Pourquoi il ne fallait pas rater le dernier défilé Haute Couture de la maison Valentino

Article publié le 11 juillet 2022

Pierpaolo Piccioli a présenté sa nouvelle collection de Haute Couture pour la maison romaine lors d’un défilé sur la place d’Espagne, à Rome, le vendredi 8 juillet. Pensée comme un dialogue avec Valentino Garavani, la collection-fleuve baptisée « The Beginning » faisait office de trait d’union entre le passé et le présent de la maison, dans sa ville de naissance. 

Vendredi 8 juillet, peu après 20h, le directeur artistique de Valentino, Pierpaolo Piccioli, renouait avec les origines romaines de la maison pour laquelle il officie avec la présentation de « The Beginning », sa nouvelle collection de Haute Couture pour l’automne-hiver 2022/2023. Prenant place au crépuscule, sur les escaliers reliant la place d’Espagne, dans le centre historique de la ville éternelle, à l’Église de la Trinité-des-Monts, le défilé établissait un dialogue avec Valentino Garavani, aujourd’hui âgé de 90 ans, tout en faisant écho aux souvenirs de jeunesse de Pierpaolo Piccioli.
Très personnelle, mais sans pour autant être un hommage, comme tenait à le préciser le designer lors d’une conférence de presse organisée avant le défilé, dans les ateliers de la Maison, place Vendôme, cette collection Haute Couture automne-hiver 2022/2023 faisait une nouvelle fois la preuve de la maestria de Pierpaolo Piccioli dans l’association des couleurs, à l’instar des grands peintres présents sur son moodboard (Pontormo, Stefan Lochner). Outre le rouge Valentino, décliné dans de nombreuses nuances (les archives de la maison en comptent plus de 500), les créations spectaculaires de cette saison se paraient et associaient tour à tour le vert amande, l’orange, le rose, le jaune fluo, le violet, ou encore le bleu. D’autres faisaient quant à elle se confronter le noir et le blanc, rappelant au passage la collection de Valentino Garavani inspirée par l’architecte et designer Josef Hoffmann, figure emblématique de la Sécession viennoise, dont le travail avait déjà servi de base à la collection Valentino automne-hiver 2015, imaginée à l’époque où Pierpaolo Piccioli collaborait encore avec Maria Grazia Chiuri.
Également épinglée sur le moodboard, la robe « Fiesta », issue de la toute première collection de Valentino Garavani, en 1959, servait de modèle au designer pour introduire et revisiter le motif de la rose. Ici plus graphique et moins romantique sur une longue cape, il fleurissait ailleurs sur une série de créations, des manteaux aux robes, en passant par les chaussures. Alliance entre sophistication et simplicité, comme en témoignait notamment une silhouette composée d’une longue jupe en plumes bleues, mariée à un crop-top vert anis, cette collection Haute Couture automne-hiver 2022/2023 faisait également écho aux souvenirs de Pierpaolo Piccioli. Plus précisément, à celui de sa venue en train dans la capitale italienne depuis Nettuno – où il vit encore avec sa femme et ses enfants, au sud de Rome – pour assister aux défilés de l’un·e des couturier·ère·s invité·e·s par la Camera Nazionale della Moda Italiana à présenter sa collection sur ce même escalier, en clôture de la semaine de la Haute Couture italienne, dans les années 80-90.
Défilant devant un parterre de célébrités, parmi lesquelles Naomi Campbell, Anne Hathaway, Tommy Dorfman ou encore Ariana DeBose, les mannequins souvent casté·e·s directement dans la rue et parmi lesquels se trouvaient Mariacarla Boscono ou Elizaveta, une nageuse olympique des années 70, incarnaient la volonté de Pierpaolo Piccioli de s’adresser à toutes les générations, de représenter tous les genres et de célébrer toutes les beautés via un casting inclusif. « La mode ne peut pas être apolitique. Nous, designers, avons une certaine responsabilité. Nous devons réagir face au déni de démocratie », insistait-il, évoquant les différentes décisions politiques internationales liberticides, xénophobes ou encore LGBTphobes prises au fil des dernières semaines. « La Couture est moderne parce qu’elle a à voir avec l’unique. […] C’est une vision de la beauté, mais non de la beauté comme une dictature », concluait-il.

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