Charli XCX : « Mon revirement actuel est sans doute le plus extrême que j’aie jamais fait »

Article publié le 6 mai 2022

Interview par Maxime Retailleau extraite d’Antidote Persona issue printemps-été 2022. Coiffure : Nicole Kahlani. Maquillage : Ana Takahashi. Manucure : Michelle Humphrey. Coordinateur mode : Brando Prizzon. Set Design : Charlotte Cook, King Owusu. Consultante créative : Billie O’Neill-Queenan. Production : Bryanna Kelly.

À l’occasion de la sortie de son cinquième album, CRASH, en mars 2022, la chanteuse britannique Charli XCX a dévoilé une nouvelle persona à la fois sombre et sensuelle, réaffirmant sa capacité à se réinventer. Dans cette interview, elle revient sur son évolution artistique et son détachement du courant hyperpop, évoque sa relation contrastée avec ses fans et explique comment l’autodérision lui a permis de se protéger au cours de sa carrière.

Après avoir opéré un virage inattendu vers l’hyperpop en 2016 avec son EP Vroom Vroom, produit aux côtés de SOPHIE, suivi de deux mixtapes et deux albums composés avec le pape de ce style musical, A.G. Cook, Charli XCX vient de donner un nouveau tournant radical à sa carrière. Loin des morceaux maximalistes et des mélodies déconstruites qui ont marqué ses cinq derniers projets, CRASH traduit la volonté de la chanteuse de concilier sincérité artistique et potentiel commercial, quitte à se retrouver accusée par certain·e·s d’avoir fini par flancher face aux diktats de l’industrie. Or avec ce nouveau disque, Charli XCX ne s’installe pas dans une zone de confort ; elle quitte au contraire celle qui était en train de se former autour d’elle pour explorer de nouveaux territoires musicaux.
Ces derniers restent cependant empreints d’une certaine familiarité. Après avoir signé son contrat avec le label Atlantic Records à seulement 16 ans, avec lequel elle a entretenu une relation tumultueuse, l’artiste a tout d’abord versé dans une pop emplie de fièvre adolescente, comme en témoignent certains singles taillés pour grimper en haut des charts comme « Break The Rules » ou encore « Boom Clap ». À ce jour, elle a toutefois dû se contenter de vivre ses plus grands succès par procuration, en tant que songwriter, dont les toplines ont été reprises par le duo suédois Icona Pop (« I Love It »), Iggy Azalea (« Fancy ») ou encore Selena Gomez (« Same Old Love »). Si elle a déclaré à de nombreuses reprises n’éprouver aucune frustration vis-à-vis de cette situation, elle a cependant décidé de replacer ses talents de hit-maker à son propre service – ce qui a déconcerté une partie de sa fanbase.
Ils transparaissent ainsi de nouveau à travers CRASH, qui puise dans la musique des années 1980 tout en laissant place à l’expérimentation, de l’addictif « Constant Repeat » à l’implacable « Used To Know Me », en passant par la ballade « Every Rule ». Son refrain, dans lequel Charli XCX chante : « I’m breaking every rule for you », rappelle au passage qu’elle n’hésite pas à filer sur l’asphalte de la vie en suivant son instinct, quitte à flirter avec les interdits. Sans craindre le clash, ni le crash.
ANTIDOTE : Dans le clip du premier single de CRASH que tu as dévoilé, « Good Ones », tu te tiens lascivement allongée sur ta propre tombe, où sont inscrits « Charli XCX », ta date de naissance et celle de ta mort métaphorique, le 18 mars 2022, qui correspond au jour de la sortie de l’album. Pourquoi était-il important pour toi de mettre en scène ce décès et cette résurrection allégoriques ?
CHARLI XCX : Bien que je ne définirais pas ma musique comme étant de l’hyperpop, on m’a beaucoup associée à ce style. Ce genre musical est né à travers les rêves de personnes dans leur lit, il a un côté sexy très DIY et rassemble une communauté en ligne très active. Puis l’hyperpop a commencé à devenir une esthétique à la mode dans laquelle on a rangé des artistes qui faisaient des morceaux très différents. Il y a beaucoup de diversité derrière cette étiquette. Je la rejette à titre personnel, car je ne veux pas être cataloguée. Certains ont commencé à prédire le genre de sonorités que j’allais créer et j’ai voulu aller dans la direction opposée. Il s’agissait de jouer avec l’idée d’une renaissance, ce qui fait écho à ce que tous·tes les artistes que j’adore ont fait. Madonna, Bowie… Les plus grand·e·s ont tué d’anciennes versions d’eux·elles-mêmes pour permettre l’émergence d’une nouvelle persona, accompagnée d’un nouveau type de sonorités et d’un nouveau look. Mon revirement actuel est sans doute le plus extrême que j’aie jamais fait.

