Sita Abellán, nouvelle muse bling d’Instagram

Article publié le 15 septembre 2016

Texte : Jessica Michault
Photos : courtesy of MISBHV

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La carrière de cette Espagnole star d’Instagram suivie pour ses looks outranciers a explosé depuis que Rihanna l’a repérée et contactée pour tourner dans son clip Bitch Better Have My Money. Elle signe cette saison à New York une collection capsule pour le jeune label MISBHV qui faisait sensation lors de la Fashion Week. Portrait d’une muse hybride.

Oui, c’est un cliché, mais quand Sita Abellán entre dans une pièce, l’assemblée qui l’occupe se retourne sur elle. La sculpturale beauté espagnole de 23 ans et sa chevelure bleue éléctrique déjà iconique font partie de la génération hybride. Elle est mannequin, DJ et maintenant, avec la collection capsule qu’elle a présentée pendant la Fashion Week de New York en collaboration avec MISBHV, elle est aussi créatrice de mode.

La mode est depuis longtemps une grande force dans la vie d’Abellán. N’oublions pas que c’est grâce à son style éclectique que son Tumblr s’est fait remarqué alors qu’elle n’était encore qu’une adolescente. Et son look singulier lui a permis de décrocher un contrat avec la célèbre agence de mannequinat Wilhelmina. Elle a d’ores et déjà défilé pour Jeremy Scott et incarné le visage de Dolce & Gabbana. C’est aussi via les réseaux sociaux que Rihanna l’a découverte et invitée à faire partie de son clan de ravisseurs dans le sulfureux clip de Bitch Better Have My Money.

Son adoubement par la chanteuse barbadienne a catapulté la carrière d’Abellán dans la stratosphère. Mais en jetant un œil à son profil Instagram, qui fédère plus de 200 000 followers, elle se décrit telle une princesse plutôt qu’un mannequin (une créatrice ou une actrice). Cette déclaration témoigne sans équivoque de ce qui lui tient vraiment à cœur – la musique. Contrairement à d’autres mannequins reconvertis en DJ, Abellán était derrière les platines bien avant qu’elle commence à défiler pour des maisons de mode. Pour elle, la musique passe avant tout. Mais elle conçoit la création de vêtements telle la conception d’un set de musique. C’est l’expression visuelle de qui elle est à l’intérieur, tout comme la musique peut être une manifestation auditive de son personnage. Qu’est-ce que la musique et la mode ont à raconter d’elle ? Antidote l’a découvert.

MISBHV a présenté sa collection printemps-été 2017 dans le cadre de la Fashion Week. Sita Abellán a réalisé en collaboration avec le label la tenue composée notamment du kimono « Pain » qu’elle porte sur la photo d’illustration principale.

Antidote : Comment en êtes-vous arrivée à la création d’une collection avec MISBHV ? Sita Abellán : À vrai dire, j’ai toujours voulu créer des vêtements qui incarneraient vraiment qui je suis et j’ai senti que le bon moment pour le faire était venu. Ça fait maintenant quelques années que je suis le parcours de MISBHV et nous sommes devenues amies [avec la créatrice Natalia Maczek]. Nous en avons donc longuement parlé et puis nous avons décidé de nous lancer. Quel a été le point de départ de cette collection ? J’ai été vraiment inspiré par mon voyage au Japon l’an passé. J’y ai passé tout l’été et il y avait tous ces gangs de motards. Je les ai adorés et j’ai aussi aimé leur look. J’ai donc eu l’idée d’explorer cette partie de la culture japonaise et de montrer à quel point il est sexy de voir des filles conduire des motos. Je voulais donc que les filles qui portent ces pièces soient très sexy. Mais il était important pour moi qu’elles aient l’air fortes et puissantes. Comment avez-vous appréhendé le design de vêtements, relativement à votre activité de DJ et de mannequin ? J’aime la mode depuis toute petite et j’ai toujours porté une attention particulière au vêtement. Il est vrai que j’aime le stylisme et je me suis longtemps plus à l’aise avec cet exercice qu’avec celui de création. C’était plus simple pour moi dans la mesure où j’ai toujours plus ou moins fait ça, avec mon propre style, toute ma vie. Mais j’ai pris conscience au cours de ces dernières années que je voulais créer quelque chose qui me représente vraiment. Que les gens qui verraient les pièces se disent immédiatement « Ok, ça c’est Sita ». Vous avez appelé cette première collection capsule « Pain ». Pourquoi ? Comme je l’expliquais, cette collection a été conçue autour de mon voyage au Japon. Et même si ce n’était pas tout à fait « douloureux », j’y ai tout de même connu des moments difficiles. D’abord j’ai subi le choc culturel à mon arrivée dans le pays, mais c’était aussi une expérience qui m’a permis d’ouvrir les yeux. La douleur que j’exprime dans cette collection n’est donc pas tellement physique. C’est plutôt comme les deux facettes d’une pièce. La douleur peut être une bonne chose et aussi quelque chose de très négatif. J’ai du faire face à la douleur et au malaise d’être dans un endroit qui ne m’est pas familier. Ce voyage m’a vraiment fait grandir, j’avais le sentiment d’être plus adulte, plus mature à mon retour.

