L’édito de Yann Weber, directeur de la rédaction du nouveau numéro d’Antidote : Pride

Article publié le 30 août 2019

Texte extrait d’Antidote Magazine : Pride hiver 2019-2020.
Photo : Byron Spencer.

Yann Weber, directeur de la rédaction et de la création d’Antidote, raconte pourquoi il a choisi de consacrer le nouveau numéro automne-hiver 2019 au thème « Pride ».

SOYEZ FIERS

Il n’est pas toujours facile de se dire « fier » de ce que l’on fait, de ce que l’on est. Moins encore quand la société vous dévalue, vous stigmatise ou tente de vous invisibiliser. Je pense ici non seulement aux communautés LGBTQI+ – longtemps marginalisées et aujourd’hui encore victimes de discriminations, voire d’agressions – , mais aussi aux femmes, aux handicapés, aux individus âgés ou racisés que les sociétés patriarcales ont trop souvent tenté d’exclure tout en étant régulièrement imitées par la mode – avant que ne sonne l’heure de la démocratisation des corps. C’est à toutes ces personnes que ce numéro « Pride » est dédié.

Cette édition célèbre une notion d’inclusivité entendue au sens large, qui n’est pas le nouvel avatar du nihilisme – comme pourrait l’affirmer les plus conservateurs –, mais le vecteur d’une aspiration viscérale : que chacun puisse s’assumer tel qu’il est et revendiquer son unicité, à l’instar de toutes les personnalités shootées et interviewées dans ces pages.

On y retrouve la flamboyante Violet Chachki, drag queen issue d’un milieu catholique devenue la nouvelle coqueluche de la mode ; le réalisateur iconique et « pape du trash » John Waters ; Kris Van Assche, le directeur artistique de Berluti, qui revient sur la notion de masculinité à l’heure du genderfree ; ou encore l’acteur queer Ezra Miller, qui ne s’identifie « ni comme un homme, ni comme une femme ». Une position qu’il partage avec le philosophe trans Paul B. Preciado, dont le discours invite à faire imploser le prisme binaire du genre qui a encore valeur de norme à travers le monde.

C’est ce statut encore trop peu contesté qui a encouragé le corps médical à commettre des mutilations sur les enfants nés intersexués, provoquant l’insurrection de cette communauté qui rappelle que 50 ans après les émeutes de Stonewall, de nouveaux combats doivent encore être menés. En parallèle du militantisme –  dans la rue ou les tribunaux –, d’autres pionniers préfèrent inventer de nouveaux systèmes de représentation ou bousculer les modèles de perception naturalisés en assumant fièrement leur différence, comme le jeune homme aux cheveux roses qui dévie la trajectoire du héros de la nouvelle signée ici par Capucine et Simon Johannin.

Racontant une rencontre nocturne qui joue un rôle de catalyseur, elle rappelle que la nuit est un laboratoire disruptif, où les avant-gardes se croisent et l’avenir se dessine. Le fulgurant mouvement des Blitz Kids en est la preuve : né au début des années 80 à Londres, son onde de choc se fait encore sentir de nos jours et ses héritiers créatifs sont légion, à commencer par la meneuse de revue trans et ancienne star du porno Allanah Starr.

Son esprit gai et festif, le photographe australien Byron Spencer s’en fait le miroir à travers ses portraits lumineux marqués par une palette de couleurs éclatante, de Dev Hynes alias Blood Orange posant en BMX au mannequin trans Krow Kian en passant par notre légendaire Michou national, fondateur du cabaret du même nom. Bienvenue dans ce numéro d’Antidote : Pride.

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