SEX de Madonna (1992) ou la préhistoire du porno pop

Article publié le 5 février 2019

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Texte : Violaine Schütz
Visuels issus du livre « Sex » de Madonna

Avant que Miley Cyrus, Beyoncé et Rihanna montrent leurs fesses, Madonna avait déjà tout dévoilé. Elle osait même encore plus, prophétisant l’ère de la pop culture oversexuée. Retour sur son objet le plus audacieux qui a gardé sa puissance érotique et subversive : le livre SEX, sorti par la pionnière du scandale « porno chic » en 1992.

Le contexte : Au début des années 90, Madonna Louise Ciccone n’est plus à une provocation près. Et c’est une immense star qui n’a plus rien à prouver. Elle a sorti « Like A Virgin », qu’elle a chanté en se caressant sur scène en robe de mariée aux MTV Awards. En en 1989, elle embrasse un Jésus-Christ noir dans le clip de « Like a Prayer ». Certains groupes extrémistes n’hésitent pas à la qualifier de satanique, et l’Église catholique interdit le clip en Italie. Sur scène, elle arbore des costumes de plus en plus sexy -et miniatures- jusqu’au corset à seins coniques signé Gaultier porté en 1990 sur le Blond Ambition Tour. Que peut bien encore faire la blonde platine pour choquer brillamment son pays puritain ?

L’objet du scandale : Son fait d’arme le plus subversif sera SEX, sorti en 1992. Ce livre écrit par Madonna accompagne son cinquième album, Erotica et contient des textes érotiques (souvent écrits à la main) tels que « I will teach you how to fuck » . Mais ce sont pour les photographies osées de Steven Meisel et d’un film tourné en Super 8 par Fabien Baron qu’il va s’arracher (1,4 million d’exemplaires vendus dans le monde). Extrêmement travaillées et esthétisantes, les images sont souvent des assemblages, la plus part du temps en noir et blanc léché, et quelques fois en couleur ou sépia. Madonna a signé l’ouvrage sous le pseudo de « Mistress Dita », un nom inspiré par l’actrice allemande des années 30, Dita Parlo, également à l’origine du patronyme de Dita Von Teese. Elle y dépeint de nombreuses scènes érotiques lesbiennes, bissexuelles, fétichistes, SM, bondage, exhibitionnistes, orgiaques et des pratiques alors peu montrées comme la masturbation féminine -devant un miroir- ou l’anulingus.
Pour mettre en scène ses fantaisies sexuelles, dont la plupart font intervenirs des figures rock’n’roll, rebelles ou dérangeantes (comme un biker ou deux filles skinheads), la chanteuse n’hésite pas à poser elle-même, souvent en dominatrice, mais aussi avec sa copine top model Naomi Campbell, l’actrice Isabella Rossellini, les rappeurs Big Daddy Kane et Vanilla Ice -le copain de Madonna à l’époque-, la star du porno Joey Stefano ou encore le comédien Udo Kier. Madonna avait prévu d’appeler le livre « X », mais a du faire volte face avec la sortie du film Malcolm X de Spike Lee. Au départ, elle voulait qu’il soit ovale, ce qui s’est révélé beaucoup trop onéreux à produire. Sa présentation s’inspirera au final du pop art avec son emballage métallisé scellé, qu’il faut ouvrir avec des ciseaux avant de « pénétrer ». En préambule du livre, la diva exprime qu’il s’agit là de fantasmes et qu’il faut se protéger contre le VIH avant de les réaliser. Elle fait aussi remarquer que rien n’est mieux que « le sexe pratiqué avec amour ».

Pendant la réalisation de l’objet, certains clichés furent volés, avant que le FBI ne le chercher et les retrouve. C’est pourquoi Madonna les remercie pour « avoir sauvé des photos qui auraient remué J. Edgar Hoover », leur directeur, connu pour être libertin. Et il faut bien avouer que certaines remuent encore aujourd’hui, bien plus que la lecture de 50 Shades Of Grey et que pas que chez les institutions.

L’anecdote : Les boss de Warner Bros ne voulaient pas que Madonna sorte ce livre allant contre la morale et la bien-séance. Ils ne lui donneront la permission que très tard et demanderont à leur artiste de signer un accord lui interdisant d’inclure une photographie religieuse, zoophile ou pédophile. Quand Madonna fondera Maverick Records quelques années plus tard, elle se vengera, tout en réaffirmant son pouvoir, en incluant deux images allant contre ses anciens patrons. L’une, sado-maso la montre attachée sur une table en forme de croix, devant un crucifix et l’autre la présente à quatre pattes au-dessus d’un chien. Sacrée Mado !

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