La mélo de Gazo et Tiakola est gangx, et leur alchimie parfaite

Article publié le 5 décembre 2023

Les deux rappeurs, parmi les plus populaires du moment en France, ont sorti un album

Les deux rappeurs, parmi les plus populaires du moment en France, ont sorti un album


Les deux rappeurs, parmi les plus populaires du moment en France, ont sorti un album
commun qui fait des étincelles dans un monde froid : La Mélo est Gangx. Après plusieurs collaborations à succès et des carrières solo déjà bien remplies, Gazo et Tiako fusionnent leurs univers pour aboutir à une alchimie évidente mais innovante. De leurs premiers pas en studio au sommet des charts, on a discuté (et beaucoup rigolé) avec deux bosseurs passionnés, qui allient aujourd’hui leurs forces au profit de la culture… à travers la leur.

 

Gazo : veste, tee-shirt et pantalon Balenciaga, baskets Nike. Tiakola : veste et jean Balenciaga, cagoule Nike.
Rachid Majdoub : La Mélo est Gangx, ça allait de soi.
Tiakola : Le moment est venu !
En tout cas bravo pour cet album, qui était un secret bien gardé.
Gazo : Il n’y a pas de hasard, c’était dans les plans.
Remontons le temps rapidement. Tiako t’étais avec le 4Keus Gang, Gazo tu t’appelais Bramsou. C’est là où vous vous êtes croisés en studio avant de faire votre première collab ensemble.
Gazo : Ça remonte un peu, mais j’en garde plein de souvenirs. Ils étaient jeunes et ils avaient un bon buzz. Des gars à moi bossaient chez eux et me disaient : « Regarde, ils sont chauds ». Aujourd’hui, un de ces mecs dont je te parle est un de mes managers. On dormait au studio parfois donc on les voyait arriver, on devait arrêter pour les laisser rapper, puis après on rappait juste derrière.
Tiakola : On leur grattait des heures [rires, NDLR].
Gazo : Ouais gratteur, t’es un bon le sang [rires, NDLR].
Tiakola : Après on le connaissait aussi, il [Gazo, NDLR] faisait beaucoup de freestyles et avait un petit buzz. Puis il y avait Sherko, qui est devenu ingénieur parce qu’il n’y avait pas d’ingé son, alors que c’était un rappeur… c’est une dinguerie [rires, NDLR]. « Mon gars Sherko est l’ingé », c’est pour ça qu’il [Gazo, NDLR] dit ça [dans leur première collab’, « M.G.B.Z », NDLR].
Gazo : C’est vrai qu’on rappait tous ensemble.
Tiakola : C’est comme ça qu’on s’est connus. Et en plus le côté humain passait bien entre nous. Quand tu viens de Saint-Denis et de la Courneuve, il y a un peu de discordes, tu connais. Alors que nous c’est passé direct, il y avait du respect.
Ça vous fait quoi plusieurs années après de vous retrouver sur un album commun, après déjà un gros début de carrière.
Gazo : C’est un truc qui tombe vraiment au bon moment pour nous deux. On pourrait sortir chacun notre projet, il n’a pas besoin de moi et je n’ai pas besoin de lui. C’est vraiment quelque chose qu’on fait parce qu’on en a envie, et pour la culture du rap français.
Dans le rap français aujourd’hui, les artistes se mélangent peu, et encore moins pour un projet commun entre deux gros rappeurs.
Tiakola : C’est vrai que quand des artistes sont au top, c’est rare qu’ils fassent des projets ensemble. Mais nous on s’est dit : « Vas-y viens, on le fait vraiment ».
Gazo : Ouais, c’est maintenant.
C’est vrai que quand je regarde les tops singles chaque semaine, les tops albums, depuis des mois et des mois, je vois Gazo Gazo Gazo, Tiako Tiako Tiako…
Tiakola [Rires, NDLR] : Ouais, c’est incroyable.
Gazo : C’est un gros travail sur le long terme, on ne se fixe pas d’objectifs. C’est pour ça que l’alchimie fonctionne bien. On ne se dit pas : « Vas-y faut qu’on fasse double, triple platine »…
Tiakola : Quand je posais sur « Fleurs » [un titre de l’album KMT, de Gazo, NDLR], je suis venu au studio comme aç. Je ne me suis pas dit : « Il faut qu’on cherche un diamant ».

