Julia Fox : « Quand une femme se sexualise elle-même, on la considère comme une salope »

Article publié le 14 avril 2023

Texte : Lolita Pille. Photographe : Yann Weber. Styliste : Briana Andalore. Coiffure : Ashleigh Abreu. Maquillage : Rommy Najor. Assistant photographe : Matéo Ferreira.

Julia Fox s’est imposée en à peine quelques années comme une icône de mode, dont chacune des apparitions dans les rues de Los Angeles, New York, ou Paris crée l’événement. Ayant fait de son corps et de son image les nouveaux supports de son art, elle revient dans cet entretien avec l’autrice Lolita Pille sur son exposition « R.I.P. Julia Fox », où elle présentait des toiles peintes avec son propre sang, sur ses mille et une métamorphoses et sur son attrait pour l’écriture, qui l’a notamment poussée à rédiger ses mémoires, « Down the drain », qui seront publiées à l’automne.

LOLITA PILLE : Enchantée Julia, comment vas-tu ?
JULIA FOX : Ça va. Bon. On est restées bloquées des heures dans un aéroport avec Briana [sa styliste et meilleure amie, NDLR].
Il est onze heures du matin à New York. Julia Fox s’affaire dans sa cuisine. Elle fait chauffer de l’eau peut-être, ou un peu de vaisselle. Je vois un quart de sa tête, selon un angle singulier, bord cadre. 
Tu viens de te lever ?
Non, non. Je me suis réveillée à sept heures. Je me réveille tôt.
Oui, j’ai lu que tu étais devenue une personne du jour.
Totalement.
On va faire une interview féministe – une vraie. S’intéresser à qui tu es, ce que tu penses, ce que tu crées. Je suis obsédée en ce moment par les liens entre création et créature. Qui crée quoi et qui est créé par qui.  Donc je ne vais pas mentionner ton dernier petit ami. Ni faire semblant d’être choquée par ton expérience de dominatrice, comme si le travail du sexe découlait du caractère extravagant et sulfureux d’une personne et non d’une logique économique. On va parler de ton art.
Okay.
Elle s’assoit face à la caméra de son ordinateur. Ses sourcils et ses cheveux teintés d’argent ornent son visage dépourvu de maquillage. Conquérants lorsqu’elle paraît en public, ses yeux expriment une imperceptible lassitude sous ses paupières tombantes. Elle n’est pas en représentation.  
Tu écris un livre et tu as bossé sur plusieurs scénarios. J’aimerais savoir quelle a été ta contribution exacte, comme autrice, à Uncut Gems ?
La plupart de mes répliques, c’était de l’impro. C’est vrai que j’ai beaucoup discuté du personnage avec les frères Safdie pendant qu’ils écrivaient le scénario. Que ce personnage m’emprunte certains traits [dont son prénom, Julia, NDLR]. Mais je ne vais pas te raconter n’importe quoi. C’est entièrement l’enfant du cerveau de Josh et Ben Safdie.
Tu écris sur quoi ? Quels genres de thèmes ou d’histoires t’obsèdent ?
J’écris depuis toujours et c’est sûrement la chose que j’aime le plus faire. Pendant une période assez longue, j’ai écrit sur moi, mon parcours, ma vie. Mais ce n’est plus le cas. J’aimais beaucoup lire quand j’étais petite. Avec mon frère, on se mettait sous les draps avec un bouquin et une lampe torche et on dormait une heure par nuit.
En 2017 – âgée de vingt-sept ans –, tu as présenté ta première exposition en tant qu’artiste : « R.I.P. JULIA FOX ». Tu y mettais en scène ta propre mort avec un humour noir attrayant. En te regardant poser devant tes multiples autoportraits mortuaires – décapitée, pourfendue, etc. –, j’ai repensé à la célèbre phrase d’Edgar Poe : « La mort d’une belle femme est le sujet le plus poétique du monde. » Ton geste éveille en moi beaucoup d’échos et l’envie d’y lire une identité. Être à la fois la belle femme – en l’occurence, le beau cadavre – ET l’artiste bien vivante qui s’en saisit comme sujet poétique.
Ouais.
J’aime particulièrement la peinture où on te voit pendue avec des ailes d’ange. C’est comme ça que tu te voyais, à vingt-sept ans ?
C’était une réflexion sur la féminité. En fait, j’ai acheté un tas de tentures de soie. Je voulais peindre sur de la soie et pas sur des toiles classiques, car je trouvais la soie plus symbolique. Et ensuite, j’ai peint sur cette soie avec mon propre sang. Parce que je voulais que mes dessins changent au fil du temps, qu’ils changent de couleur et saignent dans l’épaisseur de la soie. Ce si joli tissu et toute la douleur tissée dedans, c’était une manière de dire ce que c’est que d’être une femme. Tu vois ?
Grave.
Mais c’était il y a longtemps. Je peux à peine me rappeler avoir eu ces pensées.

