Enzo Lefort, le champion du monde d’escrime aux mille et une vies

Article publié le 23 septembre 2014

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Texte : Maxime Retailleau
Photos : Enzo Lefort par Pelle Cass. Directeur créatif : Yann Weber. Stylisme : Reuben Esser. Groomer : Cyril Laine.

Chaussures Nike Shox TL, casquette, hoodie rouge, short noir, short rouge et chaussettes, Nike. Sweatshirt noir, Y/Project.  Hoodie et pantalon violets, Martine Rose. Pull col roulé, Givenchy. Pantalon bleu, Issey Miyake. Short rouge, Vivienne Westwood. Collier, Kitesy Martin.

À l’occasion de la nouvelle campagne Nike dédiée aux Shox, avec Enzo Lefort, le Guadeloupéen revient pour Antidote sur son exceptionnelle carrière sportive, sa philosophie de vie axée sur l’instant présent, l’évolution de sa vision du style et son attrait irrésistible pour le monde de la nuit.

Enzo Lefort bondit à travers les gradins rouge du centre sportif de Melun, où le tireur de 27 ans se perfectionne à l’escrime chaque jour. Sauf qu’il ne s’agit pas aujourd’hui d’un entraînement : visage de la nouvelle campagne de Nike dédiée à sa paire de Shox, le fleurettiste est en pleine séance shooting avec le photographe Pelle Cass, 65 ans au compteur, dont l’appareil mitraille sans trêve. C’est que le style de l’artiste américain (dont les œuvres ont rejoint les collections du Peabody Essex Museum, du Fogg Art Museum, ou encore du Houston Museum of Fine Arts), qui réalise à cette occasion ses premières photos de mode, implique généralement de prendre plusieurs centaines de clichés depuis le même point de vue. C’est ensuite dans cette matière première foisonnante qu’il puise pour réaliser ses compositions aux allures de time-lapses immobiles.

Entre deux salves, Enzo Lefort s’installe torse-nu dans la salle d’escrime dont les étagères sont jonchées de trophées, et revient sur une vie qui, comme la plus grande figurine d’un ensemble de poupées russes, semble en contenir une multiplicité. Au-delà de son insolente carrière sportive, couronnée par sa victoire aux championnats du monde en juillet dernier, le Guadeloupéen hyperactif est également passionné de photographie et de mode, multiplie les virées dans des soirées hip-hop, pratique le yoga, est diplômé en kinésithérapie, bosse comme community manager pour différentes marques et vient de devenir papa… La prochaine étape ? Tokyo 2020, où l’athlète compte bien décrocher l’or. On souhaite bon courage à la concurrence : rien ne semble pouvoir l’arrêter.

ANTIDOTE. À 5 ans, tu as vu Laura Flessel remporter les Jeux Olympiques d’Atlanta à la télé, c’était en 1996. C’est à ce moment que tu as décidé de te lancer dans l’escrime ?
ENZO LEFORT. Oui c’est ça. Avant je faisais du tennis, puis quand j’ai vu Laura Flessel gagner j’ai dit à mes parents que je voulais arrêter pour faire de l’escrime à la place. Comme elle est Guadeloupéenne, les médias [locaux, ndlr] en ont beaucoup parlé.

Quand tu faisais de l’escrime étant enfant ou jeune adolescent, c’était une simple passion pour toi, ou tu rêvais déjà de devenir un grand champion à ton tour ?
Quand j’ai débuté les compétitions j’ai eu la chance d’obtenir des victoires assez tôt, mais je ne me suis jamais vraiment projeté. Je ne me disais pas : « Je veux être champion olympique, faire les JO… », pour moi cela relevait presque de l’abstrait. Pour pouvoir participer aux compétitions, je devais d’ailleurs faire 5 ou 6 déplacements en Europe par an, donc c’était assez compliqué. Mes parents sont professeurs des écoles, et je me rendais compte que ça coûtait de l’argent. Ça impliquait aussi que je rate des cours, heureusement j’étais bon élève, mais certains enseignants ne faisaient pas preuve de bienveillance parce qu’ils considéraient le sport comme un hobby, c’était secondaire à leurs yeux. Entre 15 et 16 ans, j’étais dans les 10 meilleurs Français mais je ne m’entraînais pas autant que les tireurs en métropole, et je ne faisais pas des performances incroyables. J’ai fini par me dire que ça ne servait à rien de continuer à faire dépenser de l’argent à mes parents pour obtenir des résultats moyens. Je leur ai donc annoncé que j’allais arrêter de faire des déplacements, et que j’allais simplement faire des compétitions pour m’amuser en Guadeloupe. Puis un ou deux mois après, j’ai reçu un coup de fil qui a tout remis en question. J’avais été détecté et on m’a invité à rejoindre le Pôle Espoir en Ile de France, à Châtenay-Malabry. Mais j’ai pris les choses au fur et à mesure : j’ai été sélectionné en équipe de France cadet, pour les championnats d’Europe, puis pour les Monde en junior, et après c’est allé très vite. Je suis allé aux Jeux Olympiques de Londres lors de ma première année senior, je n’ai même pas eu le temps de me poser des objectifs, j’ai juste fait compétition après compétition.