Gazo : pull Alexander McQueen, pantalon Dolce & Gabbana, chaussures Emporio Armani, lunettes Prada. Tiakola : costume Alexander McQueen, tee-shirt Nike, chaussures Emporio Armani, lunettes Prada, montre Rolex.

Gazo : « Un album c’est rapide, mais un bon album ça prend du temps. »

Tu parles d’alchimie, c’est exactement ça. Au-delà de votre relation de longue date, comment on fait tout un album à deux ?
Gazo : Un album c’est rapide, mais un bon album ça prend du temps. Tu vois, je pense qu’on a réussi à faire un bon album. Et on a passé quoi… 7-8 mois dessus.
Tiakola : Et après on l’a laissé 3-4 mois à Sherko et toute l’équipe pour les mixes, tout ça.
Gazo : On l’a bien travaillé, en mode intense.
Tiakola : Et on s’est bien amusés.
Gazo : On s’est bien amusés, on a voyagé. On est partis à Londres, ça nous a apporté un truc important… Dès que l’un pouvait apporter à l’autre sur un morceau, il ramenait sa couleur.
Tiakola : On connaissait nos forces. Après, lui aussi a commencé en groupe. On connaissait les qualités de chacun, et on a les mêmes couleurs, que ce soit côté Jamaïque, New York avec la drill, on a les mêmes codes musicaux et on n’a pas de frontières. Puis y a les rajouts de Sherko, ou quand on va chercher les choristes dans « Sobad ».
Gazo : C’est vraiment un travail d’équipe.
Ouais ça se ressent, c’est fluide, et encore plus poussé et homogène musicalement que les collaborations que vous avez pu faire jusqu’à maintenant.
Gazo : C’est carrément ça. On voulait avoir une bonne continuité, et c’est une suite logique, mais sans faire la même chose.
Tiakola : En tout cas on a travaillé, hein.
Gazo : On a fait notre taf.
Il y a quelques morceaux qui m’ont semblé particulièrement marquants, comme « Notre Dame », ou « Mami Wata » (la déesse de l’eau). Ça va être un hit en puissance ça, non ?
Tiakola : [Rires, NDLR] Ah ouais !
Gazo : J’ai pensé à ce morceau parce que j’aimais beaucoup la vibe nigériane, la vibe reggaeton présente ces derniers temps. Et tu connais, Tiako lui c’est un perfect sur ce genre de conneries-là [rires, NDLR].
Tiakola : On est allés aux Antilles, aux Caraïbes où on est grave écoutés, et culturellement on se comprend direct.

Plus globalement, cet album peut donner un peu d’espoir à une jeunesse parfois désabusée, et vous nous plongez dans une société où les relations, aussi, sont de plus en plus futiles…
Gazo : Nous-mêmes on est encore dans la fleur de l’âge, on vit encore ces choses-là, et en tant qu’artistes on est en position de parler à ces gens-là. On donne des conseils par rapport aux époques qu’on a traversées, sans non plus leur dire ce qu’ils doivent faire.
C’est important parce qu’on est une génération un peu perdue aujourd’hui, dans un monde un peu perdu aussi…
Gazo : C’est normal, tu vois, et on a surtout fait ce projet pour faire kiffer les gens, musicalement parlant.
Histoire de réchauffer un peu les cœurs par ces temps froids.
Gazo : Voilà, exactement.
En plus, il tombe au bon moment, avant l’hiver.
Tiakola : C’est ça. Et la DA, la cover est froide…
Gazo : Rien n’a été laissé au hasard.
Tiakola : Tu le sens même dans les sons un peu ambiance, comme « Afrikanbadman », nos paroles restent toujours dans le même état d’esprit. Je me suis dit, vu que je pose avec Gazo, je vais moins faire d’harmo’, je vais essayer d’être plus précis dans mes phrases.
Tiakola et Gazo : ensemble Zegna, baskets Nike x Off White, montres Rolex, bracelet Van Cleef & Arpels.

