Anne Valérie Hash : « Les gens heureux m’inspirent »

Article publié le 24 novembre 2015

Texte :  Laurence Vély

Réécouter sur dictaphone son interview de Anne Valérie Hash, quelques jours après l’avoir rencontrée, c’est se rendre compte de ce qu’ « avoir un sourire dans la voix » signifie vraiment. La directrice artistique de Comptoir des Cotonniers dégage cette bienveillance calme des personnes qui ont bataillé suffisamment dur pour savoir être reconnaissantes quand la paix arrive enfin. Après des années à la tête de sa propre marque, c’est chez Comptoir des Cotonniers qu’elle dispense une vision créative aiguisée par des années d’expérience et un instinct solide. Cette amoureuse du vêtement depuis l’enfance, influencée autant par Azzedine Alaïa que par Comme des garçons, sait où elle va et où elle emmène la marque. Pour Antidote, elle a accepté de dévoiler son intimité via un polaroid qu’elle a gardé quelques jours pour prendre en photos son quotidien, sa famille, ses objets. Rencontre avec une femme bien dans sa vie.

Quand avez-vous su que vous vouliez être créatrice ?
J’ai eu un coup de foudre pour le travail d’Alaïa à 16 ans . Il avait pour moi une façon très nouvelle de travailler la maille, de montrer les corps. Mais j’étais également obnubilée par le côté fou et rigoureux de Comme des Garçons. Du coup, je passais mon temps à naviguer entre la première boutique Comme des garçons rue Étienne Marcel et Alaïa boulevard Saint-Germain. Il y a là l’essence de mon univers, l’amour des contraires, le masculin féminin… tout est dans cette opposition. J’ai vraiment décidé d’en faire mon métier à 17 ou 18 ans.

Votre famille était-elle sensible à la mode ?
Ma grand-mère était couturière, mais à a l’époque toutes les grands-mères savaient coudre. Mais surtout, mon grand-père vendait des tissus, et ça me fascinait.

Vous êtes avez une personnalité sensuelle, presque gourmande. Qu’est ce qui vous émeut particulièrement dans la mode ?
J’adore le travail du pantalon, de tous les pantalons. Mais ma pièce maîtresse c’est vraiment le tailleur. Pour moi, le top c’est un tailleurs mixé avec une blouse de soie un peu lingerie, l’esthétique des tailleurs d’Yves Saint Laurent, des photos de Newton.

Si vous étiez un vêtement ?
Le tailleurs, évidemment… J’aurais rêvé de l’inventer, mais les Anglais l’ont fait avant moi je crois (rires). Sans rire, je suis extrêmement fière du petit costume noir en laine italienne luxueuse que j’ai fait pour Comptoir des Cotonniers.

Si vous étiez un bijou ?
Je serais une bague, avec une pierre brute et une esthétique ciselée, accidentée. J’aime les bijoux bizarres, organiques.

Si vous étiez un look ?
Un body Alaïa avec un grand pantalon d’homme.

Si vous étiez un accessoire ?
Une chaussure sans aucun doute. Je pense que quand les femmes s’achètent des chaussures c’est qu’elles ont besoin d’avoir une nouvelle démarche, au sens propre comme au figuré. J’adore les chaussures à talon, même si la journée je suis toujours en baskets, car je marche énormément.

Si vous étiez un vêtement ?
Un pull noir col V dans lequel on se sent bien, dans une jolie matière, un beau coton ou de la laine.

Ou trouvez-vous l’inspiration ?
Absolument partout. En voyage, lorsque je vois des expos, en fermant les yeux lorsque je suis très fatiguée, en regardant une main, une allure. L’autre jour je dînais à L’Astrance, qui est pour moi l’un des meilleurs restaurant de Paris, et on m’a servi un plat hallucinant, comme un tableau, avec un magnifique mélange de couleurs et de textures. Quand le chef est venu me voir, j’ai trouvé qu’il avait l’air heureux, je lui ai dit. Il m’a répondu qu’il l’était. Les gens comme ça, et leurs créations, m’inspirent.

Et les femmes ?
Je suis fan de Tilda Swinton, elle a une part de fantaisie et de folie très incarnée. J’ai acheté un portrait d’elle à son compagnon, Sandro Kopp, dont j’adore le travail.

Qui est la femme qui porte vos créations ?
J’aimerais qu’elle soit simple, bien dans sa peau, qu’elle assume un chic parisien décalé mais pas trop, qu’elle ait une certaine humilité d’esprit.

Votre plus grande réussite professionnelle ?
C’est d’avoir lancé ma marque en 2001 et de tomber enceinte dans la foulée ? Avec le recul, je me dis que j’ai été très courageuse. Mais aujourd’hui, je n’ai plus du tout la même vie qu’il y a deux ans, je plus prend soin de moi, de ma famille

Est-ce plus dur de réussir quand on est une femme ?
Oui, sans aucun doute.

Votre plus grande réussite personnelle ?
Mes filles.

Si vous étiez une qualité ?
La générosité.

Et un défaut ?
La générosité également. Je donne trop, à tous les niveaux. Je peux ne pas savoir m’arrêter.

Où trouvez-vous la paix ?
Dans le sommeil. Je ne dormais plus, et maintenant je dors, sept ou huit heures par nuit, c’est grandiose.

Quel est votre état d’esprit actuel ?
Je suis heureuse et amoureuse de la vie, ce qui est un bon signe. Ce n’est pas toujours évident d’être amoureux de la vie, ça se manifeste surtout dans les moments heureux.

Qu’est ce qui vous rend vivante ?
D’aimer !

L’amitié a également une grande place dans votre vie…
Énorme ! Je suis très fidèle à mes amis, ça fait 30 ans que j’ai les mêmes. J’essaie de leur donner un maximum de temps.

Votre définition du luxe ?
Être libre, pouvoir dire oui ou non. Réussir à ne pas s’enfermer dans des situations, dans le travail ou dans sa vie personnelle. Et réussir à vivre le moment présent et à le comprendre, en pleine conscience.

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