« J’ai été champion du monde, donc je ne vais rien changer. L’erreur serait de vouloir révolutionner les choses, alors que ce que je faisais a fonctionné. »

Y a-t-il des tireurs qui t’ont servi de modèle ?
Je n’ai pas eu énormément d’idoles, mais j’ai vraiment admiré Brice Guyart : c’est le dernier Français à avoir été champion olympique individuel au fleuret, en 2004, et quand je l’ai vu tirer j’ai en quelque sorte calqué mon escrime, très offensive, sur la sienne – d’autant qu’on a une morphologie similaire, on est tous les deux grands et fins. À chaque fois que je pense à lui, cet ancien dicton me vient à l’esprit : « Entraîne toi assez pour que tes idoles d’un jour deviennent tes rivaux de demain ». Et c’est exactement ce qui s’est passé ! Je suis arrivé à L’INSEP en 2010, quand Brice était en fin de carrière : on a donc fait des compétitions ensemble, j’ai été sélectionné aux Jeux Olympiques de Londres alors que lui ne l’était pas, et on a une fois fait équipe. Lors des derniers championnats européen on a fini vice-champions d’Europe, donc Brice et moi avons été médaillés ensemble, c’était très beau, comme un passage de témoin.

Très jeune, tu as concouru dans les compétitions les plus prestigieuses, notamment les JO : ressentais-tu une grande pression lors de ces événements ?
Quand tu es jeune tu es insouciant : tu te lances sans vraiment te rendre compte de ce qui est en jeu, puis une fois que c’est fini tu te dis [il prend une voix d’adolescent caricaturale] « Ah cool, j’étais aux JO ». Mais quand tu commences à avoir un statut alors la pression arrive, parce que tu sens que tu es attendu, et les adversaires commencent à t’étudier, donc ça devient un peu plus compliqué. Du coup pendant un an j’ai fait moins de bons résultats, je me mettais trop de pression alors que ça ne me ressemble pas. On m’a mis en parallèle avec d’autres champions, on m’a dit qu’ils avaient telle ou telle hygiène de vie, j’ai essayé pendant six mois, mais je n’étais pas heureux au quotidien, donc pas non plus quand je m’entraînais, et il y a eu une sorte de réaction en chaîne… Puis j’ai recommencé à vivre ma vie, et c’est reparti. Bien me sentir dans ma tête c’est essentiel.

Une fois majeur, en parallèle des compétitions d’escrime, tu as passé un diplôme de kiné : était-ce difficile de combiner tes différentes activités, alors que les tireurs des grandes nations peuvent se concentrer sur leur carrière sportive ?
J’ai eu de la chance parce que ma fédération avait un accord avec une école de kiné à Paris, qui est gratuite, et j’y suis entré sans même passer de concours, c’était sur dossier scolaire et sportif. On dédoublait les années, donc par exemple s’il y avait quatre modules j’en passais deux une année, et deux l’année d’après. C’était donc moins dense que les parcours classique, tout en restant compliqué, parce que mes journées étaient très rythmées : j’allais en cours, je m’entraînais, je retournais en cours, puis je m’entraînais à nouveau, à la fin de la journée j’étais épuisé, et je devais travailler tard le soir pour préparer des examens, alors que j’avais aussi des compétitions importantes en parallèle. Donc avant chaque olympiade (Londres puis Rio) j’ai pris une année sabbatique pour ne faire que de l’escrime, mais après il m’était difficile de me remettre aux cours. Un moment j’ai hésité à arrêter, mais j’ai finalement eu mon diplôme l’an dernier. Aujourd’hui je me concentre sur l’escrime, et à côté je fais de la photographie, je bosse en tant que community manager pour des boîtes, je vais voir des expos… je ne fais quasiment que ce qui me plaît.

Chaussures Nike Shox TL et T-shirt, Nike. Combinaison, Ambush. Sweatshirt col roulé, Cottweiler. Pantalon, Robyn Lynch.

