« Hier (La guerre pt.2) » : le nouveau clip brut et poétique de roseboy666

Article publié le 20 mai 2019

Texte : Henri Delebarre.
Photo : Hier (La guerre pt.2), roseboy666 x k$38.
20/05/2019

Deuxième volet d’un projet global baptisé 404, la vidéo annonce la sortie d’un EP et étoffe la narration d’un premier court métrage qui apporte une réflexion sur notre condition, coincée entre monde virtuel et réalité.

Jeune producteur et porte-voix du rap underground français, roseboy666 vient de dévoiler le clip de son nouveau titre « Hier (La guerre pt.2) », en featuring avec k$38. Les deux protagonistes y évoluent le visage dissimulé, au milieu d’espaces qui semblent abandonnés avec, en toile de fond, des immeubles dont l’architecture brutaliste fait écho à la violence du texte. Robotique et monocorde, la voix du rappeur se superpose au rythme dicté par des beats saccadés qui créent une atmosphère inquiétante, renforcée par des zooms façon vidéosurveillance et des travellings à grande vitesse qui convoquent l’esthétique des documentaires de guerre. Des scènes entrecoupées de captations poétiques au milieu des terrains vagues, surgissant sans prévenir, comme ces plans révélant les mouvements d’une bâche qui tournoie dans le vent – une image qui n’est pas sans rappeler la fameuse scène du film American Beauty de Sam Mendes dans lequel un sac plastique semble s’adonner à un ballet, accompagné de feuilles mortes.

Réalisée par Antoine Besse, cette vidéo est le deuxième volet de 404 : un triptyque visuel et musical qui explore les liens entre monde réel et virtuel. Il complète ainsi le court métrage 404, dévoilé il y a quelques jours, signé du même réalisateur et dont roseboy666 a composé la bande-originale. Notamment inspiré du film The Florida Project sorti en 2017 et de la série d’anticipation Black Mirror, 404 met en scène Gregory, un jeune père immature et irascible qui vit chez sa grand-mère, dans un HLM au bord de la mer. Le temps d’un week-end, ce dernier reçoit la visite de Boo, sa fille dont les yeux démesurés évoquent certains filtres Snapchat. Partagée entre des moments de conflit et de complicité, la relation entre Gregory et sa fille est aussi sombre et lumineuse que la musique de roseboy666, dont les sonorités hypnotisantes enveloppent la narration. « La poésie digitale qui émanait de ses productions m’a beaucoup inspiré pour créer cet univers » raconte Antoine Besse.

« Dans ma musique, il y aura toujours de la poésie dans la violence, de l’espoir dans la mélancolie et de la beauté dans la laideur. »

Projet hybride où la musique et l’image se complètent et s’enrichissent mutuellement, 404 sera prolongé d’une troisième facette plus tard cette semaine, avec 404 Augmented, le second EP de roseboy666 après Soleil Noir. Dévoilé le 17 mai dernier, son titre en forme d’oxymore nervalienne laissait transparaître une mélancolie lyrique que l’on retrouvait sur le titre « E.LLE est maudite », composé en collaboration avec le rappeur Timothée Joly et le producteur NxxxxxS, ou encore dans « Meurtre », en featuring avec Retro X. Alors que roseboy666 s’apprête à révéler la troisième partie de 404, Antidote s’est entretenu avec lui pour revenir sur le contexte du projet et sa prolifique collaboration avec Antoine Besse.

Photo : 404, réalisé par Antoine Besse.

Antidote. Comment as-tu rencontré Antoine Besse ?
roseboy666. Il s’avère que l’on va dans le même bled sur la côte landaise lorsqu’on part en vacances. Après avoir vu quelques-uns de ses films, j’ai souhaité le rencontrer, alors des amis que nous avons en commun nous ont introduit. C’est comme ça que notre amitié a commencé. Désormais, on se parle quasiment tous les jours, on se partage des musiques, des images, des films…

Comment est né le projet du court-métrage 404 ?
Avant sa réalisation, on s’est envoyé de multiples références pendant plusieurs mois, comme des sons qu’on aimait bien. Un jour, je lui en ai envoyé quelques-uns de ceux que j’avais composés. À cette époque, il était en train d’écrire un scénario pour ce qui devait être un film promotionnel pour la nouvelle collection de la marque Rave. Il s’est mis à écouter un de mes morceaux en boucle et à écrire ce à quoi il lui faisait penser, comme pour un clip en quelque sorte. On a alors discuté de la vision que j’avais de mes sons, du genre d’ambiance que j’aimais bien. Antoine a réécrit le scénario plusieurs fois tandis que je lui envoyais de nouveaux sons. Finalement, sur la dizaine de morceaux que j’ai composés, il y en a trois que l’on retrouve dans le court métrage. 

Le clip d’« Hier (La guerre pt.2) » s’ouvre avec un viseur d’arme à feu sur lequel est écrit ton pseudo et le titre de la chanson. Pourquoi cette récurrence du thème de la violence, qui cohabite malgré tout avec une certaine poésie – que l’on retrouve également dans Soleil Noir, ton premier EP ?
Cet élément du clip est là pour rappeler deux choses. D’une part, comme tu l’as dit, il s’agit d’un viseur d’arme mais aussi d’un « face recognizer ». C’est une image que j’aime bien car elle permet d’exprimer la violence que la technologie peut parfois impliquer. La violence a toujours été un de mes thèmes préférés. La société dans laquelle nous vivons est ultra-violente, il est donc normal que ma musique reflète cet aspect. J’aime aussi faire cohabiter la nostalgie et la mélancolie avec une sorte d’espoir. En fait, je déteste le manichéisme, quand c’est simplement tout noir ou tout blanc. Dans ma musique, il y aura toujours de la poésie dans la violence, de l’espoir dans la mélancolie et de la beauté dans la laideur. 

À l’écoute de 404 Augmented, on découvre des skits au milieu de tes morceaux, c’est à dire des interludes qui complètent l’histoire du court métrage. Pourquoi souhaitais-tu la prolonger ?
Avec Antoine, plus qu’un court métrage, on a voulu créer un univers complet. On a donc décidé de disséminer la narration sur différents média. Ainsi, le clip d’ « Hier (La guerre pt.2) » est une sorte de spin-off de 404, et sur 404 Augmented, les trois skits racontent de petites scènes de vie qui nous permettent d’en apprendre davantage sur Gregory, le personnage principal du film.

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