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Danny L Harle : la mélancolie euphorique, la rave romantique.

Figure clef du collectif PC Music, qui a redéfini la pop des années 2010 à nos jours, Danny L Harle a collaboré avec les figures les plus marquantes de la scène contemporaine : de Caroline Polachek à PinkPantheress, en passant par Oklou, Dua Lipa, FKA twigs, Charli xcx ou encore Florence + the Machine.

Maître du détail et de la précision, il revenait en février avec « Cerulean ». Un album dense, ample et profondément émotionnel, qui balaye le spectre de la rave maximaliste à l’expansion harmonique.

Entre deux répétitions avant son concert à la Gaîté Lyrique, Antidote s’est assis avec l’artiste pour parler de ce sas mystique, entre rêve et réalité, qu’explore « Cerulean » – un océan vaste et inconnu rempli de tensions mais aussi de relâchements.

Danser en pleurant ou pleurer en dansant : de la répétition compulsive aux harmonies célestes

« Cet album allie deux extrêmes : la musique dance et la musique classique (de la Renaissance, élisabéthaine). La première a besoin de répétition et la seconde de liberté harmonique. J’ai essayé de trouver l’équilibre entre une harmonie expansive classique, presque atmosphérique et une énergie dance très incarnée. »

Passionné par la dance et la trance music, mais aussi par la musique classique, Danny L Harle construit un pont entre ces deux univers très différents. Le build-up de ses chansons est un élément vital dans sa composition. C’est à travers ce build-up que l’artiste nous fait entrer en transe et nous permet d’atteindre cet état de mélancolie euphorique qui l’obsède. Dans une culture beaucoup trop préoccupée par le drop et l’impact, Danny L Harle nous fait attendre, monter et s’assure que le voyage soit une fin en soi.

Désintellectualiser la musique et sacraliser l’émotion

« Intellectualiser la musique ne m’intéresse pas, je suis à la recherche d’émotions fortes, d’un sentiment honnête, organique et vrai. Le moment où je commence à trop y réfléchir est le moment où je m’enferme et me limite […] Je ne dois pas avoir une approche intellectualisante sinon je signe la mort de ma créativité. »

De formation classique, Danny L Harle se retrouve avec un bagage technique conséquent parfois encombrant : il ne veut pas rester limité à ce qu’il a appris ou connait, cette conformité complaisante.

Il aimerait rester curieux, dans l’exploration continue et l’étude de soi et parle d’un état de “compétence inconsciente”, qu’il essaye d’atteindre. Ce dernier lui permettrait de retrouver l’instinct premier et pur, pour créer sans limites.

« J’envie presque les artistes sans formation quelconque, qui créent de toute pièce sans bagage technique. La technique m’est certes importante, elle me donne des outils, mais quand je crée je veux être libre et instinctif ». Sur « Cerulean », Danny L Harle nous rappelle que la musique arrive au premier plan, avant le concept ou la théorie.

La fin de l’ironie

« On me demande souvent si ma musique est ironique. Non, elle ne l’a jamais été, j’ai toujours essayé de m’exprimer de la manière la plus sincère possible. Je fais de la musique que j’aime et que je veux écouter. Après oui, j’ai de l’humour. »

Avec « Cerulean », Danny L Harle se distancie de l’interprétation que certain·e·s peuvent avoir de sa musique et de ses précédents projets. Grand amoureux de la pop music, il refuse de se cacher derrière l’ironie et assume pleinement sa fascination pour le genre. Il est formel, il ne caricature pas un genre et surtout pas la pop.

Et l’hyperpop dans tout cela ? Danny L Harle est conscient de l’impact que lui et ses collaborateur·ice·s ont pu avoir sur le développement de ce genre, mais il garde l’analyse et la catégorisation de sa musique à la critique et au public. Ce qui l’intéresse avant tout, c’est la création.

À nos questions sur ce sujet, il répond avec humour « Je laisse la fonction de définir ce qu’est un genre musical à la critique et – apparemment – aux créateur·ice·s de playlists aussi ». Une référence à la playlist Spotify baptisée « hyperpop », qui a soudainement fait exploser l’utilisation de cette nomenclature.

On remarquera cependant que sur « Cerulean », l’humour laisse place au romantisme et le chaos à la grandeur.

De la fragmentation du soi à l’unité artistique

« Mes projets précédents étaient des fragments de moi ; sincères, mais incomplets. Ils s’inscrivent dans une volonté de compréhension de soi, de recherche, d’expérimentation. “Cerulean” par contre représente pleinement la personne que je suis aujourd’hui. Ce projet a mis fin à mes divisions. Il m’unit. »

Après s’être longtemps caché sous plusieurs pseudonymes (DJ Danny, DJ Mayhem, MC Boing, etc.), Danny L Harle revient avec une identité unique et ne joue plus à cache cache. Cet album le dévoile et le montre dans l’entièreté de ce qu’il est aujourd’hui : ses goûts, ses obsessions et passions.

Paradoxalement, avec « Divergence », l’artiste fragmente son projet avec des albums dans lesquels il décortique les chansons de « Cerulean ». Chaque album décompose la matière d’une seule et unique chanson lui donnant ainsi de l’espace et du souffle. Une manière de faire écouter différemment les détails de son œuvre très dense.

La critique comme bruit de fond

« Les critiques ne m’atteignent pas. Avec “Cerulean”, j’ai fait un album que j’aime, un album holistique qui me représente, un album sans compromis. Et je pense que c’est ça le plus important. »

Danny L Harle explique que si ce projet et ses « dérivatives » ne sonnaient pas justes, il ne l’aurait pas sorti. Il rappelle aussi que lorsque l’on travaille sur un projet dont on est entièrement convaincu, on en ressort satisfait et gagnant.

Au cours de notre rencontre, il insistera aussi sur le fait qu’il ne fait pas de compromis quand il travaille ; que ce soit pour lui-même ou pour le compte des superstars de la pop contemporaine.