Ta copine Kitesy Martin est professeure de yoga : une pratique à laquelle elle t’a convertie, et que tu exerces désormais le week-end. As-tu le sentiment qu’elle contribue à faire de toi un meilleur fleurettiste, et si oui pourquoi ?
L’escrime est un sport assez traumatisant, et le yoga c’est vraiment l’antithèse de ce que je fais : il n’y a pas de compétition, et quand tu fais une posture, même si tu ne la fais pas parfaitement, tu ne vas pas plus loin. Dans l’escrime, au contraire, tu cherches tout le temps la perfection du geste, même si ce n’est pas confortable. Le yoga me permet d’avoir un peu plus de souplesse, et d’être davantage à l’écoute de mon corps, alors que dans l’escrime je suis tout le temps dans l’adaptation. Cela m’apporte donc quelque chose de complémentaire.

Quel a été le moment de ta carrière qui t’as le plus ému à ce jour ? Ta victoire contre Mepstead en finale des championnats du monde, en juillet dernier ?
Le moment qui a été le plus fort pour moi c’était plutôt en demi-finale des JO [de Rio, en 2016, ndlr] : remporter une médaille dans cette compétition est l’objectif ultime des sportifs amateurs, et on allait tirer contre l’Italie, qu’on n’avait pas battue depuis deux ans. On a remporté la rencontre 45-30, et on s’est dit « C’est bon les gars, on est médaillés olympiques », et là [il souffle fort]… c’était vraiment quelque chose d’incroyable. C’était le hold up du siècle : on n’était pas du tout favoris, on l’a fait, et quand tu sais que tu vas monter sur un podium olympique c’est quelque chose.

Obtenir le titre de champion du monde a aussi été un moment incroyable, mais ça s’est dessiné très vite au cours de la finale, je dominais vraiment, et je me suis donc vu la remporter – il n’y a pas eu de suspense. Et une semaine après les championnats du monde ma fille est née, ce qui a tout remis en perspective. Quand ton enfant arrive, cela rend tout de suite humble : tu penses juste que tu es père et que tu dois t’en occuper. Mais j’ai depuis repris et j’ai toujours les crocs. J’ai encore envie de goûter à d’autres victoires comme celle-là.

Le nouveau graal que tu cherches à obtenir c’est la médaille d’or en individuel aux prochains JO, qui se dérouleront à Tokyo l’année prochaine. Comment t’y prépares-tu ?
J’ai été champion du monde, donc je ne vais rien changer. Les JO sont une compétition comme les autres ; enfin pas exactement, mais c’est comme ça que je vais les aborder. Je vais essayer de faire ce que j’ai fait l’an dernier, en mieux. L’erreur serait de vouloir révolutionner les choses, alors que ce que je faisais a fonctionné.

Quand tu enfiles ton masque, as-tu le sentiment de devenir quelqu’un d’autre, comme si tu quittais ton identité propre pour devenir un tireur sans merci ?
Oui, ce n’est pas uniquement le masque, mais tout l’équipement d’escrimeur qui produit cet effet. Je suis un tueur à gage, je suis là pour gagner des matchs, pas pour faire du social.

« Il y a quelque chose qui me fascine dans la nuit (…) et puis il y a une sorte de lâcher-prise : tu es dans l’instant présent, la musique est super forte et tu ne penses qu’à danser, ça te permet d’oublier tout le reste. »

Différentes études ont été menées par des psychologues sur le déterminisme nominatif : elles révèlent qu’il est assez fréquent que la profession d’un individu corresponde à son nom de famille (en France, le Guadeloupéen Mickaël Gelabale a par exemple été champion d’Europe de basket), ce qui pourrait être le produit d’une influence de notre patronyme sur notre inconscient. Penses-tu que t’appeler « Lefort » ait pu te prédestiner à devenir un grand champion ?
C’est la première fois que j’en entends parler, mais effectivement depuis tout petit la compétition c’est vraiment ce qui m’anime. Si on me demande de faire dix aller-retours de la salle je vais le faire mais sans me surpasser, alors que si je fais la course avec quelqu’un, et que je vois qu’il va me doubler, je vais donner tout ce que j’ai.

Et j’en ai vu des jeux de mots avec mon nom depuis que je suis tout petit… En couverture, France-Antilles Guadeloupe a titré « Lefort le plus fort », « Lefort de plus en plus fort », c’était tourné à toutes les sauces, donc peut-être qu’à force de le voir et de l’entendre ça a en effet joué sur mon insconscient [rires]. Tout comme il y a une escrimeuse qui s’appelle Laurence Épée.