Charli XCX : foulard, manteau, sac Cut Out et chaussures, Givenchy.
As-tu le sentiment d’assumer plus que jamais ton désir de devenir l’une des plus grandes pop stars de la planète ?
J’essaye de faire ça à ma façon. Je ne sais pas si ça plaira à un très grand public, car il y a une forme de noirceur dans ce que je fais. J’ai d’ailleurs le sentiment qu’il y a de la noirceur dans la pop culture et dans l’univers dans lequel naviguent les pop stars, des médias mainstream aux majors. Je suppose que les gens pensent que cette histoire de renaissance est vraiment profonde, et elle l’est en un sens, parce que j’ai traversé beaucoup de choses au cours de ma carrière et mon parcours au sein du système des majors a été très turbulent, mais je joue aussi avec ça et je m’amuse à travers la campagne de promotion de l’album avec les outils qui sont à ma disposition. J’aime utiliser Internet pour troller les gens parfois, je ne suis pas toujours sérieuse.
Quel a été ton processus créatif pour composer CRASH ?
Il a été très différent de celui que j’avais adopté pour la plupart de mes albums précédents, en particulier pour celui d’avant, How I’m Feeling Now. Je l’avais créé en cinq semaines pendant la pandémie, chez moi, en communiquant uniquement en ligne avec mes fans et mes collaborateur·rice·s. Tout le disque a été réalisé d’une manière très DIY, de la création des morceaux à celle des vidéos en passant par les photos de presse, prises par mon petit copain de l’époque. L’enregistrement de CRASH, en revanche, s’est étalé sur une période d’environ deux ans. J’en avais déjà composé certains morceaux avant même de commencer How I’m Feeling Now. Et j’ai investi plus d’argent dans CRASH, je voulais que les clips aient l’air plus luxueux. Je m’y suis prise complètement différemment. J’ai aussi collaboré avec beaucoup plus d’artistes et de producteurs cette fois.

« Pour la première fois depuis très longtemps, je ne me compare plus aux autres en termes d’apparence. Je me sens totalement à l’aise et c’est libérateur, c’est vraiment agréable, même si c’était très difficile d’y parvenir. »

Ton apparence, notamment dans tes clips, a elle aussi évolué : tu as désormais un style plus glamour, presque hollywoodien, via lequel tu incarnes une sorte de femme fatale qui flirte parfois avec la sorcellerie. Qu’est-ce qui t’a amenée à effectuer cette métamorphose ?
J’ai toujours eu le sentiment que je ne ressemblais pas à ce à quoi j’étais censée ressembler, que j’avais une apparence bizarre ou que j’avais l’air trop différente des autres artistes musicales. Toutes les chanteuses ont leur propre style et elles doivent toutes faire face à leurs insécurités, comme tout le monde, mais j’avais l’impression de ne pas être assez jolie comparée aux autres. J’ai bien conscience que c’est toxique de penser ce genre de choses, mais malheureusement, les médias forcent les femmes à se comparer les unes aux autres et ce, quel que soit le domaine dans lequel elles évoluent. Me référer à certains anciens canons de beauté, qu’il s’agisse de pin-up, de célèbres actrices de films de série B des années 1970 ou celles qu’on trouve dans les films d’horreur de la même décennie, m’a toutefois permis de trouver du réconfort. Elles ont un corps qui ressemble davantage au mien et elles ont les traits du visage un peu sombres, comme moi, ainsi qu’un côté vampirique. Je trouve ces femmes vraiment sexy, qu’il s’agisse d’Elvira, d’Anjelica Huston ou encore des actrices de Faster, Pussycat! Kill! Kill!. Leur aura et leur air dur me procurent un sentiment de puissance. J’ai réalisé que je me retrouvais dans l’énergie qu’elles dégagent, et que je pouvais me sentir à l’aise dans ma peau en étant plus provocante et plus dénudée. J’ai ainsi atterri dans une part de moi-même qui m’a fait me sentir sexy et m’a semblé davantage résonner avec qui je suis vraiment. J’aime les femmes qui ont un côté dark, avec une attitude qui sort du lot. À mes yeux, c’est beaucoup plus sexy que de chercher à incarner la perfection en se déguisant en gentille petite pop star. Pour la première fois depuis très longtemps, je ne me compare plus aux autres en termes d’apparence. Je me sens totalement à l’aise et c’est libérateur, c’est vraiment agréable, même si c’était très difficile d’y parvenir.
L’artwork et le nom de CRASH font référence au film culte de David Cronenberg, qui possède le même titre, dans lequel les personnages utilisent leurs voitures comme des vecteurs d’excitation sexuelle. Pourquoi as-tu tenu à faire des clins d’œil à ce long-métrage ?
Quand j’ai eu l’idée de donner ce titre à l’album, je ne pensais en fait pas tellement au film de Cronenberg, même si je l’ai vu et que je l’adore. Bizarrement, je l’ai découvert avec mon grand-père [rires, NDLR] et regarder ce long-métrage avec un membre de sa famille est une expérience très étrange. Il pensait sans doute qu’il s’agissait d’un autre film, qui s’appelle lui aussi Crash [Collision, en français, NDLR], qui a gagné plein d’Oscars.
Ce long-métrage m’est resté en tête, c’est certain, mais si j’ai appelé l’album CRASH, c’est avant tout parce que ce mot fait écho aux onomatopées qu’on retrouvait dans certains de mes précédents morceaux, comme «Boom Clap», et car je suis obsédée par les voitures. J’y ai régulièrement fait référence, que ce soit via mon EP Vroom Vroom ou à travers de nombreux morceaux, comme ceux de ma mixtape Pop 2, ou encore dans « I Love It », où je chante « I crashed my car into the bridge ». La voiture, c’est mon espace favori pour écouter de la musique, principalement la mienne, lorsqu’il s’agit de démos que je viens de composer. Je les passe sur les enceintes en conduisant très vite, avec les vitres baissées, j’ai l’impression que la musique est faite pour être écoutée comme ça. Ça me fait me sentir très vivante, comme si j’étais dans un film.
L’auteur qui avait écrit le roman Crash ! [dont le film de Cronenberg est une adaptation, NDLR], J.G. Ballard, avait par ailleurs organisé une exposition incroyable avec des voitures accidentées et après avoir décidé de nommer l’album ainsi, j’ai réalisé que l’idée de crash résonne vraiment avec ma carrière, ce qui est d’autant plus amusant qu’il s’agit de mon dernier album pour Atlantic Records.

