Charlotte Chesnais : « J’ai l’impression d’avoir pris un TGV qui ne s’arrête plus »

Article publié le 10 novembre 2015

Texte : Laurence Vély

Cette saison encore, elle a reçu les journalistes chez elle, dans son appartement parisien du Boulevard Raspail, avant de courir chercher son fils de trois mois chez la nounou. Charlotte Chesnais, avant d’être une marque, est d’abord un nom. Celui d’une jeune femme, à peine trentenaire, que les journalistes de mode évoquent d’un air averti. Longtemps dans l’ombre, de Vincent Darré chez Ungaro puis de Nicolas Ghesquière chez Balenciaga, la styliste est sur le point de lancer une deuxième collection de bijoux précieux, sobres et futuristes. Récompensée par le prix de l’ANDAM cette année, la créatrice accueille son succès et les éloges de la presse avec gratitude et clairvoyance. Si elle se sait chanceuse, cette grande travailleuse sait aussi que son succès est le résultat de plus de dix années d’apprentissage et de perspicacité et compte bien continuer ainsi. Rencontre avec une bûcheuse talentueuse.

Charlotte Chesnais, vous avez le vent en poupe.
Oui, dès la première collection en 2015, j’ai reçu un très bon accueil de la presse et des boutiques, et j’ai tout de suite été distribuée dans quinze points de ventes parmi les plus beaux du monde comme colette, Opening Ceremony, Le Bon Marché… Pour couronner le tout, j’ai gagné l’ANDAM en juillet et une semaine après j’ai eu un bébé. J’ai l’impression d’avoir un ange gardien au dessus de ma tête.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de lancer votre marque ?
En 2014, je me suis dit que j’avais envie de créer des choses pour moi. A l’époque, je faisais beaucoup de freelance et j’ai commencé à créer mes prototypes. Au bout d’un moment, j’en avais tout un carton et cela commençait à ressembler à quelque chose.
C’est en février 2015, au moment où a fallu faire des photos et une ligne que tout ça est devenu très sérieux. En plus, j’étais enceinte… Depuis ce mois-ci, j’ai l’impression d’avoir pris un train grande vitesse qui ne s’arrête plus.

Les bijoux ne sont pas votre formation de base puisque vous étiez styliste de prêt-à-porter. Quel est votre parcours ?
Jeune, j’ai d’abord fait une prépa HEC après mon bac en me disant que ça me servirait toujours, mais après six mois je m’ennuyais. J’ai donc arrêté du jour au lendemain pour me lancer dans la mode, que j’adorais, mais presque plus comme une consommatrice. Je me suis inscrite au Studio Berçot puis j’ai travaillé avec Vincent Darré qui était à ce moment là le directeur artistique d’ Emmanuel Ungaro. Je l’ai tout de suite adoré et nous sommes toujours très amis. Quand Vincent a quitté Ungaro, je suis partie chez Balenciaga, pour m’occuper du prêt-à-porter. Un jour Nicolas Ghesquière a voulu présenter un défilé avec des bijoux. Comme il n’y avait pas de personne dédiée, j’ai proposé de m’en occuper.

C’est incroyable que l’on vous ait proposé ça alors que vous n’en aviez jamais fait !
Oui, mais à l’époque Balenciaga était encore une petite maison, on était quatre ou cinq stylistes et on avait tous plusieurs casquettes. Par exemple la personne qui faisait les chaussures faisait aussi les sacs ! J’ai commencer à rencontrer des gens dans le monde du bijoux et j’ai eu la chance de tomber sur une dame qui avait travaillé avec Yves Saint Laurent, j’ai passé des journées entières chez elle et elle m’a tout appris. Nicolas était très content du résultat, du coup on a mis des bijoux sur tous les looks.

Avez-vous dû faire une formation joaillerie ?
Non, juste de la création, mais je suis allée dans les usines et c’est la meilleure des écoles. Je n’aurais pas la prétention de dire que je sais les faire moi-même, mais je sais comment les fabriquer et quelles techniques utiliser.