En parallèle des cours de yoga qu’elle donne, ta conjointe est également designer et créatrice de bijoux [Enzo Lefort pointe alors du doigt le collier en forme de chaîne qu’il porte, conçu par sa compagne]. Tu partages sa passion pour la mode ?
Oui, complètement. J’ai été traumatisé par mes parents parce que pendant longtemps c’est eux qui m’ont habillé, de manière très normcore : un T-shirt, un jean… J’ai dû attendre d’arriver au collège pour choisir mes sapes. Ensuite, quand je suis arrivé en métropole, il y avait beaucoup plus de choix, et en Guadeloupe les vêtements coûtent plus cher, donc quand je me suis installé ici j’ai pu me lâcher. Durant cette période je portais des baggys, j’avais un style ricain, alors qu’ici la mode c’était les cols en V, les slims, les schmooves, les polos… c’était la période tecktonik. Je ne comprenais pas cet engouement, mais petit à petit j’ai fini par couper la poire en deux : mes jeans sont devenus un peu plus petits (je n’ai jamais porté de slims par contre, il faut que je me sente à l’aise), et ensuite j’ai commencé à m’intéresser à la mode. Comme ma copine est styliste c’est un attrait qu’on partage, on a tous les deux une garde-robe bien garnie. Je porte du AMI, les vêtements d’un ami dont la marque s’appelle Coltesse, dont j’aime beaucoup le travail sur les volumes, du Acne Studios aussi, chez qui j’achète des belles pièces qui vont me tenir plusieurs saisons voire toute ma vie. J’essaye d’avoir de beaux vêtements sans sacrifier mes revenus. Comme ma copine a travaillé pour plusieurs maisons, elle a souvent des plans pour obtenir des remises : j’ai ainsi pu acheter un pantalon Comme des Garçons lors d’une vente spéciale il y a deux ans par exemple.

As-tu des icônes de mode ?
Je ne vais pas être original, mais oui : A$AP Rocky. Ce que j’adore chez lui c’est qu’il ne se limite pas à un seul style. Il peut porter un slim avec des bottines un jour, et le lendemain un blazer avec des sneakers, je trouve ça très cool.

Chaussures Nike Shox TL,  Nike. Manteau, blazer noir, chemise et pantalon noir, Antidote Studio. Blazer blanc et pantalon blanc, Jacquemus. Pantalon beige, GmbH. Hoodie, Givenchy.

En légende d’un de tes posts Instagram où on aperçoit une paire de Shox, tu as écris : « La shox, mon amour de jeunesse ❤ ». Peux-tu nous expliquer ce que cette paire représente pour toi ?
Elle coûtait très cher, 160 euros, et j’ai tanné mes parents pour l’avoir pendant des mois alors que j’étais au collège. Ils ont fini par me l’offrir : elle était grise avec quatre ressorts derrière, j’étais vraiment fier de pouvoir la porter. En Guadeloupe, la Shox c’était vraiment quelque chose. Il y avait la Air Force, et la Shox. La requin c’était en métropole, nous on ne l’a jamais eue. Et on ne portait pas de Converse, nous on était Nike.

Tu as été photographié toute la matinée par Pelle Cass, et tu avais l’air à l’aise. Faire des shootings mode, c’est quelque chose dont tu as l’habitude ?
Oui j’en ai fais quelques-uns, et depuis que je collabore avec Nike ça c’est légèrement accéléré [rires]. Là je me suis un peu épaissi mais quand j’étais jeune j’étais grand et fin, donc j’ai eu l’occasion de faire quelques shoots, j’ai fait un peu de mannequinat…

J’ai remarqué que tu t’es fait tatoué « Yolo » sur une côte. S’agit-il de ta philosophie de vie, dans une certaine mesure ?
Je me le suis fait faire à New York sur un coup de tête, et en effet, il reflète en quelque sorte mon prisme sur la vie : j’essaie d’être professionnel, mais sans trop me prendre au sérieux.

Tu aimes d’ailleurs sortir en club quand ton emploi du temps te le permet. Qu’est-ce qui t’attire dans le monde de la nuit ?
La musique déjà, j’aime beaucoup danser. Je vais surtout à des soirées hip-hop, parce que j’ai grandi en Guadeloupe donc j’étais sous influence américaine et jamaïcaine (j’écoutais du dancehall, du rap…). Et il y a quelque chose qui me fascine dans la nuit : tu parles à des gens que tu ne vas peut-être jamais revoir, il y a du mouvement, même si tu sors tout le temps au même endroit la soirée n’est jamais la même… Les DJ sont différents, et puis il y a une sorte de lâcher-prise : la musique est super forte et tu ne penses qu’à danser, ça te permet d’oublier tout le reste.

