13 Block Antidote

L’interview de 13 Block, nouvelle figure de proue de la trap française

Photographe : Liang Hengyi. Direction de création : Yann Weber. Stylisme : Imruh Asha. Groomer : Thomas Lorenz @ Atomo. Motion designer : Golgotha.
Texte : Maxime Leteneur.

En seulement quelques années, 13 Block s’est imposé comme l’une des références les plus sûres de la trap française. En parallèle, les quatre rappeurs de Sevran qui composent le groupe ont également été choisis comme nouveaux ambassadeurs de la Nike Air Max Plus, aussi connue sous le légendaire nom de « TN ». 2019 leur tend les bras.

Zed, Zefor, Stavo et Oldpee se connaissent depuis la primaire, ils ont grandi ensemble dans la même cité, fréquenté les mêmes halls d’immeuble, ont eu les mêmes professeurs, ont fait les mêmes conneries… Mais surtout, ensemble, ils ont rappé. Aujourd’hui, les liens qui unissent le groupe ne semblent pas s’être effrités une seconde. Ils pensent comme un seul homme tout en faisant valoir leur individualité et leur talent respectif, pour mieux annexer la planète rap.

Sorti en avril dernier, leur dernier projet Triple S a consacré le quatuor sevranais comme l’un des groupes les plus excitants du moment. Le disque entremêle des flows explosifs réunis dans une série de bangers incandescents, des textes forts qui racontent la rue, la violence et la dureté d’une vie passée dans la cité des Beaudottes, et des productions signées par les meilleurs beatmakers de l’hexagone. Le triptyque gagnant d’une ascension vers les sommets du rap game français. Près d’un an plus tard, 13 Block est resté hyperactif : le groupe multiplie les concerts, freestyles et featurings de choix sur les albums de Ikaz Boi, Myth Syzer ou encore Maes, tout en préparant un nouvel album, alors qu’il a été intronisé ambassadeur des Nike TN. Rencontre.

ANTIDOTE. De la sortie de votre mixtape XIII sortie en 2014, suivie de Violence Urbaine Émeute et Ultrap en 2016 puis enfin Triple S cette année, pouvez-vous nous expliquer votre processus de création ?
OLDPEE. On a fait la net-tape XIII avec nos propres moyens, qu’on a révélée sur la plateforme Datpiff. On n’a pas fait de clip à ce moment là, on a payé que le studio. Au moment de sa release, on travaillait déjà sur Violence Urbaine Émeute que l’on a sorti sur le label HotDeff avec qui on venait de signer, puis Ultrap est sortie 6 mois après VUE. Au moment où Ultrap tournait et où on faisait des showcases, on composait quelques nouveaux sons et puis on a rencontré Ikaz Boi, on a noué des liens, fait deux-trois morceaux ensemble, et c’est comme ça que Triple S est né.

À gauche : sneakers OG Sunset, Nike.

À droite : Zefor. Pantalon, Off White. Pull col roulé, Uniqlo. Veste, Pihakapi. Sneakers OG Sunset, Nike.

À vos yeux, en quoi Triple S se différencie de vos précédents projets ?
ZEFOR. Il y a une différence au niveau des productions déjà : les beats d’Ikaz Boi nous ont « ouverts », si on compare avec nos anciens projets. Les instrus nous emmenaient dans des flows différents, il y a eu une bascule. Et entre-temps, on a aussi changé nos manières d’écrire.

OLDPEE. On a atteint une certaine forme de maturité. Et le bilan est assez positif : il n’y a eu que des bons retours, et des sons comme « Vide » ou « Somme » ont bien marché.

Vos morceaux ont toujours été très ancré dans votre quotidien, vous y décrivez ce que vous vivez au jour le jour. Votre réalité a-t-elle cependant changée depuis le succès de votre dernier album ?
OLDPEE. Notre quotidien est resté le même, on est toujours à Sevran, mais notre réalité elle a un peu évolué. Triple S nous a permis d’obtenir davantage de reconnaissance. Mais on ne se dit pas qu’on traverse la gloire, qu’on a percé et qu’on est connus. On est reconnus, ce n’est pas la même chose.

Studio, featurings, clips, promo, concerts… Vous êtes très demandés en ce moment. Comment vous adaptez-vous à ce rythme ?
ZEFOR. C’est un métier. Quand il n’y a pas de taff, t’es ramolli, mais quand il y en a tu dois charbonner, tu t’adaptes.

