Et si l’intelligence artificielle prenait la place des créatifs ?

Article publié le 8 février 2019

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Photo : Kylie Jenner photographiée par Daniel Sannwald et maquillée par une I.A pour Dazed Beauty.
Texte : Antoine Leclerc-Mougne.

L’intelligence artificielle n’est plus un simple robot uniquement capable de battre un joueur d’échecs. Désormais, elle se la joue arty en composant de la musique, en devenant make-up artist ou en écrivant de la poésie. Et pourrait bien mettre à mal l’originalité de la créativité humaine.

En ce mois de février 2019, Kylie Jenner a posé en couverture du tout premier numéro de Dazed Beauty, la nouvelle revue beauté de Dazed & Confused. Une soeur Kardashian en couv’ d’un magazine ? Encore ? Jusque-là, rien de très excitant. Sauf que cette fois-ci, l’équipe créative derrière le projet a demandé à une intelligence artificielle de faire le maquillage de la star. Au lieu d’engager un make up artist et un coiffeur IRL, Dazed Beauty et le photographe Daniel Sannwald (qui a déjà collaboré pour un digital issue d’Antidote), ont utilisé le programme Beauty_GAN, un algorithme créé par les studios Selam X de Berlin et ART404 de New York.

Développé par des scientifiques, informaticiens, directeurs artistiques, codeurs, designers et ingénieurs, ce programme est capable grâce au machine learning (ou apprentissage automatique) de produire des images de beauté à partir d’une base de données composée de plus de 17000 photos trouvées sur Instagram. Résultat, selon Beauty_GAN, Kylie Jenner maquillée en mode 3.0, ça donne des cheveux roses pastels, un mix de fards à paupières de différentes couleurs qui se fondent les uns dans les autres et un rouge à lèvres bien rose (quatre autres images du même genre ont été créées). Et pour une fois Kylie Jenner, au lieu de regarder dans le vide, regarde vers le futur… Un futur où l’intelligence artificielle risque de prendre doucement mais sûrement la place des créatifs. La preuve par cinq.

Photos : Kylie Jenner photographiée par Daniel Sannwald et maquillée par une I.A pour Dazed Beauty.

En peinture

En octobre 2018, la maison de ventes aux enchères Christie’s à New York a vendu un tableau au prix de 432500 dollars. Son auteur ? Une intelligence artificielle (développée par le collectif d’art français Obvious), qui a entièrement réalisé cette peinture vendue alors plus chère qu’une œuvre d’Andy Warhol et une autre de Roy Lichtenstein réunies et présentées le même jour. Vendue en moins de sept minutes, la peinture en question (« Edmond de Belamy, from La Famille de Belamy ») a été annoncée par Christie’s comme le tout premier portrait de l’histoire généré par un algorithme à avoir été mis aux enchères. Pas si étonnant quand on sait qu’en avril 2016 déjà, l’I.A « Next Rembrandt », créée par une équipe de spécialistes de l’université de Delft en Hollande, a pu reproduire un Rembrandt à la perfection.

Photo : la peinture « Edmond de Belamy, from La Famille de Belamy », créée par une I.A.

En mode

Devra-t-on bientôt dire adieu aux créateurs des grandes maisons de mode ? En juillet 2018 le jeune chercheur Robbie Barrat a dévoilé son projet d’intelligence artificielle capable de créer une ligne de vêtements. Plus particulièrement une collection entière basée sur les styles précédents de Balenciaga. Afin de créer ces silhouettes, Barrat a rassemblé des images des créations de Balenciaga issues de lookbooks, campagnes publicitaires, défilés ou catalogues en ligne, puis les a utilisées pour former le réseau neuronal Pix2Pix. Même si certaines images donnent parfois l’impression d’une collection bâclée et inachevée, le chercheur pense sérieusement que les créateurs comme Demna Gvasalia « pourraient utiliser un outil comme celui-ci pour trouver l’inspiration ». Si ça continue comme ça, le diable s’habillera bientôt en data.

Photo : collection Balenciaga développée par l’I.A du chercheur Robbie Barrat.

En musique

Pas besoin d’un grand compositeur pour créer un classique de la musique. Le constructeur technologique Huawei vient, à l’aide d’une intelligence artificielle, de terminer la 8ème Symphonie inachevée de Schubert commencée en 1822. Avec l’aide du compositeur Lucas Cantor, Huawei a utilisé son smartphone Huawei Mate 20 Pro pour créer de nouvelles mélodies. Les ingénieurs ont nourri ledit téléphone de musique sous forme de data afin que l’I.A récupère des informations sur le timbre, le tempo et la tonalité que Schubert aimait utiliser dans sa musique. Résultat, l’intelligence artificielle a produit plusieurs mélodies, dont certaines ont été sélectionnées par le compositeur Lucas Cantor, qui les a ensuite orchestrées pour une représentation organisée le 4 février dernier au Cadogan Hall de Londres.

En cinéma

Avant la mode et la musique, l’intelligence artificielle s’est essayée avec succès au cinéma. En juin 2016, le programme Benjamin a écrit le scénario d’un court-métrage après s’être « nourri » d’une dizaine de scénarios de films et séries de science-fiction, comme par exemple 2001, l’Odyssée de l’espace, Le Cinquième élément, X-Files, Abyss ou encore Star Trek. En les analysant, ce réseau de neurones artificiels y a repéré des régularités et a créé son propre script. Le film a même été tourné, puis présenté au festival britannique SCI-FI-LONDON. La même année, c’est la Fox qui a fait appel à un algorithme d’IBM afin de réaliser une bande-annonce de son film Morgan, qui traite d’intelligence artificielle… Pour une mise en abîme à la Inception.

En poésie

« Quand tailler les rosiers, Quand tomber enceinte, Quand tailler la vigne, Quand t’es dans le désert. » Ces quelques vers (encore médiocres) ont été écrits par le moteur de recherche de Google, qui travaille depuis 2017 sur une I.A capable d’écrire de la poésie. En analysant les mots les plus recherchés, celle-ci peut assembler des phrases plus moins sensées et imagées. Mais c’est Microsoft qui est allé le plus loin. Via sa filiale asiatique, la société technologique a travaillé en fin d’année dernière à l’élaboration d’une intelligence artificielle capable de rédiger des poèmes correspondant à une image qui lui est présentée, et peut composer des vers en alexandrin, produire des métaphores ou encore comparer la tristesse à la météo grisâtre. Le prochain spleen façon Baudelaire ?

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