Gazo : « Un hit c’est quelque chose que tu peux consommer vite, mais qui va tourner longtemps. Alors qu’un banger c’est une performance pour la street, c’est plus sur le moment : « Il a envoyé, il est chaud, mais on attend un hit ». Quand tu sors un album, tu fais kiffer avec des bangers, et après t’envoies des hits, qui te font manger sur le long terme. »

Niveau production, la guitare sur l’outro par exemple… c’est du gros niveau.
Tiakola : Tarik Azzouz [un célèbre beatmaker français, qui a collaboré sur la production de l’outro, NDLR], frère ! Il y a des machines derrière… Kore, JAE5, Skread [Tiakola cite ici des producteurs ayant collaboré sur l’album, NDLR].
Gazo : Il y a des Grammy Awards dans ce projet !
Flem aussi.
Tiakola : Ouais, tout ce qui est de Flem !

C’est lui qui a produit les deux seuls titres solo de l’album, « 100K » et « 200K », qui s’enchaînent à merveille.
Tiakola : On était obligés ! Et c’est pas quelqu’un qui fait des hits, mais il fait des bangers, tu vois.
C’est quoi la différence entre un hit et un banger, pour vous ?
Gazo : Un hit c’est quelque chose que tu peux consommer vite, mais qui va tourner longtemps. Alors qu’un banger c’est une performance pour la street, c’est plus sur le moment : « Il a envoyé, il est chaud, mais on attend un hit ». Quand tu sors un album, tu fais kiffer avec des bangers, et après t’envoies des hits, qui te font manger sur le long terme.
Tiakola : Et il y a des bangers qui deviennent des hits, comme « Kassav ».
C’est dur d’avoir un hit validé par la street.
Tiakola : Ouais c’est vrai, franchement c’est dur. Puis quand tu voyages, tu captes la portée du morceau.
Gazo : manteau Marine Serre, jean Nike, chaussures Jacquemus, bracelet Van Cleef & Arpels. Tiakola : veste, chemise et jean Marine Serre, chemise Bottega Veneta, tee-shirt Givenchy, chaussures Dolce & Gabbana, montre Rolex.

Tiakola : « Je ne montre pas que je suis un petit geek. Des fois je retarde carrément les projets pour des petits détails que j’aime bien. »

En parlant de voyage, il y a beaucoup de mélodies qui traversent vos frontières aussi dans cet album…
Gazo : Tu connais, Tiako tous les jours il avait une nouvelle mélo à ajouter, une guitare, une trompette… quelque chose [rires, NDLR]. C’est Tiako ! Je me posais des questions, mais avec le recul j’ai capté que c’était de la frappe, je finissais par me dire : « Non en fait, il est chaud ! ».
Tiakola [Rires, NDLR] : Non mais ils sauront un jour… je le cache ce truc-là et je ne montre pas que je suis un petit geek. Des fois je retarde carrément les projets pour des petits détails que j’aime bien.
Gazo : On se prend la tête pour donner le meilleur de nous.
Tiakola : Après, lui il a plus de recul, mais quand il dit quelque chose on l’entend vraiment. Quand il veut performer, il sait que ça va durer longtemps et que tu vas t’en souvenir. Et c’est là qu’il m’a appris des choses.
Gazo : En fait, on s’apprend mutuellement des choses.
Vous avez tous les deux « percé » comme on dit, et c’est dur de percer dans le rap aujourd’hui, parmi de très nombreux rappeurs… si vous aviez un conseil à donner à un jeune qui veut se lancer, ou qui souhaite passer au niveau supérieur, ce serait lequel ?
Tiakola : Le talent ne suffit pas, déjà.
Gazo : Si t’as pas de vrais rêves dès le départ, lâche l’affaire mon reuf.
Tiakola : L’organisation aussi, c’est très important. Quand j’ai vu le processus qu’il [Gazo, NDLR] a, frérot… moi-même j’étais choqué. Je l’ai vu avant et je l’ai vu arriver, et ensuite, même installé, il m’a dit : « C’est mort, je lâche pas l’affaire ». C’est là que tu te dis que le talent ne suffit pas. Il s’est accroché et c’est qu’en 2020 que ça l’a fait.
Gazo : Avant, tu vois, on était dans l’anonymat. J’avais cette arrogance comme les rappeurs ; tu connais, le sang. Tu te trouves meilleur que tout le monde, t’as capté. Mais tu fais rien… Faut se donner, payer le studio ça suffit pas. On s’est donnés à fond, comme Tiako, il ne le dit pas mais il s’achète plein de matériel, il s’enregistre, il est passionné. C’est des choses qui te font évoluer, au lieu de rester dans ton confort. C’est pour ça que quand il y a un hit, on ne se repose pas là-dessus.
C’est vrai que vous pourriez vous reposer sur vos acquis, alors que vous êtes au studio jour et nuit.
Gazo : C’est vrai, et faut pas attendre. Les gens oublient plus vite qu’on ne le pense et d’autres arrivent plus vite que prévu. Faut pas croire qu’on est éternels.
Tiakola : C’est l’image qu’on peut donner aussi, entre les photos, etc… alors que derrière, c’est beaucoup de travail.
Gazo : On donne le meilleur de nous-mêmes, la musique c’est du travail et une passion. On aime plus ça que le lifestyle. On est plus en mode work qu’en mode brand. Comme un Jul, t’as capté, tu charbonnes et tu profites après. Le temps passe vite.
Et il faut marquer son temps.
Gazo : Marquer notre époque, c’est important, une fois qu’on est dans le bain. On est obligé de faire les choses bien, maintenant que t’es monté trop haut pour redescendre.
Vous avez prévu une tournée ensemble ?
Tiakola : On va faire des festivals et être proches du public.
Tiakola : doudoune, hoodie, jean et chaussures Givenchy. Gazo : doudoune sans manches, jean et chaussures Givenchy, tee-shirt Nike, montre Rolex, bracelet Van Cleef & Arpels.

