Josephine Antidote

Joséphine de La Baume : « Je suis plus masculine que ce que l’on croit »

© Photos Antoine Harinthe pour Antidote

J’ai rencontré Joséphine il y a six ans à un mariage d’amis dans un château à l’Est de Paris. Sur fond de champagne pour elle et de  Blue Lagoon pour moi (choix que je regrettais amèrement quelques heures après), nous avons sympathisé et ne sous sommes jamais vraiment perdues de vue. Il y a quelques mois, je me suis retrouvée dans son salon un petit matin à 4 heures après avoir suivi un groupe  mi-fashion mi-arty rencontré dans le fumoir de la nouvelle discothèque des Bains. Elle essayait désespérément de faire marcher son ampli pour passer de la musique et était comme à son habitude, adorable et accueillante avec chacun comme si c’était tea time dans un manoir anglais. Joséphine est comédienne, et elle tourne de façon régulière ces dernières années, de sorte qu’elle semble s’imposer lentement mais sûrement dans le paysage cinématographique français et américain. Elle est aussi chanteuse du groupe Singtank qu’elle forme avec son frère depuis 2011. On la connaît également car elle a épousé le producteur anglais Mark Ronson il y a quatre ans et que ces deux-là incarnent une certaine idée de l’aristocratie du cool. Comprenez par là un  pedigree indéniable mais aussi une façon de vivre à la fois bohème, travailleuse, inspirée et attentive aux autres. Joséphine est une fille absolument dans notre époque mais elle sait aussi se préserver de l’hystérie qui peut la caractériser (réseaux sociaux, tendances, fast consommation) avec des valeurs simples : amitié, bienveillance, travail et respect et écoute des autres. Joséphine fait partie de ces personnes qui semblent assez mûres pour leur jeune âge (elle n’a que 31 ans), chacune de ses expériences passées semble lui apporter une nouvelle lumière sur la façon, libre, dont elle envisage sa vie. Rencontre sur canapé avec une femme qui sait qui elle est et ce qu’elle veut, et n’hésite pourtant pas à revendiquer le doute comme manière d’être au monde.

Quelle est la question qu’on ne te pose jamais ?
L’autre jour, un de mes meilleurs potes m’a demandé dans un mail : « De quoi as-tu envie ? ». Je n’ai pas su quoi répondre mais ça m’a sciée, c’était presque trop essentiel. On devrait se demander de quoi on a envie, plutôt que « Ça va ? ».

Tu es à la fois comédienne et chanteuse, tu habites entres Londres et Paris… Quelle est ta vie en ce moment ?
Je suis toujours entre deux Eurostar ! En fait, je passe environ une moitié de la semaine à Paris chez moi et l’autre à Londres. A Paris, je vis seule dans le Marais, je vois mes amis, je sors davantage, c’est spontané. A Londres j’ai une vie plus domestique, je suis chez moi, avec mon mec dans notre maison, je me repose, je profite.

Ce n’est pas trop la course ?
Quand tu fais des métiers créatifs, ce qui est doublement mon cas, non seulement tu n’as jamais de jour off, mais tu es soumis à des emplois du temps que tu ne décides pas vraiment. Heureusement, j’adore les tournages, les enregistrements car ce sont des structures où les gens décident pour toi. Et encore davantage quand c’est en province ou a l’étranger, car tu es complètement dans ta bulle, en immersion dans ton personnage. Tu crées des amitiés inattendues, tout le monde est loin de sa famille, c’est quelquefois difficile mais il y a un coté colonies de vacances que j’adore.

Tu tiens un beau rôle dans une série humoristique qui arrive sur Arte.
Oui j’incarne un agent secret féminin dans Au service de la France diffusée à partir du 29 octobre. La série raconte les services secrets français dans les années 60.
Le casting de talents est très atypique avec par exemple le scénariste de OSS117 et pour la musique Nicolas Godin du groupe Air.

Et tes autres projets d’actrice ?
Plein ! Je tiens le premier rôle féminin dans le thriller Road Games avec le comédien Frédéric Pierrot, que j’adore, et qui sortira prochainement. Et je suis sur des projets de films super comme le tournage à Paris en janvier d’une fiction d’Amanda Sthers avec Harvey Keitel, Roseanna Arquette et Rossy de Palma. Je suis une fan inconditionnelle de Rossy depuis Femmes au bord de la crise de nerf de Pedro Almodovar. Et de mon côté, je suis aussi en train d’écrire un scénario avec mon amie Roxane Mesquida.

Et musicalement ?
On a fait plein de festivals, de concerts avec Singtank cet été et nous commençons avec mon frère à écrire le troisième album qui va être en français, pour changer. On modifie un peu le processus de création, cette fois-ci c’est moi qui écrit les paroles et mon qui frère écrit des musiques par dessus.