Comment avez-vous trouvé votre style, très graphique ?
Chez Balenciaga, Nicolas Ghesquière me fournissait beaucoup d’inspiration. J’ai énormément appris à ses cotés, dans la manière de chercher, de regarder, de développer mon œil. Au début je faisais ce qu’il me demandait en apportant ma touche puis petit à petit j’ai commencé à proposer mes idées. Ce que j’aime avec le bijou, en opposition avec le vêtement, c’est que c’est hors du temps, comme un objet. Je suis bien plus inspirée par une table avec des fourchettes années 30 dont la structure m’intéresse que par une image de Jurgen Teller, bien que j‘adore son travail.

Comment le décrivez-vous ?
Surprenant, classique et pur !

Vos pièces ont tout de suite eu du succès…
Oui, et les pièces les plus fortes ont été crées assez facilement. Par exemple, pour mon best-seller, les boucles d’oreilles Saturnes, j’ai mis deux anneaux ensembles et je les ai envoyés à l’usine. Comme je ne leur avais pas donné de dimensions, ils l’ont décliné en trois tailles. Quand j’ai reçu les prototypes, je les ai adorés et on a tout gardé. J’ai eu l’idée de la mono boucles Hook (qu’on a pu voir sur Maïwenn) en enroulant mon câble d’iPhone autour de ma main. J’ai pris une photo, je l’ai envoyée à l’atelier et voilà. Mais tout n’est pas comme ça, heureusement ! Certains bijoux nécessitent beaucoup de va-et-vient entre l’atelier et moi, des bracelets ont pu devenir des boucles d’oreilles.

Qui sont vos clientes ?
La plus jeune a 12 ans et la plus vieille 75. Elles ont acheté le même modèle de boucles d’oreilles Saturne et les deux le portent très bien. J’aime l’idée que l’on puisse totalement se les approprier.

Vous n’avez pas trop de pression pour la seconde collection ?
Il y aura forcément moins d’effet de surprise, mais pour l’instant les retours des journalistes qui l’ont découverte sont bons. Mais je sais que rien n’est jamais acquis !

Vous avez cumulé lancement de marque et première grossesse, ce n’était pas trop dur ?
J’ai eu une grossesse super cool même si j’étais très active et après la naissance je n’ai pas eu de baby blues. Mais quand une partie des ateliers a brulé en décembre avec la collection dedans et qu’il a fallu tout recommencer, j’ai hésité a laisser tomber et puis je me suis dis : « Fais-le maintenant, avant que ton bébé ne naisse ! Après ce sera trop tard ». Et effectivement, même si je continue à bosser comme une dingue, j’ai quand même une autre priorité maintenant.

Vous êtes très chic pour une jeune mère qui n’arrête pas. Quels sont vos basiques ?
Alors là, je sors d’un an de non-look. Entre ma grossesse et les trois mois après la naissance de mon bébé, je sautais tous les jours dans le même jean. Mais en général les jours où je ne sais pas comment m’habiller, je mets une chemise d’homme bien repassée, un jeans APC que je porte depuis longtemps et une paire de derbies Prada.

Si vous étiez une qualité ?
La détermination

Un défaut?
L’impatience.

Votre état d’esprit actuel ?
La transe, la joie. Je dors peu, quand je me lève je suis déjà en retard sur ma journée mais en tout cas je suis super contente.

Votre définition du luxe ?
Le temps. Et ne pas avoir de portable !

http://www.charlottechesnais.fr/

[ess_grid alias= »antidote »]

Les plus lus

Femmes politiques aux États-Unis : les nouveaux habits du pouvoir

Kamala Harris mais aussi Alexandria Ocasio-Cortez et les autres membres du Squad dont elle fait partie, rejointes par de nouvelles élues au Congrès, incarnent une nouvelle idée du soft power vestimentaire. Symboles d’une classe politique recomposée, qui n’a jamais autant compté de femmes afro-américaines et hispaniques dans ses rangs, elles prennent le contrôle sur leur apparence, dictant leurs propres critères de respectabilité et d’empowerment – tout en se distinguant de l’establishment, encore largement dominé par la culture masculine.

lire la suite

voir tout

Mode

La députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez a récolté plus de 200 000$ en jouant à un jeu vidéo en streaming sur Twitch, pour venir en aide aux personnes touchées par le coronavirus

Newsletter

Soyez le premier informé de toute l'actualité du magazine Antidote.