Dans tout ce que tu fais, que ce soit l’escrime, le yoga ou quand tu danses, tu sembles tout le temps avoir un objectif en tête : être dans l’instant présent…
Oui, je n’aime pas trop être dans le contrôle. Même dans mon rapport à la photographie, je préfère l’argentique parce qu’il y a quelque chose de plus spontané qu’avec les appareils numériques, où tu peux tout maîtriser. Avec les pellicules il y a une part d’imprévu, c’est ce qui me plaît.

Enzo Lefort bondit à travers les gradins rouge du centre sportif de Melun, où le tireur de 27 ans se perfectionne à l’escrime chaque jour. Sauf qu’il ne s’agit pas aujourd’hui d’un entraînement : visage de la nouvelle campagne de Nike dédiée à sa paire de Shox, le fleurettiste est en pleine séance shooting avec le photographe Pelle Cass, 65 ans au compteur, dont l’appareil mitraille sans trêve. C’est que le style de l’artiste américain (dont les œuvres ont rejoint les collections du Peabody Essex Museum, du Fogg Art Museum, ou encore du Houston Museum of Fine Arts), qui réalise à cette occasion ses premières photos de mode, implique généralement de prendre plusieurs centaines de clichés depuis le même point de vue. C’est ensuite dans cette matière première foisonnante qu’il puise pour réaliser ses compositions aux allures de time-lapses immobiles.

Entre deux salves, Enzo Lefort s’installe torse-nu dans la salle d’escrime dont les étagères sont jonchées de trophées, et revient sur une vie qui, comme la plus grande figurine d’un ensemble de poupées russes, semble en contenir une multiplicité. Au-delà de son insolente carrière sportive, couronnée par sa victoire aux championnats du monde en juillet dernier, le Guadeloupéen hyperactif est également passionné de photographie et de mode, multiplie les virées dans des soirées hip-hop, pratique le yoga, est diplômé en kinésithérapie, bosse comme community manager pour différentes marques et vient de devenir papa… La prochaine étape ? Tokyo 2020, où l’athlète compte bien décrocher l’or. On souhaite bon courage à la concurrence : rien ne semble pouvoir l’arrêter.

ANTIDOTE. À 5 ans, tu as vu Laura Flessel remporter les Jeux Olympiques d’Atlanta à la télé, c’était en 1996. C’est à ce moment que tu as décidé de te lancer dans l’escrime ?
ENZO LEFORT. Oui c’est ça. Avant je faisais du tennis, puis quand j’ai vu Laura Flessel gagner j’ai dit à mes parents que je voulais arrêter pour faire de l’escrime à la place. Comme elle est Guadeloupéenne, les médias [locaux, ndlr] en ont beaucoup parlé.

Quand tu faisais de l’escrime étant enfant ou jeune adolescent, c’était une simple passion pour toi, ou tu rêvais déjà de devenir un grand champion à ton tour ?
Quand j’ai débuté les compétitions j’ai eu la chance d’obtenir des victoires assez tôt, mais je ne me suis jamais vraiment projeté. Je ne me disais pas : « Je veux être champion olympique, faire les JO… », pour moi cela relevait presque de l’abstrait. Pour pouvoir participer aux compétitions, je devais d’ailleurs faire 5 ou 6 déplacements en Europe par an, donc c’était assez compliqué. Mes parents sont professeurs des écoles, et je me rendais compte que ça coûtait de l’argent. Ça impliquait aussi que je rate des cours, heureusement j’étais bon élève, mais certains enseignants ne faisaient pas preuve de bienveillance parce qu’ils considéraient le sport comme un hobby, c’était secondaire à leurs yeux. Entre 15 et 16 ans, j’étais dans les 10 meilleurs Français mais je ne m’entraînais pas autant que les tireurs en métropole, et je ne faisais pas des performances incroyables. J’ai fini par me dire que ça ne servait à rien de continuer à faire dépenser de l’argent à mes parents pour obtenir des résultats moyens. Je leur ai donc annoncé que j’allais arrêter de faire des déplacements, et que j’allais simplement faire des compétitions pour m’amuser en Guadeloupe. Puis un ou deux mois après, j’ai reçu un coup de fil qui a tout remis en question. J’avais été détecté et on m’a invité à rejoindre le Pôle Espoir en Ile de France, à Châtenay-Malabry. Mais j’ai pris les choses au fur et à mesure : j’ai été sélectionné en équipe de France cadet, pour les championnats d’Europe, puis pour les Monde en junior, et après c’est allé très vite. Je suis allé aux Jeux Olympiques de Londres lors de ma première année senior, je n’ai même pas eu le temps de me poser des objectifs, j’ai juste fait compétition après compétition.

