L’interview exclusive de Joseph Mount : « Metronomy était une dictature »

Article publié le 1 juillet 2016

Texte : Marie Rosen
Photo : Andrew Whitton

Réalisé par Quentin Dupieux alias Mr. Oizo, le nouveau clip « Night Owl » de Metronomy sur le thème de la mort intrigue autant qu’il dérange. Le dernier album du groupe, Summer 08, est sorti le 1er juillet. Il est aussi dansant que mélancolique, et notre été 2016 s’en souviendra. Entretien avec Joseph Mount, tête pensante d’un des groupes de pop british les plus inspirants du XXIe siècle.

Des yeux bleus marine, des cheveux auburn, des traits doux derrière lesquels se cache une volonté de fer : le perfectionniste Joseph Mount, leader du groupe Metronomy, écrit, compose et enregistre ses albums quasi seul. Mais sur scène, il s’entoure de musiciens de haute voltige. La rousse Anna à la batterie, le groovy Gbenga à la basse et le fidèle Oscar sautillant derrière ses claviers.

Mount, lui, est un véritable homme-orchestre, distillant ses coups de blues et ses instants d’euphorie au gré d’albums qui, à eux seuls, revitalisent la pop du XXIe siècle. La recette est imparable : de l’organique, de l’électro, du funk, des échos pop-rock, de la ballade décalée et même, sur ce nouvel album, des scratchs – assurés par Mix Master Mike des Beastie Boys sur « Old Skool », dont le clip étrangement festif témoigne de la drôle de mélancolie avec laquelle joue toujours Mount.

Au fil des interviews depuis ce fameux été 2008, où Metronomy a explosé grâce à son Nights Out doté de tubes comme « A Thing For Me » ou « Heartbreaker », Joseph Mount est déjà revenu sur ses débuts de kid mélomane sur une English Riviera revisitée le temps d’un album en 2011 – celui de la reconnaissance populaire. Après un Love Letters (moins tubesque de prime abord mais d’une richesse artistique bluffante), le revoilà avec Summer 08. Au programme : groove lo-fi (« Back Together »), où Mount interpelle une jeunesse prête à danser, pop ultra funky (« Miami Logic ») et tubes évidents tels « Hang me Out To Dry », partagé avec Robyn, ballades synthétiques flirtant avec le kitch (« Mick Slow ») ou résolument contemplatives comme le final « Summer Jam »… Sans oublier la fameuse ligne de basse de Metronomy, reconnaissable depuis le premier album, sur l’aigre-doux « My House ». On adore, évidemment. Et on saisit le prétexte pour faire le point avec Joseph Mount sur ce qu’est Metronomy aujourd’hui.

Comment est né Summer 08?
En septembre 2015, nous venions de terminer la tournée de Love Letters et je voulais absolument enregistrer un album. Le plus vite possible ! J’ai eu cette idée de revisiter l’été 2008 et de l’utiliser comme source d’inspiration de quelque chose de nouveau. Même si c’était il y a longtemps, mes souvenirs étaient encore très frais. Cela a été le moment où nous découvrions littéralement le monde aux quatre coins de la planète, nous passions beaucoup de temps loin de nos proches… C’était le début d’une vie sur la route. Huit ans plus tard, il m’a semblé pertinent de revenir sur ce merveilleux été.

Summer 08 est un disque très ambivalent, à la fois intime et très entraînant…
La première partie de l’album est incontestablement très dansante, comme on ne l’avait jamais été depuis Nights Out… sorti cette année-là ! Même si ce Summer 08 n’est pas plus intime que les précédents albums, il peut parler de manière très personnelle à celui qui l’écoute. Et puis, l’été 2008, tout le monde l’a vécu, non ?

Flashback rapide : comment êtes-vous devenu musicien?
Je me souviens d’avoir voulu jouer du violon, quand j’avais 10 ans. Mais je n’étais pas très bon. A la place, j’ai appris la batterie. C’est la meilleure idée de ma vie, je pense ! Tout s’est ensuite enchaîné assez vite.

Malgré le groupe de scène dont vous vous entourez en tournée, Metronomy reste-il votre bébé?
Anna, Oscar, Gbenga et moi passons beaucoup de temps ensemble pendant les tournées. Mais en effet, Metronomy a toujours été mon projet solo en studio. J’y suis attaché à 100%, j’ai toutes les musiques en tête… Et lorsque des musiciens ont le malheur de m’entourer, je leur dicte quoi faire. Gabriel (ancien membre du groupe, ndlr) aimait bien dire que Metronomy était une dictature. L’expression est bien choisie et je ne pense pas pouvoir me permettre de la contredire!

Et sinon, après des hauts et des bas depuis le début de Metronomy, comment vous sentez vous aujourd’hui?
Je me sens un peu plus vieux, définitivement plus sage… et beaucoup plus détendu. J’espère que chaque album fait connaître davantage Metronomy. Mon but ne soit pas d’appâter le chaland et de vendre à tout prix des disques, mais plus les gens écoutent et aiment ce projet, mieux c’est. Bref, je suis heureux professionnellement et sentimentalement. Juste une requête : j’aimerais que mes enfants me laissent un peu plus dormir.

Pour terminer… Les fameuses lampes que vous portiez et qui s’allumaient pendant vos shows sont définitivement une affaire classée?

Je crains que oui, malheureusement, nous les avons utilisé pendant si longtemps… Mais j’ai une anecdote assez drôle que j’aime bien raconter : une fois, la lumière d’Oscar a explosé et lui a brûlé les poils du torse. Rien de grave, mais ils n’ont jamais repoussé depuis!

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