 

 

 

À propos de devenir adulte, je me dois de vous demander… d’où vous vient cette allure ? Vous avez affirmé avoir construit votre propre style dès le plus jeune âge. Je me demande donc si quelqu’un en particulier a eu une influence sur vous ?
Ma mère a toujours aimé la mode. Mais mon style, honnêtement, je ne sais pas d’où il vient. Je pense qu’il vient juste du plus profond de moi. Quand j’étais petite, je faisais toujours les boutiques pour acheter mes propres vêtements et composer des tenues. Je prenais aussi des pièces dans le dressing de ma mère – parce qu’elle avait de belles choses – et je me constituais des looks un peu fous que je photographiais.

Parlons en. Quand avez-vous décidé de commencer à poster ces photos en ligne pour montre votre style unique ?
J’ai commencé avec Tumblr et Facebook à l’âge de 16 ans. Je prenais mes photos avec un appareil photo professionnel, pas avec un téléphone. Et je publiais toutes ces photos dingues sur mon compte Tumblr. Je viens d’une petite ville du Sud de l’Espagne et ma famille a eu du mal au départ à comprendre ce que je faisais et qui j’étais parce que la façon dont je m’habillais était radicalement différente de celle des autres. Puis ils ont compris que c’est juste ma personnalité, ils m’ont accepté et aimé ainsi.

Maintenant, que vous le vouliez ou non, vous faites partie intégrante de ce phénomène de mannequin/DJ qui propulse de jolies filles derrière les platines. Beaucoup de gens pensent que les mannequins/DJ ne sont qu’une jolie façade. Mais vous étiez en fait DJ bien avant d’avoir commencé le mannequinat.
C’est vrai. J’ai toujours aimé travailler avec la musique. Mon concert fantasmé serait un set au Berghain de Berlin. Mes DJ préférés, Ben Klock et Marcel Dettman, s’y produisent et quand j’y suis allée, enfin… c’est juste un club génial.

Votre carrière a explosé, quand, sortie de nulle part, Rihanna vous a contactée après avoir vu votre Instagram et vous a demandé d’être sa partner in crime dans son clip « Bitch Better Have My Money ». C’était comment ?
Je n’ai pas réussi à le croire quand mon agent m’a dit qu’elle me voulait pour sa vidéo. C’était une expérience totalement incroyable. Rihanna est quelqu’un d’adorable. Mais c’est aussi une dure à cuir – dans le bon sens du terme. Le tournage du vidéo s’est très bien passé, c’était presque un court métrage. Et honnêtement, j’aimerais avoir la chance de jouer la comédie à nouveau.

Quand vous n’êtes pas avec Rihanna, en train de parcourir le monde pour vous produire sur scène ou en train de concevoir une ligne de vêtements, que faites-vous pour vous reposer ?
Franchement, j’aime juste rentrer à la maison en Espagne, et passer du temps avec ma famille et mes amis. Il n’y a rien de mieux à faire à la maison.
Je ne suis pas une très grande chanteuse, mais la dernière fois que je suis allée au karaoké, le morceau que j’ai aimé chanté était, j’ai oublié son nom, celui dont les paroles disent : « don’t, don’t you want me, you know I can’t believe you when you say that you don’t need me ». Pour plusieurs raisons, cette musique me rappelle toujours New York. L’année dernière, quand je suis allée à New York pour la première fois, je suis allé au karaoké avec des amis, nous avons chanté ce morceau et c’est en quelque sorte devenu l’hymne de mon voyage. Il sera pour toujours connecté à mes souvenirs de cette ville [Le morceau est Don’t You Want Me de The Human League].

Parlons un peu style. Vous, bien sûr, avez un style unique. Mais qui sont les gens qui vous inspirent et que vous admirez ?
En ce moment, j’adore Marilyn Manson et Diane Pernet. Je n’ai, pour tout vous dire, pas d’icône de style. J’aime juste les gens qui ont une attitude forte et une personnalité. C’est cela qui m’inspire. C’est pourquoi je les aime tous les deux, car ils sont vraiment originaux.

Vous avez donc cette collection capsule en collaboration MISBHV qui sortira prochainement, quel sera votre prochain grand projet ?
La semaine prochaine, je débute une tournée américaine de trois mois. Je vais voyager à travers toute l’Amérique du Nord. Je pense que je vais faire quelque chose comme 15 différentes villes. Je fais cette tournée avec Destructo. Et je travaille aussi en ce moment sur un album et sur de la production de musique. C’est assez lent parce que j’ai beaucoup d’autres choses à faire en parallèle, mais je trouverai un moyen de l’avoir terminé d’ici le début de l’année prochaine.

Et une dernière question aléatoire, quel est l’emoji que vous utilisez le plus ?
Le cœur. J’utilise sans cesse le cœur. Le cœur rose ou le cœur bleu mais jamais le rouge. J’aime aussi le petit diable rouge qui sourit.

Suivez Sita Abellán sur Instagram et sur son site web SitAbellan.com

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