« L’idée derrière notre collectif, c’est de diviser pour mieux régner »

Quand Triple S est sorti, vous avez dit à YARD que « Sevran c’est pas une ville à faire du R&B ». Même si vous restez dans le rap, vous avez pourtant élargi votre palette musicale. Sur « Oops » de Myth Syzer ou sur « Mood », vous avez des passages plus chantés.
ZEFOR. On n’a plus les même prods qu’avant, on s’adapte aux beats et on ose plus dessus.

STAVO. Après le R&B c’est un état d’esprit, ce n’est pas parce qu’on chante que c’est automatiquement du R&B. Même sur une instru de R&B je peux rapper, et effacer le cachet R&B, parce que je rappe ma vie. En fait, c’est ce qu’on amène comme état d’esprit qui compte.

Vous faites régulièrement la promotion des jeunes talents de Sevran, quelle que soit la discipline. Pourquoi est-ce important pour vous ?
ZEFOR. Sevran n’a pas souvent été mis en lumière par le passé. C’est une fierté d’avoir ces talents, surtout quand tu habites dans un tel département.

STAVO. À Sevran il y a des étoiles, il n’y a pas que de la drogue.

OLDPEE. Avant, quand on entendait parler de « Sevran Beaudottes », c’était à propos des émeutes et de la violence. Aujourd’hui, on évoque les artistes ou les sportifs qui percent. Dans les infos, on n’entend plus parler de Sevran pour les problèmes qui peuvent s’y dérouler mais quand il y a un nouveau talent qui émerge.

Comment expliquez-vous que votre ville soit devenue une place centrale du rap français ?
STAVO. À Sevran, on a un style à part. Ça vient du fait qu’on a trop été étouffé. Et ce qui est étouffé finit toujours pas ressortir.

ZEFOR. On a une mentalité différente. Il y a un état d’esprit sevranais qui nous colle depuis qu’on est petit.

ZED. La trap correspond vraiment bien avec cette ville aussi. On peut n’avoir rien fait dans sa vie, si on vient de Sevran et qu’on rappe en parlant de la rue, ça marchera. Aussi, il y a beaucoup de rappeurs qui s’identifient à nous et qui reprennent nos gimmicks, nos expressions : « Binks » (terme employé pour désigner un bâtiment, ndlr) par exemple ça vient de Sevran. Il y a des phénomènes comme Kaaris ou Kalash Criminel qui sortent de cette ville. On influence beaucoup le rap et même d’autres domaines comme le sport.

À gauche : Zed. Veste et short, Issey Miyake. Pantalon, Nike. Bonnet, personnel. Sneakers OG Hyperblue, Nike.

À droite : sneakers OG Hyperblue, Nike.

Il est souvent difficile pour les groupes et collectifs de rap de s’imposer dans le temps. Avez-vous déjà réfléchi à une stratégie pour inscrire votre renommée sur la durée ?
ZED. On est plusieurs dans le groupe : chacun à son style, et chaque style peut apporter un nouveau public. On essaye aussi de faire des featurings individuellement. Parfois, l’idée derrière notre collectif, c’est de diviser pour mieux régner. C’est ce qui fait qu’on est là depuis 2014. Il y a des hauts et des bas, mais nos blazes tournent encore, on est toujours présents sur les réseaux. Quand t’es solo, c’est plus dur de rester à la mode pendant longtemps, tu dois t’adapter à tout.

ZEFOR. Si on regarde bien, le groupe c’est des feats entre nous quatre. Et on ne pose pas systématiquement à quatre sur les sons, même si on est toujours ensemble.

OLDPEE. Quand on a commencé, si on avait voulu se lancer en solo, on aurait tous pu le faire. Mais on a décidé de nous imposer dans ce game en tant que groupe, en tant que 13 Block. Maintenant ça fait quatre ans que 13 Block existe, on est obligés de nous diversifier, ce serait trop évident de ne faire que des sons à quatre. C’est aussi ça qui fait la force du groupe : par exemple Zed a participé à l’album de Maes, Zefor, Zed et moi on est sur l’album de Myth Syzer, et il y a encore d’autres featurings qui arrivent. On a toujours de l’actu. Et on a aussi gagné en maturité musicalement. C’est comme un joueur de foot, on est dans la même équipe mais individuellement on progresse.