« J’ai été champion du monde, donc je ne vais rien changer. L’erreur serait de vouloir révolutionner les choses, alors que ce que je faisais a fonctionné. »

Y a-t-il des tireurs qui t’ont servi de modèle ?
Je n’ai pas eu énormément d’idoles, mais j’ai vraiment admiré Brice Guyart : c’est le dernier Français à avoir été champion olympique individuel au fleuret, en 2004, et quand je l’ai vu tirer j’ai en quelque sorte calqué mon escrime, très offensive, sur la sienne – d’autant qu’on a une morphologie similaire, on est tous les deux grands et fins. À chaque fois que je pense à lui, cet ancien dicton me vient à l’esprit : « Entraîne toi assez pour que tes idoles d’un jour deviennent tes rivaux de demain ». Et c’est exactement ce qui s’est passé ! Je suis arrivé à L’INSEP en 2010, quand Brice était en fin de carrière : on a donc fait des compétitions ensemble, j’ai été sélectionné aux Jeux Olympiques de Londres alors que lui ne l’était pas, et on a une fois fait équipe. Lors des derniers championnats européen on a fini vice-champions d’Europe, donc Brice et moi avons été médaillés ensemble, c’était très beau, comme un passage de témoin.

Très jeune, tu as concouru dans les compétitions les plus prestigieuses, notamment les JO : ressentais-tu une grande pression lors de ces événements ?
Quand tu es jeune tu es insouciant : tu te lances sans vraiment te rendre compte de ce qui est en jeu, puis une fois que c’est fini tu te dis [il prend une voix d’adolescent caricaturale] « Ah cool, j’étais aux JO ». Mais quand tu commences à avoir un statut alors la pression arrive, parce que tu sens que tu es attendu, et les adversaires commencent à t’étudier, donc ça devient un peu plus compliqué. Du coup pendant un an j’ai fait moins de bons résultats, je me mettais trop de pression alors que ça ne me ressemble pas. On m’a mis en parallèle avec d’autres champions, on m’a dit qu’ils avaient telle ou telle hygiène de vie, j’ai essayé pendant six mois, mais je n’étais pas heureux au quotidien, donc pas non plus quand je m’entraînais, et il y a eu une sorte de réaction en chaîne… Puis j’ai recommencé à vivre ma vie, et c’est reparti. Bien me sentir dans ma tête c’est essentiel.

Une fois majeur, en parallèle des compétitions d’escrime, tu as passé un diplôme de kiné : était-ce difficile de combiner tes différentes activités, alors que les tireurs des grandes nations peuvent se concentrer sur leur carrière sportive ?
J’ai eu de la chance parce que ma fédération avait un accord avec une école de kiné à Paris, qui est gratuite, et j’y suis entré sans même passer de concours, c’était sur dossier scolaire et sportif. On dédoublait les années, donc par exemple s’il y avait quatre modules j’en passais deux une année, et deux l’année d’après. C’était donc moins dense que les parcours classique, tout en restant compliqué, parce que mes journées étaient très rythmées : j’allais en cours, je m’entraînais, je retournais en cours, puis je m’entraînais à nouveau, à la fin de la journée j’étais épuisé, et je devais travailler tard le soir pour préparer des examens, alors que j’avais aussi des compétitions importantes en parallèle. Donc avant chaque olympiade (Londres puis Rio) j’ai pris une année sabbatique pour ne faire que de l’escrime, mais après il m’était difficile de me remettre aux cours. Un moment j’ai hésité à arrêter, mais j’ai finalement eu mon diplôme l’an dernier. Aujourd’hui je me concentre sur l’escrime, et à côté je fais de la photographie, je bosse en tant que community manager pour des boîtes, je vais voir des expos… je ne fais quasiment que ce qui me plaît.

Chaussures Nike Shox TL et T-shirt, Nike. Combinaison, Ambush. Sweatshirt col roulé, Cottweiler. Pantalon, Robyn Lynch.

Ta copine Kitesy Martin est professeure de yoga : une pratique à laquelle elle t’a convertie, et que tu exerces désormais le week-end. As-tu le sentiment qu’elle contribue à faire de toi un meilleur fleurettiste, et si oui pourquoi ?
L’escrime est un sport assez traumatisant, et le yoga c’est vraiment l’antithèse de ce que je fais : il n’y a pas de compétition, et quand tu fais une posture, même si tu ne la fais pas parfaitement, tu ne vas pas plus loin. Dans l’escrime, au contraire, tu cherches tout le temps la perfection du geste, même si ce n’est pas confortable. Le yoga me permet d’avoir un peu plus de souplesse, et d’être davantage à l’écoute de mon corps, alors que dans l’escrime je suis tout le temps dans l’adaptation. Cela m’apporte donc quelque chose de complémentaire.

