« Back Side – Dos à la mode », l’exposition du Palais Galliera qui nous tourne le dos

Article publié le 14 mai 2019

Texte : Henri Delebarre.
Photo : Mireille Darc.
14/05/2019

Fermé pour travaux, le musée de la Mode de la ville de Paris présente une nouvelle exposition hors les murs au musée Bourdelle. Intitulée « Back Side – Dos à la mode », cette dernière se concentre sur une partie du corps trop souvent oubliée, bien que support d’une grande créativité.

Après « Balenciaga, l’œuvre au noir » en 2017, le Palais Galliera – en rénovation jusqu’au mois de décembre prochain – s’installe une nouvelle fois dans l’enceinte du musée consacré au sculpteur Antoine Bourdelle avec « Back Side – Dos à la mode ». Curatée par Alexandre Samson, responsable de la création contemporaine du Palais Galliera, et déjà présentée au Musée de la mode et de la dentelle de Bruxelles du 4 novembre 2018 au 14 avril dernier, cette exposition met en scène des créations vues de dos pour valoriser cette partie de l’anatomie du vêtement, souvent travaillée mais peu considérée, et renverse de manière inédite la vision communément frontale et biaisée que nous avons de la mode.

Car s’il est souvent dissimulé, notamment sur les photos de défilés, le dos n’en constitue pas moins un catalyseur de créativité. Et bien souvent, rien de l’avant d’un vêtement ne laisse prédire son arrière. Mis en valeur par de longues traines ou animé par des jeux de découpes, des broderies, des inscriptions ou des décolletés plongeants, le dos se fait tour à tour le support de sacs, de messages, d’éléments techniques tels que les zips ou les laçages et devient même parfois une source de fantasme à la charge érotique inexorable. Présentée parmi la centaine de silhouettes et d’accessoires exposés issus des archives du musée, la robe créée par Yves Saint Laurent pour l’hiver 1970-1971 au dos entièrement recouvert de dentelle en témoigne, tout comme celle dessinée par Guy Laroche et portée en 1972 par Mireille Darc dans « Le Grand Blond avec une chaussure noire », dont le vertigineux décolleté dévoilait non pas la naissance des seins mais celle des fesses.

Photo : Jean Paul Gaultier, Robe, Automne-Hiver 1995-96 © Françoise Cochennec / Galliera / Roger-Viollet.

Sublimée par la mode comme par les arts, cette partie de l’anatomie vue de tous sauf de son propriétaire jouit d’un fort pouvoir de fascination. Camisole de force, robes de soirée ou treillis militaire revisité, les créations de grands couturiers ou de prêt-à-porter ici exposées dialoguent avec les sculptures de Bourdelle, que l’on redécouvre sous un nouvel angle. Elle s’y lisent en miroir avec des extraits de films et une série de photographies dont celles de Jeanloup Sieff, qui rappellent l’importance du dos dans la peinture et la photographie (on pense notamment au fameux « Violon d’Ingres » de Man Ray qui met en scène celui de Kiki de Montparnasse, nu et agrémenté d’ouïes). 

L’exposition « Back Side – Dos à la mode » se tiendra du 5 juillet au 17 novembre 2019 au musée Bourdelle, 18 Rue Antoine Bourdelle, Paris 15. 

À lire aussi :

[ess_grid alias= »antidote-home2″]

Les plus lus

> voir tout

Rencontre avec les photographes de la nouvelle campagne CK One

La campagne one future #ckone rassemble un casting de jeunes Américain·e·s aux profils variés, reflétant toute la diversité des États-Unis, immortalisé·e·s par sept étoiles montantes de la photographie. Antidote s’est entretenu avec deux d’entre elles, dont l’œuvre s’inscrit au croisement de la quête esthétique et de l’activisme : Elliot Ross et Shan Wallace.

Femmes politiques aux États-Unis : les nouveaux habits du pouvoir

Kamala Harris mais aussi Alexandria Ocasio-Cortez et les autres membres du Squad dont elle fait partie, rejointes par de nouvelles élues au Congrès, incarnent une nouvelle idée du soft power vestimentaire. Symboles d’une classe politique recomposée, qui n’a jamais autant compté de femmes afro-américaines et hispaniques dans ses rangs, elles prennent le contrôle sur leur apparence, dictant leurs propres critères de respectabilité et d’empowerment – tout en se distinguant de l’establishment, encore largement dominé par la culture masculine.

À quand un enseignement décolonial de la mode ?

Loin d’être universel, le concept de mode renvoie à une pluralité d’imaginaires, d’esthétiques et de vécus invisibilisés par une histoire coloniale qu’une nouvelle génération appelle aujourd’hui à déconstruire – notamment via l’enseignement.

Découvrez la nouvelle collection d’Antidote automne-hiver 2020/2021

Antidote présente sa nouvelle collection de vêtements, comme toujours genderfree et entièrement vegan.

Pourquoi la mode investit-elle dans l’agriculture régénérative ?

Déconnectée des enjeux de développement durable pendant des années, la mode est poussée à agir par un nombre croissant de consommateur·rice·s qui exigent transparence et responsabilité éthique. L’agriculture régénérative (ou régénératrice), qui permet de préserver la biodiversité des sols et de lutter contre le réchauffement climatique, s’inscrit dès lors de plus en plus au cœur des débats liés à la mode responsable.

Sinéad Burke : « On doit être à la table des décisions »

Activiste et écrivaine irlandaise de 1,05 mètre passionnée de mode et de design, Sinéad Burke milite en faveur d’un monde plus inclusif qui s’adapterait aux besoins de chacun·e. À travers cet entretien, elle revient sur l’importance d’offrir une voix à ceux·celles qui ne sont pas entendu·e·s dans l’espace public, explique pourquoi il est impératif d’intégrer les personnes issues des minorités à la table des décisions et raconte pourquoi sa petite taille fait sa force.

lire la suite

> voir tout

Mode

Intitulée « Gabrielle Chanel, Manifeste de Mode », la rétrospective du Palais Galliera consacrée à Gabrielle Chanel ouvre ses portes aujourd’hui et se tiendra jusqu’au 14 mars 2021

Newsletter

Soyez le premier informé de toute l'actualité du magazine Antidote.