Julia Fox : « J’ai toujours eu le sentiment d’être différente. Et un peu bizarre. Et de graviter parmi des personnes comme ça. Ça doit avoir un rapport avec mon éducation et mon état mental. J’ai expérimenté pas mal de tourments à ce niveau-là. »

Tu devais tuer un de tes Moi anciens, pour renaître ?
Ouais… Et aussi, on se disait avec mes copines à l’époque : « Tu penses que les gens vont dire quoi à tes funérailles ? ». On était allées à beaucoup d’enterrements. On avait perdu plein d’ami·e·s à cause des addictions… et de tout le reste. On en parlait, on en parlait, et je me suis dit : « Je vais le faire ». Je vais imaginer mes funérailles. Et ouais, ça devait être symbolique. Parce que cette année-là a été décisive pour moi. J’ai beaucoup changé, grandi. Et je devais laisser aller le passé  ; avancer, regarder devant.
Et te recréer, avec tes propres mains, ton propre regard ?
Ouais. Parce qu’un an après, je faisais Uncut Gems, donc l’intervalle a été bref. Et après Uncut Gems, évidemment, tout a changé.
Comment est-ce que tu définirais ce changement ?
Je suis juste devenue plus célèbre, tu sais.
Non, je ne sais pas. C’est toi qui sais.
Je savais que le film allait être énorme. Que ma vie ne serait plus jamais la même. J’en avais le pressentiment. Je me suis accrochée à mon identité encore plus. Je voulais que rien ne change. Je ne voulais pas devenir une personne célèbre. Je ne sais même pas honnêtement ce que ça veut dire. Je suis littéralement moi et rien d’autre. Toujours la même. Allant aux mêmes endroits. Vivant dans le même quartier. Entourée de la même communauté. J’ai envisagé de m’installer à L.A. et d’être cette fille… Qui va à Hollywood et fait le truc à fond. Mais ça ne marche pas comme ça. Et au début de la pandémie, je me retrouve ici, je tombe enceinte et je sens que je dois rester.
Julia Fox : Top, Khiry. Jupe, R&M leathers.
New York a joué un rôle important dans ta vie, dans ton apprentissage ?
Totalement. Ce que j’aime avec New York, c’est que cette ville est un égalisateur. Que tu sois super riche ou super pauvre, tu marches sur le même trottoir. Tu frayes avec beaucoup de gens différents, qui ont différentes origines, différents modes de vie et sont issus de différentes classes sociales. En cela, c’est un endroit unique, et y grandir m’a rendue humble. Même la célébrité ne peut pas changer ça. La majorité des gens ont une vision distordue du phénomène. C’est étrange. Je me suis retrouvée au milieu de gens tellement célèbres et je pense que ce sont… juste des gens.
Ouais. Vus à travers un très gros filtre.
Grave. C’est beaucoup plus ennuyeux et bien moins excitant que ça en a l’air.
On parle de ton adolescence ? Ta seule idole alors était Kurt Cobain.
Probablement [rires, NDLR].
Tu faisais des rituels avec du sang pour le ressusciter…
C’est vrai. Mes ami·e·s et moi, on faisait ça au collège.
Et ces images de toi, morte, que tu as peintes avec ton sang, font également penser à un rituel de résurrection…
Ouais…
Je me demande par combien de métamorphoses tu es passée.
Oh, j’ai l’impression qu’elles ont été si nombreuses. Il me semble qu’on passe notre temps à évoluer et à changer. Et en même temps, j’ai l’impression que les gens cherchent à nous faire ressentir de la honte si on change. Alors que c’est la marche de la vie. On évolue sans cesse, on se transforme : on absorbe ce qui nous entoure et on le régurgite. On l’assimile. On est, dans un sens, le reflet de notre environnement. Il y a eu beaucoup de métamorphoses, beaucoup d’itérations de Julia Fox. Et je pense à elles comme à autant de chapitres de mon livre. Il y en a au moins dix ou onze. Et chacun parle d’une personne différente.
Tu as expliqué que lorsque tu étais adolescente, les autres te percevaient de deux manières. Pour eux·elles, tu étais « juste une jolie fille à première vue » ou « la weirdo qui faisait flipper tout le monde ». Quel genre d’outsider es-tu ?
Je ne sais pas. J’ai toujours eu le sentiment d’être différente. Et un peu bizarre. Et de graviter parmi des personnes comme ça. Ça doit avoir un rapport avec mon éducation et mon état mental. J’ai expérimenté pas mal de tourments à ce niveau-là. Comment dire ? Des merdes t’arrivent, te changent et tu deviens… Hum… Tu as juste envie d’être aux côtés de personnes qui sont comme toi, qui ont le même type d’intelligence émotionnelle que toi.
Mais… Est-ce qu’avoir une intelligence émotionnelle particulière, c’est être une weirdo ?
Ici ? Grave [rires, NDLR].
Tu veux dire dans cette société ?
Oui !