Quel a été le moment de ta carrière qui t’as le plus ému à ce jour ? Ta victoire contre Mepstead en finale des championnats du monde, en juillet dernier ?
Le moment qui a été le plus fort pour moi c’était plutôt en demi-finale des JO [de Rio, en 2016, ndlr] : remporter une médaille dans cette compétition est l’objectif ultime des sportifs amateurs, et on allait tirer contre l’Italie, qu’on n’avait pas battue depuis deux ans. On a remporté la rencontre 45-30, et on s’est dit « C’est bon les gars, on est médaillés olympiques », et là [il souffle fort]… c’était vraiment quelque chose d’incroyable. C’était le hold up du siècle : on n’était pas du tout favoris, on l’a fait, et quand tu sais que tu vas monter sur un podium olympique c’est quelque chose.

Obtenir le titre de champion du monde a aussi été un moment incroyable, mais ça s’est dessiné très vite au cours de la finale, je dominais vraiment, et je me suis donc vu la remporter – il n’y a pas eu de suspense. Et une semaine après les championnats du monde ma fille est née, ce qui a tout remis en perspective. Quand ton enfant arrive, cela rend tout de suite humble : tu penses juste que tu es père et que tu dois t’en occuper. Mais j’ai depuis repris et j’ai toujours les crocs. J’ai encore envie de goûter à d’autres victoires comme celle-là.

Le nouveau graal que tu cherches à obtenir c’est la médaille d’or en individuel aux prochains JO, qui se dérouleront à Tokyo l’année prochaine. Comment t’y prépares-tu ?
J’ai été champion du monde, donc je ne vais rien changer. Les JO sont une compétition comme les autres ; enfin pas exactement, mais c’est comme ça que je vais les aborder. Je vais essayer de faire ce que j’ai fait l’an dernier, en mieux. L’erreur serait de vouloir révolutionner les choses, alors que ce que je faisais a fonctionné.

Quand tu enfiles ton masque, as-tu le sentiment de devenir quelqu’un d’autre, comme si tu quittais ton identité propre pour devenir un tireur sans merci ?
Oui, ce n’est pas uniquement le masque, mais tout l’équipement d’escrimeur qui produit cet effet. Je suis un tueur à gage, je suis là pour gagner des matchs, pas pour faire du social.

« Il y a quelque chose qui me fascine dans la nuit (…) et puis il y a une sorte de lâcher-prise : tu es dans l’instant présent, la musique est super forte et tu ne penses qu’à danser, ça te permet d’oublier tout le reste. »

Différentes études ont été menées par des psychologues sur le déterminisme nominatif : elles révèlent qu’il est assez fréquent que la profession d’un individu corresponde à son nom de famille (en France, le Guadeloupéen Mickaël Gelabale a par exemple été champion d’Europe de basket), ce qui pourrait être le produit d’une influence de notre patronyme sur notre inconscient. Penses-tu que t’appeler « Lefort » ait pu te prédestiner à devenir un grand champion ?
C’est la première fois que j’en entends parler, mais effectivement depuis tout petit la compétition c’est vraiment ce qui m’anime. Si on me demande de faire dix aller-retours de la salle je vais le faire mais sans me surpasser, alors que si je fais la course avec quelqu’un, et que je vois qu’il va me doubler, je vais donner tout ce que j’ai.

Et j’en ai vu des jeux de mots avec mon nom depuis que je suis tout petit… En couverture, France-Antilles Guadeloupe a titré « Lefort le plus fort », « Lefort de plus en plus fort », c’était tourné à toutes les sauces, donc peut-être qu’à force de le voir et de l’entendre ça a en effet joué sur mon insconscient [rires]. Tout comme il y a une escrimeuse qui s’appelle Laurence Épée.