La longévité d’une carrière se mesure parfois aussi à la capacité de mener à bien des projets ou des business hors du domaine de la musique, comme le fait Booba. Y avez-vous déjà pensé ?
OLDPEE. Pour l’instant on se concentre sur le rap, mais je compte investir dans autre chose. Ouvrir un label et signer plein de beatmakers par exemple. On a chacun nos petits projets.

ZED. On a beaucoup d’idées, chacun fait ses trucs. Desté (l’autre surnom de Stavo, ndlr) est dans le sport par exemple, il va dans des clubs, il fait du recrutement.

STAVO. Oui, je sponsorise des sportifs.

OLDPEE. On ne le met pas avant parce qu’on considère que c’est personnel. On aimerait aussi installer un studio d’enregistrement à Sevran, parce qu’il n’y a aucune structure, même pas une salle de répétition. Quand on s’est lancés, on répétait sur des créneaux ridicules dans des bâtiments qui n’étaient pas prévus pour, dehors devant les petits, dans des voitures, ou encore sur la route avant d’aller en studio. Créer des salles de répét’ et des studios, gérés par des gars de notre équipe qui nous suivent depuis le début, c’est un de nos projets. Ce qu’on n’a pas eu quand on a commencé, il faut l’offrir aux jeunes qui passeront après nous.

« On a même volé pour s’acheter des habits : je n’avais pas d’argent quand j’étais plus jeune, mais il fallait que je sois bien sapé. Peu importe si la casquette coûtait 180€ et que je n’avais même pas de quoi me payer un grec. On misait tout sur l’apparence. »

Quel rapport entretenez-vous avec la mode ?
ZED. L’esthétique, l’image, ça commence à prendre beaucoup de place dans la musique, donc c’est important. Aujourd’hui, le rap et la mode fonctionnent ensemble. Puis, on est renois donc c’est normal qu’on aime la sape.

STAVO. Depuis qu’on est petits on aime ça.

ZED. On a même volé pour s’acheter des habits : je n’avais pas d’argent quand j’étais plus jeune, mais il fallait que je sois bien sapé. Peu importe si la casquette coûtait 180€ et que je n’avais même pas de quoi me payer un grec. On misait tout sur l’apparence – c’est encore le cas maintenant d’ailleurs. Il fallait qu’on se débrouille, on ne pouvait pas demander à papa-maman de nous acheter ceci ou cela.

OLDPEE. Même dans la musique, t’as beau être bon, si ta dégaine ne passe pas, si t’as pas l’image qu’il faut, t’avances pas.

Qu’est-ce que ça vous fait d’être aujourd’hui les égéries des TN ?
ZEFOR. Dans le CV c’est pas rien ! On ne se serait jamais dit ça il y a quelques années.

ZED. Surtout parce qu’avant on allait chez Footlocker, on guettait les paires. C’est une fierté de les représenter.

Que représente ce modèle iconique pour vous ?
ZED. C’est une paire qui représente la cité, les bâtiments, la jeunesse. Ce sont les premières baskets à la fois chères et à la mode. On a quand même grandi dans des cités, cette paire là coûtait 180 balles, on était prêt à faire de sales choses pour pouvoir s’en procurer une.

STAVO. Aujourd’hui c’est sorti du binks, tout le monde a des requins.

ZED. Avant c’était vraiment lié à la banlieue mais maintenant c’est plus une histoire de mode. Il y a des gens « hype » qui en portent, on est sorti du cliché « rebeu de cité ».

À gauche : sneaker OG Purple, Nike.

À droite : Oldpee. Tracksuit, Gucci. Sneakers OG Purple, Nike.

Votre absence du projet 93 Empire – lancé par Sofiane et regroupant une quarantaine d’artistes hip-hop issus de Seine-Saint-Denis – a beaucoup étonné. Fianso avait-il tenté de vous convaincre d’y participer ?
OLDPEE. Oui, Sofiane nous a contactés via Dabs qu’il connaît bien. On s’est déplacés dans son studio, on a parlé, c’est un bon gars. Il nous a proposé un son qu’on a écouté. Le projet est lourd, il a bien fonctionné. Mais pour des raisons de stratégie, et en raison de notre façon de voir les choses, on s’est dit qu’on ne voulait pas apparaître dans une compil’. On ne le voit pas comme un refus, mais comme un choix, et c’est ce qu’on a dit à Sofiane. Il y a d’autres projets qu’on nous a proposés, qu’on a également déclinés.