Julia Fox : « J’ai toujours été attirée par le sang. Quand j’étais petite et que j’allais chez le docteur, je demandais toujours à recevoir le plus de vaccins possibles. J’adorais l’aiguille. Ça a toujours été mon truc. »

Je suis plutôt d’accord.
Parce que la société va te dire : « Oh, vous savez, nous glorifions les personnes sensibles et celles qui luttent contre leurs problèmes mentaux et nous sommes de leur côté. » Mais en réalité, si tu te retrouves dans une spirale liée à ta santé mentale, les mêmes gens vont te calomnier, dire que t’es une crazy bitch et t’ostraciser.
Ce qu’il·elle·s disent, ce n’est pas réel.
Tu veux dire que tout ça, c’est du bullshit de réseau social. Que la société réelle à d’autres fonctionnements.
Oh oui.
Je suis très malhabile de mes mains. J’ai donc été impressionnée par ta vidéo sur Insta où tu étales de la glue sur des feuilles mortes que tu transformes en soutif puis en robe entière, que tu portes ensuite. Je t’ai aussi regardée te fabriquer une autre robe dingue avec une vieille serviette et une paire de ciseaux. J’étais fauchée quand j’étais ado, et posséder des belles fringues était un vrai sujet. Pouvoir s’en fabriquer soi-même m’apparaît comme un super pouvoir. Tu peux me dire quand, comment et pourquoi tu as appris à faire ça ?
L’une des choses que je sais faire, c’est créer à partir de très peu. Je peux aller loin à partir de pas grand-chose. Ça fait partie de mon apprentissage et de ma personnalité. Si tu me donnes une vieille serviette, je vais la ré-imaginer sous des traits complètement différents. Et je fonctionne comme ça dans tous les domaines, car c’est ma façon de survivre. J’évite de me reposer sur les autres. Je me débrouille avec ma vision. Je ne sais même pas d’où ça vient  ; j’ai toujours été comme ça.
D’ailleurs, tu n’as pas étudié dans une école de mode. T’as appris ça toute seule.
En effet.
Julia Fox : Veste, Alexander Wang. Top et sous-vêtements, R&M leathers. Bottes, Amina Muaddi.
C’était quoi ta première création ? Tu t’en souviens ?
Quand j’étais petite ?
Oui. La première robe que tu t’es faite toi-même ?
Hum… Je faisais les boutiques vintage du quartier. New York est une ville géniale pour ça. Je m’achetais des sapes de créateur·ice·s pour vraiment pas cher. Bien sûr, c’était un peu des vieilleries. Pas tout à fait mon style. Donc je les coupais et les trafiquais pour les mettre à la mode. J’aurais quand même adoré avoir tous les trucs que les filles riches s’achetaient, mais tout compte fait, j’ai trouvé ma propre voie là-dedans.
Les fringues, les accessoires, le maquillage, c’est un moyen de te transformer ?
Grave. Je me sers du maquillage comme d’un masque. Genre : quel masque ai-je envie de porter aujourd’hui ? Comme ça je peux me créer des personnages, adopter différentes personnalités. Ce que tu portes et comment tu te présentes affecte clairement la manière dont tu te comportes…  Ça dépend de mon humeur, de ma vibe.
Je repense à ton geste de peindre ton portrait avec ton sang… Est-ce que tu ne rêvais pas, comme les dieux antiques, de donner ta chair et ton sang en sacrifice à la foule pour être mangée et vénérée comme une déesse ? Tu aimerais ça ?
Ahaha ! Mais oui ! Qui n’aimerait pas ça ? Peut-être est-ce mon but ici. Mais je pense surtout que le sang est très beau. J’ai toujours été attirée par le sang. Quand j’étais petite et que j’allais chez le docteur, je demandais toujours à recevoir le plus de vaccins possibles. J’adorais l’aiguille. Ça a toujours été mon truc.  