Qu’est-ce-qui fait courir Joséphine de la Baume ?
Je prends autant de plaisir à faire des concerts qu’un album ou qu’un film si c’est un bon film. J’ai besoin d’exercer ma créativité, ma sincérité et de puiser en moi. C’est une introspection qui est à la fois agréable et exaltante, qui m’aide à poser mes limites aussi. Tu peux toujours essayer de rester dans une pièce à réfléchir à ce que tu as envie de faire mais dans le fond, c’est la vie qui nourrit ton travail. J’ai beau séparer les disciplines la vie nourrit autant ma musique que mon jeu d’actrice et il faut qu’il m’arrive des trucs excitants, drôles, émouvants…

Il y a des rôles qui te font rêver ?
Ca m’amuserait de jouer un rôle de femme brisée, qu’on me propose une performance d’actrice. Gena Rowlands dans Une femme sous influence, Mia Farrow dans Rosemary’s baby, Deneuve dans Répulsion, Romy Schneider dans L’important c’est d’aimer ont complètement incarné ce type de rôles. J’adorerais dépasser mes limites émotionnelles ou bien jouer une femme très masculine ou malmenée par la vie.

Tu m’as raconté un jour que ton mari te disait souvent que tu étais comme un garçon de 14 ans dans un corps de femme…
C’est vrai ! Je suis bien plus masculine que ce dont j’ai l’air.

Je pense que c’est vrai, tu es assez virile.
Sur la balance on a tous un côté masculin et féminin et chez moi je pense que le masculin pèse plus. Même si physiquement j’ai des formes, des cheveux longs et que j’ai l’air d’une vraie femme.

Tu t’imagines comment à 40 ans ?
Je suis incapable de me projeter dans si longtemps. J’ai l’angoisse du temps, j’ai toujours l’impression que chaque jour est le dernier. Déjà je me dis que je suis encore en vie ce sera génial.

A ce point ?
J’aime beaucoup Woody Allen et sa façon de parler de la mort, parce que c’est une angoisse que je partage complètement et j’ai un grand besoin de tourner ça en dérision. Tu sais je suis ce genre de fille qui se prend systématiquement un fou rire aux enterrements.

Tu as pourtant l’air très sereine, assez sûre de toi. Tu as un mari très connu avec qui tu vis par intermittence, tu as deux professions… Tu ne revendiques rien mais on a l’impression que tu abordes ta vie avec une grande confiance.
Tant mieux si tu trouves que j’ai l’air sereine, moi je ne sens pas forcément ça. C’est vrai qu’en amour, il est plus facile d’être avec quelqu’un qui a le même genre de vie que toi, ce qui est le cas pour moi. Au début je trouvais ça assez compliqué puis au bout d’un moment tu te demandes si ça ne serait pas ça le charme d’une histoire. Ça garde un aspect très romantique. Après on croit souvent que je suis sereine, parce que j’ai un truc assez lascif…

Oui tu es lascive, c’est vrai !
Pourtant à l’intérieur je ne le suis pas du tout. Je suis très énergique. J’adore la vie et je suis plutôt de nature hyper excitée. En même temps j’ai toujours tendance à voir ce qui pourrait être mieux, comment avancer de façon plus prolifique. Je fais le maximum et après je vois.

Tu as aussi été mannequin, ou muse… Notamment pour Agent Provocateur. Quel est ton rapport avec la mode ?
Tu sais, je fais un mètre 62, j’ai des formes… A un moment ces collaborations mode m’ont beaucoup aidé, mais si je travaille avec des marques, le plus important pour moi est de pouvoir être investie dans une direction artistique.

Suis-tu les tendances ?
Pas du tout ! Déjà, il y a des fashion weeks tout le temps, je ne sais plus où j’en suis. A part quelques créateurs comme Hedi Slimane ou Iris Van Herpen, qui inventent quelque chose de nouveau, je suis bien plus fascinée par ce qu’une fringue va raconter. Mes placards sont pleins de vieilles vestes du début du XXè siècle, qui ont appartenu à dix personnes différentes. Je ne saurais même pas dire si j’ai un style !

Si, tu en as un… A mi-chemin entre tomboy et psychédélique.
En tout cas ça m’amuse, et quand tu fais de la scène, c’est peut-être le meilleur moyen de parler de l’univers de ton groupe.

Tu n’es pas hyper active sur les réseaux sociaux.
Non, et figure-toi que je ne passe pas trop de temps a espionner les gens sur Facebook.  D’un côté je trouve évidemment fabuleux de pouvoir communiquer avec n’importe qui, de garder le contact avec tout le monde et l’accès a l’information mondial. Mais le problème c’est ce qu’on fait de ça individuellement. Je me suis jamais sentie bien sur Instagram, je n’aime pas cette sensation addictive, cette injonction à la promotion de soi-même et j’avoue que j’ai du mal à l’utiliser pour ça. Mais je sais aussi que je vais devoir m’y mettre de plus en plus, car ça fait partie de ce qu’on attend de moi en tant qu’artiste.

Tu arrives donc à décrocher facilement  ?
Cet été je me suis forcée un soir par semaine à tout couper, ordinateur, smartphone, pour lire et écrire. Gratter ses notes sur une feuille de papier ça n’a rien à voir. Et je me suis plongée dans Mrs Dalloway de Virginia Woolfe.

De quoi as-tu envie ?
Que l’été ne se termine jamais.