Rencontre avec Lancey Foux, le nouveau challenger du rap anglais

Article publié le 17 avril 2023

Texte : Maxime Delcourt. Photographe : Lee Wei Swee. Styliste : Yann Weber. Coiffure : Aaliyah Sanchez. Maquillage : David Gillers. Coordination Mode : Matéo Ferreira. Production : Aurea Productions. Assistant·e·s Photographe : Ollie Patter & Rory Jamescole. Assistant Styliste : Sachin Gogna. Assistantes Production : Amélie et Chloë.

On dit que Lancey Foux doit sa réputation aux rappeurs qui l’ont soutenu (Skepta, AJ Tracey, Playboi Carti). Or le retentissement de « Life In Hell », son dernier album, est surtout redevable à l’ouverture d’esprit de son auteur, dont le cerveau semble déborder de références, de réflexions mélancoliques et d’idées mélodiques inédites. Rencontre.

Des premières parties de Skepta, un partenariat avec Converse, des shootings mode en Jean Paul Gaultier, des articles élogieux dans Paper et XXL, des morceaux aux côtés de 070 Shake et Kaytranada : un bref coup d’œil à la biographie de Lancey Foux suffit à faire monter la sauce autour de cet artiste originaire de l’est de Londres. Là où tout semble se jouer ces dernières années.
C’est en tout cas au cœur de cette zone géographique, d’où émergent les grands noms de la scène grime, que l’Anglais a posé les bases de Life In Hell, un disque rempli à ras bord (vingt-deux morceaux) de toplines addictives, de clins d’œil au punk-rock, de confessions mélancoliques, de réflexions sur l’amour, voire même de textes nourris par le stoïcisme. Traduction : à 27 ans, Lancey Foux est un rappeur qui a un certain nombre de choses à dire. Antidote est précisément là pour l’écouter.
MAXIME DELCOURT  : Tu es à Londres actuellement, non ?
LANCEY FOUX : Oui, je suis chez moi. J’y ai installé un studio pour me permettre de travailler dès que j’en ai envie. J’ai parfois vécu dans d’autres endroits, mais je suis toujours revenu ici.
Je sais que tu es originaire de Newham, un quartier que tu as toi-même comparé à Harlem ou Brooklyn. Comment était-ce de grandir dans un tel environnement ?
J’ai eu une bonne enfance, très cool. Bien sûr, Newham étant un quartier petit et défavorisé, il y avait beaucoup de criminalité dans le coin. Certain·e·s disaient même que le quartier était dangereux, mais je préfère retenir le positif. Dans chaque endroit, il y a du bon à prendre : à Newham, par exemple, il y a beaucoup de gens talentueux, des footballeurs, etc. Moi-même, j’ai appris énormément de choses en grandissant là-bas.
Lancey Foux : Tenue et sneakers TK-MX, Givenchy.
Tu as l’impression d’avoir gagné en maturité plus rapidement que la moyenne ?
En vérité, j’ai l’impression d’être toujours le même garçon qu’à l’adolescence, d’avoir gardé la même approche, d’être à la fois enjoué et réservé, rebelle et obnubilé par l’envie de suivre mes propres désirs. Au fond, la seule chose qui a changé, ce sont les responsabilités.
C’est clair que si on se laisse embarquer par les soucis du quotidien, c’est tout à fait possible de perdre ce rapport insouciant à la vie, de ne pas être heureux. Cela dit, je n’ai pas l’impression que cela puisse m’arriver. Cette innocence, ce truc qui fait que l’adolescence est souvent liée aux meilleurs moments de notre passage sur Terre, c’est précisément ce qui me permet de survivre.
Dans ton parcours, il y a toutefois un événement qui aurait pu t’éloigner de cette innocence…
Tu fais allusion à mon arrestation, quand j’avais 18 ans ?