Julia Fox : « Quand j’allais en club, le but c’était d’en sortir mieux lotie qu’en arrivant, en trouvant un vieux mec riche à arnaquer de deux ou trois cents dollars, ce qui représentait beaucoup d’argent pour moi à l’époque. »

L’aiguille… Une esthétique de la cruauté donc ?
C’est complexe. Car la douleur peut être un plaisir, tu es au courant. Il y a des gens qui sont là-dedans.
Dirais-tu que sortir en clubs et traîner dans les rues, en tant que jolie fille mineure, est une éducation – et une éducation qui en vaut bien une autre ?
Tout à fait. Et je me souviens qu’à l’époque, quand je sortais en club, je savais que j’allais me faire de l’argent. Les clubs, j’y allais juste pour carotter des mecs, c’était le programme. D’ordinaire, j’allais à des fêtes chez des gens, des fêtes sur des toits, ce genre de vibe. Mais quand j’allais en club, le but c’était d’en sortir mieux lotie qu’en arrivant, en trouvant un vieux mec riche à arnaquer de deux ou trois cents dollars, ce qui représentait beaucoup d’argent pour moi à l’époque.
Bien sûr.
Je me souviens que… Quand t’es une gamine qui sort comme ça pour obtenir quelque chose du monde  ; quand tu sors avec un but, t’en retires ce faux sentiment de pouvoir… À l’époque, je me prenais pour un cerveau, un putain de génie [rires, NDLR]. Parce que j’arnaquais tous ces mecs. Avec le recul, je me rends compte que ces gars étaient des pédocriminels. Et moi, je foutais quoi en fait ? Tu vois ce que je veux dire ?
Oui, très bien. Et donc tu estimes que tu vivais sous l’illusion d’un faux sentiment de pouvoir ?
Ouais.
Être un objet de désir censé tenir en son pouvoir les hommes qui détiennent le pouvoir. Mais ça te donnait quand même le frisson du pouvoir, non ?
Oh oui, car je n’en connaissais pas d’autres.

Julia Fox : « Ce qui m’interpelle, c’est que lorsque des hommes sexualisent une femme, c’est tout à fait admis. Mais quand une femme se sexualise elle-même, on la considère comme une salope. C’est absurde. »