STAVO. On veut se concentrer sur nous. Là on est en train de construire et promouvoir notre blaze, on a besoin d’être davantage confirmés avant de participer à ce genre de projet.

Chez Antidote, il y a un artiste qu’on aime particulièrement, qui était venu jouer à l’une de nos soirées : c’est Hamza. Depuis plusieurs mois on parle d’une collaboration entre vous et lui. Où ça en est ?
ZED. On devait le sortir mais des problèmes personnels nous ont retardé, puis les dates ne coïncidaient plus. Mais ne vous inquiétez pas, ça arrive prochainement, c’est toujours d’actualité. On y pense pour l’album, ou peut-être avant en hors-série. C’est encore en réflexion, mais le morceau est très lourd.

OLDPEE. En plus, c’est sur une instru qu’on a fait ensemble, Hamza et nous.

Vous avez évoqué votre futur album, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce nouveau projet ?
OLDPEE. 
On travaille beaucoup dessus, ça prend du temps. Les gens ont considéré Violence Urbaine Émeute et Triple S comme des albums, mais pour nous ce sont une mixtape et un EP. C’est notre premier album et on veut qu’il soit bien au-dessus de nos précédents projets. Après Triple S, on n’a plus rien fait pendant un bon moment, on n’allait plus au studio. Là on a repris et on taffe d’arrache-pied. Aujourd’hui on a 32 sons, et parmi eux il n’y en a que 3 qui nous conviennent. Le niveau d’exigence est encore plus élevé.

Savez-vous déjà qui on pourra retrouver sur cet album ? Notamment au niveau des productions ?
OLDPEE. Ikaz Boi, Binks Beatz, Pyroman, Junior Alaprod, Twinsmatic… on reçoit beaucoup de beats. Mais ce n’est pas parce qu’on pose sur une instru qu’elle sera forcément sur l’album. Après ça peut nous servir pour autre chose, comme des freestyles. « GTI » par exemple, c’est une prod de Junior qui faisait partie des 32 sons.

À gauche : Stavo. Vestes et pantalon, Nike NSW. Casquette, personnelle. Lunettes de soleil, Prada. Sneakers TN Greedy, Nike.

À droite : sneakers TN Greedy, Nike. 

Les sneakers Nike OG Hyperblue, OG Sunset et TN Greedy sont désormais disponibles chez Foot Locker et dans une sélection de retailers. La OG Purple sortira elle le 15 décembre prochain.

Zed, Zefor, Stavo et Oldpee se connaissent depuis la primaire, ils ont grandi ensemble dans la même cité, fréquenté les mêmes halls d’immeuble, ont eu les mêmes professeurs, ont fait les mêmes conneries… Mais surtout, ensemble, ils ont rappé. Aujourd’hui, les liens qui unissent le groupe ne semblent pas s’être effrités une seconde. Ils pensent comme un seul homme tout en faisant valoir leur individualité et leur talent respectif, pour mieux annexer la planète rap.

Sorti en avril dernier, leur dernier projet Triple S a consacré le quatuor sevranais comme l’un des groupes les plus excitants du moment. Le disque entremêle des flows explosifs réunis dans une série de bangers incandescents, des textes forts qui racontent la rue, la violence et la dureté d’une vie passée dans la cité des Beaudottes, et des productions signées par les meilleurs beatmakers de l’hexagone. Le triptyque gagnant d’une ascension vers les sommets du rap game français. Près d’un an plus tard, 13 Block est resté hyperactif : le groupe multiplie les concerts, freestyles et featurings de choix sur les albums de Ikaz Boi, Myth Syzer ou encore Maes, tout en préparant un nouvel album, alors qu’il a été intronisé égérie des Nike TN. Rencontre.

ANTIDOTE. De la sortie de votre mixtape XIII sortie en 2014, suivie de Violence Urbaine Émeute et Ultrap en 2016 puis enfin Triple S cette année, pouvez-vous nous expliquer votre processus de création ?
OLDPEE. On a fait la net-tape XIII avec nos propres moyens, qu’on a révélée sur la plateforme Datpiff. On n’a pas fait de clip à ce moment là, on a payé que le studio. Au moment de sa release, on travaillait déjà sur Violence Urbaine Émeute que l’on a sorti sur le label HotDeff avec qui on venait de signer, puis Ultrap est sortie 6 mois après VUE.  Au moment où Ultrap tournait et où on faisait des showcases, on composait quelques nouveaux sons et puis on a rencontré Ikaz Boi, on a noué des liens, fait deux-trois morceaux ensemble, et c’est comme ça que Triple S est né.

