Benjamin Lennox capture la « Now Generation »

Article publié le 1 mars 2016

Texte : Jessica Michault
Photo : Benjamin Lennox

Pour ce numéro du magazine Antidote intitulé « Now Generation », nous avons demandé au photographe britannique Benjamin Lennox de capturer l’esprit de la transition générationnelle qui secoue actuellement l’industrie de la mode. 

Tout au long des pages, Benjamin Lennox témoigne habilement de la vitalité de la jeunesse, de la créativité des designers au sein de leurs années de formation et des nouveaux visages de la mode qui font voler en éclat les canons de la beauté.
Lennox s’ouvre ici sur la façon dont son amour de la peinture a influencé son travail, dévoile en quoi la photographie argentique est encore très pertinente aujourd’hui et ce qu’il veut faire percevoir aux gens qui regardent son travail.

Antidote. Comment percevez-vous votre collaboration avec Antidote sur ce numéro ?
Benjamin Lennox. Ma collaboration avec les équipes remarquables qui ont été mises à ma disposition a été une expérience superbe. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir été constamment entouré de gens merveilleux. Lorsque je vois comment tout s’est mis en place et le soin apporté par l’équipe à ce projet, je suis très fier d’en avoir fait partie.

 

Antidote. Vous êtes venu à la photographie par l’intermédiaire de la peinture, comment pensez-vous que la peinture a façonné votre point de vue en tant que photographe ?
Benjamin Lennox.  Il y a des possibilités dans la peinture qui m’ont donné la liberté de faire ce que je voulais. Je ressens la même liberté avec un appareil photo à la main.

 

Antidote. Vous avez été formé à l’ère de l’argentique, qui apparaît aujourd’hui comme une technique du passé. Pensez-vous qu’elle constitue encore un aspect important du travail ? Comment cette technique a-t-elle façonné votre vision ?
Benjamin Lennox. Lorsque j’ai commencé comme assistant, la photographie numérique était encore balbutiante. Les choses ont changé considérablement, mais je ne reléguerais pas l’argentique au passé. Je dirais que la photographie argentique est aussi pertinente aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été. Cependant j’imagine que nombre d’assistants, travaillant à l’heure actuelle, arriveront au bout de leur carrière sans jamais avoir touché une pellicule sur un plateau.
J’ai eu le luxe de ne pas avoir à chercher activement des photographes qui travaillaient sur pellicule. L’argentique était d’utilisation quotidienne sur les plateaux. Quand on regarde mes photographies et ce que je fais, on en saisit l’intérêt, car ça m’a appris qu’on peut tout mettre dans la boîte. Je travaillais pour des photographes qui utilisaient la lumière de façon très expérimentale.
Je pense que certains photographes de la nouvelle génération seraient surpris de voir ce que mon équipe et moi-même créons avec la lumière sur le plateau. Donc, pour répondre à votre question, oui, l’argentique est un aspect très important et qui ne devrait pas être ignoré pour aller de l’avant par ceux qui veulent faire des images.

 

Antidote. Comment pensez-vous que le public puisse reconnaître votre travail avant de lire les crédits photos ?
Benjamin Lennox. Vous avez parlé tout à l’heure de ma connaissance de la peinture. Je pense qu’on perçoit un écho de cela dans mon travail photographique. Mon expression picturale était abstraite, mettant en œuvre beaucoup de couleurs et de mouvement, et je suppose que c’est vraiment ce qui a fourni la base de mon travail aujourd’hui.

 

Antidote. En parcourant votre espace Instagram, on est frappé par votre savoir-faire en éclairage, presque comme si vous peigniez les photos avec la lumière… Pouvez-vous en dire plus à ce sujet ?
Benjamin Lennox.  J’ai la chance de travailler et de partager une vision qui vient de la peinture presque tous les jours et j’ai pu assister longtemps des photographes dont j’admire le travail. La combinaison de ces deux expériences, je pense, a donné jour à un ensemble de compétences qui rend cela possible.

 

Antidote. Beaucoup de photographes passent de longues années à travailler comme assistants d’autres photographes… Mais, d’après votre bio, je n’ai pas l’impression que ce soit votre cas… Pouvez-vous parler de la façon dont vous avez été en mesure de gagner votre vie par la photographie ?
Benjamin Lennox.  J’ai été assistant dans le domaine de la photographie d’une manière ou d’une autre pendant presque dix ans. J’avais 17 ans et je vivais dans l’Est de Londres avec un groupe de copains. Donc je n’avais pas besoin de grand-chose pour me débrouiller. La plupart d’entre nous s’en tiraient assez bien et j’ai vu des gens très talentueux réussir.

 

Antidote. Vous êtes père de deux jeunes enfants. Comment le fait de devenir père a-t-il changé votre vision du monde et votre travail ?
Benjamin Lennox. Mon aîné est arrivé au moment où j’ai arrêté d’être assistant, donc je n’ai jamais vraiment su ce que c’était de travailler sans que les enfants en fassent partie. C’est extraordinaire de pouvoir voir le monde par leurs yeux, sans préjugés ni idées préconçues sur ce qui peut arriver au jour le jour. Avoir des enfants, bien sûr, signifie qu’il faut travailler pour gagner sa vie et subvenir à leurs besoins, mais en même temps, je fais quelque chose que j’aime. Ils sont encore trop jeunes pour comprendre mais j’ai l’espoir que, en grandissant, ils comprendront qu’il est juste de poursuivre ce qui vous rend heureux.

 

Antidote. Quel est le meilleur conseil que vous ayez jamais reçu ?
Benjamin Lennox.  Essaye de passer ta vie à faire quelque chose que tu aimes et qui te permettra de ne jamais aller travailler.

 

Antidote. Qu’est-ce qui vous fascine en ce moment ?
Benjamin Lennox.  Ma plus jeune fille, qui apprend à marcher.

 

Antidote. Comment pensez-vous que le monde de la photographie professionnelle a changé, maintenant que tout le monde se considère sur Instagram comme photographe avec, à sa disposition, de multiples filtres ?
Benjamin Lennox. On ne peut nier que le processus de création d’images est devenu plus facile. Il est fascinant de voir à quel point il est devenu grand public. Quand j’étais gamin à Manchester, la photographie était difficile d’accès. Maintenant, parmi les gens que je connais, seule ma grand-mère n’a pas d’appareil photo dans sa poche tous les jours.
Il y a plus de liberté et de facilité à créer mais nous sommes aussi tous conscients de la censure des médias sociaux. Il serait intéressant de savoir au jour le jour quelles images ont été retirées par des sites comme Instagram. C’est sûrement justifié pour certaines d’entre elles mais, pour une bonne part, ça doit aussi être celles qui montrent l’aspect le plus intéressant de la personnalité de leurs auteurs. Les véritables intentions.

 

Antidote. Quels conseils donneriez-vous à un photographe débutant ?
Benjamin Lennox.  La persévérance.

 

Antidote. Que désirez-vous que les gens ressentent devant votre travail ?
Benjamin Lennox.  Ce qu’ils veulent.

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