À propos de pouvoir, tu connais peut-être la philosophe féministe française Manon Garcia ? Il y a quelques années, elle a publié On ne naît pas soumise, on le devient, un essai dans lequel elle analyse la « complexité de la soumission [des femmes] dans ses aspects tant séduisants qu’aliénants ». J’ai d’ailleurs l’impression que ces dernières années, le BDSM est devenu une référence pour analyser les relations amoureuses ou même politiques. À Paris, il y a toujours quelqu’un pour te signaler – avec une jubilation intrigante – que dans la relation BDSM, l’esclave est souvent le vrai maître.
Oui… On appelle ça « prendre le dessus par le dessous » ! C’est quand le ou la soumis·e détient en fait tout le pouvoir. Je pense que c’est un angle intéressant. Il y a de la domination dans les deux aspects. Ils coexistent. Tu peux être la soumise, être dans ce type de dynamique, et réellement la personne qui contrôle, qui a la main. Ouais… Tu peux être dominé·e mais en réalité… Tu comprends ce que je veux dire [rires, NDLR] ?
Oui ! Mais j’aimerais aller « au fond » de cette idée. T’as lu le bouquin d’Emily Ratajkowski ?
Je l’ai lu.
Elle y raconte comment elle a converti sa sexualisation en pouvoir. Correct ?
Ouais.

Julia Fox : « Je m’en fous d’être « hot » dans le regard de l’autre. Tout ce qui m’importe, c’est comment je me trouve, comment je me sens, et d’être heureuse à ma façon. »

Cette idée fait fureur actuellement dans le féminisme mainstream. J’imagine que sa pertinence dépend de notre définition du pouvoir. J’aimerais t’entendre sur la question. T’en penses quoi ? T’es féministe ?
Oui, plutôt.
En tant que sex symbol, tu peux nous parler du pouvoir que cela t’octroie ou que tu t’octroies par là ? Il y en a un ?
Oui, clairement. Ce qui m’interpelle, c’est que lorsque des hommes sexualisent une femme, c’est tout à fait admis. Mais quand une femme se sexualise elle-même, on la considère comme une salope. C’est absurde. C’est intéressant pour une femme de prendre le contrôle de sa sexualité, de ne pas en avoir peur, c’est une manière de se réapproprier le pouvoir.  Quelle que soit la manière de s’y prendre. Pour certaines, se sentir maîtresse de la situation passe par le fait d’être complètement couverte, je les comprends, elles ne donnent rien et on n’est pas vulnérable quand on ne dévoile rien. Tout est laissé à l’imagination. D’un autre côté, être nue ou à moitié nue peut aussi vous donner l’impression de contrôler votre sexualité. On se dit : « Je me fous de votre perception de ma nudité. Je ne vis pas dans votre perception. J’ai ma propre réalité des choses. » Voilà. Je pense que l’approche est différente pour chaque femme. Les gens sont toujours à la recherche de la réponse. Ils veulent de la cohérence. Mais à mon avis ils ratent un truc, qui est que si tu prends de la hauteurdifférentes choses peuvent être vraies en même temps. Différentes vérités coexistent. Il n’y a pas de blanc et de noir. Il n’y a pas une réponse unique mais plusieurs. C’est du cas par cas. Donc on ne peut pas faire de généralité sur ce que « féminité » ou « sexualité » ou « féminisme » veut dire. Ça change continuellement. Ce sont des définitions en mouvement et elles prennent une forme unique selon l’expérience de chacune. Ce que ça signifie pour moi d’être une femme ne s’appliquera pas nécessairement à une autre. Donc je ne veux pas imposer ma vision à autrui, mais vivre selon ma propre définition. Je m’en fous d’être « hot » dans le regard de l’autre. Tout ce qui m’importe, c’est comment je me trouve, comment je me sens, et d’être heureuse à ma façon.
Tout à l’heure, ou demain, tu vas te saper et sortir dans la rue et tu vas créer l’événement. Car tu n’as qu’à sortir de chez toi pour ça. Cette attention massive qui s’attache à toi, là, maintenant, ça ressemble à quoi, vécue de l’intérieur ?
Attends… Ce que tu voudrais savoir, c’est ce que ça fait d’être moi ?
Oui. Être toi à ce moment précis.
Hum… C’est crevant [rires, NDLR]. Je suis juste fatiguée tout le temps.
T’as peut-être autre chose en tête – ou dans le cœur ? Et tout ce tralala n’est pas si important ?
Non. J’oublie tout le temps que je suis célèbre. Il y a trop de pensées dans ma tête. Et il faut que je vive avec dix longueurs d’avance parce que je suis maman. Ça ne me laisse pas vraiment de temps pour m’asseoir dans une pièce, méditer et m’interroger sur ma réalité. Là, évidemment, je vis le moment présent. Je ne prémédite pas. Je finirai où je dois finir. J’ai la foi et voilà.
Oscar Wilde a écrit : « J’ai mis tout mon génie dans ma vie, je n’ai mis que mon talent dans mon œuvre. » Quand je regarde tes photos, je pense à ta styliste Briana Andalore, une de tes plus chères amies. Tu es souvent qualifiée de muse ou d’égérie dans la presse. Mais en fait, si tu es la muse de quelqu’un, c’est de Briana…
Avec Briana, on est symbiotiques. Elle est ma partner in crime depuis l’adolescence. Elle a toujours été là. On a fait les quatre cent coups ensemble. On adorait la mode. On s’incrustait dans les ventes privées, aux défilés. Gamines, on était déjà ces personnes qui se sur-sapent juste pour traîner. Ça marche comme ça depuis toujours. Et maintenant, ouais, on le fait à une plus grande échelle. Il y a plus de gens qui matent. C’est génial de se dire qu’on a commencé ensemble et que ça a pris des proportions pareilles. Que ça suscite une telle réaction. C’est un sentiment très cool. Ça valide toute notre vie, tu comprends ? On y est arrivées. Maintenant, on sait pourquoi notre passé a eu lieu, Briana et moi. On avait ça devant nous.