Sneakers OG Sunset, Nike.

Zefor : pantalon, Off White. Pull col roulé, Uniqlo. Veste, Pihakapi. Sneakers OG Sunset, Nike.

À vos yeux, en quoi Triple S se différencie de vos précédents projets ?
ZEFOR. Il y a une différence au niveau des productions déjà : les beats d’Ikaz Boi nous ont « ouverts », si on compare avec nos anciens projets. Les instrus nous emmenaient dans des flows différents, il y a eu une bascule. Et entre-temps, on a aussi changé nos manières d’écrire.

OLDPEE. On a atteint une certaine forme de maturité. Et le bilan est assez positif : il n’y a eu que des bons retours, et des sons comme « Vide » ou « Somme » ont bien marché.

Vos morceaux ont toujours été très ancré dans votre quotidien, vous y décrivez ce que vous vivez au jour le jour. Votre réalité a-t-elle cependant changée depuis le succès de votre dernier album ?
OLDPEE. Notre quotidien est resté le même, on est toujours à Sevran, mais notre réalité elle a un peu évolué. Triple S nous a permis d’obtenir davantage de reconnaissance. Mais on ne se dit pas qu’on traverse la gloire, qu’on a percé et qu’on est connus. On est reconnus, ce n’est pas la même chose.

Studio, featurings, clips, promo, concerts… Vous êtes très demandés en ce moment. Comment vous adaptez-vous à ce rythme ?
ZEFOR. C’est un métier. Quand il n’y a pas de taff, t’es ramolli, mais quand il y en a tu dois charbonner, tu t’adaptes.

« L’idée derrière notre collectif, c’est de diviser pour mieux régner »

Quand Triple S est sorti, vous avez dit à YARD que « Sevran c’est pas une ville à faire du R&B ». Même si vous restez dans le rap, vous avez pourtant élargi votre palette musicale. Sur « Oops » de Myth Syzer ou sur « Mood », vous avez des passages plus chantés.
ZEFOR. On n’a plus les même prods qu’avant, on s’adapte aux beats et on ose plus dessus.

STAVO. Après le R&B c’est un état d’esprit, ce n’est pas parce qu’on chante que c’est automatiquement du R&B. Même sur une instru de R&B je peux rapper, et effacer le cachet R&B, parce que je rappe ma vie. En fait, c’est ce qu’on amène comme état d’esprit qui compte.

Vous faites régulièrement la promotion des jeunes talents de Sevran, quelle que soit la discipline. Pourquoi est-ce important pour vous ?
ZEFOR. Sevran n’a pas souvent été mis en lumière par le passé. C’est une fierté d’avoir ces talents, surtout quand tu habites dans un tel département.

STAVO. À Sevran il y a des étoiles, il n’y a pas que de la drogue.

OLDPEE. Avant, quand on entendait parler de « Sevran Beaudottes », c’était à propos des émeutes et de la violence. Aujourd’hui, on évoque les artistes ou les sportifs qui percent. Dans les infos, on n’entend plus parler de Sevran pour les problèmes qui peuvent s’y dérouler mais quand il y a un nouveau talent qui émerge.

Comment expliquez-vous que votre ville soit devenue une place centrale du rap français ?
STAVO. À Sevran, on a un style à part. Ça vient du fait qu’on a trop été étouffé. Et ce qui est étouffé finit toujours pas ressortir.

ZEFOR. On a une mentalité différente. Il y a un état d’esprit sevranais qui nous colle depuis qu’on est petit.

ZED. La trap correspond vraiment bien avec cette ville aussi. On peut n’avoir rien fait dans sa vie, si on vient de Sevran et qu’on rappe en parlant de la rue, ça marchera. Aussi, il y a beaucoup de rappeurs qui s’identifient à nous et qui reprennent nos gimmicks, nos expressions : « Binks » (terme employé pour désigner un bâtiment, ndlr) par exemple ça vient de Sevran. Il y a des phénomènes comme Kaaris ou Kalash Criminel qui sortent de cette ville. On influence beaucoup le rap et même d’autres domaines comme le sport.