En parallèle des cours de yoga qu’elle donne, ta conjointe est également designer et créatrice de bijoux [Enzo Lefort pointe alors du doigt le collier en forme de chaîne qu’il porte, conçu par sa compagne]. Tu partages sa passion pour la mode ?
Oui, complètement. J’ai été traumatisé par mes parents parce que pendant longtemps c’est eux qui m’ont habillé, de manière très normcore : un T-shirt, un jean… J’ai dû attendre d’arriver au collège pour choisir mes sapes. Ensuite, quand je suis arrivé en métropole, il y avait beaucoup plus de choix, et en Guadeloupe les vêtements coûtent plus cher, donc quand je me suis installé ici j’ai pu me lâcher. Durant cette période je portais des baggys, j’avais un style ricain, alors qu’ici la mode c’était les cols en V, les slims, les schmooves, les polos… c’était la période tecktonik. Je ne comprenais pas cet engouement, mais petit à petit j’ai fini par couper la poire en deux : mes jeans sont devenus un peu plus petits (je n’ai jamais porté de slims par contre, il faut que je me sente à l’aise), et ensuite j’ai commencé à m’intéresser à la mode. Comme ma copine est styliste c’est un attrait qu’on partage, on a tous les deux une garde-robe bien garnie. Je porte du AMI, les vêtements d’un ami dont la marque s’appelle Coltesse, dont j’aime beaucoup le travail sur les volumes, du Acne Studios aussi, chez qui j’achète des belles pièces qui vont me tenir plusieurs saisons voire toute ma vie. J’essaye d’avoir de beaux vêtements sans sacrifier mes revenus. Comme ma copine a travaillé pour plusieurs maisons, elle a souvent des plans pour obtenir des remises : j’ai ainsi pu acheter un pantalon Comme des Garçons lors d’une vente spéciale il y a deux ans par exemple.

As-tu des icônes de mode ?
Je ne vais pas être original, mais oui : A$AP Rocky. Ce que j’adore chez lui c’est qu’il ne se limite pas à un seul style. Il peut porter un slim avec des bottines un jour, et le lendemain un blazer avec des sneakers, je trouve ça très cool.

Chaussures Nike Shox TL, Nike. Manteau, blazer noir, chemise et pantalon noir, Antidote Studio. Blazer blanc et pantalon blanc, Jacquemus. Pantalon beige, GmbH. Hoodie, Givenchy.

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En légende d’un de tes posts Instagram où on aperçoit une paire de Shox, tu as écris : « La shox, mon amour de jeunesse ❤ ». Peux-tu nous expliquer ce que cette paire représente pour toi ?
Elle coûtait très cher, 160 euros, et j’ai tanné mes parents pour l’avoir pendant des mois alors que j’étais au collège. Ils ont fini par me l’offrir : elle était grise avec quatre ressorts derrière, j’étais vraiment fier de pouvoir la porter. En Guadeloupe, la Shox c’était vraiment quelque chose. Il y avait la Air Force, et la Shox. La requin c’était en métropole, nous on ne l’a jamais eue. Et on ne portait pas de Converse, nous on était Nike.

Tu as été photographié toute la matinée par Pelle Cass, et tu avais l’air à l’aise. Faire des shootings mode, c’est quelque chose dont tu as l’habitude ?
Oui j’en ai fais quelques-uns, et depuis que je collabore avec Nike ça c’est légèrement accéléré [rires]. Là je me suis un peu épaissi mais quand j’étais jeune j’étais grand et fin, donc j’ai eu l’occasion de faire quelques shoots, j’ai fait un peu de mannequinat…

J’ai remarqué que tu t’es fait tatoué « Yolo » sur une côte. S’agit-il de ta philosophie de vie, dans une certaine mesure ?
Je me le suis fait faire à New York sur un coup de tête, et en effet, il reflète en quelque sorte mon prisme sur la vie : j’essaie d’être professionnel, mais sans trop me prendre au sérieux.

Tu aimes d’ailleurs sortir en club quand ton emploi du temps te le permet. Qu’est-ce qui t’attire dans le monde de la nuit ?
La musique déjà, j’aime beaucoup danser. Je vais surtout à des soirées hip-hop, parce que j’ai grandi en Guadeloupe donc j’étais sous influence américaine et jamaïcaine (j’écoutais du dancehall, du rap…). Et il y a quelque chose qui me fascine dans la nuit : tu parles à des gens que tu ne vas peut-être jamais revoir, il y a du mouvement, même si tu sors tout le temps au même endroit la soirée n’est jamais la même… Les DJ sont différents, et puis il y a une sorte de lâcher-prise : la musique est super forte et tu ne penses qu’à danser, ça te permet d’oublier tout le reste.

Dans tout ce que tu fais, que ce soit l’escrime, le yoga ou quand tu danses, tu sembles tout le temps avoir un objectif en tête : être dans l’instant présent…
Oui, je n’aime pas trop être dans le contrôle. Même dans mon rapport à la photographie, je préfère l’argentique parce qu’il y a quelque chose de plus spontané qu’avec les appareils numériques, où tu peux tout maîtriser. Avec les pellicules il y a une part d’imprévu, c’est ce qui me plaît.

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