Julia Fox : « Je vis le moment présent. Je ne prémédite pas. Je finirai où je dois finir. J’ai la foi et voilà. »

Dirais-tu que ton corps, tes looks, ton image, c’est ton art en ce moment ?  Que tu as fait de toi la matière, le support de ton art ? Que tu es ton œuvre ?
Oui. Totalement.
et que toi et Briana vous recréez chaque jour cette folle œuvre d’art vivante qui s’appelle Julia Fox ?
Haha ! Merci. Je pense que lorsque tu es un·e artiste, tu produis de l’art à partir de tout. C’est une même approche, une même imagination qui est à l’origine de tout ce que tu fais. Tu trouveras toujours une manière nouvelle de faire les choses. Il s’agit d’être ou ne pas être un·e artiste. En ce moment, la mode est mon mode d’expression premier. Mais ça changera. Un jour, je perdrai mon intérêt et je me passionnerai pour autre chose. Je déteste rester coincée. J’aspire à une grande et longue aventure.
C’est quoi tes projets en ce moment ? Qu’est-ce tu désires pour la suite ?
J’ai envie de faire des films et des séries et d’écrire plus de livres. J’aime jouer  ; et j’ai envie d’écrire des films et de jouer des rôles. Et de produire des films. Parce que je me sens l’âme d’une production bitch. Je sais que je suis bonne là-dedans. Je vis dans la solution. Si je rencontre des obstacles ou des problèmes, je les dépasserai.
Julia Fox : Tenue, Victor Clavelly.
L’industrie t’envoie des rôles intéressants ?
Ouais. J’ai des projets excitants cette année. Je tournerai dans quelques mois.
Ai-je oublié quelque chose que tu voudrais dire à tes trillions de fans ?
D’abord, que je les aime tellement. J’hallucine d’avoir cette incroyable fanbase de femmes. Je les soutiens à fond pour qu’elles se réapproprient leur sexualité et vivent par delà le male gaze. J’adore ce mouvement. Soyons qui nous voulons et pas ce que la société nous prescrit ! J’ai juste envie d’exprimer de la gratitude ! Et j’ai mon livre qui sort cet automne ! Il s’appelle Down the drain (« Partir en fumée ») et il paraîtra en octobre !
J’ai comme un pressentiment que ça va marcher. Quel est le sujet ?
Ma vie entière ! Bon, évidemment, je n’ai pas pu tout mettre, parce que le livre serait devenu trop long. J’ai choisi de ne parler que de ce qui est pertinent émotionnellement. Je veux maintenir la connexion.
Remerciements à Briana Andalore et Camille Vizzavona.

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