Charli XCX : Veste, jupe et collier, Givenchy.
As-tu déjà prévu ce que tu feras après CRASH, alors que ton contrat avec ce label touche à sa fin ?
J’aimerais pouvoir répondre à cette question, mais honnêtement, je n’en sais rien. J’y ai bien sûr réfléchi, mais je n’ai pas encore vraiment pris de décision. Je ne suis fermée à rien, je n’ai écarté aucune piste, donc le champ des possibilités est vraiment large. Je ne sais même pas si je veux continuer à faire de la pop ou si je vais me lancer dans un genre musical totalement différent.
CRASH s’inscrit, lui, de plain-pied dans la pop et constitue même une célébration de ce style musical, à travers l’interpolation de « Cry For You », de September, dans le morceau « Beg For You », et celle de « Show Me Love », de Robin S., dans « Used to Know Me ». Pourquoi tenais-tu à reprendre ces mélodies ?
Parce que j’ai un penchant naturel pour la musique pop et que je voulais aussi explorer ce qu’il fallait faire pour sortir un disque de pop que mon label prendrait au sérieux. Les interpolations permettent aux morceaux de bien marcher sur les plateformes de streaming, car les mélodies utilisées sont déjà connues. Sortir des titres comme ça, c’était une expérience pour moi ; je voulais voir comment je me sentirais en le faisant. Et puis j’adore ces deux morceaux, bien sûr. « Cry For You » de September, c’est un hymne et c’est cool de pouvoir rendre hommage à un tel monument de la culture gay. Par ailleurs, « Used to Know Me » était très différent à l’origine. J’essayais de recréer l’atmosphère du titre « Fancy », que j’avais fait avec Iggy Azalea, il y a environ huit ans. Je voulais que le titre soit vraiment puissant et j’avais tout le temps l’air de « Show Me Love » en tête, donc je me suis dit : « En fait, ce qu’il faut, c’est tout simplement reprendre la mélodie de ce morceau-là » et ça a parfaitement fonctionné. Les deux titres de l’album avec des interpolations me paraissent vraiment bien et le fait que leur mélodie semble à la fois familière et nouvelle me plaît.

