Que faut-il retenir de la Fashion Week de Milan ?

Article publié le 1 mars 2017

Texte : Alice Pfeiffer
Photo : Gucci automne-hiver 2017-2018

Milan n’a que faire de la crise, du sportswear et d’un triste minimalisme : les imprimés sont fiers, les broderies étincelantes, et la femme amazone. Back to basics oui, mais avec un twist intellectuel.

Quatre capitales, quatre états d’esprit en réinvention perpétuelle : Paris célèbre sa jeune création ; Londres se professionnalise ; New York parle business et collaborations ; et Milan la Magnifique, elle, revient à ce qu’elle sait faire de mieux : un sexy parfois frontal, parfois doucement conceptuel, mais cette saison, mâtiné de considérations sociales. Voilà quoi retenir de cette saison.

LE MESSAGE : PACIFIQUE

Missoni automne-hiver 2017-2018.

Des bonnets roses à petites oreilles apparaissent sur la tête de chaque mannequin. À la fin du show, la Madre elle-même, Angela Missoni, donne un discours coiffée du même couvre-chef, ou elle évoque un désir de paix et d’unité dans le monde. Cet accessoire, symbole de ralliement des femmes contre Trump, n’est pas le seul message militant apparaissant lors des défilés : chez Versace, la collection est parsemée des patchs portant les mots « UNITY », « COURAGE », « LOYALTY », « LOVE ». Marketing ou début d’un vrai changement ? Le temps nous le dira.

LA PIÈCE : LA COMBINAISON INTÉGRALE

Gucci automne-hiver 2017-2018.

Lors d’un défilé remixant époques, genres et sous-cultures, un des looks les plus remarqués est celui d’un (ou une, l’histoire ne le dit pas) mannequin en short et t-shirt orné d’un logo Gucci vintage, et d’une combinaison-collant intégral rebrodée de cristaux recouvrant même le visage. Un brouillage d’identité qui illustre la volonté du directeur Alessandro Michele de condenser ligne homme et femme.

LA PERFORMANCE : LE BONDAGE ARTISTIQUE DE NAOMI CAMPBELL

Après Vanessa Beecroft – connue pour avoir travaillé avec Kanye West sur plusieurs défilés Yeezy autour de « sculptures vivantes » -, c’est au tour de l’artiste de Thomas De Falco de s’associer avec Tod’s autour d’une performance. Et non des moindre : les journalistes découvraient Naomi Campbell, les yeux fermés comme en méditation au milieu d’un groupe de femmes drapées de blanc et les cheveux enroulées de cordes entre elles. Sans surprise intitulée Wrapping (ou emballage), cette œuvre suggérait-t-elle un message sur la culture de la connectivité ?

LE STATEMENT : FAUSSE FOURRURE

Marco de Vincenzo, Marni automne-hiver 2017-2018

Longtemps peu inquiet de l’écologie ou du sort des animaux, le luxe milanais adopte avec fierté et ludisme la fausse fourrure cette saison. « À un niveau technique, c’est beaucoup plus versatile : ça a l’effet d’une vraie fourrure et on peut tisser des images hyper réalistes comme avec une maille », dit Marco de Vincenzo, qui ouvre le show de sa marque éponyme avec un épais manteau velu orné d’une image d’un ciel étoilé. Chez Marni, des manteaux aux pelages pastel font plusieurs apparitions, parfois associés à du vinyle. Une matière qui dépasse le stade de l’imitation et qui devient une matière à part entière.

LA TOP À SUIVRE : HALIMA ADEN

Max Mara automne-hiver 2017-2018.

Elle s’était d’abord fait remarquer en se présentant à la compétition de Miss Minnesota portant un hijab, avant de défiler pour la collection hivernale Yeezy à New York. La mannequin aujourd’hui signée chez l’agence IMG, Halima Aden, apparaît à Milan sur les podiums de Max Mara et Alberta Ferretti. Une façon de « célébrer la diversité et de casser les normes », dit la créatrice sur son compte Instagram au sujet de la top en devenir.

L’ATTITUDE : TWIN PEAKS

MSGM automne-hiver 2017-2018.

Les fans de Twin Peaks vous le diront : le nouveau volet tant attendu de la série culte arrivera sur le petit écran en mai 2017. Parmi eux, on peut compter Massimo Giorgetti, directeur artistique de MSGM, si impatient de ces nouveaux épisodes qu’il leur a même dédié son défilé : ses personnages féminins, lycéennes au look retro twisté, inspirent les longues jupes et fichus sur la tête des mannequins et les vestes de baseball. Le podium est orné d’un tapis zigzag noir et blanc, comme de nombreuses scènes, et la bande-son est en partie puisée de la série. La proximité entre fandom et mode a rarement été aussi proche.

LA MEILLEURE SCÉNOGRAPHIE : LA PENSION DE FILLES DE PRADA

Prada automne-hiver 2017-2018.

Elle dit s’être inspirée du titre du film de Federico Fellini, La cité des femmes. Pour son défilé, Miuccia Prada imaginait donc un dortoir géant de jeunes filles, avec des lits et tables de chevet décorés d’autocollants, et les murs habillés de posters détournant des films classiques. La féministe notoire plongeait ainsi le public dans l’intimité fictive d’adolescentes des années 1970, en pleine ère de révolution sexuelle.

L’HYBRIDATION : ERIKA CAVALLINI

Erika Cavallini automne-hiver 2017-2018

Erika Cavallini, passée par les studios de Margiela dans les années 1990, est l’un des maîtres de la déconstruction à l’italienne : cette saison, elle détourne, retourne, et remonte des pièces de vintage, de workwear ou de surplus militaire. On peut notamment penser à un trench-coat retravaillé en jupe à volantes, un pantalon en denim transformé en robe bustier, ou des patchworks en tout genre. Une proposition hybride qui en dit long sur la perte des frontières dans les sphères de mode.

LA BANDE-SON : GUCCI

Comment raconter le mashup stylistique qu’est aujourd’hui la mode, et tout particulièrement Gucci, remixant culture hippy, broderies classiques, Renaissance et logos vintage ? En faisant une bande son aussi hybride. Après une invitation-vinyle (avec d’une face, une lecture de William Blake par Florence Welch de Florence and the Machine, et de l’autre de A$AP Rocky récitant un texte de Jane Austen), le défilé se déroule autour d’un remix des sons du compositeur de musique de film Cliff Martinez, de Abel Korzeniowski et du musicien électro Johann Johannsson. Un mélange des genres et des sens.

À SUIVRE : SITUATIONIST

Situationist automne-hiver 2017-2018.

Présenté lors du salon prescripteur de Milan, White Milano, ce label géorgien évoque le courant de pensée d’extrême gauche auquel appartient Guy Debord, et fait parler de lui lorsque Bella Hadid jette son dévolu sur plusieurs pièces. Combinaison en cuir, tailles marquées, épaules façon Eighties, décolletés plongeants, costumes amples : si les situationnistes disaient luter contre une « société du spectacle », ce show vise à revenir à l’essentiel.

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