Zed : veste et short, Issey Miyake. Pantalon, Nike. Bonnet, personnel. Sneakers OG Hyperblue, Nike.

Sneakers OG Hyperblue, Nike.

Il est souvent difficile pour les groupes et collectifs de rap de s’imposer dans le temps. Avez-vous déjà réfléchi à une stratégie pour inscrire votre renommée sur la durée ?
ZED. On est plusieurs dans le groupe : chacun à son style, et chaque style peut apporter un nouveau public. On essaye aussi de faire des featurings individuellement. Parfois, l’idée derrière notre collectif, c’est de diviser pour mieux régner. C’est ce qui fait qu’on est là depuis 2014. Il y a des hauts et des bas, mais nos blazes tournent encore, on est toujours présents sur les réseaux. Quand t’es solo, c’est plus dur de rester à la mode pendant longtemps, tu dois t’adapter à tout.

ZEFOR. Si on regarde bien, le groupe c’est des feats entre nous quatre. Et on ne pose pas systématiquement à quatre sur les sons, même si on est toujours ensemble.

OLDPEE. Quand on a commencé, si on avait voulu se lancer en solo, on aurait tous pu le faire. Mais on a décidé de nous imposer dans ce game en tant que groupe, en tant que 13 Block. Maintenant ça fait quatre ans que 13 Block existe, on est obligés de nous diversifier, ce serait trop évident de ne faire que des sons à quatre. C’est aussi ça qui fait la force du groupe : par exemple Zed a participé à l’album de Maes, Zefor, Zed et moi on est sur l’album de Myth Syzer, et il y a encore d’autres featurings qui arrivent. On a toujours de l’actu. Et on a aussi gagné en maturité musicalement. C’est comme un joueur de foot, on est dans la même équipe mais individuellement on progresse.

La longévité d’une carrière se mesure parfois aussi à la capacité de mener à bien des projets ou des business hors du domaine de la musique, comme le fait Booba. Y avez-vous déjà pensé ?
OLDPEE. Pour l’instant on se concentre sur le rap, mais je compte investir dans autre chose. Ouvrir un label et signer plein de beatmakers par exemple. On a chacun nos petits projets.

ZED. On a beaucoup d’idées, chacun fait ses trucs. Desté (l’autre surnom de Stavo, ndlr) est dans le sport par exemple, il va dans des clubs, il fait du recrutement.

STAVO. Oui, je sponsorise des sportifs.

OLDPEE. On ne le met pas avant parce qu’on considère que c’est personnel. On aimerait aussi installer un studio d’enregistrement à Sevran, parce qu’il n’y a aucune structure, même pas une salle de répétition. Quand on s’est lancés, on répétait sur des créneaux ridicules dans des bâtiments qui n’étaient pas prévus pour, dehors devant les petits, dans des voitures, ou encore sur la route avant d’aller en studio. Créer des salles de répét’ et des studios, gérés par des gars de notre équipe qui nous suivent depuis le début, c’est un de nos projets. Ce qu’on n’a pas eu quand on a commencé, il faut l’offrir aux jeunes qui passeront après nous.

« On a même volé pour s’acheter des habits : je n’avais pas d’argent quand j’étais plus jeune, mais il fallait que je sois bien sapé. Peu importe si la casquette coûtait 180€ et que je n’avais même pas de quoi me payer un grec. On misait tout sur l’apparence. »

Quel rapport entretenez-vous avec la mode ?
ZED. L’esthétique, l’image, ça commence à prendre beaucoup de place dans la musique, donc c’est important. Aujourd’hui, le rap et la mode fonctionnent ensemble. Puis, on est renois donc c’est normal qu’on aime la sape.

STAVO. Depuis qu’on est petits on aime ça.

ZED. On a même volé pour s’acheter des habits : je n’avais pas d’argent quand j’étais plus jeune, mais il fallait que je sois bien sapé. Peu importe si la casquette coûtait 180€ et que je n’avais même pas de quoi me payer un grec. On misait tout sur l’apparence – c’est encore le cas maintenant d’ailleurs. Il fallait qu’on se débrouille, on ne pouvait pas demander à papa-maman de nous acheter ceci ou cela.

OLDPEE. Même dans la musique, t’as beau être bon, si ta dégaine ne passe pas, si t’as pas l’image qu’il faut, t’avances pas.