« La voiture, c’est mon espace favori pour écouter de la musique, principalement la mienne, lorsqu’il s’agit de démos que je viens de composer. Je les passe sur les enceintes en conduisant très vite, avec les vitres baissées, j’ai l’impression que la musique est faite pour être écoutée comme ça. Ça me fait me sentir très vivante, comme si j’étais dans un film. »

À mes yeux, le morceau « Every Rule », une ballade à la fois belle et triste qui raconte une histoire d’amour secrète entre deux personnes déjà en couple en parallèle, contraste assez nettement avec le reste de l’album. Comment l’as-tu composé ?
C’est intéressant que tu dises ça. Personnellement, je le trouve assez similaire à d’autres titres du disque, comme « New Shapes » et « Twice », qui ont un côté 80’s un peu rêveur. Je crois qu’« Every Rule » était le premier titre que j’ai composé pour CRASH, environ un an avant la pandémie, aux côtés d’A.G. Cook, dans le vieux studio installé dans sa chambre d’hôtel, à Los Angeles. Il était très mal insonorisé, donc dans le morceau, on peut entendre plein de sons qui venaient de la rue ou des arbres et des criquets du jardin. Il s’agit d’une histoire vraie, qui parle de ma relation avec quelqu’un. J’avais le sentiment qu’il s’agissait de l’élément autobiographique le plus honnête que je pouvais inclure dans l’album. J’adore d’ailleurs la production, signée A.G. Cook et Oneohtrix Point Never. C’était un de mes rêves de collaborer avec eux deux sur un même titre. Je suis très fière de ce single.

Charli XCX : top, débardeur, jupe, sac Kenny et chaussures, Givenchy.
A.G. Cook est l’artiste qui a eu l’impact le plus déterminant sur ta musique, qu’il s’agisse de tes mixtapes Number 1 Angel et Pop 2, ou ensuite de tes albums Charli et How I’m Feeling Now. Tu as depuis pris davantage de distance avec l’esthétique hyperpop et son rôle à tes côtés n’est plus aussi majeur aujourd’hui, même s’il t’a à nouveau accompagnée en tant que producteur sur certains des morceaux de CRASH. Comment votre collaboration a-t-elle évolué dans le temps ?
Bien qu’il ait travaillé sur moins de titres cette fois-ci, il reste un collaborateur hyper important pour moi. Quand on a commencé à travailler ensemble, c’était sur Number 1 Angel. C’était la première fois qu’on se retrouvait dans la même pièce, on essayait de comprendre comment on fonctionnait et quelle musique on voulait faire. On était encore dans une phase de maturation de notre confiance l’un·e envers l’autre en tant que producteur et artiste, on apprenait à se connaître et ce processus s’est poursuivi au fil des projets. Lors de la composition des deux mixtapes, nos vies étaient chaotiques, c’était une période complètement folle, mais on est parvenu·e·s à retrouver une forme de paix intérieure en travaillant ensemble. On enregistrait de la musique dans un studio rattaché à une boîte de nuit, puis on passait les morceaux dans le club. A.G. Cook enchaînait les vols entre Los Angeles, Londres, New York et Paris pour faire des sessions d’une journée avec moi, puis de mon côté, je partais en tournée et ensuite, on se retrouvait lors de soirées. C’était une période riche et intense, durant laquelle nos vies personnelles étaient tumultueuses et se retrouvaient parfois bouleversées. Puis au fil du temps, ce chaos a laissé place à quelque chose d’un peu plus stable, on a entamé des relations avec de nouvelles personnes et nos vies se sont un peu adoucies. J’en discutais avec lui il y a quelques jours et je lui ai demandé : « Est-ce qu’il t’arrive de crever d’envie de revivre ce qu’on a vécu pendant la composition de Pop 2. Il a répondu : « Ouais, mais je ne sais pas si je serais capable d’endurer ça à nouveau. » Il faisait référence au désordre de nos vies et non à la musique.
Ce sera toujours un ami et un collaborateur proche, on a traversé énormément de choses ensemble et j’adore travailler avec lui. On a d’ailleurs parlé de se relancer dans un projet collaboratif de longue durée. Je pense que même en étant parfaitement heureux·se et stables dans nos vies, on continuerait à faire de la super musique ensemble.

« Je ne me prends pas trop au sérieux. Je crois que c’est aussi un mécanisme de défense qui me permet de ne pas trop me soucier de mon image. J’aime la détruire et verser dans l’auto-dérision, ça me permet de créer une sorte de couche de protection. »

