus en plus faible.
Le 25 mai 2020, George Floyd, 46 ans, a été asphyxié par un policier lors de son arrestation à Minneapolis, aux États-Unis. Sa mort filmée a déclenché des manifestations dans le monde entier. Lors des rassemblements français pour Adama Traoré, certaines pancartes portaient son nom. En quoi le combat #BlackLivesMatter peut-il aider celui qui a lieu en France ?
Quand George Floyd meurt, c’est notre frère. Ils sont morts de la même façon. Je me reconnais derrière Black Lives Matter, nous sommes tous·tes Black Lives Matter. Notre point commun, ce sont les discriminations raciales. Ici comme là-bas, ce sont les Noir·e·s, les non-blanc·he·s, qui se font tuer. Mais le militantisme américain et le militantisme français sont différents. Au sein du comité Adama, c’est une famille qui porte le combat. Aux États-Unis, ce n’est pas le cas, c’est un mouvement. Eux·elles n’attaquent pas directement l’État américain. Nous, nous remettons en cause l’État français.

Robe, Kenzo.
Comment expliquer qu’une partie de l’opinion française reste plus sensible aux violences policières qui ont lieu aux États-Unis plutôt qu’à celles qui ont cours dans notre pays ?
L’autre différence entre les États-Unis et nous, c’est qu’il·elle·s ont commis des crimes contre l’humanité, mais eux·elles l’assument et vont dire « oui, c’est horrible, mais on l’a fait ». Et il·elle·s vont s’excuser. La France n’assume pas son comportement raciste, violent, discriminatoire. C’est pourtant systémique. Ce que l’on subit dans nos quartiers remonte à l’esclavage et à la colonisation. C’est un racisme qui a toujours été là et qui a été entretenu. Notre police est historiquement violente. Elle pratique le plaquage ventral, alors que des villes comme Los Angeles ou New York l’ont interdit. Or, pour que la France progresse, il faut qu’elle assume son passé.
À Minneapolis, le conseil municipal a voté le démantèlement de la police pour le remplacer par un nouveau modèle de sécurité publique tourné vers la communauté. Est-ce que des alternatives à la police seraient souhaitables et possibles en France, selon vous ?
Bien sûr qu’il faut réformer la police française. Il faut supprimer l’IGGN, ces gendarmes qui enquêtent sur les gendarmes, et l’IGPN, ces policier·ère·s qui enquêtent sur les policier·ère·s. En France, les policier·ère·s demandent le droit de faire subir des actes de tortures à d’autres êtres humains. Quand l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a annoncé l’interdiction de la clef d’étranglement, il·elle·s sont allé·e·s manifester et ont posé leurs menottes par terre. Il faut aussi changer la formation des policier·ère·s, qui en sortent racistes. Dans l’affaire Adama Traoré, l’avocat des gendarmes est par ailleurs celui de Marine Le Pen.

« Je donne de l’espoir à la nouvelle génération. Je lui montre qu’on peut le faire, qu’on peut occuper l’espace sans se faire marcher dessus. »

La France a aussi derrière elle une histoire de lutte contre les violences policières, notamment celle du Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB) fondé en 1995. Samir Elyes, l’un des militants historiques de ce mouvement, se bat à vos côtés au sein du comité Adama, qui est également soutenu par d’autres grandes figures du militantisme antiraciste telles que Youcef Brakni ou encore Almamy Kanouté. Que vous ont-ils appris ?
Quand on est entrés dans le combat, on n’avait aucune expérience ! Samir Elyes, qu’on ne connaissait pas, est venu nous voir. Il a 22 ans de militantisme derrière lui et nous a dit : « Attention, personne ne doit parler à votre place, ne faites pas cette erreur. » De là est née l’importance du local. Nous avons beaucoup appris à leurs côtés. Il·elle·s se sont inspiré·e·s des Black Panthers, nous nous sommes inspiré·e·s d’eux·elles.
Pendant ces années de militantisme, des écrits d’autrices ou d’auteurs antiracistes vous ont-ils influencée ou inspirée ?
J’ai lu bell hooks, figure de l’afro-féminisme américain, mais aussi Thomas Sankara, que j’aime beaucoup, Aimé Césaire, Frantz Fanon… Mais je ne veux pas parler que des noms connus. Il faut faire attention à ne pas trop aller chercher l’inspiration à l’extérieur, auprès de grands noms, car cela participe à l’invisibilisation. Il y a aussi des personnes qui ont lutté dans nos quartiers et qui restent dans l’ombre comme Fatiha Damiche, du MIB, qui a dénoncé dans les années 1990 la double peine, cette mesure qui consiste à expulser les délinquant·e·s étranger·ère·s puni·e·s d’une peine de prison.

