Qui est Byron Spencer, le photographe du nouveau numéro d’Antidote : Pride ?

Article publié le 30 août 2019

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Texte : Henri Delebarre.

Article et photo extraits d’Antidote Magazine : Pride hiver 2019-2020.

Photographe de ce numéro « Pride », l’artiste australien revient sur les prémices de son esthétique grisante et sémillante, évoque le rôle crucial de la musique dans son processus créatif, et raconte comment il a choisi de célébrer la notion transversale de fierté – pour lui tout aussi personnelle que politique.

En guise de bio sur Instagram, Byron Spencer n’affiche rien d’autre que le mot « Creator », accompagné d’un emoji arc-en-ciel déployant toutes les couleurs du spectre lumineux. Celles-là mêmes qui ornent le drapeau LGBTQI+ pour symboliser l’unité et l’unicité, malgré la diversité des communautés qu’il représente. « Merde ! Je n’y avais même pas pensé ! » s’exclame-t-il lorsqu’on lui fait remarquer. Pourtant, aussi simple soit-il, le petit emoji pourrait résumer à lui seul le large éventail de sa photographie. Tant dans ce qu’elle a de coloré que dans son habileté à mélanger les styles pour les rassembler sous une seule et même bannière.

Car s’il s’aventure souvent vers le glitch et le kitsch, Byron Spencer révèle avoir un faible pour la majesté et le classicisme des nus en noir et blanc à la Robert Mapplethorpe, qu’il admire depuis l’adolescence. Ses premiers pornos avant la toute puissance d’Internet dans le domaine, dit-il. « J’ai toujours aimé les nus en noir et blanc. C’est la première chose que j’ai commencé à faire. »

Photographe autodidacte, Byron Spencer est originaire de la petite ville d’Armidale, dans la campagne australienne. Joueur de flûte depuis ses douze ans, il étudie le théâtre et la musique avant de se tourner vers la photographie, un peu par hasard, après avoir déménagé à Sydney, où il commence à immortaliser les milieux créatifs autour desquels il gravite. Remarqué pour ses clichés, il se retrouve engagé par le journal australien à grand tirage The Sun Herald, pour lequel il traque sur l’asphalte les meilleurs looks streetstyle. Un premier pas vers la photographie de mode, sur laquelle il se concentre ensuite, après avoir reçu de multiples propositions de collaborations sur des campagnes ou des éditos.

Pour mettre en avant son travail, Byron se crée un Tumblr où l’on retrouve aujourd’hui les nombreuses célébrités qui ont été amenées à poser devant son objectif, dont Troye Sivan, Kaia Gerber ou encore Emily Ratajkowski. « Sur les shootings, je suis vraiment inspiré par la personne que j’ai en face de moi, explique Byron. La photographie de mode est une histoire de collaborations ». Comme le démontrait son exposition de portraits « You » en 2015, plus que des instants, ses photographies subliment des traits de personnalité à travers un regard enjoué et une approche théâtrale, reflétant sa jovialité inaltérable et son parcours pluridisciplinaire.

ANTIDOTE. Vous avez lancé votre carrière en immortalisant des looks de rue, ou ceux arborés par les clubs kids australiens en boîte de nuit. Dans quelle mesure ces expériences ont-elles nourri votre manière d’approcher la photographie de mode ?
BYRON SPENCER.
 Elles m’ont aidé à avoir assez de confiance en moi pour aborder des inconnus dans la rue et engager une conversation. Le dialogue est très important lorsqu’on est photographe. Il faut mettre les gens à l’aise, et pour ce faire il faut soi-même avoir de l’assurance. La photographie de streetstyle oblige à réfléchir vite pour trouver le bon angle, et à regarder autour de soi pour trouver l’endroit idéal où shooter. À mes débuts je flippais, je me disais « Oh mon Dieu, ils vont me détester car je vais leur prendre du temps ». Mais en général, les gens sont flattés.

Quel rôle a joué l’expérimentation dans votre processus d’apprentissage autodidacte ?
Elle était au cœur de ma découverte de la photographie. Quand j’étais plus jeune à Sydney, beaucoup de mes amis – dont mon colocataire – concevaient des vêtements ou étaient mannequins. J’avais donc un réseau de gens créatifs et très ouverts sur lequel m’appuyer et avec qui faire des séances photos, juste pour m’amuser. Deux de mes amis étaient aussi photographes. Souvent, je restais avec eux pendant qu’ils retouchaient leurs photos : on fumait des joints ou on buvait du vin, et je m’asseyais pour les observer. Inconsciemment, Photoshop m’a inspiré. Je me suis approprié ce logiciel de manière totalement expérimentale, et le simple fait de jouer avec, d’essayer des choses différentes, m’a aidé à construire mon esthétique. C’est grâce à ce processus que j’ai commencé à savoir ce que j’aimais, et cet outil joue aujourd’hui un rôle déterminant dans mon travail.

Le thème de ce numéro est « Pride », la fierté. Comment avez-vous choisi de l’explorer ?
C’est étrange car en tant qu’homme gay je suis passionné par ce sujet, mais je n’ai jamais ressenti le besoin de le mettre en avant, c’est quelque chose de normal pour moi. Personne ne devrait avoir à se battre pour pouvoir s’assumer tel qu’il est. Prendre des photos sur ce thème pour ce numéro m’a donné la possibilité d’exprimer mes pensées et mes sentiments sur ces questions sans avoir à utiliser le verbe. J’en parle à travers la photographie. J’ai un profond respect pour ceux qui luttent et qui revendiquent leur sexualité. La fierté est un sentiment important pour de nombreuses personnes. Plutôt que de me limiter à la communauté LGBTQI+, j’ai donc choisi d’avoir une visée universelle. Il y a encore beaucoup de combats à mener et des agressions ont encore lieu, mais je voulais amener de la joie et de l’humour. Les séries photos sont hyper stylisées et vraiment amusantes, même si un message profond traverse aussi un grand nombre d’entre elles. Ce que j’aime beaucoup dans ce numéro, c’est que le thème « Pride », qui est à la fois très personnel et qui peut aussi être très politique, a été magnifié, théâtralisé, sans jamais être abordé d’une manière commerciale. Sur les shootings, tous les mannequins croyaient en ce qu’ils faisaient.

Avant de vous lancer comme photographe, vous avez tout d’abord étudié la musique et vous continuez d’ailleurs à jouer de la flûte. Avez-vous le sentiment que cette seconde passion influence votre œuvre visuelle ?
Complètement, la musique m’accompagne dans toutes les facettes de mon travail. Sur un shooting, elle doit s’adapter à l’ambiance. Si l’esprit est romantique, elle sera classique ou lyrique. S’il est davantage psychédélique, ce sera plutôt de la musique électronique. Quand je suis en phase de retouche, je suis plongé dans ce que j’écoute, cela m’inspire. Je me suis toujours considéré comme un musicien avant tout, mais parfois c’est dans le domaine pour lequel on se passionne le plus que l’on est le plus timide. Dès mes débuts en photographie, j’avais une étrange confiance en moi alors même que je n’avais aucune idée de comment m’y prendre. Mais je continue toujours la musique en parallèle des shootings, et depuis deux ans je travaille sur un EP avec un ami musicien incroyable. Affaire à suivre !

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