Quand tu t’es lancée dans la musique, un de tes rêves était de faire partie d’un crew d’artistes, à l’instar de ceux·lles du label Ed Banger, que tu écoutais quand tu étais adolescente. Sur CRASH, tu as collaboré avec plusieurs chanteuses et producteurs avec lesquel·le·s tu avais déjà travaillé auparavant, dont A.G. Cook, qu’on vient d’évoquer, Christine and the Queens ou encore Caroline Polachek. As-tu le sentiment de faire enfin partie d’une team ?
Oui, complètement et en effet, c’était quelque chose dont je crevais d’envie quand j’étais plus jeune. J’étais relativement isolée quand j’ai commencé à écrire des morceaux, je n’avais pas beaucoup d’ami·e·s dans la musique ou de proches capables de comprendre ma démarche. J’ai longtemps eu le sentiment d’être à part et plus tard, j’ai fait partie de ce groupe d’artistes qui me semblait uniquement composé d’outsiders. On a tous·tes eu des parcours différents, mais on peut se comprendre et s’entraider lorsqu’on en a besoin. Mais il n’y a pas un leader et d’autres personnes qui suivent le mouvement, on a un socle commun et en parallèle, chacun·e excelle dans ce qu’il·elle sait faire.
Au cours de ta carrière, tu n’as pas hésité pas à jouer avec ton image, en incarnant parfois différents personnages dont l’apparence est très éloignée de celle qu’on pourrait attendre d’une pop star. Tu as par exemple joué une femme aux airs de crackhead et au visage nécrosé dans le clip de « Famous », Steve Jobs dans celui de « 1999 » ou encore une créature dotée d’oreilles protubérantes dans « Blame It On Your Love ». Qu’est-ce qui t’as poussée à te mettre ainsi en scène ?
Je ne me prends pas trop au sérieux. Et je crois que c’est aussi un mécanisme de défense qui me permet de ne pas trop me soucier de mon image. J’aime la détruire et verser dans l’auto-dérision, ça me permet de créer une sorte de couche de protection. Le faire moi-même m’aide à accepter que d’autres personnes détournent à leur tour mon image. Je ne sais pas si c’est intelligent ou si c’est triste de devoir faire ça, mais ça m’amuse aussi, tout simplement, de prendre l’apparence de Steve Jobs. À mes yeux, les clips sont justement faits pour être drôles, bizarres ou excentriques.

Charli XCX : top, pantalon, sac Kenny et lunettes, Givenchy.
Tu t’es aussi régulièrement dévoilée sans fards, que ce soit dans les vidéos de backstage de tes clips, sur tes réseaux sociaux ou encore à travers ton documentaire, Alone Together, et tu t’es souvent montrée très proche de tes fans par le passé, notamment lors de la production de l’album How I’m Feeling Now, que tu as composé en collaboration avec eux·elles, en leur demandant leur avis au cours du processus de création. Pourquoi as-tu tenu à être aussi « accessible », malgré ta célébrité ?
Je me sens très proche d’eux·elles parce que vers 2014, après le succès de morceaux comme « Boom Clap », j’ai complètement changé de style musical et ils·elles m’ont soutenue alors que d’autres tentaient de me décourager d’aller dans cette nouvelle direction. Il·Elle·s me font aussi part de leur opinion et j’accorde généralement de l’importance à ce qu’ils·elles disent, car je trouve qu’ils·elles ont bon goût. Il y a une vraie intimité entre nous.
Les fans permettent aux chanteur·se·s de continuer à sortir de la musique, mais une tension peut cependant naître quand l’artiste évolue, parce qu’ils·elles peuvent se sentir trahi·e·s ou bien laissé·e·s de côté, et certain·e·s vont préférer une ancienne version de toi. C’est une dichotomie intéressante. Je me sens néanmoins proche d’eux·elles et j’ai l’impression qu’ils·elles me comprennent, ce qui est vraiment important.
Tu sembles toutefois vouloir davantage contrôler ton image dans le cadre de la promotion de CRASH. En parallèle, ta relation avec tes fans est-elle en train de changer ?
Après m’être autant dévoilée avec How I’m Feeling Now, j’ai en effet aujourd’hui envie de contraster avec ça. Je vais avoir 30 ans cette année, je souhaite avoir une vie privée et garder quelques choses sacrées pour moi-même, ce qui ne signifie pas que je ne vais plus faire part de quoi que ce soit, mais j’ai besoin de prendre soin de moi physiquement et mentalement. Cela va, à mes yeux, de pair avec le fait d’être moins disponible sur les réseaux sociaux et de moins donner de moi-même auprès de millions de personnes que je n’ai jamais rencontrées, même si j’ai parfois l’impression de les connaître. Je ne vais toutefois pas me renfermer dans une image totalement cadenassée, parce que je ne me reconnaîtrais pas là-dedans. Je ne peux pas vraiment contrôler ce que je dis en ligne, je ne pense pas que je deviendrai un jour une experte en communication et de toute façon, ça craindrait d’en arriver là. Mais j’ai pris conscience qu’il est important de savoir prendre du temps pour soi. Peut- être que je trouverai un entre-deux.

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