Robe, Y/Project.
À vos côtés, il y a aussi des féministes, des militant·e·s pour le climat, des autonomes, des étudiant·e·s précaires, des « gilets jaunes »… Ce sont des alliances qui nourrissent le combat ?
Je ne voulais pas que le système nous enferme dans une case, dans une seule forme de combat. Alors, je suis allée dans les campagnes les plus reculées de France, on s’est mis avec les femmes de ménage, les sans-papiers, les gilets jaunes, la communauté LGBTQ+… Les oppressions ne sont pas toujours les mêmes, chez nous c’est intense, on n’a pas besoin d’aller manifester pour qu’on nous tue. Mais le ressenti est le même. Un jour, à Paris, j’ai rencontré des jeunes homosexuels et je leur ai demandé : « Pourquoi vous vous intéressez au combat Adama ? » Ils m’ont dit : « Dans la rue, on me frappe, on me crache dessus, j’ai peur, je me sens rabaissé. » Notre lien avec toutes ces personnes, c’est un sentiment d’injustice.
Dans le portrait qu’il vous dédiait en juillet, le New York Times vous présente comme la « championne des hommes victimes de violence policière discriminatoire en France ». Comment expliquez-vous qu’ils soient les principales cibles des violences policières ?
Dans l’imaginaire français, nos frères noirs nuisent à la société. Dans l’histoire, c’est toujours ceux qu’on faisait déplacer, qu’on faisait disparaître, qu’on tuait. Il y a trois ans, j’ai fait une interview pour la Journée de la femme. La journaliste m’a demandé ce que je pensais de cette date. J’ai dit qu’elle était importante pour que toutes les femmes du monde puissent avoir des droits et cessent de mourir entre les mains des hommes. Mais j’ai aussi dit que dans nos quartiers, des hommes tuent d’autres hommes noirs et arabes. Qui les défend ? Il faut aussi créer une journée pour eux. Ils ont le droit de participer à la construction de ce monde et de leur propre vie.
En parlant de genre, vous faites remarquer, dans Lettre à Adama, que les médias se focalisent sur les figures féminines du mouvement. Comment expliquer cette fascination ?
La femme exotique a toujours été le fantasme sexuel du colon blanc. Aujourd’hui encore, les attaques et la violence contre les femmes noires ne sont pas les mêmes. Donc j’utilise mon rôle de femme pour les mettre eux en avant et dire : « Ils existent, vous allez les regarder et vous allez assumer le regard que vous avez sur eux. »

Manteau, Thebe Magugu. T-shirt « Justice pour Adama ».
De nombreux artistes, d’Omar Sy à Virginie Despentes en passant par Kery James, Adèle Haenel et Mokobé soutiennent votre combat. En 2019, le film de Ladj Ly Les Misérables, qui met en scène les violences policières, leurs ressorts et leurs conséquences, a eu une résonance considérable. Dans quelle mesure la culture et l’art constituent-ils des aspects importants de la lutte ?
Quand Omar Sy vient soutenir le combat Adama dès les premières heures, c’est important parce qu’il touche le milieu du cinéma. Quand Mokobé nous soutient, il touche des gens de la musique. Et ainsi de suite. Quant à Ladj Ly, il a fait ce que beaucoup n’ont pas fait. Il a imposé l’image de nos frères sur grand écran et l’a projetée dans le monde entier. J’ai beaucoup entendu dire : « Il n’y a pas de femmes dans son film », mais je réponds qu’il faut arrêter d’opposer notre combat à d’autres formes de discriminations.
Vous êtes devenue en quelques mois une figure de la lutte contre le racisme et les violences policières, reconnue à l’international. En juin, vous avez reçu le prix BET Global Good aux États-Unis, qui récompense l’engagement d’une personnalité noire. Comment vivez-vous le fait d’avoir atteint ce statut ?
Je me dis que je donne de l’espoir à la nouvelle génération. Je lui montre qu’on peut le faire, qu’on peut occuper l’espace sans se faire marcher dessus, que si on a quelque chose à défendre, on peut y aller. Et je veux passer le relais à la jeunesse.
Êtes-vous optimiste quant à l’avenir de la France concernant les sujets des violences policières et du racisme ?
Si on n’avait pas été optimistes, mon frère serait mort d’un problème cardiaque, mon frère serait mort d’une infection très grave, mon frère serait mort sous l’emprise de la drogue, mon frère serait mort d’une drépanocytose, mon frère serait mort de chaleur… Aujourd’hui, on est encore debout, les manifestations continuent et les gens nous suivent. On a déjà gagné !

Manteau, Mugler.

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