Les tours du monde de Monsieur Kim Jones

Article publié le 24 septembre 2015

Texte : Sophie Rosemont
Photographe : Cunneyt Akeroglu
Réalisation : Yann Weber
Model : Arthur Gosse @ VNY Model Management
Grooming : Jody Taylor

En l’espace de cinq ans, le directeur artistique des collections Homme de Louis Vuitton a fait du prêt-à-porter masculin de la maison parisienne un incontournable de la mode.
Il nous explique aujourd’hui les secrets de sa formule magique.

Il aime la photographie de Peter Beard ou de Pieter Hugo, l’art des guerriers Masaï, l’esthétique du performer Leigh Bowery, les paysages indiens, l’urbanité tokyoïte, la mode de Vivienne Westwood et d’Helmut Lang. Des inspirations éclectiques qui nourrissent aujourd’hui ses créations, qui, frappées du sceau british, n’en ont pas moins formé un homme féru d’universalisme.
Né à Londres en 1979, Kim Jones a grandi entre l’Equateur, l’Ethiopie, la Tanzanie, le Kenya ou encore les Caraïbes. En plus d’y gagner un amour indéfectible pour la culture africaine, il forge ainsi un fort tempérament de globe-trotter qui sera l’un de ses meilleurs atouts, plus de trente ans plus tard, au sein de la maison Louis Vuitton… Car « Louis Vuitton a été un véritable visionnaire, analyse Kim Jones. Il a saisi toute l’importance du voyage alors que la société était en pleine révolution des transports : c’est fascinant. Outre un ADN fortement lié au voyage et ses racines profondément ancrées dans la culture française, je pense que ce qui est le plus emblématique de la maison réside dans le mode de vie qu’elle représente : voyage, élégance et savoir-faire. »
Le savoir-faire, il l’a appris avec enthousiasme au prestigieux Central Saint Martins College of Art and Design de Londres, métropole qu’il a retrouvé à l’adolescence. Sa collection présentée à la fin de son diplôme est déjà impressionnante de maîtrise : John Galliano ne s’y trompe pas et en achète même la moitié ! Cette reconnaissance est suivie d’une autre main tendue : celle d’Alexander McQueen, qui a joué auprès de Jones le rôle de guide quasi spirituel. Leur collaboration au sein de la marque du regretté couturier est fondatrice pour Jones. S’ensuivent des expériences chez Topman, Uniqlo et Alfred Dunhill, où il est intronisé directeur de création. Entre temps, il aura géré pendant huit saisons sa propre marque, présentée pour la première fois en 2003 à la Fashion Week, tout en oeuvrant pour la presse (Dazed & Confused, The New York Times Style…). Hyperactif, Kim Jones ? En tout cas curieux de découvrir, expérimenter et partager ses idées stylistiques. Une énergie créatrice qui lui vaut d’obtenir à deux reprises le titre de « Designer of the Year » du British Fashion Council.

L’Homme de Vuitton

Joli curriculum vitae, donc, que celui de Jones à son arrivée chez Louis Vuitton en 2011, à la tête des lignes Homme. Immense challenge, mais son expérience au sein de la maison de mode française fondée en 1854 est comme un rêve éveillé… dont il tient solidement les rennes. « Même si c’était le job de mes rêves, confie-t-il, je n’aurais jamais imaginé les infinies possibilités créatives et la multitude d’opportunités que j’explore depuis mon arrivée. Tous nos défilés ont été si personnels, ils sont comme le journal intime de mon parcours chez Louis Vuitton. »
En effet, il suffit de regarder les images des shows imaginés par Kim Jones pour comprendre qu’il a réussi à préserver le chic de la marque tout en lui retirant ses raideurs et ses obstacles stylistiques. Perpétuellement habillé en tee-shirt, jeans et baskets, le designer sait voir loin à l’horizon. Quelque part entre l’Orient et l’Occident, la sobriété et l’extravagance, le classicisme et le baroque. Déstructuration, détournement, mix entre vestiaire bureaucratique et liberté streetwear, matières raffinées comme la soie et le cachemire (sans oublier des touches de fourrure et des pierres insolites) : tels sont les ingrédients d’une recette qu’il ne cesse de réinventer. Avec la bénédiction de la direction de Louis Vuitton : « Travailler au sein d’une maison qui a autant d’exigences nécessite un investissement à 100%… mais qui n’exclut pas de s’amuser, explique Kim Jones. Nous avons la chance d’avoir des ressources très riches qui nous permettent de faire des recherches incroyables, à la fois dans le domaine de la fabrication et de la technique. Et je dois avouer que le défi de pousser les frontières est un immense plaisir…»
L’enfant cosmopolite et intrépide a parlé ! On comprend que Louis Vuitton ne l’a pas choisi pour rien. Son bagout et sa culture alternative en font un directeur artistique parfaitement en adéquation avec un univers du luxe qui ne demande qu’à être bousculé. Pas trop cependant : le client de Vuitton n’est pas une fashion victim. Cela tombe bien, Kim Jones a en horreur la frénésie des tendances à suivre et à renier en un clin d’œil : « J’ai toujours été un fervent amateur de la maison Vuitton car je ne crois pas à la surenchère des « gimmicks » en mode. Je pense que les hommes d’aujourd’hui recherchent de belles pièces qu’ils peuvent porter plusieurs saisons d’affilée. »

Arty Taylor

Et cet homme Vuitton, justement, qui est-il ? « De toute évidence, il est très occupé et passe sa vie à parcourir le monde entier ! Il apprécie les belles choses qui durent, il est sans cesse à la recherche de pièces sophistiquées, mais aussi faciles à porter et fonctionnelles. » Ce nomadisme invétéré nous évoque les paroles de la chanson d’Iggy Pop, The Passenger : « I am a passenger / And I ride and I ride / I ride through the city’s backside / I see the stars come. »
Avec ses motifs végétaux, ses cordages, ses silhouettes graphiques et son twist victorien déjanté, cet automne-hiver 2015-2016 sera d’ailleurs placé sous l’égide du peintre et designer Christopher Nemeth (1959-2010). Roi des imprimés, il confectionnait ses propres vêtements et participait activement à la scène punk et underground londonienne. Une référence hyper britannique, aussi bien liée à la mythologie de la légende des tailleurs, Savile Row, qu’à l’effervescence des rues de Kensington ou des clubs insolents façon Taboo (dont l’artiste Leigh Bowery, une des influences majeures de Jones, était le principal acteur). Ou à la scène culturelle du Japon, où Nemeth s’était installé en 1986… sans plus jamais le quitter. Icône des eighties, l’artiste anglais n’avait peur de rien, osait tout, s’affirmait tel qu’il était. Ce qui résonne particulièrement avec le mantra de Kim Jones : « Rester fidèle à soi-même ».

 

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