Qu’est-ce que ça vous fait d’être aujourd’hui les égéries des TN ?
ZEFOR. Dans le CV c’est pas rien ! On ne se serait jamais dit ça il y a quelques années.

ZED. Surtout parce qu’avant on allait chez Footlocker, on guettait les paires. C’est une fierté de les représenter.

Que représente ce modèle iconique pour vous ?
ZED. C’est une paire qui représente la cité, les bâtiments, la jeunesse. Ce sont les premières baskets à la fois chères et à la mode. On a quand même grandi dans des cités, cette paire là coûtait 180 balles, on était prêt à faire de sales choses pour pouvoir s’en procurer une.

STAVO. Aujourd’hui c’est sorti du binks, tout le monde a des requins.

ZED. Avant c’était vraiment lié à la banlieue mais maintenant c’est plus une histoire de mode. Il y a des gens « hype » qui en portent, on est sorti du cliché « rebeu de cité ».

Sneaker OG Purple, Nike.

Oldpee : tracksuit, Gucci. Sneakers OG Purple, Nike.

Votre absence du projet 93 Empire – lancé par Sofiane et regroupant une quarantaine d’artistes hip-hop issus de Seine-Saint-Denis – a beaucoup étonné. Fianso avait-il tenté de vous convaincre d’y participer ?
OLDPEE. Oui, Sofiane nous a contactés via Dabs qu’il connaît bien. On s’est déplacés dans son studio, on a parlé, c’est un bon gars. Il nous a proposé un son qu’on a écouté. Le projet est lourd, il a bien fonctionné. Mais pour des raisons de stratégie, et en raison de notre façon de voir les choses, on s’est dit qu’on ne voulait pas apparaître dans une compil’. On ne le voit pas comme un refus, mais comme un choix, et c’est ce qu’on a dit à Sofiane. Il y a d’autres projets qu’on nous a proposés, qu’on a également déclinés.

STAVO. On veut se concentrer sur nous. Là on est en train de construire et promouvoir notre blaze, on a besoin d’être davantage confirmés avant de participer à ce genre de projet.

Chez Antidote, il y a un artiste qu’on aime particulièrement, qui était venu jouer à l’une de nos soirées : c’est Hamza. Depuis plusieurs mois on parle d’une collaboration entre vous et lui. Où ça en est ?
ZED. On devait le sortir mais des problèmes personnels nous ont retardé, puis les dates ne coïncidaient plus. Mais ne vous inquiétez pas, ça arrive prochainement, c’est toujours d’actualité. On y pense pour l’album, ou peut-être avant en hors-série. C’est encore en réflexion, mais le morceau est très lourd.

OLDPEE. En plus, c’est sur une instru qu’on a fait ensemble, Hamza et nous.

Vous avez évoqué votre futur album, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce nouveau projet ?
OLDPEE. 
On travaille beaucoup dessus, ça prend du temps. Les gens ont considéré Violence Urbaine Émeute et Triple S comme des albums, mais pour nous ce sont une mixtape et un EP. C’est notre premier album et on veut qu’il soit bien au-dessus de nos précédents projets. Après Triple S, on n’a plus rien fait pendant un bon moment, on n’allait plus au studio. Là on a repris et on taffe d’arrache-pied. Aujourd’hui on a 32 sons, et parmi eux il n’y en a que 3 qui nous conviennent. Le niveau d’exigence est encore plus élevé.

Savez-vous déjà qui on pourra retrouver sur cet album ? Notamment au niveau des productions ?
OLDPEE. Ikaz Boi, Binks Beatz, Pyroman, Junior Alaprod, Twinsmatic… on reçoit beaucoup de beats. Mais ce n’est pas parce qu’on pose sur une instru qu’elle sera forcément sur l’album. Après ça peut nous servir pour autre chose, comme des freestyles. « GTI » par exemple, c’est une prod de Junior qui faisait partie des 32 sons.

Stavo : vestes et pantalon, Nike NSW. Casquette, personnelle. Lunettes de soleil, Prada. Sneakers TN Greedy, Nike.

Sneakers TN Greedy, Nike. 

Les sneakers Nike OG Hyperblue, OG Sunset et TN Greedy sont désormais disponibles chez Foot Locker et dans une sélection de retailers. La OG Purple sortira elle le 15 décembre prochain.

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