Tiakola : « On a une relation grand frère-petit frère. »

Pour finir, quelques questions rapides : qui a la meilleure plume ?
Tiakola : C’est lui.
Gazo : Non c’est mort, lui aussi il a une grosse plume.
Tiakola : Il a l’école parisienne plus le 93, moi j’ai que l’école 93 [rires, NDLR] !
Gazo : Quand tu le mets dans le bourbier, son chakra se réveille et il peut cogiter trois jours sur la même phrase et te sortir un truc [rires, NDLR]. Les gens vont s’en rendre compte, même si lui ne s’en rend pas compte.
Le meilleur mélo ?
Gazo : Incomparable, tu sais très bien que t’es un mélomane le sang.
Tiakola [Rires, NDLR] : T’as fait plus de refrains que moi dans le projet hein !
Gazo : Carrément, il m’a laissé m’exprimer [rires, NDLR]. La mélo tu connais… dans « Sobad », avec la chorale anglaise, c’est une performance !

Le plus gangx ?
Gazo : C’est peut-être lui hein, 50/50 ! Parce que sa mélo elle est gangx, elle est tellement douce que ça te fait oublier que c’est gang, mais quand tu lis ses paroles tu te dis : « AH, L’****** ! ». Ah, il est bon Tiako…
Celui qui s’habille le mieux ?
Tiakola : Ah là c’est lui !
Gazo : Arrête wesh, c’est un ouf lui wesh ! La dernière fois il avait une paire de Nike à 26 000 euros, il savait même pas frère !
Tiakola : Aaaaaah ! [Rires, NDLR]
Gazo : En fait c’est deux styles différents, tu vois moi par exemple bon, je mets du LV, du Gucci…
Tiakola : Mais on se retrouve au niveau des prix [rires, NDLR].
Pour finir, Gazo qu’est-ce que t’adores chez Tiako, et vice-versa ?
Gazo : J’aime tout chez lui mon gars, on s’est jamais pris la tête tous les deux.
Tiakola : Depuis qu’on est petits, quand on parle sérieusement tous les deux on se donne des conseils.
Comme des frères ?
Gazo : Voilà, exactement.
Tiakola : On a cette relation grand frère-petit frère. C’est rare qu’on se prenne la tête, comme avec mon vrai frère. [Il chante, NDLR] : « Sooobaaad ! »

Tiakola et Gazo : polo et jean Jacquemus, gants Nike, lunettes Philipp Plein, bracelet Van Cleef & Arpels.
Interview @rachid.majdoub. Photographie et stylisme @yannweber. Maquillage @hicham_abasa. Coordination mode : @mmb_____ et @hamodeayy. Assistant·e·s stylisme @sharleaute, @gringolo_, @cruellabi. Set design @alexandrearoy. Opérateur digital @tsuvasasaikusa. Assistant·e·s photographie @alexandrelevouadec et @camillesuilsporte. Assistant set design @raven_doing_things. Production @aurea.productions. Coordinatrices de production : Rosa Durán et Amélie Pietri.

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