« Karl Forever » : le vibrant hommage de la mode à Karl Lagerfeld

Article publié le 21 juin 2019

Photo : Karl Lagerfeld
21/06/2019

Ce jeudi 20 juin, alors que la Fashion Week masculine de Paris bat son plein, les maisons Fendi, Chanel et Karl Lagerfeld ont conjointement rendu hommage à Karl Lagerfeld en organisant un événement polymorphe, sous la verrière du Grand Palais.

Karl Lagerfeld avait prévenu. Après sa mort, survenue le 19 février dernier, il ne voulait ni funérailles, ni cérémonie. « Plutôt mourir ! » assenait-il, avec l’ironie qui lui était coutumière. Mais ce jeudi 20 juin, les maisons Chanel, Fendi et Karl Lagerfeld, au sein desquelles il occupait le poste de directeur artistique, n’ont pu résister à l’envie de célébrer cette personnalité hors-norme, dont la vie entière a été consacrée à la mode. Ainsi, pendant une heure et demi, ce sont pas moins de 2500 invités qui se sont rassemblés sous la verrière du Grand Palais, pour assister à « Karl Forever », un hommage vibrant mais joyeux, co-organisé par les trois maisons.

Suspendues sous les arcades en métal riveté de la nef du Grand Palais, où le couturier avait pris pour habitude de présenter la quasi totalité de ses spectaculaires défilés Chanel, cinquante-six photos de celui que l’on surnommait le Kaiser ont été agrandies dans des formats gigantesques pour retracer son parcours. On peut y distinguer le couturier dans ses jeunes années, les cheveux brun, lorsqu’il était encore à la direction de Chloé. Puis dans les années 90 et 2000. Les cheveux blanchis, rassemblés en un catogan, il pose au milieu d’étagères où d’innombrables livres s’empilent. D’autres plus récentes le mettent en scène avec sa chatte Choupette ou un python enroulé autour du cou. Karl Lagerfeld a le regard dissimulé derrières les lunettes de soleil qu’il ne quitte presque jamais. Il porte ce qui deviendra son uniforme : un costume noir agrémenté d’une large cravate sur une chemise blanche à col montant, et des mitaines de motard en cuir perforé noir.

Photo : « Karl Forever »

Cette silhouette bicolore, que l’on retrouve sur le carton d’invitation illustré d’un autoportrait en pied dessiné en 2010, a contribué à construire le personnage transformé en mythe. Imaginée par le metteur en scène de pièces de théâtre et d’opéras Robert Carsen, la scénographie de l’événement évoque également son statut légendaire. Surmontée d’un écran, une immense scène sur laquelle est inscrit en rouge le prénom du couturier fait face à une alternance de chaises noires et blanches parfaitement alignées.

Dans l’assistance, on distingue une marée de personnalités influentes du monde de la mode et d’ailleurs. La rédactrice en chef du Vogue US Anna Wintour, l’illustrateur sonore de ses défilés Michel Gaubert, sa collaboratrice de longue date Silvia Venturini Fendi, ou encore son héritière chez Chanel, Virginie Viard… Tous sont ici pour se remémorer dans une ambiance joyeuse l’esthète toujours curieux et extrêmement cultivé qu’était Karl Lagerfeld. Alessandro Michele, Jonathan Anderson, Valentino Garavani ou Stella McCartney, qui lui a succédé à la tête des collections Chloé, sont également présents et se mêlent à la foule composée de journalistes, mannequins et même d’hommes d’affaires tels que Bernard Arnault (LVMH), François-Henri Pinault (Kering) et Sidney Toledano.

Au fil de la mosaïque de vidéos diffusées sur l’écran pour retracer le fil de sa vie, les contours d’une personnalité à l’esprit aiguisé se brossent. « Karl avait en horreur le mot artiste » entend-on entre les différents témoignages de proches. Mais si le couturier ne voulait pas qu’on le définisse comme tel, il admirait de nombreuses œuvres et leurs créateurs. Ainsi, alors que l’actrice Helen Mirren récite quelques-unes des meilleures citations extraites du livre « Le monde selon Karl » paru en 2013, le violoniste Charlie Siem interprète à ses côtés des morceaux de Paganini, l’un des compositeurs préférés de la mère de Karl Lagerfeld, dont il évoquait souvent le cynisme et avait hérité du talent pour formuler des mots d’esprit. Sur un piano à queue Steinway dessiné par Karl Lagerfeld pour les 150 ans du fabricant, le pianiste chinois Lang Lang joue quant à lui un morceau de Chopin et, accompagné de sa troupe de dix-sept danseurs et d’un orchestre venu spécialement de Buenos Aires, le chorégraphe argentin German Cornejo livre un spectacle de tango, la danse préférée de Karl Lagerfeld.

Amies de la maison Chanel, les actrices Tilda Swinton et Fanny Ardant ont quant à elles lu des écrits de Stéphane Mallarmé et de la poétesse Edith Sitwell, ainsi que des extraits d’Orlando de Virginia Woolf. Des auteurs dont l’immense designer admirait le talent. Vêtue d’une robe rose volumineuse, le mannequin Cara Delevingne monte elle aussi sur scène pour réciter un poème de l’écrivaine Colette. Enfin, alors qu’il dévoilait au printemps sa collection capsule imaginée pour Chanel, Pharrell Williams, première muse masculine de la maison française, clôture l’événement par un concert. Karl Lagerfeld aurait-il approuvé l’hommage et son effusion d’émotions ? Rien n’est moins sûr. Mais dans sa générosité et son intelligence, l’homme aurait sans doute apprécié le geste. 

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