Lancey Foux : « J’ai l’impression d’être toujours le même garçon qu’à l’adolescence, d’avoir gardé la même approche, d’être à la fois enjoué et réservé, rebelle et obnubilé par l’envie de suivre mes propres désirs. »

Oui. Je crois savoir que c’était la veille de ton premier concert : tu n’as pas eu peur que ça vienne plomber ton éventuelle carrière dans la musique ?
Disons que je n’avais pas à craindre que ça se produise, dans le sens où rien n’avait encore débuté pour moi. Ce concert [qu’il a malgré tout pu donner le lendemain de son arrestation, NDLR], c’était un petit truc, donné devant seulement quelques personnes. C’était purement et simplement de l’amusement, je ne pensais pas que je pourrai vivre un jour de ma musique. Pour tout dire, je n’imaginais même pas avoir un jour un manager, un tourneur, une équipe.
Pourquoi as-tu ressenti le besoin d’utiliser le rap comme moyen d’expression ?
Tout simplement parce que c’est la musique que j’ai le plus entendue. Les gens du quartier en écoutaient, je regardais des clips de rap à la télé, etc. Ça me paraissait évident. D’ailleurs, la première fois que j’ai essayé de composer, j’ai choppé des beats sur YouTube, je suis allé en studio et j’ai enregistré trois titres en trois heures. Ce n’était pas comme si je me voyais devenir un artiste à part entière, mais ça m’amusait, je voulais goûter à cette sensation, encore et encore.

Au début, j’ai cru comprendre que ça passait essentiellement par des freestyles…
Oh mais je continue de freestyler encore aujourd’hui, notamment dans ma voiture, quand je rentre chez moi. Il me suffit d’entendre un beat et, hop, je pars en impro. Je ne sais pas pourquoi, peut-être que j’adore simplement la liberté que le freestyle permet.
Il y a quand même une différence entre freestyler et écrire de véritables morceaux, structurés et bien produits. Comment as-tu appris à faire de tes freestyles des chansons à part entière ?
En studio, j’ai toujours été attentif à ce qu’il se passait, je regardais comment agissaient les producteurs, je posais plein de questions. Du coup, aujourd’hui, je suis capable de m’enregistrer moi-même.
Lancey Foux : Tenue, Givenchy.
Dans tes interviews, tu parles souvent de ton admiration pour Michael Jackson et Prince. Est-ce qu’avoir de tels artistes en modèles ne te met pas trop de pression ? Après tout, c’est assez rare d’atteindre un tel niveau de popularité tout en produisant une musique exigeante, presque avant-gardiste.
La vérité, c’est que l’on ne sait jamais ce qui est possible ou non. Quand on regarde ce qui est populaire aujourd’hui, on sait très bien que ça n’aurait pas pu l’être vingt ans plus tôt. Tout change constamment, et à une vitesse folle. Michael Jackson et Prince sont donc davantage des inspirations qu’autre chose : je regarde ce qu’ils ont fait, j’apprends de leur discipline, je tente de comprendre la façon dont ils utilisaient leurs voix, j’observe leurs mouvements…
Quand tu prends en exemple de tels artistes, est-ce que ça ne traduit pas aussi, au fond de toi, l’envie d’atteindre le même niveau de popularité ? De devenir une pop star, en quelque sorte ?
Non, je ne pense pas. Ça ne me correspond pas, ce n’est pas ce que j’ambitionne. Avoir l’opportunité de jouer devant une foule de 1 000 personnes, c’est déjà un accomplissement énorme. Quand on dépasse ça, ensuite, l’approche n’est plus la même. La vie n’est plus la même.

Lancey Foux : « À l’école, déjà, je me tenais à l’écart, je rentrais chez moi sans prendre le bus avec les autres élèves afin d’être dans ma bulle. J’ai l’impression que je réfléchis mieux quand je suis seul avec moi-même. »

Ce qui est intéressant chez toi, c’est que tu ne t’intéresses pas qu’au rap, loin de là. Dans certaines interviews, tu parles volontiers du rock comme d’une grosse influence, notamment Alice Cooper et le shoegaze. Par le passé, tu as même mentionné le punk dans ton morceau «DONT TALK». À quel moment est née ta fascination pour ce mouvement ?
Très tôt ! Je suis né à Londres, j’ai donc été bercé par les récits de cette scène. Mon oncle était d’ailleurs basé à Camden, là où tout se passait à la fin des années 1970. Quand j’allais le voir, je pouvais sentir cette énergie, capter cet état d’esprit. Puis, grâce à YouTube, j’ai pu découvrir des lives, apprendre à comprendre ce mouvement artistique, ce côté rugueux, cette volonté des musicien·ne·s de ne pas s’asseoir derrière leurs instruments en ayant un plan de carrière en tête. Les punks ne composaient pas en fonction du nombre de ventes que leurs albums pouvaient faire ou non. Ils allaient en studio et agissaient. C’est inspirant.
Le do it yourself, c’est aussi ton mantra, non ?
Oui, c’est clairement mon état d’esprit.
Lancey Foux : Tenue et sac cabas G-Shopper, Givenchy.
À la manière des punks, je sais d’ailleurs que tu n’aimes pas penser à ton image, à ta réputation, à la façon dont le public te voit. Ce n’est pas trop difficile d’agir ainsi dans un monde où tous·tes les artistes mettent en scène leur propre vie ?
Contrairement aux autres artistes de ma génération, c’est peut-être plus facile pour moi d’opérer ainsi, au sens où j’ai toujours été assez discret. À l’école, déjà, je me tenais à l’écart, je rentrais chez moi sans prendre le bus avec les autres élèves afin d’être dans ma bulle. J’ai l’impression que je réfléchis mieux quand je suis seul avec moi-même.

Lancey Foux : « Je suis ce que l’on pourrait appeler une “créature incertaine”. Il n’y a finalement qu’un moyen de savoir qui je suis réellement : en écoutant ma musique. »

Tu es une sorte de loup solitaire, en quelque sorte ?
Je suis ce que l’on pourrait appeler une « créature incertaine ». Il n’y a finalement qu’un moyen de savoir qui je suis réellement : en écoutant ma musique. Sur Twitter ou Insta, mon seul intérêt est de communiquer autour de mes projets. Si je n’étais pas musicien, je serais sûrement absent des réseaux sociaux. Tout simplement parce que ce n’est pas à travers eux que j’ai envie de me connecter avec les gens.
Tu penses que ta musique révèle une personne différente de ce que tu es au quotidien ?
Non, au contraire, elle reflète mes différentes humeurs. Parfois, je suis heureux, d’autres fois, j’ai envie de me battre contre mon pire ennemi. Mes sentiments évoluent sans cesse, ma musique se doit d’en faire l’écho.
Lancey Foux : Tenue, Givenchy.
C’est vrai que Life In Hell est assez varié. On sent que tu as envie d’explorer différents sentiments, de t’essayer à différentes formes d’expression également…
Disons que j’avais simplement envie de raconter ce que je vis réellement, d’afficher cette innocence dont je parlais tout à l’heure, sans pour autant faire mine que le monde dans lequel nous vivons est idyllique. L’idée, c’était de m’exprimer de toutes les façons possibles, que ce soit via du rap pur et dur ou des morceaux parfois plus mélodiques. D’où l’intérêt également de m’ouvrir à d’autres artistes, comme 070 Shake, dont je suis proche depuis quelques années, et Kaytranada, avec qui on a enregistré cinq ou six chansons.
Vous partagez d’ailleurs un même goût pour la discrétion…
Oui, mais on est très différents dans la vie de tous les jours. Et c’est ce qui me plaît : j’ai l’impression que ça nourrit ma musique, que ça m’inspire d’évoluer aux côtés d’artistes qui ne me ressemblent pas.

Lancey Foux : « Les artistes rêvent d’être des athlètes, les athlètes fantasment le fait d’être des rappeur·se·s, et les rappeur·se·s aimeraient être des designers. On s’influence tous·tes, on est tous·tes fans les un·e·s des autres. »

À discuter avec toi, on comprend bien que la musique est un vieux rêve. Est-ce que tu nourris la même passion pour le monde de la mode, avec lequel tu as régulièrement collaboré ces dernières années ?
Je me suis toujours imaginé porter de belles fringues, mais jamais dans l’idée d’apparaître un jour en couverture de magazines ou dans des défilés. D’ailleurs, j’ai encore un problème avec la représentation de moi-même, ce qui explique pourquoi je fais finalement peu de clips… Et puis je sais ce que je dois à ma musique : c’est elle qui me permet d’atteindre les sphères de la mode. Ça m’amuse, j’aime ça, mais ce n’est pas une fin en soi.
C’est tout de même amusant de voir à quel point les marques de luxe ont sollicité les rappeurs ces dernières années, non ? L’époque où ce genre musical était snobé par le monde de la mode semble loin…
Il y a un phénomène très simple à comprendre : les artistes rêvent d’être des athlètes, les athlètes fantasment le fait d’être des rappeur·se·s, et les rappeur·se·s aimeraient être des designers. On s’influence tous·tes, on est tous·tes fans les un·e·s des autres. Les milieux se mélangent, j’ai l’impression que c’est une bonne chose.
Lancey Foux : Tenue, Givenchy.
D’un point de vue personnel, de quels designers es-tu particulièrement fan ?
J’ai l’impression que tous·tes les créateur·ice·s amènent quelque chose de spécial, si bien que j’ai du mal à penser à quelqu’un dont je n’aime pas le travail. Cela dit, je dois bien reconnaître être assez réceptif vis-à-vis de ce que font Alexander McQueen, Martine Rose ou encore Bianca Saunders. C’est inspirant.

Dis-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que tu as plus de mal à être admiratif de ton propre travail. « India », par exemple, est un morceau que tu n’apprécies pas, alors qu’il s’agit sans doute de ton plus gros succès. Tu as parfois l’impression d’être un éternel insatisfait ?
Ça, c’est une certitude ! Cela dit, concernant « India », le problème c’est simplement que je refuse d’être reconnu uniquement pour cette chanson. Pour tout dire, j’aime ce titre, mais je déteste le fait que l’on puisse me résumer à celui-ci. Je n’ai pas l’impression que ce soit mon meilleur morceau.
Il suffit d’ailleurs d’écouter mon dernier album pour s’en rendre compte : « India » a juste eu la chance d’avoir du succès, d’être mainstream en quelque sorte. Mais je produis tellement de titres qu’il y a forcément d’autres propositions à aller écouter. Il faut savoir que le processus de création est assez long et difficile. Il pourrait en être autrement, mais j’ai besoin de réécouter des centaines de fois un même morceau, quitte à finir par le laisser de côté. Parfois, il peut s’écouler six mois ou un an entre la composition d’un titre et sa publication, ça laisse suffisamment de temps pour se détacher du morceau, pour évoluer vers d’autres sonorités. C’est pour ça que j’ai toujours du mal à discuter avec des gens qui disent aimer ma musique mais ne connaissent que « India » ou « All Night Long »… Au fond, j’aimerais que l’on retienne l’ensemble de mes albums, même si je devrais déjà me réjouir d’avoir quelques singles au succès conséquent.
Lancey Foux : Tenue, Givenchy.
Récemment, tu as joué Life In Hell dans une synagogue à New York. Est-ce à dire que ta musique est pensée pour être accessible partout et pour tout le monde ?
Évidemment ! On pourrait penser qu’il y a quelque chose de contradictoire à jouer un album nommé Life In Hell dans un lieu de culte, mais je ne mène aucun combat, je ne prononce aucune critique. Mon but est simplement d’exprimer ma musique dans les meilleures conditions possibles. Après tout, c’est le rôle d’une œuvre artistique : être diffusée dans le monde entier et atteindre les gens, peu importe où ils se situent.

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